Traffics de femmes
Les filles de Matilde
Certains rapports de la CIA indiquent que le trafic de drogue est concerné par le même phénomène : le fait que la culture de l’opium soit légale en Turquie augmenterait en effet le laxisme des contrôles policiers. Ainsi, le pays reste une plaque tournante sur la route de la drogue vers l’Europe et l’Asie, avec 41 % de l’héroïne au monde qui y transite. Les routes aériennes et terrestres ainsi que les aéroports voient donc passer des tonnes de morphine produite en Afghanistan et au Pakistan, transformée en héroïne dans les laboratoires du Kirghizstan ou d’Istanbul, puis envoyée en Europe.
L’OIM est parvenue à convaincre le gouvernement turc de mettre en place une ligne téléphonique pour les plaintes, la toll free 157. Entre sa mise en fonctionnement, le 23 mai 2005, jusqu’au début de l’année 2009, 114 victimes ont pu être secourues. Les opérations de secours et de suivi sont prises en charge par deux organisations civiles à but non lucratif et par l’OIM. La situation semble pourtant loin d’être positive: des jeunes filles moldaves et croates avec lesquelles j’ai réussi à discuter m’ont ainsi affirmé que le rapatriement n’est qu’une mascarade visant à expulser les femmes qui ont déjà fait leur temps. Les nouvelles recrues sont en effet plus faciles à contrôler et ne parlent pas… du moins pas encore.
Le tourisme est une manne qui rapporte 21 milliards de dollars par an à la Turquie. Pour les Européens, le sexe est l’une des principales offres de ce secteur. En Turquie, l’augmentation du tourisme sexuel, à la fois masculin et féminin, est nette. Contrairement aux femmes, les hommes qui exercent la prostitution le font de façon indépendante et s’acquittent uniquement de frais de protection policière. Les jeunes garçons, quant à eux, très souvent utilisés pour satisfaire les touristes sexuels pédophiles, sont soumis aux mêmes conditions de vie que les petites filles et les adolescentes : soumission, clandestinité et menaces.
Les filles de Matilde
Matilde Manukyan, d’origine arménienne, est née en Turquie en 1914 au sein d’une famille aristocrate. Après avoir été éduquée dans la meilleure école de sœurs françaises, la jeune femme s’est mariée, puis a perdu son conjoint, héritant d’un bel immeuble dans le quartier rouge de Karaköy. C’est alors qu’a commencé son règne sur les maisons closes : Matilde contrôlait en effet trente-deux établissements et possédait en outre quatorze bâtiments consacrés aux activités des réseaux de prostitution légale. Dénoncée à plusieurs reprises pour exploitation sexuelle de mineures, ses relations avec l’État l’ont cependant toujours protégée, la maintenant hors d’atteinte. La proxénète a même été reconnue citoyenne ayant payé le plus d’impôts entre 1990 et 1995 par l’État turc qui, pour l’occasion, avait été jusqu’à convoquer les diplomates, alors même que tous les revenus de cette femme provenaient du commerce sexuel. En 1975, une bombe a explosé dans la voiture de Matilde, qui a survécu à cet attentat grâce à douze opérations de chirurgie reconstructrice. En effet, habituée à régner sans partage sur le marché de la prostitution turque, elle s’était fait de nombreux ennemis parmi les nouvelles mafias internationales de trafiquants, qui avaient commencé à faire évoluer le secteur dans les années 1990. Ces criminels, de
mise avec la police, lui demandaient des frais de protection qu’elle avait refusé de payer.
En 1996, il a été démontré publiquement que ses établissements exploitaient des mineurs. La haute société, qui l’avait jusqu’alors soutenue, a cessé de le faire. Lorsque ses activités de trafiquante ont été découvertes, Matilde a annoncé sa conversion à l’islam. Or, selon le prophète Mahomet, ceux qui adhèrent à la religion musulmane sont libérés de leurs péchés. Quelque temps après, soutenue par le gouvernement, elle a utilisé l’argent obtenu grâce à la traite et à l’exploitation des petites filles pour faire construire une belle mosquée, acte que beaucoup jugèrent indigne. Si certaines personnes affirment qu’elle a été pardonnée par Allah, une grande partie de la société turque continue d’en parler comme de la « trafiquante de femmes et de petites filles ». On sait que Matilde a été proche de la police jusqu’en 2001, année de sa mort. Grâce à sa conversion religieuse, ses crimes n’ont jamais été punis.
