L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain

Trois Stances

Ton cœur est un ruisseau ;

Et comme un ardent arbrisseau

Tu fleures la verdure.

Ton corps fut moulé par les dieux

Qui sculptent la jeunesse.

Qu’elle est suave, ta caresse !

Qu’ils sont profonds, tes yeux !

Tes odeurs sont plus ingénues

Que celles du jasmin.

De plus belles fleurs sous la main

Je n’en ai jamais eues.

Jamais les roses les plus belles

N’enivrent le jardin

Comme enivrent mon cœur soudain

Les lys de tes bras frêles.

Quand tu parles, je me tais,

Et j’écoute, lointaines,

Chanter les voix des fontaines

Qui sont dans les forêts.

Je n’ai plus que quelques semaines

A chérir tes doux yeux.

(Soyez longs, ô jours bienheureux,

Où je bois son haleine !)

Quand nous nous ferons nos adieux,

Ce sera l’heure amère,

Alors, ce sera sur la terre

Avril délicieux.

 

TROIS STANCES

 

I

Jeunesse, il ne faut pas me déserter, jeunesse ; Fais encor de mon corps ta joyeuse maison ; Que deviendrai-je aux soirs où je perdrai l’ivresse, Où je verrai l’Amour s’enfuir à l’horizon.

II

Le chat voluptueux se change vite en tigre, Mon cœur, il ne faut plus jouer avec l’amour. Admire la beauté, mais reste toujours libre ; Le félin aux yeux verts t’a joué plus d’un tour.

III

Paris, si je pouvais rester toute une année Dans tes murs, il serait bien moindre, le plaisir ; Mais hélas, la saison est presque terminée. Je t’aime d’autant plus qu’il faut bientôt partir. C’est demain que je dois te quitter, bon hôtel, Et quand je m’en irai, ton aspect sera tel

Qu’il fut au jour joyeux de ma bonne arrivée. La chambre où j’ai vécu sera vite occupée. Nul ne regrettera mon départ sur la mer ;

Et le nouveau venu (quelque sage au front fier) Ignorera toujours qu’une âme fut bercée

Dans le lit noir au chant des vers de l’Odyssée. Les rideaux laisseront pénétrer le soleil.

Le clair retour d’avril sera doux et vermeil

Et la bonne servante aux paupières jaunies Oubliera le « petit monsieur » des colonies.