Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 22
Révélation
[Esperanza]
Alors que tout le monde dort, je suis éveillée. Cette grossesse est en train de me rendre folle. Discrètement, je sors du lit tout en observant cet homme qui me répugne. Pourquoi ne suis-je pas née dans une famille normale, même pauvre à l’autre bout du monde ? Je repense à tous ces instants passés en Italie, livrée à moi-même, entre les mains de mon mari pour qui je n’ai jamais réellement éprouvé de sentiments. J’ai tellement de rancœur le concernant. Ce n’est pas cela vivre d’amour, de joie et de bonheur. Seule, je me suis éteinte. Cette petite flamme qui habitait mon âme, a littéralement été soufflée. Je ne suis pas heureuse près des miens. Pourtant mes pensées me persuadaient que je retrouverais une partie de moi même ici, mais je suis loin du compte.
Alors que je passe le seuil de la porte, je scrute le couloir. Personne, parfait. J’avance discrètement dans l’obscurité et rejoins ma chambre d’enfant. Dans un des placards, je récupère mon sac de voyage en espérant y trouver une réponse à mes questions. J’allume l’écran du portable que mes acolytes de fuite m’avaient donné et lorsque j’y vois un message, j’ai le cœur qui bat la chamade.
[Yelmani :
Les milles et une nuit princesse]
[Moi :
Bravo, tu as gagné sans tricher Aladin]
Le sourire aux lèvres, je plaque le portable contre mon cœur. Il a réussi. Une vibration retentit entre mes doigts et son nom s’affiche. Telle une gamine, mes joues s’empourprent, mais il y a tellement longtemps que je ne lui ai pas parlé que j’ai besoin de l’entendre.
— He !
— Princesse, enfin…
— Comment vas-tu ?
— J’ai vécu pire comme situation, mes parents souhaitent me marier à ma jeune voisine et toi ?
Oh mon dieu ! Alors chez lui aussi les mariages forcés sont une habitude. Il me demande une seconde fois, comment je vais.
— C’est l’enfer, je regrette certaines choses.
— Comme quoi ?
— Ne pas être rester plus longtemps en ta compagnie.
— Je te manque ?
— Et toi ?
— Tu réponds à ma question par une autre, ce n’est pas correct.
J’ai un petit rire qui me déconcerte. Yelmani a toujours eu cette facilité à me faire sourire.
— Je vais reformuler Esperanza, est-ce-que chaque soir tu observes le ciel ?
— Dès que le soleil se couche, en effleurant ton bracelet, je lève le regard vers les étoiles en pensant à toi, Yel.
— Twahachtek.
— Tu me traduis ?
— Tu me manques. J’essaye de ne pas oublier la forme de ton visage, le son de ta voix quand tu rigoles comme une ado, tes courbes qui m’ont rendu fou, la nuit que nous avons passée ensemble. Esperanza, c’est plus qu’un coup de cœur, je te respire chaque seconde qui passe, et avancer sans toi est une épreuve difficile.
Ses mots me touchent. L’âme en peine, je laisse échapper quelques larmes. Je tente de ravaler mon chagrin mais les reniflements qu’il perçoit ne lui laissent aucun doute.
— Est-ce-que tu partages mes sentiments ?
— J’ai laissé une part de moi au Maroc. Il m’est impossible de l’expliquer, déclaré-je entre deux sanglots.
— Je n’ai pas dépensé l’argent que tu m’as donné. Écoute, je peux en faire bon usage, te rejoindre puis nous enfuir Esperanza, je te promets que plus jamais tu ne pleureras.
— Non, Yel, ne cherche pas à me retrouver, je t’en supplie. Tu pourrais y perdre la vie, et je ne me relèverais pas. C’est le bordel chez moi actuellement et…
J’entends des pas dans le couloir et avant qu’on ne me surprenne, je raccroche en expliquant à Yel d’attendre de recevoir de mes nouvelles avant de me contacter. Je planque le téléphone, et guette l’ouverture de la porte, mais rien. Je patiente encore quelques instants puis sors de la pièce. J’observe à droite, à gauche, mais personne. Je continue d’avancer quand soudain Adil sort de la pénombre. Ce grand brun au regard ténébreux me scrute intensément.