À Londres, j’ai pu m’entretenir avec Ulla, une Syrienne de 39 ans qui a été enlevée puis vendue à Istanbul à un homme, qui l’a ensuite conduite chez Matilde. Ulla a travaillé dans deux établissements différents, de 16 à 20 ans. Aujourd’hui mariée, elle travaille dans une boutique de libre-service et fait des traductions bénévoles pour une organisation civile londonienne de défense des droits des femmes. Ses amis, pour la plupart, ne connaissent pas son passé. Voici un extrait de son témoignage :
Nous pensions alors que nous étions bien traitées. On nous racontait que les autres jeunes filles étaient conduites dans des endroits effrayants et travaillaient comme véritables esclaves. Que là, les hommes étaient sauvages et ne payaient que quelques centimes pour être avec elles. Ces histoires nous terrorisaient. On nous disait que les hommes avaient d’étranges maladies et que les femmes ne pouvaient pas se laver ni prendre soin d’elles, tandis que nous, nous pouvions le faire. Nous étions peu payées et quelques fois punies. Certains clients étaient obscènes et violents, mais cela faisait partie du travail. J’ai ensuite été achetée par un client (à 20
ans, j’étais déjà considérée comme une vieille) qui m’a conduite à Londres. Là, j’ai exercé illégalement pendant plusieurs années; en plus, je me droguais. Puis, d’autres femmes m’ont aidée et j’ai pu changer de vie. Maintenant que je regarde en arrière, je me rends compte que je n’étais qu’une esclave sexuelle, mais à l’époque, je ne
le savais pas. Quand tu es seule et que tu n’as pas le choix, mieux vaut ne pas voir la réalité et tenter de survivre sans y penser. Je me disais : « Qu’y a-t-il de mal à vendre son corps quand c’est tout ce qu’on possède ? »
En Turquie, où la prostitution est légale, il était impossible de s’échapper. Les policiers et les hommes politiques étaient les meilleurs clients. Ils aimaient tant la patronne qu’ils envoyaient leurs infirmières pour nous soigner. Nous étions réputées pour être les prostituées les plus obéissantes et les plus saines du pays.
Plusieurs années ont passé avant qu’Ulla ne reconnaisse qu’elle avait été rendue accro à l’opium par une des femmes de la maison close et que c’est justement grâce à cette addiction qu’elle a pu surmonter la peur de vivre enfermée, de se prostituer et d’être violée par dix à douze hommes par jour. «
Grâce à l’opium, je flottais, je ne sentais rien, je n’étais rien, je n’étais plus moi-même », dit-elle.
D’autres ne vivent pas si mal le fait de travailler dans l’un de ces établissements. C’est le cas de Sonya, originaire du Monténégro, qui est arrivée en Turquie à l’âge de 24 ans et qui en a désormais 35. Lorsqu’elle fut conduite en Turquie, elle savait déjà qu’elle exercerait la prostitution. Au bout de trois ans, elle a pu payer sa dette et sortir dans la rue sans être gênée. Elle se souvient :
J’avais toujours peur que quelqu’un, à l’intérieur du système, se fâche ou se lasse de moi et d’être alors prise pendant l’une de ces rafles systématiquement effectuées par la police lorsque de nouvelles filles arrivaient. Je craignais d’être expulsée. Ils nous disaient que la police tenait des registres avec nos photographies et que tout faux pas entraînerait notre expulsion. Je ne voulais pas retrouver la faim, la violence ; je n’ai plus rien dans mon pays… Je n’ai plus de pays. La prostitution n’était pas la solution idéale, mais en attendant, c’était déjà quelque chose.
