Traffics de femmes

Lydia Cacho · Chapitre 70 sur 70

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Traffics de femmes

Annexe

Victime : femme ou petite fille qui est ou non captive de ces trafiquants, qui souffre de tous les symptômes du syndrome de la femme battue et qui est incapable de se tirer seule de cette situation.

Violence contre la femme ou la petite fille: tous actes ou menaces d’actes violents fondés sur l’appartenance au genre féminin, ayant ou pouvant avoir comme résultat une souffrance physique, sexuelle ou psychologique pour la femme, ainsi que toutes contraintes ou privations arbitraires de liberté, qu’elles aient lieu dans la sphère publique ou privée.

Violence de genre intrafamiliale ou domestique : phénomène considéré comme un ensemble discret d’actes violents, mais qui est en réalité un système de pouvoir et de contrôle mis en place et maintenu par l’agresseur sur sa partenaire, son épouse, son ex-épouse ou sa fille. L’homme violent utilise à la

fois l’isolement, l’intimidation et les menaces, mais aussi des pressions d’ordre émotionnel, économique et sexuel pour placer la femme en position de victime.

Les femmes et les petites filles qui subissent des violences de genre au sein de leur foyer apprennent à normaliser cette situation de domination et sont donc plus fragiles face aux trafiquants.

Annexe

Ce qu’il reste à faire

L’éradication de la traite des femmes et des enfants à des fins d’esclavage sexuel est une tâche extrêmement complexe. Il est essentiel de commencer par des objectifs concrets permettant à chaque groupe social et aux dirigeants politiques d’identifier un à un les problèmes et leurs éventuelles solutions. Pour cela, il faut impérativement admettre que la traite des personnes est une composante de l’industrie internationale du sexe commercial. Ainsi, les revenus considérables qu’elle engendre profitent aux trafiquants et aux réseaux, stratégiquement situés dans le monde entier, qui soutiennent ce commerce et qui ne sont pas disposés à les sacrifier. Il faut également savoir que ce secteur bénéficie de plusieurs niveaux de protection, accordée à la fois par certains fonctionnaires gouvernementaux et par des membres de groupes criminels organisés, qui donnent assez peu d’importance aux discussions philosophiques sur le sujet.

De même, il est indispensable de connaître les facteurs de risque pour les victimes potentielles :

pauvreté et extrême pauvreté;

absence d’éducation sexuelle;

absence d’éducation amoureuse;

manque d’opportunités en termes d’éducation, d’emplois, etc.; promotion de la prostitution au sein de la sphère familiale ou sociale ; transfert des femmes et des enfants originaires de pays en développement vers des pays développés;

problèmes d’addiction, d’isolement et de discrimination;

abus sexuels ou mauvais traitements subis pendant l’enfance.

De la même manière, nous devons être conscients des conséquences de l’exploitation sexuelle :

infections sexuellement transmissibles ;

traumatismes provoqués par des relations sexuelles violentes avec des

hommes ;

isolement des femmes et des petites filles, qui sont éloignées de leur famille et deviennent dépendantes des proxénètes et des propriétaires des maisons closes;

difficultés, pour les victimes, de demander de l’aide en raison de leur situation clandestine sur le territoire où elles se trouvent, de leur activité de prostitution et de l’utilisation de faux documents; rejet familial et social des victimes qui parviennent à retourner chez elles après avoir été expulsées ;

impossibilité pour les victimes de prendre possession de leur corps.

Que pouvez-vous faire ?

Donnez une partie de vos revenus à des organisations qui viennent au secours des petites filles en situation d’esclavage et qui leur offrent l’opportunité d’étudier et de vivre librement (voir la liste des organisations

dans la rubrique consacrée à Esclavas del poder sur www.lydiacacho.net).

Cherchez des équipes professionnelles de football, de tennis ou de basket qui mettent en place des programmes à destination des petits garçons pour promouvoir une masculinité non violente et non sexiste.

Ne donnez pas d’argent aux mineurs qui mendient dans les rues, car ils sont généralement contrôlés par des trafiquants. Il est préférable de trouver une organisation éducative locale qui offre d’autres possibilités aux enfants et de s’engager à faire des dons tous les ans.

Parlez ouvertement d’érotisme et de sexualité avec vos enfants, expliquez-leur que l’appropriation du corps procure un pouvoir, que la violence est néfaste aux hommes comme aux femmes et que l’égalité est une valeur primordiale.