— Tu joues à cache-cache maintenant ?
— Adil, tu m’as fait peur, m’exclamé-je surprise de sa présence.
— Je réitère ma question, tu fais le mur ? m’interroge-t-il suspicieux.
— Et toi tu me suis ?
— Je suis chargé de ta surveillance, tu en as conscience ! se révolte-t-il nerveux.
— Et bien merci, je vais bien.
— Avec qui parlais-tu dans ta chambre ?
— Personne.
— Ne me prends pas pour un con.
Je recule et ouvre la porte.
— S’il y a quelqu’un, qu’il se montre, ah bin non, il n’y a personne déclaré-je en ricanant.
— Je ne suis pas ton ennemi, Esperanza. Tu peux me parler, m’indique-t-il bienveillant.
— Tu veux que je te dise quoi ? Que je deviens folle, disjoncte, pète les plombs et que la nuit je me réveille pour parler avec mon jumeau qui n’est plus là ? Voilà t’es content ? Niveau conscience, tu te sens apaisé d’avoir bien fait ton job ?
— Esperanza… je… tente de s’excuser Adil en cherchant ses mots.
Les larmes inondent mon visage et je pars en courant, direction le jardin et le lit extérieur. La nuit est encore fraîche, mais je détache les voilages et attrape le plaid pour couvrir mon corps frêle. J’ai menti, mais j’ai protégé Yelmani, mon jardin secret.
À l’orée du jour, je sursaute quand la voix de Danilo me réveille.
— Hey, baby girl, ça va ?
— Sois rassuré Dani, je vais bien.
— Adil m’a prévenu pour cette nuit et...
— J’ai abusé, je suis désolée, le coupé-je.
— Tu es sûre que tout va bien ?
— Pourquoi mentirais-je ?
— Je n’en sais rien, à toi de me le dire.
— Vous me faites chier dans cette maison, rouspété-je à fleur de peau.
Alors que je me lève pour descendre, il me retient par le poignet.
— Je suis prêt à tout encaisser, Esperanza, me répond-il, peiné.
— Dios mio, mais qu’est-ce-que tu veux de moi ?
J’essaie de déchiffrer son regard pour comprendre, mais il est impénétrable. Est-ce-que Adil aurait trouvé le téléphone et serait remonté jusqu’à Yel ? Cette hypothèse me traverse l’esprit et me saisit d’effroi.
— Tu blêmis, que t’arrive-t-il ? Je peux tout entendre tu sais.
— Mierda, Dani, où souhaites-tu en venir ? l’interrogé-je lasse de notre dispute.
— Je… je t’ai dit je t’aime et tu ne m’as pas répondu, m’avoue-t-il blessé.
Je tente de faire le tri dans ma tête afin de me souvenir de cet instant où il a déposé sa fierté à mes pieds mais mon cerveau est tellement embué que je ne me remémore pas la scène.
— Le placard, quand tu m’as surpris quittant la chambre de Daya, ajoute-t-il, comme s’il lisait dans mes pensées.
Je ferme les yeux et ça me percute. Prenant conscience de mon erreur, je comprends mieux pourquoi il est si insistant ces derniers temps.
— Depuis que je te l’ai avoué, tu m’évites et ça me fait un mal de chien.
— Dani, je… non… ne t’imagine pas cela, chuchoté-je en plongeant mon regard dans le sien.
Je passe une main sur sa joue et sa détresse m’interpelle. Je me rapproche pour me presser contre son corps et le réconforter, mais il recule vivement en me signifiant qu’on nous lorgne un peu plus loin.
— Danilo ! tonne la voix de papá derrière-moi.
— Ouais, j’arrive.
— Le business n’attend pas, bouge-toi ! lui ordonne mon paternel.
Je me retourne et mon père nous rejoint en quelques enjambées.