L’histoire de Matilde Manukyan, la grande entremetteuse turque, montre parfaitement comment certains proxénètes deviennent trafiquants d’esclaves sexuelles. Ils travaillent non seulement au sein du système, formant des alliances
avec la police et le gouvernement, mais prennent également part à des activités légales de façon reconnue, voire valorisée par certains groupes sociaux, y compris par les élites aristocratiques et politiques. Une fois bien établie dans le domaine de la prostitution légale, Mme Manukyan s’est lancée dans le trafic de femmes et de mineurs. L’argent ainsi récolté a ensuite été investi dans l’immobilier : au moment de sa mort, Matilde était propriétaire de trois hôtels cinq étoiles, de plus de cent vingt appartements situés dans diverses régions touristiques du pays, d’une société d’export et d’une entreprise possédant plus de trois cents taxis de luxe. Elle détenait en outre une collection de voitures Rolls-Royce, Mercedes-Benz et BMW, un hôtel qu’elle avait fait construire en Allemagne et un mégayacht qu’elle utilisait pour distraire ses amis haut placés.
Le cas de cette femme m’a aidée à mieux comprendre pourquoi il est si complexe, abstraction faite de tout phénomène de «panique morale », de différencier prostitution et exploitation sexuelle commerciale. À quel moment une femme, impliquée dans la prostitution légale, choisit-elle de réduire des adolescentes et des petites filles en esclavage? En ce moment même, combien de proxénètes, à l’instar de Matilde, décident-ils de la vie et de l’avenir d’une jeune fille, sous prétexte que « si c’est bon pour moi, c’est bon pour elle » ? Que se passe-t-il quand traite et prostitution s’entremêlent ? Lorsqu’un proxénète dispose d’un pouvoir économique et politique, il est impossible de démembrer le réseau d’esclavage qui se trouve imbriqué dans le système légal. À ce sujet, Mahmut affirme:
C’est très compliqué. Il s’est passé la même chose quand on a voulu s’attaquer au problème de l’héroïne en Turquie, en 1998. Il était alors plus simple pour le gouvernement de fermer les yeux sur les agissements des mafias turques, albanaises et kosovares sur le territoire. La Turquie a l’avantage et l’inconvénient d’être un pont entre deux mondes, appartenant à la fois à l’Europe et à l’Asie. La route des Balkans a toujours été compliquée. On ne peut pas dire que les autorités turques ne sont pas corrompues : partout, il y a des policiers et des hommes politiques prêts à se vendre en échange de quelques euros ou dollars.
Ici, en Turquie, nous utilisons la présence de l’OIM pour que les Européens et les Américains nous traitent d’égal à égal. Personne ne parle de la façon dont les accords entre mafias ont évolué. Si les pays qui souhaitent stopper le trafic d’armes le font de façon
immédiate, c’est uniquement parce qu’il constitue une menace pour leurs intérêts nationaux ou économiques, tandis que le trafic de femmes, aujourd’hui appelé « traite », est une activité qui profite depuis au moins vingt ans aux mafias russes et albanaises, qui opèrent en Macédoine et négocient avec les mafias turques.
Si certains spécialistes internationaux, comme Moisés Naím, persistent à croire que la collaboration des mafias les plus puissantes à travers le monde n’est qu’une fiction policière, les experts qui travaillent sur le terrain affirment pourtant que c’est un fait avéré : tout comme l’économie, les groupes mafieux se sont mondialisés. Deux mois après mon entretien avec Mahmut, j’ai saisi l’ampleur de ses propos en apprenant que la police turque spécialisée dans la lutte contre la criminalité organisée avait arrêté, à Istanbul, quatre Japonais appartenant à une branche des yakuzas. Ils agissaient dans la région en collaboration avec des trafiquants de drogue iraniens qui leur avaient vendu des amphétamines. Deux d’entre eux ont tout d’abord été arrêtés en possession de 150 000 cachets d’amphétamines, puis leurs deux complices ont été appréhendés l’un après l’autre avec 200 000 doses supplémentaires. Les routes utilisées par les trafiquants de drogue entre l’Iran et Istanbul sont les mêmes que celles identifiées pour la vente d’esclaves dans la région. Selon Mahmut, les trafiquants qui transportent la drogue ne sont pas forcément les mêmes que ceux qui trafiquent les femmes et les petites filles. En revanche, les routes empruntées sont toujours contrôlées par les mêmes groupes. Le policier affirme que certains de ses collègues turcs et iraniens sont révoltés par le trafic de drogue, mais acceptent celui des femmes et des petites filles qui, selon eux, ont fait le choix de la prostitution.
