Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 12
Punition
[Danilo]
Je tourne en rond comme un lion en cage. Impossible de foutre la main sur Esperanza. Je commence à désespérer, et mon cœur se serre. Peut-être est-elle morte ? Qui nous dit que Lorenzo raconte la vérité ? Andrés me regarde suspicieux.
— Toi, t’as une idée, vas-y, balance, me somme-t-il.
— Et si elle n’était jamais partie ?
— Comment ça ?
— Lorenzo a pu l’assassiner et faire croire à une fuite.
La bile me monte.
— Pourquoi nous mènerait-il en bateau ?
— Parce qu’elle n’a pas voulu lui offrir de descendance. Tu le connais, il a le poing facile. Esperanza est fragile, elle n’aurait pas pu supporter une telle violence.
— Mouais, elle en a pris des belles de mon père, et elle est toujours en vie.
— Parce qu’il ne voulait pas la tuer, il retenait forcément ses coups.
— Je n’y crois pas une seule seconde, conclut Andrés.
— Alors pourquoi serait-elle partie ? insisté-je.
Il réfléchit, puis me donne sa version.
— À mon avis, elle se tape un autre mec, cette conne. Elle doit s’amuser, mais elle va moins rire quand je vais la retrouver, ça, je te l’assure.
— Tu n’as pas intérêt à la toucher ! hurlé-je hors de moi.
Sans m’apercevoir de mes gestes, je suis sur lui, le poing levé. Il me repousse, sans comprendre ma réaction.
— C’est quoi ton putain de problème !
Je m’assois par terre et passe mes doigts dans mes boucles blondes.
— Ça me rend dingue de la savoir dehors sans protection, expliqué-je.
— On va la récupérer, on n’a pas le choix. Et si cet enfoiré de Lorenzo l’a envoyée six pieds sous terre alors il mangera, ça je te le garantis, affirme-t-il déterminé.
C’est une certitude. Ce gars-là, est une ordure de première. Tous les Noël, ils reviennent en Colombie. Chaque année, elle est de plus en plus belle, mais aussi moins souriante. J’ai vu dans son regard la tristesse et la peur, sans parler des marques qu’elle tentait de dissimuler, mais qui ne m’ont pas échappées. L’an dernier, j’ai dû intervenir, car il l’avait chopé à la gorge. Je me suis jeté sur lui, et sans pouvoir m’arrêter. J’ai pris une bonne raclée par mon oncle qui a soutenu Lorenzo sous prétexte qu’il éduquait ma cousine et que souvent faut les briser pour qu’elles n’obtiennent jamais le pouvoir. Quand je repense à ma tante que je croyais forte, j’ai de quoi douter. Comment a-t-elle pu renouveler ses vœux de mariage alors qu’il lui proposait le divorce ? Je n’en reviens toujours pas.
— Coucou, je peux ? nous interpelle Dayana qui vient de rentrer dans ma chambre.
— Ouais bien sûr.
Je suis content qu’elle revienne un peu vers moi. Depuis que j’ai mis un terme à notre pseudo-relation, elle m’évite et la revoir panse un peu mes blessures.
— Bon bah moi, je vais aller réfléchir plus loin, balance Andrés qui nous laisse.
Elle se mord la lèvre, et ça me fout dans un état pas possible.
— Comment vas-tu ? lui demandé-je.
Elle hausse les épaules et je lui tends la main pour qu’elle vienne me rejoindre.
— Tu me manques, Dani, avoue-t-elle en se logeant dans mes bras.
Je ne peux nier que la perte de notre complicité me pèse.
— Je suis là, même si en ce moment, je suis pas mal pris.
Elle me scrute et approche ses lèvres des miennes. Tel un aimant, je suis attiré et me laisse aller à un baiser. Elle glisse ses mains sous mon tee-shirt et je la stoppe.
— Oh… Daya…
— Dani, je ne veux que toi, ne me repousse pas une seconde fois.
Je n’arrive pas à lui résister et elle prend le contrôle sur moi. Elle m’allonge sur mon lit, m’enjambe et se frotte contre mon érection. Le sang pulse dans mon gland qu’elle masse à travers mon pantalon.
— Je sais que t’en meurs d’envie, chuchote-t-elle à mon oreille.
— Ouais, soufflé-je, tandis que le désir l’emporte sur la raison.
Je la retourne et lui retire sa petite culotte. Sur le dos, les cuisses offertes, je lèche l’intérieur de sa cuisse puis la mordille. Un long soupir s’échappe de sa bouche lorsque je viens titiller son clitoris. Je tente de lui enfoncer mes doigts et sens son hymen qui me ramène droit à la réalité. Elle fronce des sourcils quand je recule. Putain, mais je vrille complètement en ce moment !
— Toi et moi, ce n’est pas possible, haleté-je, essoufflé par mon excitation.
— Me laisse pas comme ça ! Tu n’attends que ça, Danilo.
— Je… Je ne peux pas, désolé.
— Je t’aime, je… n’y arrive pas sans toi.
— Sors de là Dayana s’il te plaît.
Son regard s’assombrit.
