Traffics de femmes
Chapitre 12 - Manipulation des chiffres, diversité des points de vue et « panique morale »
Après ce voyage parmi les mafias, une chose m’apparaît clairement : seul le pouvoir de la société et des organisations civiles pourra imposer un changement culturel, qui viendra d’en bas, des racines, et qui créera une éthique de l’autre, permettant une réelle reconnaissance de la volonté et du désir d’autrui, c’est-à-
dire de ceux qui, même s’ils ne nous ressemblent pas, n’en sont pas moins des êtres humains.
Pendant le procès que j’ai subi, je me suis rendu compte que le pouvoir des trafiquants mexicains de petites filles n’est pas si réel: ces hommes ne sont pas des monstres, mais des êtres humains étroits d’esprit. Leur plus grand pouvoir est notre peur. Quant à nous, nous disposons de la capacité de les combattre et de les éliminer de nos rues, non pas grâce aux forces de l’ordre, non pas grâce au strict contrôle policier de Washington, mais en les tuant à petit feu.
Il est nécessaire de mettre en place une révolution masculine : nous avons besoin d’une nouvelle génération d’hommes non violents, qui ne soient ni guerriers, ni armés, ni menacés par des châtiments célestes, mais qui possèdent une réelle volonté d’équité et de progrès. Ces dernières années, j’ai rencontré beaucoup de ces hommes. Le pouvoir masculin doit être réinventé avant que les mafias et que la société mondiale, qui se désintéresse de façon irresponsable du sort de ces enfants, ne parviennent à convaincre toutes les petites filles que le travail d’esclave sexuelle constitue leur unique moyen d’étudier, de se nourrir et d’acheter des biens et services. Il ne faut pas laisser à une autre génération le temps de se convaincre qu’acheter des esclaves est un phénomène progressiste et moderne.
Chapitre 12
Manipulation des chiffres, diversité des points
de vue et « panique morale »
Au cours de cette enquête, j’ai rencontré des trafiquants, des clients, des hommes politiques, des universitaires, des producteurs de pornographie, des actrices pornos, des prostituées et des féministes dont l’argument principal contre les organisations abolitionnistes, qui portent secours et qui protègent les femmes et les petites filles victimes d’esclavage sexuel, repose sur la falsification fréquente du nombre réel de victimes dans le monde. Toutes ces personnes affirment également qu’il est possible de différencier clairement la prostitution volontaire de la prostitution forcée. Presque tous les partisans d’une réglementation estiment qu’il faut pour cela prendre en compte la liberté de mouvements de la personne concernée et son ressenti quant à sa condition d’esclave.