Traffics de femmes
Trafiquants recherchent blanchisseurs
Cette femme, qui a recyclé des millions de dollars obtenus grâce au commerce sexuel, est devenue un véritable modèle pour tous les proxénètes. Grâce à l’ouverture de comptes bancaires au nom de ses proches, à ses investissements immobiliers et à des prêts bancaires, elle a pu gérer sa fortune de telle manière qu’elle a déclaré faillite en sortant de prison. Deux mois plus tard, elle conduisait une Porsche et habitait dans une demeure immense. Elle a toujours affirmé qu’elle vivait grâce aux économies de sa famille.
Mme Fleiss a gagné quelques millions supplémentaires en vendant à la chaîne HBO les droits pour réaliser un film sur sa vie. Quelques années plus tard, elle est devenue patronne d’une maison close légale dans le Nevada, près de Las Vegas. Elle aurait contribué à donner une image glamour à la prostitution auprès
des jeunes filles âgées de 18 à 25 ans aux États-Unis. Heidi Fleiss est non seulement devenue experte en blanchiment d’argent, mais également porte-parole de la nouvelle génération de l’industrie du sexe.
Trafiquants recherchent blanchisseurs
« Schtroumpfs » : voilà le surnom trouvé par un policier de Floride pour qualifier les gérants qui se rendent chaque jour dans dix à quinze établissements bancaires de taille moyenne pour y effectuer de petits dépôts en espèces. Ils parviennent ainsi à recycler les sommes payées par les clients de la prostitution.
« Ils ont l’air insignifiants et sans défense, mais représentent un véritable danger pour le monde financier », affirme un agent fédéral.
Les casinos fonctionnent comme les banques : ils réalisent des opérations de change, acceptent des chèques de banque, possèdent des coffres-forts et envoient eux-mêmes des chèques à leurs clients. Un trafiquant peut laisser ses gains dans un casino de Las Vegas et les récupérer une semaine plus tard à Naga World, au Cambodge, avant de les transférer à Londres. Selon la législation, les propriétaires de casinos sont censés signaler tout client suspect.
Les loteries constituent également une stratégie fréquente de blanchiment de capitaux. Les blanchisseurs font appel à des intermédiaires, qui recherchent les propriétaires d’un billet gagnant, puis échangent ledit billet contre des espèces.
La plupart des loteries payent le montant des gains en mensualités versées sur un compte bancaire. Grâce à ce mécanisme, les délinquants disposent d’un compte légalement approvisionné. De son côté, le gagnant réel de la loterie garde son patrimoine sous le matelas.
Dans tous les pays que j’ai visités, les autorités m’ont assuré connaître avec certitude la quantité de recettes produites par le secteur de l’esclavage sexuel, sans toutefois pouvoir suivre la piste de cet argent ni en arrêter les propriétaires.
Pourquoi ? Selon M. Álvarez, agent d’Interpol, il est extrêmement difficile de distinguer la part des revenus provenant de la prostitution (qui, si elle n’est pas légale, n’est pas criminalisée) et la part provenant de l’esclavage sexuel, considéré comme une infraction dans plusieurs pays.
La seule façon qui permettrait de contrôler le blanchiment d’argent, et donc de paralyser l’économie de la traite pour éviter que davantage d’êtres humains en soient victimes, serait d’harmoniser les réglementations et les législations de tous les pays du monde afin de pouvoir obtenir des preuves légales sur l’identité des émetteurs et des destinataires de l’argent blanchi et ainsi, en connaître l’origine réelle. Chaque jour, plus de 500 000 transferts sont réalisés à travers le
monde, pour une valeur totale de 1 000 milliards de dollars. Leur enregistrement et leur contrôle systématique seraient tout simplement impossibles, surtout pour les petits montants. En outre, aucun pays n’a intérêt à investir plus d’argent qu’il ne lui est possible d’en obtenir pour mener ces enquêtes. De plus, comme je l’ai déjà dit plus haut, il existe des régions et des secteurs qui dépendent entièrement d’une économie criminelle et de la manipulation de capitaux qu’elle engendre.