— Ma fille, comment te sens-tu ? questionne-t-il en posant une main sur mon ventre.
— Demande-moi plutôt comment va cette chose qui grandit en moi.
— Ne parle pas ainsi de ton enfant ! Tu es rayonnante Esperanza, la grossesse te va à merveille.
— Vraiment, tu crois vraiment que je suis heureuse ? Je meurs à petit feu, je vous hais tous, autant que ce truc qui pousse ici, m’écrié-je alors que les larmes me ravagent.
— Ça suffit ! Je refuse d’en entendre davantage ! Si tu continues, je t’attache au labo jusqu’à la fin de ta grossesse ! grogne-t-il en serrant ma nuque.
J’affronte son regard orageux, et je suis persuadée qu’il en est capable. Danilo pose sa main sur le bras de papá.
— Elle a compris, tío !
— Dégage et ne te mêle pas de ça, c’est entre ma fille et moi ! Alors Esperanza, suis-je clair ?
— Si papá, pardon.
— Bien, le travail m’attend.
Se détournant de moi, il emmène dans son sillage mon cousin qui me jette un dernier regard. Je lui dessine un cœur avec mes doigts et me dirige vers la cuisine où je retrouve mamá. J’ai besoin de soulager ma conscience mais aussi d’obtenir des conseils. Perdue entre ma raison et mon cœur, je ne suis pas sûre de ce que j’éprouve pour Danilo. Je tiens à lui, c’est une évidence, on passe de sacrés moments intimes et dans ses bras je me sens en sécurité, cependant j’ai l’impression de ne pas être honnête avec moi-même. Depuis que j’ai croisé la route de Yelmani, il a ravagé mon âme. Est-ce parce qu’il a été le premier à réparer les salissures de Lorenzo ? Sa douceur a pénétré chaque pore de ma peau, il a su m’apprivoiser, m’aider et m’a offert tellement de tendresse, que je ne peux l’oublier. Je me sens incomplète sans Yelmani et lorsque j’étais loin de la Colombie, je me sentais vide sans Danilo.
— Esperanza, eh oh sors de tes pensées, m’interpelle ma mère en claquant des doigts devant mon nez.
— Désolée maman, j’étais ailleurs, tu me parlais ?
— Je te demandais ce qui t’était arrivée cette nuit, Adil m’en a parlé.
— Est-ce-que je peux t’avouer quelque chose ?
— Oui évidemment. Qu’est-ce-qui te perturbe ?
J’observe autour de moi, ferme la porte pour que nous soyons seules. Les murs ont des oreilles et j’ai besoin de soulager ma conscience.
— Si Lorenzo a tué tous ceux qui m’ont aidé dans ma fuite, il n’a néanmoins pas réussi à trouver la dernière personne qui m’a fait traverser tout le Maghreb.
— Qui est-ce ?
— Mamá, j’ai vraiment besoin que tu gardes ça pour toi.
— Esperanza, tu peux me faire confiance.
J’inspire, expire, ferme les yeux et lorsque je suis prête, j’explique tout de A à Z. Je me libère de toute cette pression, ce mal-être qui me ronge. Si elle connaissait le début de ma fuite, elle en ignorait la fin. Je lui avoue tout ce que je ressens, mes sentiments pour Dani, mais aussi ceux que j’éprouve pour celui qui vit à des milliers de kilomètres d’ici. Les mains devant la bouche, elle me scrute choquée. Je sonde ses prunelles à la recherche de la moindre empathie.
— Parle-moi, je t’en supplie, dis quelque chose, l’imploré-je, redoutant sa réaction.
— Mon dieu, je suis sans voix… est-ce-que Dani est au courant ?
— Personne, tu es la seule, c’est mon dilemme.
— Eh bien, tu t’es protégée au moins avec lui ?
— Non.
— Esperanza… dios mio, mais es-tu folle ? me coupe-t-elle excédée.
— L’instant était tellement beau, magique que j’ai oublié.
— Cet enfant est le sien ?
