Trafic (Tome3) (French Edition)

Jessie Auryann · Chapitre 12 sur 49

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Trafic (Tome3) (French Edition)

Chapitre 08

Interlude

[Alana]

 

Je suis morte d’inquiétude. Une partie de ma chair erre quelque part dans

la nature. Dios mio[29], protège-la, donne-lui la force et le soutien nécessaire. Les yeux rivés vers le ciel, j’implore que ma fille me revienne saine et sauve. Je sens les mains d’Emilio se faufiler autour de ma taille et il pose un baiser sur mon épaule.

— Ils vont la retrouver mi corazón.

— Elle ne serait jamais partie si tu lui avais trouvé un bon mari !

— Lorenzo a ma confiance, c’est Esperanza qui n’a pas été à la hauteur. Mentir sur sa fertilité, c’est une trahison pour nos familles, tu ne peux cautionner cela Alana.

— Faut croire que si.

Je me retourne et le fixe. Il caresse mon visage avec le sien et ses doigts viennent sur le nœud de mon peignoir. Je tente de le repousser, mais très vite il me maîtrise, m’obligeant à finir entièrement nue dans notre chambre. Sans aucune délicatesse, ses doigts s’enfoncent dans mes chairs et m’emportent droit vers un orgasme.

— Tu vois une bonne éducation, ça donne une femme docile.

— Va te faire foutre Sanchez.

Il me sourit et suce ses doigts sous mon nez. L’odeur de mon intimité vient chatouiller mes narines et une vague de chaleur s’immisce en moi.

— Regarde-toi, tu n’attends que ça que je te baise. Ton utérus ne serait pas défectueux, je n’aurais pas eu besoin de vendre notre fille.

— T’es ignoble.

— Et t’adore ça. Maintenant, habille-toi et va travailler, j’en ai un peu marre de t’entretenir.

Je lui balance ce que j’ai sous le coude et rate ma cible, ce qui l’amuse beaucoup. Il retrouve un air sérieux juste avant de partir.

— Tu penseras à autre chose en bossant mi amor.

Cet homme me rend dingue à souffler le chaud et le froid. Je ne le supporte plus, mais j’ai espoir qu’un jour ses blessures cicatrisent et qu’il redevienne celui qu’il était. De toute façon, je n’ai guère le choix, il refuse de divorcer et quelque part, ça me rassure. Je ne peux nier que perdre son amour me ferait mal. L’idée de ne plus être auprès de lui, me procure comme à chaque fois, une douleur inexplicable. Quelques minutes plus tard, je suis ses indications et me retrouve au labo pour travailler avec Anna-Maria.

— On a trois nouvelles à préparer, celle-là, il va falloir lui prodiguer des injections pour un bonnet C, on a les puces à mettre avec le contraceptif et l’auscultation. J’ai qu’une hâte, c’est d’aller dormir, enchaîne Anna-Maria fatiguée.

— À deux, ça ira vite.

Je préfère les préparations que les prélèvements d’organes. Comme toujours les filles sont en larmes par la peur de mourir et on commence par les calmer. Je leur explique les diverses analyses que nous allons leur faire et ce qu’on attend d’elles. On les pèse, les mesure et les allonge sur la table.

— Si tu restes sage, je ne t’attache pas, d’accord ?

— Oui

Je lui prélève du sang puis lui injecte la puce de traçabilité et le contraceptif.

— Si tu fuis, on te retrouvera, tu seras violée, torturée et vidée de tes organes vivante.

— Pitié.

Depuis le temps que j’exerce pour le cartel, j’ai réussi à mettre de la distance avec mes pratiques.

— Ta poitrine est trop petite alors je vais te faire une infiltration mammaire. C’est un peu douloureux, mais c’est un bon moyen d’apprendre la gestion de la souffrance. Je suis désolée.

Si avant on injectait directement le produit, on a évolué et le goutte-à-goutte est moins désagréable pour un résultat bien plus satisfaisant.

— Je vais t’entraver le temps de te piquer pour que tu ne bouges pas.

