Traffics de femmes
De nouveaux colonisateurs
« Pouvoir et influence: l’augmentation de la présence féminine dans l’industrie du divertissement adulte », « Entreprises et nouvelles technologies: tout ce qu’il faut savoir pour améliorer votre résultat » ou encore «Créer de meilleures équipes de vente : éducation sexuelle à destination de votre personnel
» sont quelques exemples de conférences tenues lors de ce salon. Celle d’Arthur Schwarts, qui porte sur le droit, fait partie des plus connues. Pendant qu’a lieu ce séminaire, au cours duquel des policiers et des avocats respectables décortiquent les nouvelles lois et leurs méthodes d’application, les véritables mafieux se retrouvent dans les couloirs et inventent des stratégies pour les contourner. Dans les allées de l’AEE se côtoient les amateurs, qui considèrent l’industrie du sexe comme une forme d’éducation et de libération érotique, et les trafiquants nationaux et internationaux, qui utilisent cette liberté créatrice pour vivre d’un esclavage destructeur. Tous ceux qui osent poser des questions sur ces mafias et sur leurs liens avec l’industrie sexuelle conventionnelle se heurteront à une vague d’attaques de la part de ceux qui estiment qu’il ne s’agit que d’un mythe, tout comme les snuff movies à caractère pornographique produits avec des victimes de Ciudad Juarez, de Tijuana ou de Thaïlande.
Pourquoi si peu de plaintes ?
Les sceptiques se demanderont sûrement pourquoi si peu de plaintes sont déposées au regard de la quantité d’esclaves victimes du commerce sexuel.
Avant tout, il faut dire que cette industrie se développe au sein d’une culture
libérale. Si l’esclavage sexuel est considéré comme une infraction, il n’a pas été assimilé en tant que telle par les autorités, du fait de leur sexisme et de leur élitisme. Le chef de la police spécialisée de Bangkok m’a assuré qu’il était très difficile de lutter contre ce crime, « surtout quand les jeunes filles secourues veulent retourner auprès de leurs trafiquants. J’imagine que ça leur plaît…
Pauvres petites».
Lorsque la police arrête une victime à la suite d’une plainte déposée par des touristes ou par le personnel des ambassades qui collaborent avec les organisations civiles, les trafiquants se contentent de se rendre à la prison, déclarent faire partie de la famille de la jeune femme et payent la caution nécessaire à sa libération. Une femme de ménage, employée dans le centre de détention de Bangkok, m’a affirmé que les autorités policières connaissent la véritable identité de ces hommes. Pourtant, elles ne sont pas intervenues lorsqu’en l’espace d’une semaine seulement, un trafiquant surnommé « le Chien
» a payé les cautions de neuf de ses « filleules ».
À mesure que les campagnes de prévention se font plus nombreuses, les trafiquants mettent en garde les esclaves contre les organisations civiles: ils leur fournissent une liste des noms de ces organismes et les préviennent que si elles demandent de l’aide ou déclarent à la police qu’elles sont victimes de la traite, elles seront emprisonnées pendant au moins un an et ne pourront plus voir leurs familles ni leur envoyer de l’argent. Ils les menacent également de tuer un de leurs proches en cas de rupture des règles du « contrat ».
Ce n’est pas un hasard si la participation des femmes dans les réseaux de trafiquants croît de façon exponentielle. Ainsi, au Cambodge, une femme âgée de 26 ans qui avait réussi à s’échapper a pu être localisée par le réseau de surveillance, constitué par les conducteurs de tuk-tuk. Son trafiquant lui a alors déclaré qu’elle pouvait acheter sa liberté en échange d’une petite fille de son village. Comme des milliers d’autres victimes, elle a accepté la requête. Ce procédé est également répandu au Mexique et au Guatemala. Les mafias ont fait leur travail: elles passent des accords avec les autorités et étudient les lois, comme j’ai pu le vérifier auprès d’une trafiquante des Philippines, qui connaissait par cœur le Protocole de Palerme.
De nouveaux colonisateurs
Selon les experts locaux, les traités régionaux de libre circulation ont eu pour conséquence de faciliter la vie aux trafiquants, qui peuvent ainsi se déplacer sans passeport entre le Laos, la Birmanie, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam.
Mais personne ou presque ne parle des Européens qui ont colonisé des villages entiers à des fins d’exploitation sexuelle et domestique de femmes et de petites filles. Pourtant, ces hommes sont en grande partie responsables de la normalisation de la culture du proxénétisme.
En 2007, un Suisse a épousé une adolescente thaïlandaise à Pattaya, en Thaïlande. Puis, plusieurs de ses compatriotes ont suivi, et tous se sont immédiatement mariés avec de jeunes autochtones, qu’ils ont ensuite ramenées dans leur pays. Personne n’a rien demandé; l’événement est simplement resté consigné dans les archives des bureaux des services de migration des deux pays.
Dans la province de Surin, dans le nord-est de la Thaïlande, un Anglais qui vivait à Pattaya a enlevé une petite fille de 11 ans, avec laquelle il a décidé de se marier pour établir un lien avec le reste de la communauté. Il a ensuite ouvert un restaurant et créé ce que les gens du coin appellent désormais «la communauté internationale ».
J’ai à peine pu approcher les environs, les réseaux de tuk-tuk étant entièrement contrôlés par la communauté d’étrangers. «Même les policiers ont peur de venir», m’a affirmé la propriétaire d’un petit hôtel, situé à 2 kilomètres du restaurant de l’Anglais. Tous les habitants connaissent cette histoire et estiment que l’économie a été renforcée grâce à l’arrivée des farang (« blancs »). Les autorités sont reconnaissantes envers ces Européens, qui ont créé des réseaux de pédophiles disposant d’esclaves sexuelles et domestiques. En effet, ils font des dons pour les écoles et les temples bouddhistes. Actuellement, des milliers d’Européens sont mariés à des adolescentes et à des femmes thaïlandaises, qu’ils maintiennent en situation d’esclavage domestique et sexuel. La plupart de ces hommes sont originaires de Norvège, d’Allemagne, du Royaume-Uni, de France et des Pays-Bas. D’autres encore viennent du Japon.