L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain
III Sagesse
III
SAGESSE
A M. Gabisto.
Je cueille suivant l’heure et suivant la saison, Les fruits de mon verger, les fleurs de la savane ; Sans cesse de mon cœur un vers limpide émane Devant la mer, les bois, le lac ou l’horizon. Qu’on soit vêtu de pourpre ou couvert de haillons, La vie est une feuille ivre que le temps fane ; Comme l’astre tombé d’une nuit diaphane Le poète en vain trace un lumineux sillon. Je ne convoite pas une gloire éternelle,
Trop heureux, par les mois où la lune est trop belle, De sentir tout à coup mon être s’émouvoir En songeant que peut-être il est sur cette terre Un écolier pensif et toujours solitaire
Qu’enivre un de mes vers dans la beauté du soir.
IV
PAIX DU SOIR
Dans le beau flamboyant chantent les anolis ; Le soir pourpre et doré rayonne sur les îles ; Les rivières d’argent aux écumes mobiles Rêvent en caressant les cailloux de leurs lits. C’est la belle heure rose aux lumières païennes Où le cœur se recueille au départ du beau jour, Où les eucalyptus, harpes éoliennes,