— Alors prépare-toi à me voir mariée à ton oncle.
— Il ne ferait pas ça. Il a renouvelé ses vœux avec ma tante et d’après ce que j’ai entendu, il renonce à avoir d’autres femmes.
Elle me pousse de son doigt.
— T’es naïf, il n’en a rien à foutre d’Alana, lui ce qu’il veut, c’est une descendance. Tu me jettes à ses pieds comme une pute, là.
Elle tente par tous les moyens de me toucher, mais je garde la tête froide.
— Je t’ai promis de te protéger, lui assuré-je déterminé.
— Et je suis encore là.
— On doit retrouver Esperanza, mais je ne t’oublie pas, on va te mettre à l’abri.
— Ça sera toujours elle la priorité de toute façon ! Laisse tomber.
Elle part en claquant la porte, en me traitant de connard. Mais juste après ça frappe de nouveau.
— Daya je…
Le bras droit de mon oncle est là face à moi.
— Señor Sanchez vous demande.
Et merde. Je le suis et vois Andrés qui est entouré des hommes de son père. C’est quoi encore ce bordel ! Je le rejoins, puis nous sommes escortés au sous-sol. Là, ça craint. Quand on y est emmené, c’est pour être torturé. Mais pour quelle raison ? Parce qu’on ne chope pas sa fille assez vite ? Parce que je n’épouse pas Daya ? Andrés n’a rien à voir là-dedans. On pénètre dans la pièce, et Emilio nous scrute d’un œil mauvais.
— Tu nous as appelés ? questionne mon cousin.
— Oui, je dois vous enseigner quelque chose à tous les deux, réplique son père, qui semble nerveux.
— Et qu’est-ce qu’on fout ici ? éructé-je.
Je sais que je le gonfle, mais j’y peux rien, je ne suis pas un clebs qui suit bêtement son maître.
— Tu es le portrait craché de ta mère, autant physiquement que caractériellement.
— Ouais et alors ?
— Vous allez enregistrer qu’on ne se fout pas de moi.
Sans capter ce qu’il se passe, ses sbires nous attrapent, nous foutent à poil pour nous installer sur des chaises branchées à l’électricité. La torture favorite de notre famille.
On connaît bien ce processus, car c’est comme ça qu’il nous a appris à gérer la douleur, mais ça remonte à un petit moment et ça ne me manquait pas.
— Papá, arrête, qu’est-ce-qui se passe, pourquoi agis-tu comme ça ? s’affole Andrés.
J’ai toujours mieux supporté la souffrance que lui alors je suis serein et accepte ma sentence. Si Emilio est un connard, il ne nous a jamais punis sans raison. Anna-Maria entre et nous lance un regard de compassion. Elle pose un plateau et cherche ma veine. Silencieusement, elle injecte le produit conducteur.
— Putain, mais pourquoi ! On cherche, on fait tout ce qu’on peut, je te jure ! crié-je sur le dragon.
Il répond rien et se contente de nous observer, prêt à appuyer sur ce foutu bouton. Elle mime un signe de tête et une décharge nous traverse. Nos mâchoires se serrent pendant que nos cœurs accélèrent. Puis enfin ça se calme et il s’approche de nous.
— Lorsque je donne des règles, j’aimerais que vous les respectiez. Prendre mes hommes pour des cons, revient à se foutre tout autant de ma gueule.
— Tu ordonnes de la merde, forcément qu’on désobéit, balancé-je hargneux.
Il me sourit et agrippe ma tignasse.
— Joue au malin et je vais arracher la vertu de la pétasse que tu refuses d’épouser.
— Va te faire foutre.
Après un coup dans mon estomac, il retourne à la console et intensifie la puissance doucement puis brutalement.
— Arrête ! hurle Andrés qui plante ses doigts dans les accoudoirs.
— Mon fils, te barrer en douce pour baiser plutôt que de chercher ta sœur engendre quelques conséquences.
— Lâche-le ! C’était mon idée ! On avait besoin de se détendre pour redoubler d’efficacité, tenté-je d’expliquer pour au moins libérer mon cousin.
Le courant s’arrête et la sueur coule sur nos deux corps.
— La pute que vous avez massacrée est morte, atontado[38], balance-t-il froidement.
— Quoi ! Impossible, elle était vivante quand on est partis, rétorqué-je sur la défensive.
— Elle est décédée de ses blessures, l’autopsie vient de tomber, l’hémorragie lui a été fatale. Eh oui petit con, la faucheuse met parfois du temps à se décider.
L’annonce de ce que j’ai occasionné m’emporte vers les abysses de mes tourments.
— C’est entièrement de ma faute, Andrés n’y est pour rien, laisse-le s’il te plaît.
Il regarde son fils qui renifle.
— Tu confirmes ? lui demande-t-il.
Mon cousin me regarde et je lui indique de dire la vérité.
— Oui, mais il a pété les plombs, ce n’était pas volontaire papá.
— Détachez-le, ordonne tío qui me garde encore un peu.
Le silence règne dans la pièce et il se pose devant moi.
— Bien que j’aime ce côté-là chez toi, tu m’as pris une pute.
