Trafic (Tome3) (French Edition)

Jessie Auryann · Chapitre 44 sur 49

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Trafic (Tome3) (French Edition)

Chapitre 40

Un nouveau départ

[Esperanza]

 

Les hélicoptères se posent sur un terrain vague où nous attend un immense jet privé.

— Cadeau de ton père, argumente Luïs en fixant Danilo.

— Il avait vu l’avenir ? répond mon cousin étonné.

— Bonne question, mais en tout cas, il va nous servir.

— Et qui va le piloter ? questionné-je inquiète.

— C’est Ravière, pilote de ligne de l’armée chilienne.

L’homme en question se présente devant moi en effectuant une révérence que je ne mérite pas. Je lui ordonne de se relever, me sentant gênée et déboussolée par la situation.

— Tout va bien princesse, c’est bientôt terminé, chuchote Yel en appliquant un baiser sur ma tempe.

Anxieux, Dani nous sourit silencieusement. Dayana se trouve dans un état calamiteux et Luïs n’a pas le temps de s’occuper d’elle. Sa priorité est de nous sortir de Colombie. Alors, baby boy tente de la gérer du mieux qu’il peut. Quant à Estrella, elle fixe les nuages, plongée dans des tourments que personne ne peut comprendre. Elle reste cependant forte. Cette gamine est impressionnante. Mamá et Adil sont avec nous, une nouvelle vie va enfin s’ouvrir devant eux. Conjointement, main dans la main, ils vont se construire un avenir loin de tout. Du moins je l’espère au plus profond de mon cœur.

— Ça va maman ?

— J’ai peur Esperanza, qu’est-ce qui nous attend au Chili ? Ton père nous retrouvera et il nous fera tous tuer. On n’a même pas pensé à Anna-Maria qui est restée entre ses mains. Et tes sœurs que vont-elles devenir ?

— Habibi, cesse de te tourmenter, on retournera les chercher s’il le faut, s’exclame Adil qui tente de la rassurer.

— Non ! Soit on décolle tous ensemble pour ne jamais revenir, soit vous restez ici ! déclare Luïs d’un ton autoritaire.

On grimpe à bord de l’appareil et alors que nous sommes tous entrés, la seule qui reste sur le tarmac, c’est mamá. Pas besoin de mots pour la comprendre.

Le bras droit de Danilo s’offusque, puis se positionne à hauteur de la porte du jet et gueule son prénom, tel un amoureux éperdu tandis qu’elle recule. Je m’immisce à ses côtés pour lui faire comprendre que c’est peine perdue, elle a fait son choix, mais il n’abandonne pas pour autant et c’est ce que j’admire chez lui. Cependant Luïs s’impatiente face au danger qui peut nous tomber dessus à n’importe quel moment.

— Putain on n’a pas le temps là ! s’écrit-il.

— Alana, monte, c’est un ordre ! insiste Adil désespéré.

— Une femme ne doit jamais abandonner son époux, lui répond-elle en larmes.

— Et quel genre de mari a-t-il été pour toi, hein ? Si tu y retournes alors tu vas mourir et jamais je ne te laisserais te jeter dans la gueule du loup !

Elle marche dans le sens inverse du nôtre, lui tournant le dos. Sans aucune hésitation, il dévale les marches à sa poursuite et se met à hurler.

— Alana, si tu rentres, je viens avec toi ! Quitte à mourir alors ce sera à tes côtés.

Mamá se stoppe net, se retourne vers lui, le regarde en sanglotant puis court dans ses bras. Il la réceptionne tant bien que mal et l’embrasse à en perdre haleine. Elle le scrute, les yeux dans les yeux, sa bouche veut articuler quelque chose, mais elle est incapable de parler. Prise dans la tornade qu’est sa vie, ma mère se laisse submerger par les émotions.

— C’est… Je… Pardonne-moi mon amour pour tout… Mais… c’est difficile de mettre tout cela derrière moi.

