L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointain

Le Fantome

Je songe bien souvent aux paroles sincères Dont vous avez bercé l’espoir de mon retour ; Quand vos yeux aux lacs purs de leurs prunelles claires Miraient encor le ciel profond de mon amour… Je demande parfois au vent quand il voyage : « N’as-tu pas vu la Fleur splendide du printemps ? Puis-je espérer encor, exquis et repentant, Retrouver le divin, le merveilleux visage ? » Et le vent me répond : « Reste au bord des grands bois Et garde dans tes yeux l’image qui t’est chère. Ne va pas soulever le voile du mystère.

Il ne faut plus songer aux beaux yeux d’autrefois. » Alors, je crie au loin, sous la lune émouvante : « Beaux yeux, beaux yeux charmants, qu’êtes-vous devenus ? » Rien ne répond ; l’Océan bat les récifs nus Et son sanglot jeté dans la nuit m’épouvante.

 

LE FANTOME

 

L’absence a su flatter mon amour et l’accroître Et changer mon ivresse en culte harmonieux, Telle la solitude émouvante du cloître

Exalte et purifie un cœur religieux.

Beau rêve illuminant une existence morne, Vous avez éclairé chacun de mes instants ; Votre image me suit parmi les fleurs du morne Et flotte sur l’azur vaporeux des étangs.