L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
La Lettre
A mes yeux valant celle
Où de ma fenêtre je vois,
Dans la campagne amie,
Bambous penchés et palmiers droits
Et la mer endormie.
LA LETTRE
Qui eust pensé que l’on peust concepvoir
Tant de plaisir pour lettres recepvoir ?
C M .
Ecrivez-moi sans cesse, ô mon beau Lys lointain, Bientôt luira le jour radieux que j’espère ;
En attendant, les mots tracés par votre main Sont des ruisseaux où mon amour se désaltère.
LES ILES
A Marius-Ary Leblond.
Océan, garde-nous les Iles.
F T .
Qui dira le charme des îles,
Oasis que borde d’azur
Le désert des ondes mobiles ?
Qui chantera leur soleil pur ?
Berceau de légendes splendides
Depuis le temps d’Aphrodite,
Ne sont-elles ces Atlantides
Les paradis de la beauté ?
C’est dans un îlot qu’Ariane
Fut abandonnée aux tourments.
En Sicile, au chant du platane,
Théocrite eut des jeux charmants.
Chio te vit grandir, Homère !
Rhodes charma les Chevaliers ;
Et Cœur-de-Lion, âme fière,
Aima Chypre aux pourpres halliers,
Sur les mers de la solitude
C’est par l’une des Bahamas
Que Colomb commença l’étude
Des merveilleux panoramas.
C’est aux Mascareignes, dans l’île
Des filaos plantés en rangs
Que naquit Leconte de Lisle,
Poète grand parmi les grands.
Les plus beaux yeux de l’Odyssée
D’une île ont admiré la mer,
Et Nausicaa fut bercée
Par le lyrisme du flot clair.
Iles du Sud hospitalières
Aux Bougainville, aux Carteret ;
Elles gazouillent, vos lisières ;
Mais pas d’oiseaux dans la forêt !
Et c’est vous, charmantes Antilles,
Les plus admirables joyaux
Des îles riches en coquilles
Sous l’or des tropiques royaux.
Terres d’amour, chères aux rêves
Et propices aux Robinsons,
Les vents alizés de vos grèves