— Rien ne sera facile, mais on doit essayer de se laisser une chance. Je t’en supplie Alana, viens avec moi.

Luïs va les rejoindre et jette un froid sur ce bref instant romantique.

— On n’a pas le temps pour vos conneries ! On doit bouger si vous ne voulez pas tous mourir ! C’est maintenant ou jamais Adil !

Ma mère hésite encore un peu.

— Alana, s’il te plaît, pense à Esperanza, au bébé, à Danilo et Estrella. Pitié monte…l’implore-t-il.

— Je… d’accord.

Il attrape sa main et l’emmène près de nous. Soulagés par sa décision, nous laissons un soupir s’échapper de nos bouches.

Cette fois, nous sommes tous installés et l’avion décolle. Dans le hublot, j’observe ma terre natale s’éloigner. Je dois tout oublier pour me reconstruire ailleurs. Les évènements de ces dernières semaines m’ont sacrément secouée. D’un coup, une douleur fracassante me remue et je serre les dents pour essayer de dompter la torture. Depuis plusieurs jours, les contractions sont de plus en plus fortes, mais afin de n’inquiéter personne, j’apprends à maîtriser ce supplice. Néanmoins, celle-ci ne me dit rien qui vaille. Fière, je tente de me relever pour me diriger vers les toilettes, mais une flaque d’eau tombe soudainement au sol et la souffrance me déchire de l’intérieur. Je pousse un cri de terreur et m’assois sur le canapé du jet privé. Yelmani et Danilo arrivent paniqués.

— Baby girl, qu’est-ce qui se passe ?

— Elle vient de perdre les eaux, je ne suis pas sûre qu’on ait le temps d’arriver, s’exclame Alana qui est déjà auprès de sa fille.

— Quoi ? Ce n’est pas concevable, pas ici ! ajoute Yel choqué.

— Remonte tes jambes Esperanza faut qu’on t’ausculte, surgit la voix de Daya qui était restée silencieuse jusqu’ici.

— Allez nous chercher de l’eau, des serviettes et une couverture adéquate, juste au cas où, ordonne maman.

Les hommes obéissent sauf Yelmani qui reste à mes côtés encore choqué.

— Qu’attends-tu pour partir ? l’interroge ma mère.

— Je reste ! Proteste ce dernier avec véhémence.

— Chez nous, c’est…

— Ouais, ouais, je suis au courant, une histoire de femmes, mais pas chez moi ! la coupe-t-il déterminé.

Mamá me sollicite et j’accepte, je les veux tous les deux à mes côtés. Quand Luïs ramène le nécessaire, Yelmani lui demande d’aller chercher Danilo pour partager cet instant tous les trois. Mes deux hommes s’installent de part et d’autre de ma tête, saisissant chacun une main pour me donner la force nécessaire pour supporter la cruauté de la vie. Je ne veux pas accoucher ici, pas maintenant, je ne suis pas prête.

Quand elle m’ausculte, j’ai l’impression que la douleur s’accentue et je me crispe en criant.

— Bien, on est à six doigts, le travail doit continuer, nous informe ma mère qui est d’un sacré soutien.

— Est-ce qu’on a le temps d’arriver ? se renseigne Luïs qui pointe son nez.

— Je ne sais pas, lui répond mamá.

— Ce n’est pas le moment putain ! Faut qu’elle tienne. Cet endroit est inapproprié pour accoucher. Elle verra un médecin, une fois arrivée sur place, suggère ce dernier.

— Ce genre de chose ne se contrôle pas, réplique sèchement ma mère.

Dayana me passe un torchon humide sur le visage et me sourit malgré tout ce qu’elle a subi. Je lui suis tellement reconnaissante d’être auprès de moi. Une contraction me surprend et je me raidis en essayant de gérer le mal qui me ronge.

— Souffle Esperanza, ça va aller, me rassure-t-elle bienveillante.

