Traffics de femmes
Comment devenir proxénète?
qui exploitent les femmes et les petites filles dans les zones rurales du Cambodge, de la Thaïlande et du Vietnam, pays que j’ai visités dans le cadre de cette enquête.
De mon point de vue, si les lois contre l’exploitation sexuelle sont en progression à l’échelle mondiale, les padrotes et les trafiquants des zones rurales du monde entier, qui procèdent de façon très similaire, n’en sont pas moins parvenus à créer une culture dominante qui s’est enracinée dans les coutumes des différents groupes sociaux et ethniques.
Avec un des travaux les plus récents sur la façon de penser des trafiquants, intitulé Trata de personas: padrotes, iniciación y modus operandi, Óscar
Montiel Torres23 réalise une des recherches sur le terrain les plus importantes.
Dans cette étude, il donne la parole aux proxénètes du Mexique pour nous fournir une explication détaillée de leur métier. Avec son autorisation, nous publions ici un résumé de son ouvrage, très instructif.
Comment devenir proxénète?
1. Par parrainage
Le parrainage est l’un des différents moyens de devenir proxénète et il permet d’acquérir tous les savoirs nécessaires à l’exercice de cette fonction. L’homme qui désire s’orienter vers cette voie doit tout d’abord rechercher un mentor ayant déjà été initié et acceptant de le parrainer. Le tuteur transmet alors au futur proxénète toutes ses connaissances concernant la prostitution, les stratégies de recrutement et de formation des femmes à ce travail et, surtout, les différents mécanismes permettant de contrôler le corps féminin. « El Chulo » nous fait part des raisons qui l’ont poussé à devenir proxénète et nous explique le processus de parrainage qu’il a suivi : Avant, je vendais des glaces du lever au coucher du soleil. Enfin, quand tout allait plus ou moins bien, car quand il pleuvait […] je ne gagnais pas un rond. Je devais m’occuper de ma famille, de mon épouse et de mes deux petites. Je me souviens qu’à cette période, j’en suis plus d’une fois arrivé à me frapper la tête sur le chariot à glaces en me disant : « Mon Dieu ! Comment faire pour me sortir de là ? » Puis, un jour, je me suis décidé à
aller demander un coup de main à des camarades de « La Meca24 ». Nous nous connaissions
depuis que nous étions mômes, à l’époque où nous traînions tous avec la bande. L’un d’eux a accepté de m’aider. Il faisait partie des meilleurs. Il m’a très bien formé et m’a donné de bons conseils.
C’est grâce à lui si j’en suis arrivé là aujourd’hui, car sans son aide, j’en serais toujours au même point.
« El Chulo » justifie son entrée dans le monde du proxénétisme par le manque d’argent et la volonté de sortir sa famille de la misère. La recherche d’un parrain acceptant de partager avec lui ses connaissances sur le métier et de « lui donner un coup de main » lui est donc apparue comme la seule solution. Il a choisi un ami d’enfance, qui faisait «partie des meilleurs » et qui était « particulièrement viril ».
Une fois le parrain trouvé, le processus d’apprentissage peut commencer. Il existe plusieurs manières d’enseigner le proxénétisme, en fonction du parrain choisi par l’apprenti. Les principaux points abordés sont la tenue vestimentaire, les méthodes pour recruter les femmes, puis pour les convaincre de se prostituer et de remettre l’argent gagné au proxénète, et enfin, les différentes astuces pour contrôler les prostituées et faire en sorte qu’elles « mangent dans la main » de l’homme.
Le proxénète n’est pas considéré comme un compagnon, puisqu’il ne cherche pas à établir de liens matrimoniaux. Ainsi, les relations avec les jeunes femmes visent uniquement à mettre en place un mécanisme de domination par lequel la femme tombe amoureuse, sans que le sentiment soit réciproque. Alors que la prostituée est convaincue qu’il existe une véritable relation affective, l’unique objectif du proxénète est en réalité l’exploitation.