Traffics de femmes
Mafias et restauration de la loi et de l’ordre
Environ 74 000 femmes birmanes vivent dans des camps de réfugiés en Thaïlande et on estime qu’entre 800 000 et 1,5 million de personnes fuient la Birmanie pour gagner d’autres pays, où elles sont exploitées et réduites en
esclavage. La Coalition Against Trafficking in Women (CATW), qui lutte contre la traite des femmes, révèle que 200 000 femmes et petites filles birmanes ont été victimes de la traite et transférées à Karachi, au Pakistan, pour être vendues comme esclaves sexuelles et contraintes à la mendicité. Selon la Banque asiatique de développement, 25 % des adolescentes soumises à la prostitution en Birmanie sont porteuses du VIH et nombre d’entre elles sont atteintes du sida.
Sans services sanitaires, ces jeunes filles mourront probablement bientôt.
Les témoignages recueillis par les associations de femmes birmanes réfugiées en Thaïlande font état de viols effectués lors des défilés militaires, de cas de femmes enceintes de sept mois abusées pendant des journées entières par des groupes de soldats pouvant atteindre jusqu’à cinquante personnes, ou encore d’exécutions sommaires de victimes qui résistent ou qui ne plaisent pas suffisamment aux militaires. Ces dernières années, les archives de ces entretiens ont été consignées avec le nom de famille ou les initiales des femmes, des adolescentes et des petites filles concernées, une photographie de leur visage partiellement occulté et un numéro de dossier. Il est pratiquement impossible de les lire sans pleurer.
Faire le tour du monde et traverser les frontières aériennes, terrestres et maritimes m’a permis de comprendre les véritables implications de la corruption et ses conséquences en faveur de la criminalité organisée et de la traite des personnes. Pour résumer, la Birmanie est un camp d’extermination de femmes.
Lorsque le pays parviendra à se libérer de la junte militaire et à se tourner vers la démocratie et que les médias révéleront ce qui s’est réellement passé, le reste du monde sera révolté. En effet, les horreurs commises dans cet État sont semblables aux crimes nazis et si elles n’en ont pas l’ampleur, elles n’en sont pas moins tragiques et impardonnables. Ce pays est devenu un véritable paradis pour la criminalité organisée spécialisée dans le trafic de drogue et l’esclavage des êtres humains.
Mafias et restauration de la loi et de l’ordre
En 1997, la junte militaire birmane a instauré le Conseil d’État pour la paix et le développement (State Peace and Development Council, SPDC). Ce sont les membres de ce conseil eux-mêmes qui ont créé plusieurs camps d’esclaves sexuelles. Ces personnes se sont associées à des groupes appartenant à la criminalité organisée, qui encouragent et prennent part au trafic de personnes, de pierres et de bois précieux, d’animaux en voie d’extinction et d’autres produits de contrebande qui circulent sur les routes d’Asie du Sud-Est.
Ces dernières années, Interpol, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime et le consensus de Washington ont fait état d’une augmentation des activités liées au crime organisé en Birmanie, protégées par l’impunité de la junte militaire. Les rapports sont toutefois prudents et affirment qu’aucune donnée concrète ne permet d’établir un lien direct entre des membres du gouvernement et la criminalité organisée. Selon des rapports de l’organisation Transparence internationale, la Somalie et la Birmanie sont les deux pays les plus corrompus au monde.
À la suite de l’embargo économique imposé par les États-Unis sous le gouvernement de George W. Bush et de l’isolement du pays provoqué par les importants mouvements des droits de l’homme, les autorités birmanes ont cherché à se légitimer en obtenant davantage de ressources, d’armes et de pouvoir. Pour cela, tous les moyens étaient bons : ainsi, le gouvernement birman a décidé de créer des « impôts » parallèles en offrant des services de commandos militaires pour protéger les groupes liés à la criminalité transnationale organisée lors du transport de drogue, de personnes et d’armes sur la route Asie-Pacifique.