— Je ne sais pas, et quand bien même, je n’en veux pas.
— Si ton mari l’apprend… mon dieu… Tu risques gros… Tu te rends compte que tu n’as plus le choix, Esperanza. Nous devons dater cette grossesse. Je vais te faire une prise de sang, il faut qu’on sache.
Elle m’enlace et m’offre l’amour dont j’ai besoin actuellement pour m’aider à supporter le poids de mes erreurs. Nous prenons la direction du bureau où mamá a pour habitude de faire quelques examens rapides. Une fois à l’intérieur, je m’installe sur la chaise et elle vient me piquer au bras. Je pleure car nos vies sont en danger. Adil pénètre dans la pièce, pensant trouver sa femme seule, mais lorsqu’il me voit, il déchante vite.
— Un problème ? demande-t-il en déposant un baiser sur l’épaule de ma mère.
— On ne sait pas encore. Tout va dépendre du résultat de l’examen que je viens de pratiquer.
— Une carence possible en fer, continué-je, afin qu’il ne pose pas plus de questions.
— Danilo m’a demandé de trouver une solution pour que ton mari déserte les lieux, et j’ai réussi à faire échouer sa plus grosse livraison d’armes. Son container a été perdu sur le plus grand port d’Afrique du Nord. Il va devoir partir régler cette affaire, m’informe Adil, fier de lui.
— Tu es un génie, mon amour, le félicite mamá amoureusement.
— Ne me remercie pas, Esperanza. Je l’ai fait pour Dani.
Je lui saute malgré moi dans les bras et rejoins mes appartements. Lorsque je franchis le seuil de ma chambre, je trouve Lorenzo en train de plier bagage, le téléphone en main.
— Bande d’incapables ! Je vous jure que si je ne retrouve pas ma cargaison, je vous bute tous un par un ! Je prends le premier vol d’ici deux heures.
Puis il raccroche, se tournant vers moi le regard menaçant.
— Ne crois-pas que tu as gagné, mia cara, je serai de retour sous dix jours.
— Je n’ai rien dit, je suis juste surprise que tu ne délègues pas à ton bras droit.
— Je ne partirais pas s’il avait fait son job correctement !
— Très bien.
— Ne t’inquiète pas, amore. Bientôt nous serons réunis, toi, moi et ma descendance, m’assure-t-il en déposant un baiser sur mon front puis sur mon ventre.
Sans un mot de plus pour lui, je le regarde récupérer sa valise et quitter les lieux. Je suis réellement soulagée lorsque lui et ses hommes quittent notre propriété. Déjà un problème de réglé, du moins provisoirement. Sans Lorenzo dans mes pattes, je vais me sentir plus libre et en sécurité. Épuisée, je m’allonge mais l’odeur de mon époux me répugne. Alors avant de m’assoupir je change mes draps et me laisse bercer par le fond musical que j’allume.
Quelques heures plus tard, mamá vient me réveiller avec une mine satisfaite. Je me demande ce qui peut la rendre si joyeuse.
— J’ai les résultats, ma fille, veux-tu savoir ?
Un silence de mort s’abat sur moi. Un ange passe, puis mes pensées se dispersent. Je la scrute, et lui indique un signe positif avec mon visage.
— Ta grossesse est datée de sept semaines. Ce bébé n’est pas le fruit d’un viol, mais d’un renouveau, d’une passion dévorante qui t’a attirée dans les bras de ce garçon.
Les larmes sont la seule réaction à ses mots, les hormones ne m’aident pas à contrôler mes nerfs.
— Peu importe qu’il soit de lui ou de Lorenzo, je ne désire pas ce bébé. Tu es contente, mais moi je ne le suis pas.
— Chérie, quitte à choisir entre les deux, je crois que tu préfères ce Yelmani, non ?
— Oui c’est certain, mais mamá je…
— La vérité doit être établie. Parles-en avec Danilo ce soir, m’interrompt-elle d’un ton autoritaire.