Refusez d’acheter des produits fabriqués par des victimes du travail forcé

(consultez le site www.ilo.org ou la rubrique consacrée à Esclavas del poder

sur www.lydiacacho.net).

Prenez part à des mouvements activistes contre l’esclavage des êtres humains dans votre pays.

Voyagez de façon responsable en vous assurant par exemple que l’hôtel où vous séjournez applique des politiques de lutte contre la traite des personnes et particulièrement contre le tourisme sexuel infantile. Pour connaître ces

établissements, vous pouvez consulter les sites www.ecpat.org

et www.savethechildren.org.

Ne généralisez pas : des millions d’hommes sont contre l’exploitation

sexuelle et l’esclavage des femmes et des mineurs. Demandez aux hommes de votre entourage d’adopter une position claire à ce sujet.

Écrivez aux quotidiens, aux hebdomadaires et aux revues qui abordent le sujet de l’esclavage des êtres humains et participez aux campagnes de prévention.

Si vous êtes prêts à vous engager, demandez les brochures publiées lors des différentes campagnes contre la traite des personnes et distribuez-les dans les établissements scolaires de vos enfants.

Privilégiez les marques qui contribuent à la prévention de la traite des enfants. Par exemple, The Body Shop et Oxfam proposent des produits dont les bénéfices sont destinés à venir en aide aux enfants en situation d’esclavage.

N’oubliez pas que vous pouvez contribuer à une transformation sociale.

Vous pouvez choisir, alors profitez-en : des millions de personnes dans le monde n’ont pas cette chance.

Exploitation infantile : mythes et réalités

En juin 1998, plusieurs pédophiles se sont réunis, tout d’abord en personne puis sur Internet, pour créer l’International Boy Love Day (IBLD), célébrée le 24

juin. Selon eux, cette journée sert à revendiquer «le droit des hommes adultes à avoir des relations sexuelles avec des petits garçons ». Cette campagne voyage sur Internet et, pour célébrer ce jour, ces pédophiles allument des bougies bleues qui leur permettent de se reconnaître dans le monde entier, depuis les Pays-Bas jusqu’en Argentine, en passant par la Belgique, l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Mexique, le Canada et les États-Unis.

Les réactions face à l’IBLD ne se sont pas fait attendre. Une partie de la société a préféré ne pas prendre position, trouvant le sujet désagréable. Certains groupes de jeunes, particulièrement en Europe, ont argumenté, au nom de la protection des tendances progressistes, que tous les individus doivent avoir le droit d’exprimer leurs opinions politiques, sexuelles et idéologiques. Certaines organisations de société civile et de défense des droits de l’enfant ont cependant souligné les retombées négatives de cette pratique, qui consiste à forcer les enfants à se soumettre pour satisfaire certains adultes plus puissants et anticonformistes.

Le 30 mai 2006, un groupe de pédophiles a créé un nouveau parti politique enregistré auprès des autorités néerlandaises, le Charity, Freedom and Diversity Party (CFDP). Fondé sur des mouvements de légalisation de la prostitution, cet

organisme demande que la liberté de pensée et d’expression, garantie par la Constitution, passe avant les traités internationaux de défense des droits de l’enfant. Le CFDP affirme que ses membres comptent des hommes politiques hollandais importants, des chefs d’entreprise, des pères de famille, des instituteurs, des prêtres et « tous types d’hommes libres qui ont choisi d’exprimer leur sexualité et leur vie érotique à travers des relations libres avec des petits garçons et des petites filles ».

Dans son manifeste, le CFDP demande un abaissement de 16 à 12 ans de l’âge légal pour avoir des relations sexuelles consenties ainsi que la légalisation de la zoophilie, de la pornographie infantile et, bien entendu, de toutes les formes de violences sexuelles contre les mineurs. De plus en plus d’hommes de pays développés, parmi lesquels l’Espagne, la Norvège, les États-Unis, le Canada, l’Australie, l’Angleterre et l’Allemagne, s’unissent à ce mouvement.

Pédérastes ou pédophiles ?