Elle panique et je ne peux que la comprendre. Cette fille se cabre lorsque l’aiguille s’enfonce puis j’installe les deux poches qu’elle va devoir supporter pendant plusieurs heures. Ses larmes roulent le long de sa tempe et je continue avec l’auscultation. Elle a été violée plus d’une fois vu l’état de ses parois déchirées. Pendant le voyage, elle a sûrement été prise régulièrement. J’écris une note pour Emilio qui passera encore un savon à ses passeurs qui se servent sans aucune autorisation. Par prévention, je lui infiltre une solution saline, qui rendra une nidification impossible. Je préfère encore ça que devoir pratiquer un avortement. Elle crie, hurle, mais je n’y prête même plus attention.

— Tout va bien, je te fais un cerclage et ça sera terminé. Encore un peu de courage.

Le produit restera le temps qu’on soit sûr qu’il n’y ait aucune grossesse en cours. Je l’installe dans la salle d’à côté le temps qu’elle vide ses poches et qu’on reçoive ses analyses. La matinée passe rapidement et Emilio n’a pas tort, ça m’a occupé l’esprit. En fin d’après-midi, il passe pour valider nos soins. Alignées devant lui, sanglotantes, les filles attendent leur sentence. Il s’arrête devant celle dont je me suis occupée et je crains sa réaction. S’il est sans pitié avec les filles, il l’est autant envers nous si on merde. Il tâte sa poitrine, la malaxe, la frappe pour voir si elle reste toujours en place.

— C’est parfait, s’exclame-t-il d’un ton autoritaire.

Je peux enfin respirer. Il les fait accompagner et leur nouvelle vie peut commencer.

— Amenez-moi l’autre enculé et sa famille.

On se regarde avec Anna-Maria, on n’a pas été mises au courant. Un homme, une femme et une jeune fille sont amenés attachés et bâillonnés. Ce n’est pas encore pour maintenant le repos.

— T’as les résultats que je t’avais demandés ? interroge-t-il mon amie.

— Oui, les deux femmes sont viables, mais pas lui.

Il soupire.

— Préparez le nécessaire pour le prélèvement.

Oh, merde, je pensais avoir une soirée cool eh bien, c’est raté. Le gars tente de crier, mais il se prend un coup-de-poing d’un des sbires.

— Alors je vais t’expliquer ce qu’il va se passer. Tu vois ces deux belles femmes sont des pros pour vidanger n’importe quel corps. Donc, on va s’occuper de ta femme et de ta fille, on finira par toi, tu nourriras quelques bestioles du zoo d’à côté vu qu’on ne peut rien en tirer de ton gras.

— T’es sérieux Em ? Tu ne veux pas t’occuper de tes petites vengeances ailleurs, m’indigné-je devant la scène.

— Excuse-moi, je reviens, informe-t-il sa victime.

Il s’avance vers moi et je ne baisse pas les yeux. Il me balance une gifle et saisit mon menton.

— Ferme-la et effectue ton travail femme.

— Justement, mon rôle est à la maison.

— Non, il est là où ton mari le décide. Tu vas me les vider et tu peux oublier l’oxygène pour qu’ils divaguent. Grâce à toi, ils vont souffrir un max, bravo.

— T’es taré mon pauvre.

Il pose un rapide baiser sur mes lèvres et retourne près du type. La femme est installée sur la table et j’enfonce discrètement mon scalpel sous son bras pour qu’elle se vide au plus vite afin d’abréger ses souffrances. Manque de chance, Emilio le capte et je m’en mange une. Il m’écarte de la table et ordonne à Anna-Maria de sauver un max d’organes.

— Tu vois, j’attendais que ça que tu merdes mi amor, car je vais pouvoir te briser un peu plus.

— Je n’ai pas peur de toi.

— Oh si, tu me crains, parce que tu sais que je suis puissant et cruel. C’est ce qui t’excite.

— Non !

Le corps vidé est transporté dans l’incinérateur et la jeune fille est installée à la place de sa mère. Elle est complètement affolée. Il s’approche d’elle en lui indiquant de se taire. Il retire son bâillon et elle l’implore.

