L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
Les Phalènes
Reverrai-je jamais tes yeux, petite idole ?
LES PHALÈNES
(PETITS POÈMES AUX YEUX QUI PASSENT)
I
Les jardins sont veufs de feuillages
Et c’est l’hiver sous le ciel noir ;
Mais, ville, du matin au soir,
Que de beaux yeux, de beaux visages !
II
O toi qui passes simplement,
Offrant à mes yeux tes prunelles ;
C’est la nuit ; mais je vois en elles
Les jours bleus de l’espoir charmant.
III
D’autres portèrent des présents,
Dirent les paroles amies ;
D’autres promirent pour des ans
L’amour ivre et sans accalmies.
Toi qui viens tard, presque trop tard,
Tu ne dis rien, ô tête blonde,
Mais d’un regard, d’un seul regard
Tu promets la beauté du monde.
IV
Nos deux regards se sont croisés, comme vaisseaux Allant d’une île à l’autre, ivres d’un beau voyage ; Mes yeux voient dans tes yeux l’aube et le paysage, Tes yeux voient dans mes yeux la mer et ses oiseaux.
V
Lorsque nous nous croisons dans la banale rue, Ton beau regard en moi plonge un si frais bonheur, Que je voudrais chanter un poème à la nue, J’entends le galop fou des chevaux de mon cœur.
VI
Sans mots, nous nous faisons de troublantes promesses, Chaque fois que nos yeux s’attirent dans le soir. Partirons-nous bientôt sur la mer des ivresses ? Resterons-nous plutôt aux rives de l’espoir ?
VII
Je préfère ce soir m’abstenir de théâtre
Et, par ce mardi-gras où Paris est houleux, M’enfermer dans ma chambre et rêver devant l’âtre Aux promesses qu’ont fait à mes rêves tes yeux.