Il est toujours nécessaire de revenir aux définitions. Le mot « pédéraste » vient du grec paiderastós, composé de paidós, qui signifie « enfant », et de erastós, qui signifie « amant ». À l’origine, dans la Grèce antique, la pédérastie correspondait donc aux rapports sexuels initiatiques entre un très jeune homme et un aîné. Aujourd’hui, le mot « pédéraste », devenu désuet et souvent péjoratif, a pris le sens d’homosexualité entre hommes adultes. En revanche, la «

pédophilie », qui vient du mot paidofilia, est l’attraction sexuelle des adultes pour les enfants.

Historiquement, Freud et Lacan ont établi les principaux éléments qui permettent à la psychiatrie et à la psychologie actuelles de considérer que l’individu qui abuse d’enfants souffre de pathologies, parfois provoquées par des traumatismes. Sans arguments très solides, certains chercheurs expliquent la pédophilie comme la conséquence d’un traumatisme datant de l’enfance, les pédophiles ayant eux-mêmes été victimes d’abus sexuels. Certains scientifiques, comme R. J. Kelly et R. Lusk, soulignent que les préférences sexuelles du pédophile peuvent être dues à une réminiscence de l’époque où les premiers jeux sexuels ont normalement lieu avec les autres jeunes enfants. Selon la théorie de l’apprentissage social, les pédophiles pourraient en effet connaître une activation sexuelle précoce à ce moment-là, expliquant ainsi le fait qu’ils ne soient attirés que par les attributs physiques des enfants, comme l’absence de pilosité ou la petite taille des organes génitaux. En revanche, ces spécialistes ne mentionnent pas l’éventuelle situation de responsabilité du pédophile vis-à-vis de sa victime,

qui a confiance en lui et sur laquelle il exerce un certain pouvoir. D’autre part, il a été démontré que la plupart des pédophiles sont des hommes et des femmes au fonctionnement social normal, capables d’assumer des responsabilités dans tous les aspects de leur vie quotidienne.

Les spécialistes de l’abus infantile

Le psychologue clinique argentin Jorge Garaventa, un des spécialistes les plus reconnus en Amérique latine dans le domaine de l’abus sexuel infantile, affirme que « les mauvais traitements et les abus sexuels sur des enfants ont lieu dans une situation d’inégalité, dans laquelle l’adulte dispose d’une autorité et utilise cette supériorité pour satisfaire le plaisir que lui procure sa victime, qui est anéantie et soumise ». Il assure en outre que « l’abus sexuel commis par un adulte sur un mineur, tout comme le viol, ne sont ni un besoin ni une pulsion sexuelle, mais un acte de domination et de soumission qui se traduit par une expression érotique ».

Plusieurs spécialistes des nouveaux courants de psychologie humaniste, s’occupant de mineurs victimes de violence sexuelle, réfutent les vieux arguments qui considèrent la pédophilie comme une pathologie incontrôlable.

Selon eux, il est dangereux de prétendre que les individus qui commettent de telles pratiques sont prisonniers d’une culture : en effet, il existe forcément un moment dans la vie où il faut choisir une voie, et ce choix se fait parfois dans la douleur. S’il est vrai que dans les cultures grecque et romaine, la pédérastie était socialement acceptée et que, pendant des siècles, la domination patriarcale a contribué à dissimuler cette forme de violence, il est néanmoins indispensable de remettre en question cette façon de penser dominante et d’écouter les spécialistes des pays du Sud, qui mettent actuellement en place de toutes nouvelles théories et des modèles efficaces d’assistance aux victimes.

Soigner les pédophiles ?

À ce jour, il n’existe aucune étude scientifique démontrant que les traitements psychiatriques contre la pédophilie fonctionnent sur le long terme.

L’emprisonnement n’est pas non plus un moyen efficace: la plupart des cas de violence sexuelle les plus connus aux États-Unis et, plus récemment, en Autriche, ont été commis par des hommes emprisonnés pour des crimes sexuels, qui récidivent dès leur sortie de prison avec davantage d’animosité et de violence. Plusieurs pays ont opté pour la castration chimique afin de désactiver la partie du cerveau qui contrôle la libido ; cependant, il n’a pas encore été

démontré que le contrôle des pulsions libidinales empêche les agressions sur les mineurs.

Tandis que les pédophiles s’organisent en partis politiques et créent des réseaux de promotion des relations sexuelles infantiles, auxquels viennent se greffer quelques «hommes normaux », on estime que seulement un cas de

viol sur trente-six est dénoncé. Les rapports de l’Unicef49 affirment qu’environ 1,2

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