— Tu dois remercier papá, il a joué au con et il a perdu. Ouvre ta jolie bouche ma chérie.

Il pose sa tête au bord de la table et me fixe tout en dézippant son pantalon. Bien que je le déteste, je ne peux m’empêcher d’être jalouse. Mon monstre de mari se branle un peu puis fourre sa queue dans la gorge de la petite.

— Incise-là, ordonne-t-il à Anna-Maria.

Mon amie inspire un grand coup.

— En douceur. Je veux qu’elle vive un peu. Tiens-toi tranquille !

Il maintient sa tête et commence à bouger, pendant que le corps de la gamine s’ouvre en surface.

— Oh ouais, ça, c’est bon. Elle me rappelle toi quand tu étais jeune et encore un peu trop innocente. Il m’a fallu quelques coups de butoir pour que tu finisses à mes pieds Al.

— Sans Matéo, jamais tu m’aurais eu.

Je tape dans ce qui le touche et il accélère fort. La tête de la pauvre fille est secouée.

— Allez, vide-là tranquillement.

Le sexe de mon mari va et vient, la gorge se déforme à chaque mouvement. Il l’étouffe puis se retire un peu pour qu’elle respire. Ses hurlements s’entendent peu tellement elle est obstruée. Son nez recrache un peu de sang, puis c’est au tour de la queue d’Emilio d’être recouverte.

— C’est comme ça que tu mourras Alana.

Il est tellement brutal, que j’entends le craquement de la nuque. Elle n’est plus qu’un pantin. Le bruit de la machine indique qu’elle est morte et il continue en gémissant.

— T’es pire que ton frère, balancé-je écœurée.

Il éclate de rire.

— C’est lui qui m’a donné envie de m’y mettre. Elle est encore chaude et c’est vraiment plaisant, Matt avait des idées géniales, je dois le reconnaître.

Il faut dire que c’était un foutu psychopathe lui aussi, ça ne m’étonne même pas. Em se retire enfin du cadavre et vient vers moi, le sexe encore tendu.

— Tu me dégoutes Sanchez.

Il m’attrape par les cheveux et je lui hurle de me lâcher. Cependant, je n’ai pas la force nécessaire et il me fout à genoux devant lui. Je ferme ma bouche devant son membre sanguinolent, mais ses doigts pincent mon nez et m’oblige à le prendre.

— Y a qu’en toi que j’aime me vider mi corazón.

Le goût métallique se mélange à son sperme et je me retrouve forcée de tout avaler. Il me jette à terre et se marre. Je me redresse folle de rage et le frappe dans son dos. Cet enfoiré se retourne et me balance une gifle monumentale qui m’assomme à moitié. Je distingue les cris du type et j’ai un foutu mal de crâne. Em s’accroupit devant moi.

— Je vais te tuer Emilio, murmuré-je terrassée.

— Non ma belle, tu sais très bien ce qui arriverait à ton maghrébin.

Emilio s’est offert une assurance-vie quand un jour, par fureur, j’ai pointé mon arme sur lui. À bout de nerfs, je n’ai pas réfléchi aux conséquences. Il a donc mis en place une règle très simple, le jour où il meurt, Adil sera abattu par ses hommes.

— Tu n’as aucune envie de finir tes jours sans nous alors maintenant, tu vas retourner à la maison et attendre mon retour comme une bonne chienne.

— Tu seras absent combien de temps ?

Il a un rire nerveux.

— Assez pour que tu te fasses remplir et quand je rentrerai tu subiras encore ma colère.

— Je vais tâcher d’en profiter alors.

Il serre les mâchoires. Touché. Mon enfoiré de mari cherche à m’atteindre, je connais la folie dans ses yeux.

— Attention, Alana, ne me pousse pas à bout, je te rappelle que ta fille est aussi inutile que toi, je me demande pourquoi je vous garde d’ailleurs.

— Tu n’as pas le droit ! Je t’interdis de toucher aux enfants ! Emilio… t’en prends pas à eux.

