Traffics de femmes
Une croisade religieuse
Lorsque Condoleezza Rice, ancienne secrétaire d’État américaine, a déclaré dans son rapport de 2008 que l’abolition de l’esclavage était «la priorité morale de notre époque », elle a lancé une polémique brûlante entre partisans de l’abolition et de la réglementation du commerce sexuel et de la prostitution.
Dans ce débat, impossible de rester en terrain neutre. En effet, la position de l’administration Bush était claire : dans cette affaire, on est «soit avec Dieu, soit avec le Diable ». En 2009, l’arrivée d’Hillary Clinton, qui a succédé à Mme Rice, a permis de tempérer un peu ce discours. En outre, le gouvernement Obama a admis que tout n’avait pas été dit au sujet de la traite des êtres humains et que le langage utilisé, presque unilatéralement imposé par Washington, devait évoluer.
À l’époque de la traite négrière, la justice tentait de déterminer si oui ou non les esclaves devaient être considérés comme des êtres humains à part entière.
Pendant ce temps, les commerçants, les patrons et les exploitants poursuivaient discrètement leurs activités et élaboraient eux-mêmes des lois pour protéger leurs intérêts. Le double discours des autorités actuelles est très similaire. Par exemple, les États-Unis criminalisent la consommation de la prostitution; pourtant, des milliers de boîtes de nuit, d’instituts de massage et de services d’escorte passent des annonces dans de grands quotidiens, disposent d’autorisations gouvernementales, acceptent les paiements par cartes de crédit et oscillent entre légalité et illégalité.
Une chose est sûre : peu de gens connaissent l’existence et le contenu des lois ainsi que les situations ou les personnes qu’elles protègent. C’est l’une des raisons pour lesquelles ce débat mondial sur la traite des personnes et la prostitution comporte davantage de discours passionnés, marqués de convictions religieuses ou morales sur la liberté sexuelle, que de dialogues sérieux analysant les conséquences de l’influence culturelle occidentale, le rôle joué par les législations nationales ou encore les traités internationaux ratifiés par la plupart des pays.