Là encore je m’effondre car je ne suis pas sûre de pouvoir supporter le poids de son jugement ni ses critiques et encore moins le regard qu’il posera sur moi. Seulement je n’ai pas le choix. Je suis prête à tout pour reprendre une vie normale mais j’ai peur de Dani et de sa réaction. C’est quitte ou double.. Soit je perds tout, soit il me pardonnera.
À l’orée de la nuit, c’est épuisé que celui-ci rentre du travail. Assise dans le petit salon, je discute avec mamá quand Dani nous rejoint avec Adil. Depuis notre dispute de ce matin, on ne s’est pas parlés. Mon cousin se sert un verre de whisky et reste debout.
— Esperanza doit te révéler quelque chose d’important, Danilo, déclare mamá qui s’installe face à moi.
— Je t’écoute Espe, déclare-t-il.
— Avant toute chose, je veux que tu saches que je suis désolée. Pardonne-moi.
Il m’est impossible de poser mes yeux sur lui. J’ai honte mais surtout j’ai peur de le perdre à jamais.
— De quoi tu…
— L’enfant que je porte n’est pas celui de Lorenzo, clamé-je le regard vers le sol.
Le bruit du verre s’écrasant contre le mur, m’indique qu’il est hors de lui.
— Explique-toi, hurle-t-il.
— Du calme, crie maman tandis que je m’enfonce un peu plus dans mon fauteuil.
— Lors de ma fuite, j’ai rencontré quelqu’un en orient et la veille de prendre mon vol, j’ai couché avec lui. Il est le père de ce bébé, Dani, je suis désolée.
Mon cousin a les nerfs, ses iris me fusillent de rage et il quitte les lieux en m’envoyant un regard lourd de sous-entendus.
— Lorenzo est au courant ? me questionne Adil.
— Bien sûr que non, je le lui dirai un jour mais pas maintenant je ne suis pas prête.
— Alors il ne le saura jamais.
— Quoi ? Mais…
Ma mère regarde Adil qui a un sourire malaisant. Qu’a-t-il en tête ?
— Tu devrais aller parler à Dani, il doit souffrir, me conseille mamá en caressant mon visage.
Je quitte la pièce en courant et part chercher Danilo dans sa chambre, mais à peine arrivée devant, qu’il en franchit le seuil.
— Dani, attends, je vais tout expliquer.
— Non, lâche moi Espe, tu t’es bien foutue de ma gueule sur ce coup-là, tu vaux pas mieux que… admire ce que tu me pousses à dire ! Je ne peux pas, je n’arrive plus à te regarder.
Je le retiens par le poignet, mais il se détache en me poussant violemment contre Adil qui me rattrape alors qu’il emboitait mon pas.
— Fous-moi la paix, bordel ! éructe mon cousin en avançant rapidement.
— Ce n’est pas le moment Esperanza, je vais le gérer, m’informe Adil qui me congédie.
J’ai tout perdu, je le savais, j’ai semé la zizanie parmi les miens et j’ai échoué avec Dani. Je ne suis pas une bonne personne. Ils ont tous placé leur confiance en moi, et je réduis à néant tous leurs espoirs. Ma vie n’a pas de sens, je nage en plein désespoir, tout n’est que cauchemars. Désespérée, j’emprunte le chemin du double étage et me rend sur le toit. Coincée entre le ciel, les étoiles et ma réalité, je n’ai pas d’autre choix. Leur vie sera bien meilleure sans moi. Je ne suis qu’une pièce sur un échiquier. Je n’aspire plus à rien, je n’éprouve que le vide. Une fois morte, ils seront tranquilles. J’approche du bord et le vertige me saisit.
— Ça va aller, me dis-je à moi-même.
Ce soir, ils n’auront plus de fille à problèmes, plus de bébé, plus rien. J’observe Dani en bas montant sur sa moto.
— Je suis désolée, lui envoyé-je, même s’il ne m’entend pas.
Comme-ci ses pensées étaient reliées aux miennes, il lève le visage vers moi et dans un dernier soupir, j’entends.
— Esperanza, non !
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