— Vas-y, je suis prêt.
Le bouton se tourne et je subis ma punition. Tous mes muscles sont contractés et je finis par m’uriner dessus, mais il n’y a que comme ça que j’arriverai à me pardonner la mort de cette pauvre fille.
— Encore ! hurlé-je de toutes mes forces.
Ça me brûle et j’ai un aperçu de ce que mon père a pu ressentir. La douleur laisse place à quelque chose que je redoute.
— Oui, Dani, laisse-le sortir, m’encourage mon oncle qui ne cherche plus à me punir.
Mon regard est voilé, une sorte de vrombissement résonne dans ma tête et mon érection se dresse.
— T’es coriace toi, le digne fils de ton père, il serait tellement fier de toi. Ramenez-moi une fille.
J’ai l’impression que la puissance du courant me recharge. Une Chica rousse entre et se déshabille. Elle est merveilleuse. Un grognement sort de ma bouche et je tente de me défaire de mes entraves.
— Tu la veux, je te l’offre, tu as carte blanche, mais pour ça, faudra te libérer.
Je me nourris de la peur, de la douleur, de cette part d’ombre en moi. Mes muscles se raidissent et explosent mes liens. J’arrache tout ce qui me relie à la machine. Plus rien ne compte, sauf cette pauvre petite chose qui me craint.
— Elle est à toi, m’informe mon bourreau.
Je me jette sur elle, la lèche telle une bête assoiffée puis la pénètre violemment. Son corps étroit, cède pour la première fois. Je la dépucelle avec hargne et deviens une tout autre personne.
— Oui, très bien, baise-la ! m’encourage-t-il.
Je m’enfonce dans ses chairs et ses hurlements me rendent encore plus dur. Tout explose sur mon passage, elle n’est plus qu’une poupée de chiffon entre mes mains qui la maintiennent. Je ne peux plus m’arrêter, je dois la remplir. Lorsque la délivrance arrive, tout se reconnecte en moi et je recule. Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ! Elle est tremblante dans une mare de sang. J’observe mon oncle qui semble satisfait.
— Pourquoi ! crié-je enragé.
— Parce qu’il n’y a qu’à travers toi que je peux encore voir mon frère. T’es comme lui, un monstre.
— Non. Je n’ai pas voulu la…
J’observe la fille qui ne bouge plus. Mes larmes coulent sur mon visage, puis je m’approche de lui avec un calme qui n’est pas le mien.
— Regarde-la bien. Le prochain, ça sera toi.
— C’est une menace, Danilo ?
— Non… Une promesse.
Je ramasse mes vêtements et me dirige vers la porte, mais ses clebs me font barrage.
— Laissez-le partir. Il doit retrouver ma fille.
Je parcours la maison nu et vais me doucher, puis je m’effondre comme une masse sur mon lit. Dans mes songes, je rejoue cette scène, sauf que la victime, c’est Esperanza. Je hurle, crie, mais ne m’arrête pas. Lorsque je lève la tête, ma mère me regarde tristement.
— Mamá !
— Qu’as-tu fait Dani ? Tu n’es pas comme ça.
— Me contrôler m’est impossible, pleuré-je.
Dans le coin de la pièce, mon père sort de l’ombre. Il est si imposant et pourtant si tendre lorsqu’il se met contre le dos de ma mère pour l’enlacer.
— Bébé, c’est mon fils, il ne peut renier ce qu’il est. Dani, tu trouveras la solution pour te contrôler, mais surtout ne le crains pas. Il n’est pas là pour te détruire, mais pour te protéger. Vois-le comme un garde du corps et utilise-le quand t’en as besoin.
— Je fais du mal aux gens, papá.
— Elle saura te canaliser, ne t’inquiète pas, elles sont fortes pour ça.
Il sourit à ma mère et pose un baiser sur ses lèvres. Ils ont l’air si heureux.
— Mais…
L’atmosphère devient étouffante par la chaleur excessive, et à travers les murs, le sable se faufile. La pièce se remplit rapidement et j’en ai déjà jusqu’à la taille.
— Tu ne la cherches pas au bon endroit, baby boy.
— Papá ! Mamá ! hurlé-je alors qu’ils se font ensevelir.
Je me réveille en sursaut, avec une sensation de grain sous les dents. Je m’habille rapidement et file voir Andrés.
— Faut qu’on s’axe sur les déserts !
— Les déserts ? Le truc avec du sable partout ?
— Oui.
Il m’observe bizarrement.
— Elle est dans un pays chaud, avec du sable.
— Egypte ?
— Je ne sais pas, je n’ai vu que ça, tenté-je d’expliquer.
— Comment ça ? m’interroge mon cousin paumé.
Je lui explique mon rêve.
— Euh ok, donc là, tu veux qu’on suive les indications d’un foutu cauchemar ?
— Oui, mes parents étaient là, j’ai vu Esperanza, le sable, la chaleur. Faut qu’on explore de ce côté-là, j’en suis sûr.
Il soupire, mais finit par céder. Je sens qu’on est tout près, je ne lâcherai rien, je la retrouverai. Il n’y a plus que ça qui compte.
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