Traffics de femmes
1. Refuges créés et dirigés par des survivantes de la prostitution forcée et par des féministes
% des financements nécessaires et l’État apporte le reste. Dans 4 pays, le gouvernement interdit les subventions publiques aux organisations civiles, qui ne peuvent collaborer avec les organisations internationales qu’en prenant de grandes précautions politiques et diplomatiques. En Turquie, par exemple, les maisons closes sont gérées par l’État et les organisations n’ont pas le droit de recevoir de financements publics. Dans 17 pays, le gouvernement refuse non seulement de collaborer avec les organisations qui portent secours aux victimes, mais poursuit en outre les défenseurs des droits
de l’homme41. Dans le monde entier, il existe sept fois plus de refuges pour les animaux maltraités que pour les victimes de la traite à des fins d’esclavage.
Les financements sont un élément essentiel pour permettre aux organisations civiles de supporter le coût élevé engendré par l’hébergement temporaire et l’assistance fournis à des centaines de personnes en situation de crise. Les organisations emploient à temps plein des professionnels dans les domaines de la santé physique et mentale, des avocates, des assistantes sociales, des institutrices, des auxiliaires de vie, des experts médicaux et paramédicaux, des spécialistes de la sécurité, des chauffeurs, des secrétaires, du personnel administratif et comptable ainsi que du personnel d’entretien pour s’occuper de bâtiments comprenant trente à quarante chambres. Les victimes doivent recevoir trois repas par jour. La plupart souffrent de graves problèmes de santé liés à la dénutrition et, parfois, à des addictions créées par les trafiquants. Les médicaments et les compléments alimentaires peuvent entraîner des coûts
considérables, surtout pour les organisations des pays en développement, où la culture de l’aide humanitaire et des dons est pour ainsi dire inexistante. En outre, la plupart de ces pays n’ont pas de politique publique effective pour encourager une collaboration entre l’État et la société civile. Par exemple, au Mexique et au Guatemala, l’octroi de subventions publiques aux organisations est conditionné à leur enregistrement auprès des organismes publics concernés, au respect de mécanismes de transparence et à l’obligation de rendre des comptes. Malgré tous ces critères, la charge fiscale de ces organisations s’élève néanmoins à 30 %, soit plus que ce que doivent payer la plupart des entreprises lucratives.
Grosso modo, il existe quatre types de refuges pour victimes de la traite, dont la mission est d’héberger et de fournir une assistance thérapeutique, légale et migratoire aux victimes secourues. La qualité professionnelle mise en œuvre dans ces refuges est très inégale: certains établissements disposent de modèles d’assistance complets, de manuels opératoires et de principes éthiques ; d’autres ont surgi de nulle part et leur fonctionnement tient du miracle; d’autres encore ont trouvé dans la traite à des fins d’exploitation sexuelle un terrain propice à l’évangélisation de personnes vulnérables.
1. Refuges créés et dirigés par des survivantes de la
prostitution forcée et par des féministes
Ces refuges ont une particularité: ils sont nés à partir de l’expérience personnelle de leur fondatrice. Ils ont pour la plupart commencé en adoptant des positions radicales et, au fil des années, ont élaboré des modèles d’assistance complets qui ont prouvé leur efficacité sur les survivantes. Ces établissements se distinguent par leur capacité à collaborer avec les organismes gouvernementaux et à faire cesser la discrimination judiciaire dont font l’objet les femmes en situation de prostitution. Nombre de ces organisations ne sont plus aussi enthousiasmées par les nouvelles lois de lutte contre la traite; elles se sont en effet rendu compte que les interrogatoires interminables et les procès imposés à ces femmes, qui doivent supporter la charge de la preuve, ont pour seul effet de les placer de nouveau en position de victimes. La plupart du temps, les organisations réalisent donc un rapport exhaustif sur le cas concerné puis remettent éventuellement ces informations à Interpol ou à toute autre autorité compétente pouvant enquêter de façon autonome.
De nombreux refuges, y compris les plus connus, connaissent de graves difficultés économiques car ils sont dépassés par la demande. Les professionnels qui sont employés par ces organisations reçoivent des salaires très bas et des prestations faibles, voire nulles. En moyenne, les victimes sont hébergées entre six mois et trois ou quatre ans, en fonction de leur âge et de la dangerosité de leur situation. L’offre de services thérapeutiques, alimentaires, médicaux, éducatifs, sociaux, d’hébergement et de formation professionnelle coûte environ 45 dollars par jour dans les pays en développement et entre 200 et 300 dollars par jour dans les pays développés.