— Arrange-toi pour que je ne capte pas son passage en toi, c’est clair ?

— Oui.

Il attend et je déteste quand il s’amuse à ça.

— Merci.

— Voilà, maintenant, rentre je n’ai plus besoin de toi pour le moment !

Je me sens sale et meurtrie encore une fois. Lorsque je suis à la maison, je file vite sous la douche et mes larmes se déversent. La présence d’Adil se fait sentir dans mon dos pendant que la douceur de ses mains me savonne. Je me retourne pour me jeter dans ses bras.

— Je suis là, galbi[30].

— Si tu savais ce qu’il m’a obligé…

— Je ne préfère pas, sinon je vais arracher la pierre qui lui sert de cœur, me coupe-t-il agressivement.

— Non ! Surtout pas, tu serais tué.

Mon amant m’enlace contre son torse et je refuse qu’il m’embrasse tant que je n’ai pas lavé mes dents.

— Est-ce que les recherches avancent ? demandé-je toujours aussi inquiète.

— On va la retrouver.

— Vous me dites tous ça ! Je veux ma fille !

— Je sais… Dani et Andrés sont sur le coup et moi aussi. On ratisse chaque pays, ça prend du temps, Alana. Aie confiance, je vais te la ramener.

Nous sortons de la douche et je passe au brossage intensif de ma bouche. Quand je repense à la fellation de tout à l’heure, la nausée me submerge et je cours vomir dans les toilettes. Mon estomac se vide rapidement.

— T’as mangé aujourd’hui ? se renseigne-t-il en enfilant le peignoir d’Emilio.

J’adore quand il ose ça, mon mari deviendrait fou s’il savait qu’Adil tape dans ses affaires.

— Non, je n’ai pas faim, du moins pas de nourriture.

Je le pousse à reculer jusqu’à ce qu’il s’assoit sur le lit. Maintenant propre, je l’enjambe tandis qu’il convoitise mes lèvres. Je remarque que quelque chose ne va pas.

— Qu’est-ce qui te chagrine gatito[31] ?

Il prend une mèche entre ses doigts puis ses prunelles noires s’arriment aux miennes.

— Rien.

— Parle-moi.

Il se relève et soupire.

— Adil ?!

— Quoi !

On se toise. Je déteste quand on se dispute. Déjà qu’on se voit peu alors c’est vraiment du temps de perdu les engueulades. Il fait les cent pas et frotte son crâne. Mais qu’est-ce qui lui arrive ?

— Tu veux me quitter, c’est ça ? lui demandé-je au bord des larmes.

— Non, bien sûr que non, je suis dingue de toi Al, c’est juste que de te voir vomir… Je sais, c’est impossible, mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’un jour on aurait pu…

Je ne sais pas quoi lui répondre. Je ne suis plus capable de donner la vie et Emilio aurait ordonné un test de paternité à la seconde où il aurait été mis au courant. Je n’ose même pas imaginer sa réaction si mon amant m’avait mise enceinte. Je m’approche de lui, et le serre contre moi.

— Je suis désolée, je te vole ta vie.

— Non, elle est auprès de toi. Je t’aime.

Je mords ma lèvre pour ne pas lui sortir ces deux mots interdits et il m’embrasse comme pour les sentir. Notre baiser s’éternise. Adil me porte contre le mur pour enfin me pénétrer complètement. Nos corps en fusion font trembler la chambre puis il m’allonge sur les couvertures et s’enfonce de nouveau en moi. Sa langue lèche mes tétons et je m’agrippe à ses larges épaules.

— Tu me manques, gémit-il en s’excitant.

— Toi aussi.

La porte frappe et ça nous arrête dans notre élan. Adil va voir et discute avec les deux gars.

— Il m’emmerde !

Il se rhabille et sa colère le rend encore plus beau.

— Ton mari est de retour.