Plusieurs heures plus tard, tandis que nous sommes à mi-chemin entre la Colombie et le Chili, quelque chose descend en moi.

— Elle arrive, je la sens, maman elle est là ! paniqué-je.

— Tout va bien se passer, Esperanza. Allez, c’est le moment, ma puce, me répond-elle après avoir regardé entre mes jambes.

Je pousse alors qu’une contraction me saisit.

— Encore, encore, encore, encore, oui, c’est bien Esperanza, chuchote Daya.

— Reprends ton souffle princesse, ajoute Yelmani.

— Quand tu sens la contraction suivante, tu pousses, j’aperçois ses cheveux, ma puce.

Je tiens fort les mains de mes deux hommes et je poursuis la mise au monde de notre princesse.

— Tiens bon, baby girl. Tu y es presque.

— Allez, allez, allez, vas-y, oui, c’est bien, la tête est sortie, encore un peu pour les épaules.

Épuisée, mais encouragée, j’accomplis le dernier effort pour extraire notre bébé de mon ventre et lorsque ses premiers cris résonnent mon cœur explose d’un amour inexplicable. Je regarde autour de nous, notre famille est là, attendrie par cette scène alors qu’on s’éloigne toujours un peu plus de l’horreur.

— Bienvenido al mundo[50] ma petite Amal, je suis ton abuela, susurre mamá à son oreille.

— Tu es la plus merveilleuse des femmes, m’embrasse Yel qui sectionne le cordon ombilical.

— Elle est aussi divine que sa mère, dit Danilo en la prenant dans ses bras.

Yelmani fait une prière sur son corps et à son tour, il serre fort notre petite tout près de son cœur. Daya l’ausculte pendant que j’expulse le placenta.

— Je sais que ça va vous choquer, mais j’aimerais le récupérer, demande Yelmani à ma mère.

— Et que vas-tu en faire ?

— Chez nous, le placenta est examiné attentivement par l’accoucheuse et immédiatement enterré à même la terre afin que le sang s’en écoule et disparaisse. C’est censé attirer les mauvais esprits, sa manipulation doit impérativement être évitée.

— Vous êtes très étrange.

— C’est une tradition parmi tant d’autres et…

— C’est d’accord, il sera enterré au Chili, pour notre nouveau départ, notre nouvelle vie, les coupé-je, tous les deux. Ma fille est le fruit de deux traditions et je compte bien les respecter.

Danilo tente de trouver une boite où l’enfermer en attendant notre arrivée. Luïs apparaît soudainement, observant Daya avec ma petite Amal. Je vois à quel point il souffre mais pour autant il me sourit.

— Félicitation Esperanza et bienvenue à votre petite princesse, déclare-t-il en esquissant le signe de croix sur son front.

J’apprécie son geste. La situation le met sous pression bien qu’il ait tout planifié.

Dayana vient m’apporter ma petite Amal, mais Yelmani la stoppe pour la prendre dans ses bras. Il fait signe à Danilo de venir et tous les deux déposent notre fille sur ma poitrine. Elle cherche mon sein naturellement, je cale sa bouche contre mon téton et lui offre sa première tétée. Nous sommes tous émerveillés devant son joli petit minois.

Le voyage jusqu’au Chili se fait dans une ambiance encore très tendue, nous redoutons que quelque chose nous tombe dessus et j’ai hâte de ne plus vivre sous la peur. Alors que je crois que nous arrivons, le vol continue.

— Où allons-nous ? m’adressé-je à Luïs.

— Très bien. À partir de maintenant, vous allez connaître un nouvel endroit, un bout de terre non cartographiée, introuvable. Ta puce n’émettra plus de signal Estrella. Rassurez-vous, notre avion est fait pour ne pas être vu sur les radars, d’ailleurs à cette heure-ci, vous êtes tous au fond de l’océan. Félicitations, vous êtes morts.

— Mais ? Comment ça… et on va où là ! C’est quoi cet endroit ? s’exclame ma mère, inquiète.

