Traffics de femmes

Lydia Cacho · Chapitre 66 sur 70

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Traffics de femmes

2. Refuges dirigés par des organisations internationales

Parmi les refuges de ce type les plus connus, se trouvent celui de Somaly Mam, au Cambodge, la Casa de las Mercedes à Mexico et le Girls Educational & Mentoring Services (GEMS) à New York.

2. Refuges dirigés par des organisations internationales Quelques organisations, comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ont un impact important dans certaines nations et régions, où elles contribuent à l’augmentation de la capacité de fonctionnement des organisations civiles. Il arrive que l’OIM, à l’instar du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), dirige des refuges destinés à tous types d’immigrants victimes de la traite ou d’abus. Mes entretiens avec plusieurs survivants de la traite ont révélé que l’OIM, tout comme l’Organisation internationale du travail (OIT), a joué un rôle vital en termes de soutien et de protection des organisations locales, apportant une aide à la fois théorique, statistique et méthodologique.

Les organisations internationales possèdent cependant un handicap majeur: elles doivent toujours agir avec prudence et diplomatie face à des gouvernements corrompus ou injustes. La plupart du temps, elles réussissent tout de même à sauver des vies et à éviter l’emprisonnement des victimes de la traite à des fins de travail forcé, d’exploitation sexuelle ou de trafic d’organes. Malgré toutes ces difficultés, certaines organisations parviennent à s’immiscer dans certains pays très conservateurs et peu tolérants envers la libération de la femme. Pour se faire, elles doivent faire profil bas, voire revendiquer un objectif autre que le secours aux victimes de la traite des personnes. Si leurs financements sont garantis, leur efficacité, en revanche, dépend en grande partie des personnalités qui dirigent les bureaux locaux et régionaux; en effet, ces organismes se caractérisent par leur bureaucratie envahissante et quelque peu paralysante. Ils sont néanmoins devenus particulièrement utiles et offrent une protection efficace pour les défenseurs des droits de l’homme dans les dictatures ou dans les pays qui condamnent les mouvements civils et sociaux.

3. Refuges dirigés par des groupes religieux

Dans le monde entier, les organisations de secours aux victimes de la traite les

plus puissantes sont presque toutes chrétiennes, comme Caritas (organisme catholique). Suivent ensuite les organisations musulmanes qui, au cours des dix dernières années, ont trouvé dans ce type d’actions un terrain propice à la conversion de femmes et d’enfants en situation vulnérable.

Certaines organisations, comme Hagar, au Cambodge, font un travail extraordinaire. Les médecins qui y travaillent sont extrêmement respectueux des croyances des adolescentes et des petites filles. D’autres, au contraire, profitent de leur position pour se livrer au trafic d’enfants, comme le réseau international Iglesia Cristiana Restaurada Los Perfectos, dirigé par le puissant millionnaire Jorge Erdely, qui secourait des enfants en Asie et en Amérique latine pour les faire adopter aux familles de sa congrégation.

À l’échelle internationale, les communautés les plus orthodoxes représentent un problème croissant, sauf pour les victimes qui recherchent d’elles-mêmes la sécurité de leur propre religion. Dans treize pays, majoritairement africains, les chefs religieux profitent de leur situation pour recruter des victimes de la traite et les exploiter à leur tour. Au Sénégal, au Mozambique, en Iran, en Irak, en Afghanistan, en Ouzbékistan et au Kirghizstan, j’ai rencontré plusieurs personnes secourues après avoir été exploitées par des écoles coraniques, qui contraignaient les victimes à la mendicité pour subvenir aux besoins de leurs maîtres. Au cours de mon voyage, j’ai découvert une centaine de petites églises qui, du Vietnam au Mexique, en passant par la Thaïlande et les Philippines, ont pour but l’évangélisation à tout prix, à grand renfort de menaces et de châtiments. Les conséquences de ce type d’assistance sont dévastatrices pour les victimes, qui intègrent des notions de culpabilité, de sexisme et de tabous sur la sexualité qui les rendent plus vulnérables que jamais.

J’ai eu l’occasion de rencontrer des petites filles qui avaient été victimes

d’un double trafic. Lorsque l’OIM les a délivrées d’un ribat42, elles ont elles-mêmes avoué qu’elles apprenaient à « être les servantes d’Allah et à obéir à leurs maîtres et seigneurs dans l’islam ». Le témoignage d’une activiste musulmane montre en effet que dans ces établissements, les petites filles apprennent à se soumettre avant d’être mariées de force et de devenir les esclaves domestiques d’hommes adultes.