— Déjà ! Mais il m’a dit que…

Putain l’enfoiré ! Il savait qu’on se retrouverait aussitôt seuls, Emilio m’a piégée, juste pour nous surprendre et obtenir une bonne excuse afin de tuer Adil. Mon amant quitte la chambre et je reste dans ma frustration en attendant mon connard d’époux. Je patiente dans ma solitude. Maintenant, que tout a foiré, il n’a plus de raison de venir me rejoindre et va surement baiser dans son bureau, et y finir sa nuit. Impossible de dormir alors je cède à mon ennui. Je glisse une robe de nuit en soie noire, ouverte sur le côté de la jambe puis j’enfile mes escarpins, afin qu’il regrette de ne pas être venu me rejoindre. Je descends jusqu’à son bureau et ses hommes me barrent la route.

— Señor[32] Sanchez a demandé qu’on ne le dérange pas, m’informe l’un d’eux.

— Je suis sa femme, alors j’ai tous les droits, ouvrez cette porte.

— Avec toutes mes excuses Señora[33], je ne peux accéder à votre requête.

Il espère vraiment que je vais lâcher l’affaire.

— Ouvrez cette putain de porte ou je vous jure que vous le regretterez.

Ici, tout le monde sait qu’il n’est pas bon de me pousser à bout. Les gardes se regardent, mais campent sur leur position. Folle de rage, je remonte dans ma chambre, prends mon arme et redescends.

— Je ne le répéterai pas, ordonné-je en pointant le canon vers eux.

Ils sont prêts à mourir pour lui, c’est vraiment dingue. Le coup part et un des hommes s’effondre en se tenant le genou. La porte finit par s’ouvrir.

— C’est quoi ce bordel ! Alana ? Mais…

J’avance, il recule puis je referme derrière nous.

— Elle vire ou je la bute, exigé-je en dirigeant mon flingue vers sa pute.

Je sais qu’il aime quand je vrille alors Emilio n’agit pas. Elle prend une balle en pleine tête et mon époux se jette sur mes lèvres.

— Baise-moi Emilio, quémandé-je perdue entre la jalousie et le désir de celui pour qui j’éprouve pourtant une haine féroce.

Il sourit et me prend comme j’en ai besoin. Il m’allonge sur son nouveau bureau, retire ma nuisette et retourne entre mes cuisses.

— Encore !

Il est bestial et m’arrache mon orgasme avec une telle violence, que je vais m’en souvenir un moment. Allongée et comblée sur le meuble en bois, je le regarde se rhabiller.

— Tu voulais juste que je te fasse crier ou avais-tu autre chose à me demander ? clame-t-il d’un ton arrogant.

— Viens te coucher avec moi.

Un rictus se dessine sur son visage d’Apollon. Il adore quand je le réclame puis ses traits se durcissent et je me redresse.

— J’en ai marre de ce petit jeu entre nous, siffle-t-il d’un ton sérieux.

— Tu mens.

— Non. J’ai réfléchi, le cartel a besoin de naissances, je vais épouser Dayana et tenter de sauver notre image.

— Quoi ? Non, je te l’interdis !

— Ça ne te concerne plus de toute façon. Je te rends ta liberté Alana.

Il me tend les papiers du divorce et je reste sans voix. Des années que je lui demande et il a toujours refusé. Em vient se poser derrière moi et me donne un stylo.

— Pour être totalement transparent avec toi mi amor, tu n’auras absolument aucun bien, tu pars comme t’es venue, ce qui veut dire… Avec rien. Évidemment, je garde les enfants, mais Esperanza divorcera de Lorenzo et elle reprendra ta place au labo. Anna-Maria assurera son apprentissage, car Dayana sera trop occupée à me donner une descendance. D’après sa mère, elle est née pour donner naissance.

Je reste figée alors qu’il pose un baiser sur mon épaule et continue son speech.

— Et bien sûr, tu pourras partir avec Adil… vivant.

— C’est quoi le piège ?

— Y en a pas Al, j’en ai marre de te partager et tu ne me sers plus à rien.

Ses mots sont durs et je ravale mon humiliation.