Mahmut me parle ensuite des grandes rafles effectuées en Scandinavie, dans les années 1990, contre les mafias albanaises et kosovares.
Le 23 février 1993, le « parrain » kosovar Princ Dobroshi, né en 1964, était arrêté par la police norvégienne, alors qu’il était également recherché en Suède et au Danemark pour des infractions similaires. Condamné à quatorze ans d’emprisonnement, il s’est échappé de la prison d’Ullersmo en 1997. Malgré les diverses opérations de chirurgie esthétique subies, il a été de nouveau arrêté par la police de Prague en 1998. Selon certains rapports officiels, l’homme a avoué s’être servi du transport d’héroïne vers les pays européens pour acheter des armes utilisées au cours de la guerre du Kosovo. Une partie des enquêtes révèle, sans y accorder beaucoup d’importance, que la traite des Blanches associée à la
vente de protection aux maisons closes était l’une des activités mineures du personnage. Les membres du cartel de Princ Dobroshi ont pour la plupart été emprisonnés en Suisse ou en République tchèque.
Le 10 décembre 1998, le quotidien anglais The Independent révélait que les mafias albanaises contrôlaient 70 % du marché de l’héroïne dans la région. Mahmut, tout comme d’autres sources, affirme que les héritiers de ces mafias, de plus en plus jeunes et organisés, sont toujours aux commandes de la traite et de la prostitution forcée dans cette partie du monde. De nos jours, les mafias disposent de technologies plus avancées et, à l’instar des gouvernements, signent des accords régionaux et internationaux. La participation active de femmes dans les réseaux de trafiquants est une autre caractéristique qui différencie les
«nouvelles générations » de leurs prédécesseurs. Nombre de ces femmes ont elles-mêmes été victimes de la traite puis, après avoir été choisies par certains dirigeants, se sont spécialisées dans le recrutement et la formation des femmes et des petites filles. Le marché, tout comme ses acteurs, s’est amélioré pour s’adapter à son époque.
De toute évidence, les hauts responsables ne retiennent pas les leçons du passé: en janvier 2005, Princ Dobroshi, considéré comme un terroriste et comme l’un des criminels les plus cruels de la région, a été libéré sur parole par les autorités norvégiennes, auxquelles il avait été livré par les Tchèques. Un rapport de l’OTAN indique qu’il aurait obtenu sa libération pour « bonne conduite ».
Mahmut consulte sa montre. Parler français et chercher ses mots pour exprimer ses inquiétudes concernant les activités des mafias l’épuise.
Heureusement, nous disposons d’un dictionnaire turc-français.
L’homme qui se trouve en face de moi a déjà bu cinq verres de thé noir. Il observe la fenêtre et se tait dès qu’une voix résonne dans le couloir de l’hôtel.
Soudain, il sort un téléphone portable de sa poche et me montre une vidéo, sur laquelle une jolie petite fille de 3 ans danse sur de la musique. « Pendant l’entraînement, les formateurs de l’OIM nous ont demandé: “Que feriez-vous si l’une de ces femmes, vendues pour être sexuellement exploitées, était votre fille ?” C’est pour cette raison que je suis ici », explique-t-il, s’adressant plus à lui-même qu’à moi. Il range son téléphone puis se racle la gorge.
Comme pour justifier ce qui pourrait passer pour un signe de faiblesse venant d’un homme comme lui, il affirme simplement que son père lui a appris à faire passer ses principes avant toute autre chose. Il me raconte que ses ancêtres
français lui ont donné envie d’apprendre cette langue, à une période de sa vie où, contrairement à la moyenne des policiers turcs, il a pu consacrer un peu de temps aux études. Sa femme, comme plus de la moitié des Turques, est analphabète.