— Matéo et Céani ont créé cette petite île. Ils voulaient protéger Danilo.

— Tu étais au courant ? questionné-je mon cousin.

— Oui, depuis peu, je te l’ai affirmé Esperanza que je te mettrai à l’abri, un jour ou l’autre, et bien, c’est le moment.

— Vous ne pourrez plus quitter ce territoire sans l’aval de moi ou Dani. Tout est prêt pour accueillir ta petite princesse, ne t’en fais pas, me rassure Luïs.

Je ne sais pas ce qui se passera, ni ce qui nous attend là-bas, je fais confiance à Danilo. Dans ses bras, je suis prête à tout supporter. Plus rien ne compte, à part ce chemin qu’il nous faut emprunter pour faire de nos destins, un nouveau départ. Au hublot, de l’eau à perte de vue. Pas un seul bout de terre. Inquiète j’observe Dani et Yel qui tentent de m’apaiser de leurs regards.

— Nous sommes bientôt arrivés, déclare le pilote, qui vient prévenir Luïs.

— Mais… qui conduit l’avion ? répliqué-je ahurie et paniquée.

— Pilote automatique, me répond-il fièrement.

— Ce n’est pas le moment de nous faire des frayeurs, ajoute mamá.

Il ricane, puis se retire. Ce n’est que deux heures plus tard que nous atterrissons sur le tarmac d’une magnifique petite île. Autour de nous, de la végétation fleurie à perte de vue. La chaleur écrasante nous fait suffoquer. En sortant du jet, des véhicules nous récupèrent et nous débarquons dans une magnifique villa avec piscine à débordement. Personne n’en croit ses yeux. À l’intérieur de la demeure, des photos de Matéo et Céani heureux. J’en ai une larme qui m’échappe. On m’installe dans une chambre et un médecin m’examine ainsi que notre petite princesse. Tout va bien, elle mesure quarante-huit centimètres pour trois kilos cent. Quant à moi, pas une seule déchirure. Je suis ravie et lorsqu’Amal s’endort, je la place dans le petit berceau prévu à cet effet. C’est dingue, tout a été organisé pour nous. Je sors sur le balcon pour observer le soleil se coucher sur l’océan, c’est apaisant mais très vite je me sens seule. À l’instant où je quitte la pièce, le docteur sort de la chambre en face de la mienne suivi de Luïs. Il le remercie gentiment puis se pose contre le mur en soupirant.

— Que se passe-t-il ? Dayana va bien ?

— Ton père l’a salement amochée. Je ne sais pas si notre couple se relèvera de cette épreuve.

— Et le bébé qu’elle porte ?

— On a pris la décision de ne pas le garder. Le docteur lui a filé un médicament pour avorter. Elle va rester sous surveillance pour les prochaines quarante-huit heures. Je crains vraiment que… ça soit terminé, parce qu’un jour elle m’en voudra d’avoir dû supporter ça. Seulement, on ne peut pas élever l’enfant de...

Ses dents se serrent et il est incapable de prononcer le nom de mon père.

— C’était la meilleure chose à faire, vous allez vous retrouver, c’est évident, le rassuré-je.

Le Chilien dépose un baiser sur mon front et je reprends le chemin vers l’extérieur. Je m’assois sur un bain de soleil. Dani et Yelmani me rejoignent à cet instant.

— Tout est sécurisé ici, on va enfin être heureux, me déclare mon homme.

— On est enfin réunis pour le meilleur, ajoute Yel.

— Il ne reste plus que nous, notre famille. Je vous aime tellement, soupiré-je heureuse.

Mon malheur semble enfin s’achever. Certes, mes sœurs ainsi que mon frère sont toujours là-bas et mon père n’aura plus qu’elles pour régner. Mais je sais qu’ici, entourée des deux hommes de ma vie, plus rien ne peut nous atteindre. Alors c’est sereine que je laisse les rayons du soleil caresser ma peau.

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