— C’est ta liberté que tu veux tant, pourquoi hésites-tu ? Me dis pas que c’est à cause de l’argent quand même ? Serais-tu une femme vénale ? Ou peut-être que t’aimes vivre auprès de moi, car tu te sens bien plus forte. Ou peut-être que découper des gens risque de te manquer ? Parce que t’es une tueuse et tu adores ça de les voir souffrir.

Mes larmes roulent et je n’arrive pas à saisir le stylo.

— Je vois que t’as du mal à te décider alors je vais t’aider.

Il pose un écrin ouvert où une magnifique bague scintille.

— Je peux te proposer sinon de renouveler nos vœux de mariage. Tu serais toujours dans l’obligation de m’obéir, de tuer encore et encore, de baiser en cachette avec ton abruti d’amant, car il est hors de question que je puisse vous surprendre, auquel cas il mourrait dans d’atroces souffrances. Bien entendu, tu resterais très riche et puissante. Tu continuerais cette vie de reine pendant que ta fille serait reprise en main et inséminée de force pour m’offrir la descendance que je n’aurais pas, car tu serais mon unique femme à vie. Dayana remplacera la pute que tu viens d’abattre par jalousie. Alors que choisis-tu Alana ?

Je devrais signer, mais je suis paralysée. Il tourne autour de moi, amusé de me voir si hésitante. Il revient dans mon dos et sa présence me soulage. Contre lui, je ne peux nier que je suis complète.

— T’es à moi et tu ne peux imaginer ta vie loin de celui qui a fait de toi celle que tu es aujourd’hui. Même pour tes enfants, tu n’es pas capable de divorcer.

— Arrête !

— Signe.

— Je ne peux pas !

Il a gagné et le sait. Je lui tends ma main et il y glisse l’anneau.

— Je t’aime mi corazón, pour le meilleur et surtout pour le pire, murmure-t-il à mon oreille.

— Je te hais.

— C’est ce qui arrive quand on aime trop. Il est dommage que tu aies mis autant de temps à t’en rendre compte.

Je le regarde sans comprendre et d’un coup sec, il m’enfonce le stylo à travers mes chairs jusque dans le bois. Je crie de douleur tandis qu’il m’observe souffrir.

— Tu m’appartiens, Alana. Si tu avais signé, je l’aurais brulé. Non seulement, je vais m’occuper de dresser ta fille avec son mari, mais je vais mettre en place la polygamie pour que Dayana soit une épouse et une mère modèle. Cette maison va de nouveau vivre sous tes yeux de mamá. Félicitations, tu es la plus puissante des femmes de notre cartel.

— Tu n’as pas le droit ! Tu m’as menti !

— J’ai hâte qu’on retrouve Esperanza et qu’elle fasse de toi une abuela[34].

— Jamais je ne lui ferai ça !

— Comme si t’avais le choix. Regarde-moi mi amor… respire.

Il arrache le stylo et je vacille, mais il me rattrape.

— Je serai toujours là pour que jamais tu ne tombes. Il n’y a pas plus solide que notre amour. Si aujourd’hui je n’ai plus de cœur, Alana, c’est parce que tu me l’as pris. C’est toi qui me rends fort. Comme on le dit, derrière chaque grand homme, il y a une femme. La mienne, c’est toi. Je t’aime comme un dingue.

Comment rester indifférente face à une telle déclaration ?

— Je peux te demander une faveur, Em ?

— Oui, j’accepte que tu gardes l’exclusivité. J’ai passé l’âge de la paternité et j’ai assez de boulot comme ça. Je voulais juste que tu ressentes ce que j’éprouve quand tu te donnes à lui. Ce n’est pas plaisant, n’est-ce pas ?

J’éclate en sanglots, soulagée. S’offrir à ses putes est une chose, mais en épouser une autre que moi, c’est inenvisageable. Je calme mes larmes dans ses bras pendant qu’il chuchote encore quelques mots d’amour puis me porte jusqu’à notre chambre. Il me soigne puis m’impose son endurance. Je ne sais pas si c’est de la rage, de l’amour ou de l’emprise, mais j’aurais dû fuir cette vie. Ma fille en a eu le courage, mais moi, je suis incapable de quitter mon époux.

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