Traffics de femmes
Nouvelle époque, nouvelles stratégies
Les mafias sont sans doute plus solides et mondialisées que les principes démocratiques. Ceci est particulièrement vrai pour certains pays, à qui les nations les plus influentes ont imposé des systèmes prétendument démocratiques, et qui doivent sauver les apparences pour être respectés par les grandes puissances du globe. Sinon, comment expliquer que celles-ci, du haut de leur hégémonie, pensent pouvoir imposer des lois « mondiales » contre la traite des personnes là où les appareils judiciaires sont gravement défaillants ou fortement corrompus ?
Les mafias passent ouvertement des accords économiques avec des personnalités politiques ambitieuses qui doivent améliorer leurs résultats pour ne pas être punies par la main toute-puissante de Washington. Ces ententes, associées à la pression sociale constante contre la traite des personnes, ont entraîné la création d’une nouvelle génération de proxénètes ou de trafiquants politiquement corrects, qui ont adopté d’autres méthodes de fonctionnement.
Ainsi, en Thaïlande, certaines organisations civiles assurent que les groupes mafieux font des donations aux refuges pour les victimes. L’État thaïlandais intervient dans plus de 200 refuges de tous types, certains accueillant des immigrants clandestins et d’autres des victimes de la violence. Je n’ai pas eu l’occasion de les visiter: les journalistes ne sont en effet pas invités à mettre leur nez dans un problème que le gouvernement cherche désespérément à cacher à la communauté internationale. Selon l’AFESIP, la plupart des victimes sont des femmes âgées de moins de 30 ans, originaires du Vietnam, d’Indonésie, de
Russie, de Birmanie, de Chine et d’Ouzbékistan. Selon certains experts locaux, lorsque les trafiquants veulent se débarrasser des « marchandises » usées, ils se contentent de demander une intervention de la police, qui expulse ou « rapatrie »
les victimes.
Les policiers turcs, mexicains, guatémaltèques, philippins, singapouriens, colombiens, brésiliens et américains ont dénoncé exactement le même système: les mafias savent que malgré les recommandations de Washington et de l’ONU
aux différents systèmes judiciaires, la charge de la preuve incombe néanmoins toujours à la victime, qui doit prouver qu’elle a été réduite en esclavage.
Nouvelle époque, nouvelles stratégies
Aujourd’hui, de nombreux trafiquants commencent par donner de l’argent à leurs victimes, puis ils les endettent peu à peu en utilisant les techniques classiques. S’ils font moins appel à la violence physique, les initiations sexuelles restent néanmoins les mêmes dans le monde entier. Au Mexique, en Colombie, aux États-Unis, au Guatemala et en Thaïlande, ces cinq dernières années, les trafiquants ont pris l’habitude d’administrer de l’ecstasy aux jeunes femmes qui dansent dans les bars et dans les karaokés. «Tu es une pute et une droguée, a affirmé un trafiquant argentin à une Cubaine, réduite en esclavage au Mexique.
À ton avis, qui la police va-t-elle croire ? La pute, ou l’important homme d’affaires ? » Une photographie de lui est affichée dans son bureau, le montrant en train de discuter autour d’un verre de vin en compagnie du gouverneur du Quintana Roo et d’un célèbre journaliste mexicain.
Actuellement, la diffusion de pornographie illégale adulte et infantile au Mexique et au Guatemala est contrôlée par un groupe d’anciens militaires, connus sous le nom de « Los Zetas ». Une de mes sources, qui a vécu avec un des chefs dans le sud-est du Mexique, m’a assuré que les programmes utilisés pour télé-charger les vidéos sont importés de Singapour. En outre, pour ne pas être découverts, ils utilisent des serveurs situés aux Pays-Bas ou dans des pays nordiques, où la pornographie est légale.