Mahmut souhaite que sa fille se sente en sécurité.
Il m’avoue également, dans une étrange confession, avoir déjà été tenté par les filles de l’Est, mais qu’il n’est pas dans ses habitudes de fréquenter ce genre d’établissements.
«Vous m’avez dit être déjà allée en Angleterre, poursuit-il à voix basse, les yeux dans le vague sous ses épais sourcils noirs. Que vous a-t-on raconté sur les femmes qui viennent de Turquie et sur les célèbres proxénètes albano-turcs ?
Avez-vous vu de quelle façon ils arrivent en Italie ? Vous savez que nous possédons des frontières maritimes [Il fait allusion aux côtes de la péninsule anatolienne, qui s’étendent sur 5 000 miles]. Allez donc voir ce qui se cache dans les containers des cargos. »
La Turquie dispose d’une situation géopolitique stratégique. Ses liens avec le Caucase, l’Asie centrale et les Balkans, tout comme son ouverture économique importante, lui ont permis de conclure des traités commerciaux avec le Japon et la Corée du Sud. Sa participation croissante dans les secteurs de l’automobile, de la sidérurgie, de l’électroménager et des matériaux de construction est certes importante, mais d’après les experts, celui des matériels militaires, en pleine expansion, est essentiel pour le pays. La position de la Turquie en tant que seconde force armée de l’OTAN en termes de puissance, juste après les États-Unis, est en effet bien connue. Le pays compte 1 043 550 soldats prêts à partir au combat et possède la base aérienne d’Incirlik, qui détient 90 bombes nucléaires B-61.
Les victimes de la traite avec lesquelles j’ai pu discuter m’ont assuré que les soldats sont les meilleurs clients des milliers de maisons closes, légales et illégales, que compte la Turquie. Leur implication dans la production, la vente et la revente d’engins nucléaires et militaires a fait de ce pays un terrain idéal pour les mafias de trafiquants d’armes.
Je demande à Mahmut ce qui serait le plus facile pour moi : acheter une petite Asiatique ou un AK-47 ? Il me répond en souriant : «Les 47 sont de vieux modèles, vous pouvez en acheter un demain pour 250 dollars; mais pour une femme, dit-il en ne plaisantant qu’à moitié, mieux vaut un AKM [modèle beaucoup plus léger]. Vous en trouverez un pour 400 dollars. L’achat d’une fille
“nouvelle” pour l’exploiter vous reviendrait à peu près au même prix. La drogue
ne vous conviendra pas… Des trois marchandises, c’est la seule qui ne peut pas être revendue après utilisation. » Le ton employé par le policier me rend nerveuse, mais je note chacun de ses mots. S’apercevant qu’il a dit ce qu’il fallait, Mahmut conclut par quelques chiffres sur le commerce légal et illégal et sur la difficulté de les différencier.
Je l’interroge: « Serait-ce la même chose avec les femmes? L’esclavage a besoin de la prostitution légale pour rendre plus difficile la distinction entre les deux activités. » « C’est tout à fait cela, Madame, affirme-t-il. C’est pourquoi tant de personnes ont intérêt à promouvoir la réglementation de la prostitution. »
La Turquie, avec son économie en pleine ébullition, fait partie des quatre pays qui construisent et vendent le plus de bateaux, de yachts et de mégayachts dans le monde. Rien qu’en 2008, le pays a importé des biens et des services pour un montant total de 141,8 milliards de dollars et a exporté pour 204,8 milliards de dollars de marchandises.
« Surveillez les passagers des charters et les regards dissimulés dans les aéroports », me met en garde le policier qui, en guise de salut, pose la main sur le cœur et se courbe légèrement. « Ne vous inquiétez pas, lui dis-je en inclinant la tête. Je viens du Mexique et là-bas, la situation n’est pas si différente pour les journalistes. » Il n’est pas religieux mais, fidèle à la coutume, Mahmut me dit au revoir en me souhaitant la protection d’Allah.