Traffics de femmes

Lydia Cacho · Chapitre 30 sur 70

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Traffics de femmes

Répartition du marché

Tout comme le tourisme, qui a entraîné la création d’une culture à part entière, le secteur de l’esclavage sexuel se nourrit constamment des stéréotypes les plus populaires, sans cesse réaffirmés par les clients du monde entier. Ainsi, sur Internet, on peut trouver des centaines d’annonces faisant la promotion des services sexuels de «geishas japonaises silencieuses », de «masseuses thaïlandaises soumises », de «Colombiennes désinhibées et sauvages », de

«Cubaines nymphomanes insatiables », de « Russes ouvertes à toutes les perversions », de « Dominicaines tendres et amoureuses » ou encore de « play girls américaines amatrices de sexe brutal ».

Tandis que les réseaux criminels évoluent rapidement et furtivement, les institutions internationales qui luttent contre le crime organisé, semblables à de vieux éléphants, peinent à suivre le mouvement. En effet, il existe une grande différence structurelle qui avantage les réseaux de trafiquants par rapport aux institutions internationales qui luttent contre la délinquance organisée : l’absence de bureaucratie et de principes. Les réseaux sont amoraux. Ainsi, lorsqu’un

membre d’une mafia ne respecte pas les règles ou se rend coupable de trahison, il est tout simplement éliminé. En revanche, à Interpol, par exemple, lorsqu’une taupe est découverte, elle doit tout d’abord faire l’objet d’une enquête légale, processus qui dure le plus souvent un ou deux ans avant qu’une condamnation ne soit rendue. Les mafias se contentent quant à elles d’assassiner les traîtres et, deux heures plus tard, elles disposent déjà d’un remplaçant. Voici ce que m’a affirmé un proxénète guatémaltèque : « Nous n’avons pas peur de la police.

Nous avons peur des chefs : eux peuvent nous tuer sans pitié et savent où vit notre famille. On peut acheter les policiers, mais pas les chefs. » Tant que la corruption au niveau local ne sera pas éliminée pays par pays, les accords internationaux contre la traite ne dépasseront jamais le stade des bonnes intentions.

S’il y a une chose que j’ai apprise au cours de mon voyage autour du monde, c’est que contrairement à ce que les grands spécialistes ont pu dire et écrire, les mafias de trafiquants, qu’elles soient grandes ou petites, possèdent des règles opératoires et des codes éthiques très clairs. Si ceux-ci sont la plupart du temps rudimentaires, absurdes et incohérents, il s’agit tout de même de codes. En outre, les polices d’au moins 46 pays étudiés dans le cadre de cette enquête ne satisfont pas les critères minimaux en termes de formation, de connaissances, de capacités, de professionnalisme et de transparence.

Répartition du marché

Aux alentours de minuit, alors que je me promène dans le quartier de Shibuya, à Tokyo, avec deux Japonaises, une journaliste et une activiste défendant les droits des femmes, nous rencontrons un grand Noir souriant et à l’air joyeux qui attire notre attention. Je consulte mes deux accompagnatrices du regard, puis nous commençons à discuter avec lui. Subtilement, il nous offre « tout ce dont nous avons besoin pour être heureuses ». En anglais, il nous propose des sachets et des cachets de métamphétamine. Je plaisante avec lui et lui demande son origine. Il est nigérian et affirme que sa spécialité, c’est de « rendre les femmes heureuses ». Il nous explique qu’il vit et travaille à Tokyo depuis cinq ans et qu’il se considère comme «un homme de la nuit». Il peut obtenir tout ce qu’une femme désire, y compris du plaisir, et les emmener dans les bars karaokés où des jeunes rendent les femmes heureuses. La conversation prend fin. Il rit et nous lance quelques insinuations sexuelles. Alors que nous partons, il me demande d’où je viens. Je le mets au défi de deviner mon origine et il me répond: