Trafic (Tome3) (French Edition)

Jessie Auryann · Chapitre 32 sur 49

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Trafic (Tome3) (French Edition)

Chapitre 28

Relation à peine cachée,

déjà dévoilée

[Esperanza]

 

Trois jours interminables que mes insomnies gâchent mes nuits. Danilo est parti et depuis son silence nous pèse à tous. Adil a craqué hier soir et a rejoint la demeure familiale. La patience est une de mes qualités, néanmoins, je suis arrivée à un point de non-retour. Je sors du lit et me dirige vers l’extérieur, guettant un infime espoir de vie de leur part. Seulement personne à l’horizon. Je m’installe sur un banc étroit, mon châle sur les épaules et respire l’air frais de la brise matinale. Seuls m’entourent la verdure, les arbres et un chemin en gravier où les traces de la moto de mon cousin sont encore marquées. J’espère qu’il va bien, je me raccroche à la flamme qui brûle dans mon cœur et qui me rassure. Pourquoi personne ne nous tient informés de la situation. L’endroit où nous sommes doit pour le moment rester secret et l’utilisation de nos téléphones trahirait notre position. Des bras viennent soudainement m’enlacer et un baiser affectueux est déposé sur ma tempe.

— Princesse, comment te sens-tu ?

— Je suis juste inquiète.

— Tout va bien se passer, Adil va revenir.

Totalement chamboulée et stressée depuis soixante-douze heures, je me rends compte que je ne lui ai pas porté la moindre attention. Il a tout quitté pour moi, son pays, sa famille. Adil lui impose un entraînement intensif et en contrepartie, je le délaisse. Alors qu’il s’éloigne, je jette un coup d’œil dans sa direction et le vois partir dans le sous-bois derrière la planque. Je me lève et suis ses pas. Quelques mètres plus loin, la pénombre m’impose quelques frissons. Le ruissellement d’un cours d’eau me parvient aux oreilles et l’odeur de la mousse fraîche me titille les narines. Le chant des oiseaux résonne telle une douce mélodie. Mis à part cela, le silence règne en maître. J’avance un pas après l’autre, faisant attention aux branches qui ont élu domicile sur le sol de feuilles mortes. J’observe autour de moi afin de retrouver Yelmani, mais aucun signe de chaleur humaine n’émane de ce recoin. Valeureuse, je poursuis mon chemin, m’enfonçant davantage entre les troncs d’arbres tout aussi impressionnants les uns que les autres. J’inspire l’odeur du vieux bois qui domine dans l’air. On pourrait se croire dans un film d’horreur où on dirait à l’héroïne de sortir de là. Mais elle n’en ferait rien et son corps serait retrouvé mutilé par un tueur psychopathe. Étonnamment, je n’ai pas peur et me sens plus en sécurité ici, qu’à la maison.

— Yelmani ? appelé-je inquiète.

Aucune réponse, juste le calme. Je patiente cinq minutes et réitère, mais toujours rien. Déterminée à ne pas pourrir ici, j’entame un demi-tour lorsqu’une main se plaque sur ma bouche. Un torse dur et mouillé se colle à mon dos.

— Le danger t’excite, habibi.

Soulagée de distinguer la voix de mon amant, je me détends peu à peu, laissant mon cœur reprendre un rythme régulier. Il extrait ses doigts de mes lèvres et applique un baiser dans mon cou.

— Je te cherchais Yel, tu m’as fait peur.

— Tu aimes pourtant mettre ta vie en péril.

— Pourquoi es-tu si trempé ?

— Une cascade pas très loin.

Le savoir derrière moi, me chuchotant ses réponses émoustille ma libido. Je me serre un peu plus contre son corps, dans l’espoir d’obtenir une réaction de sa part, mais il recule soudainement.

— Que se passe-t-il ? l’interrogé-je en me retournant pour être face à lui.

— Je ne vois pas de quoi tu parles, s’insurge mon bel oriental.

— Ne me mens pas, je vois bien que quelque chose te chagrine.

Il semble affecté par ma réplique, mais reste muet. Je m’approche de lui et reconnais l’inquiétude dans ses yeux clairs qui scrutent chacun de mes gestes. Je pose une main sur sa joue mal rasée qui me picote la peau. Il vient s’y nicher à la recherche du moindre réconfort que je peux lui accorder.

— J’ai besoin de toi, susurré-je à la commissure de ses lèvres, décelant son trouble.

— Je ne suis pas sûr, Esperanza. J’ai le sentiment d’être de trop entre vous deux.

— Tu es l’une de mes plus belles rencontres.

— Exactement, une rencontre, pas un amour de toute une vie. Elle est là, la différence.

Troublée par sa révélation, je ne peux que ressentir de la compassion à son égard. Il est vrai qu’à côté de Danilo, notre histoire fut brève et courte. Cependant aujourd’hui, il est ici et je ne le laisserai pas s’évaporer dans la nature. Nous allons devenir parents et sa présence est essentielle.

— Laisse-moi te prouver comme tu as tort.

— Esperan…

Je souhaite tout lui offrir, comme lors de notre première nuit dans le désert. Depuis ce soir-là, nous n’avons pas réitéré notre besoin primaire de s’unir juste tous les deux. Je veux prouver que je me donnerai corps et âme pour lui. Il cède peu à peu face à mon désir ardent. Nos langues se caressent, s’apprivoisent tout en sensualité. Yel me recule contre un amas de pierre et mordille la chair de mon cou. Ses mains rugueuses partent à la reconnaissance du galbe de mes seins. Il les empoigne et j’en réclame davantage. Tandis que j’envoie valser mon bas de survêtement, ses doigts guident les miens plus au sud.

— Touche-toi pour moi, m’incite-t-il charnellement.

Yel accompagne les mouvements de mon index et mon majeur en plaquant sa paume sur ma main. Il scrute mon regard et sourit face au plaisir qui me secoue. Il stoppe ma masturbation et vient lécher mes doigts trempés de cyprine, me surprenant par son audace. Je me réjouis du corps de cet homme qui me plaît tant. Ses abdominaux sont sculptés et un trait de poil descend vers son pubis. À la hâte, je m’empresse de déboutonner son jean. Sans sous-vêtements, son érection imposante se dresse fièrement sous mes yeux. Son pantalon retiré, il s’empresse de venir combler l’espace vital entre nous. Yelmani fusionne nos deux êtres et enfin, je retrouve l’alchimie qui m’avait tant manqué. Une jambe relevée contre sa taille, Yel balance son bassin d’avant en arrière, m’emplissant de toute sa longueur. Je m’accroche à ses épaules que je mordille, à ses cheveux que je tire. Nos bouches se dévorent alors qu’il me pilonne férocement. Nos souffles se mêlent, nos respirations haletantes résonnent dans ce lieu si mystique. Sa hampe gonfle en moi, Yel est sur le point de se libérer et alors qu’il m’assène un puissant coup de boutoir, l’orgasme me dévaste. Sa jouissance recoupe la mienne dans une osmose parfaite. La redescente est longue et bouleversante.

— Je t’aime Esperanza, plus loin que les cieux, à l’infini.

— Je t’aime Yelmani.

— Ne me dis pas que tu m’aimes si tu n’es pas sûre. Chez nous l’amour, c’est sacré.

— Je le pense. Mes sentiments sont sincères, n’en doute pas.

Il reprend mes lèvres doucement, alors que son sperme s’échappe de mon entrejambe. N’ayant rien pour m’essuyer, Yel est sensible à mon problème et ricane comme un idiot. M’entraînant à sa suite, nus tous les deux, il nous emmène à une petite crique où de l’eau s’écoule. C’est donc cela que je percevais tout à l’heure. Tel un gentleman, mon amant prend le temps de me nettoyer de ses mains. Le liquide froid me pousse à crier de stupeur, ce qui le fait rigoler davantage. Saisie par l’esprit de vengeance, je l’éclabousse comme une enfant. Surpris, il cherche à se protéger en vain. On laisse cet instant de joie accaparer toutes nos pensées et ça fait du bien.

— J’ai l’impression de te retrouver comme lors de notre parcours infernal à travers l’orient.

— Lâcher prise, c’est tout ce dont j’avais besoin. Je suis sous tension depuis mon retour au pays.

— Je veillerai à ce que ces moments perdurent dans le temps.

J’acquiesce avant de sortir de l’eau, puis me sèche avec mon châle avant de me rhabiller. Nous prenons le chemin de la sortie du sous-bois et retournons à la planque. Alors que nous nous approchons de l’entrée, un véhicule apparaît. Adil en descend le visage tuméfié, l’air dévasté et à son regard, je comprends qu’il est arrivé quelque chose de grave à Danilo. Les cris accompagnent ma détresse alors que je m’effondre au sol. Yel me rattrape et essaie de me consoler. Le bras droit de mon cousin arrive à ma hauteur en courant.

— Il va presque bien, Esperanza, il est en vie, ne te mets pas dans ces états-là.

— Que s’est-il passé ? questionne Yelmani.

Adil se retourne vers moi.

— Ton père a été sans pitié, Dani a… a été… violé. Je l’ai retrouvé dans les sous-sols, mettant fin à son calvaire. J’ai dû fracasser deux, trois nez au passage. La guerre est déclarée à la maison Esperanza. Yelmani tu dois te tenir prêt à toute éventualité !

— C’est un monstre ! crié-je horrifiée.

Nous plions bagages pour retourner vers la demeure familiale. Dani a besoin de moi, de mon soutien dans l’épreuve qu’il traverse. Mon père, je n’éprouve que de la haine pour cet homme qui nous a tous fait souffrir. Son sang coule dans mes veines et j’en ai tellement honte. Si je pouvais renier ses gènes, je le ferais sans hésiter. Comment peut-il se comporter ainsi ? C’est le démon. Assise à l’arrière du 4x4, Yel pose une main sur ma cuisse pour me détendre, mais plus nous approchons de notre destination et plus la rage me consume. Je le sais comme une évidence, je ne pourrai pas me retenir face à mon géniteur. Je vais lui cracher ma rage au visage. Il ne m’arrivera rien, je suis en sécurité avec Adil et Yelmani. Papá ne touchera pas un cheveu de sa fille qui porte une descendance.

Quand nous franchissons les grilles de notre demeure, je bouillonne de nervosité. Ce sera bien la première fois que je me rebelle, mais cette fois, c’est mérité. Papá est allé trop loin. Adil se gare et je bondis hors du véhicule. Je rentre dans la maison, scrutant les pièces à la recherche de mon géniteur. L’odeur du cigare oriente mes sens et je le trouve rapidement dans le salon, en train de discuter avec un de ses hommes.

— Tiens une revenante, déclare-t-il, alors que je me rue sur lui pour lui infliger des coups.

Mais il devine chacun de mes gestes et me bloque dos à lui.

— Mais tu es une vraie tigresse ! Comme ta mère ! ricane-t-il.

— Salaud ! Monstre ! Dani ne mérite pas autant de cruauté ! Si tío était encore en vie, tu serais déjà mort !

— Ferme-la, sale petite sotte ! Tu vas trop loin ! gueule-t-il en pressant ses doigts sur ma nuque pour m’envoyer valser dans le canapé.

Mamá, Adil et Yel apparaissent d’un coup dans la pièce.

— Calme ta putain de fille, Alana ! Immédiatement ! braille celui qui n’est plus qu’un chef de cartel à mes yeux.

— Emilio ! N’oublie pas qu’elle est enceinte ! Esperanza est à cran !

— Tu es le diable ! Un démon ! J’espère que les ténèbres s’abattront sur toi ! m’écrié-je emplie de haine.

El dragón s’avance d’un air malveillant, décidé à me gifler quand Yel se loge devant moi, arme en main, prêt à faire feu.

— Ne la touchez pas ! peste-t-il furieux.

Papá tente de le désarmer, mais Yel est plus habile, plus doué et parvient à écarter le danger tout en me plaquant derrière son dos. Énervé d’être ainsi mis hors-jeu, mon géniteur pose son canon en direction de mon amant.

— Stop ! On se calme ! crie mamá qui se place devant son époux.

Elle pose une main sur la joue du monstre au regard glaçant, l’appelant pour le ramener à la raison. Puis doucement elle caresse son bras, jusqu’à lui faire baisser sa garde.

— Mi amor, c’est de notre fille qu’il s’agit ! Emilio, elle porte le fruit de la descendance italienne, ne commets pas d’impair. Notre famille a assez souffert.

— Qui est-il ? lui répond papá à cran.

— La recrue récente de Danilo pour veiller à la garde rapprochée d’Esperanza, ajoute Adil.

— C’est donc toi qui as formé cet idiot ? N’apprends-tu pas à tes nouveaux hommes qui je suis ? Pourquoi ne suis-je pas étonné de ton échec ? C’est donc toi qui dois mourir à sa place, ricane papá en pointant son arme sur Adil.

Ma mère se met à hurler et court dans les bras de son amant bien-aimé, prête à prendre la balle perdue du glock de mon père.

— Dégage Alana !

— Non ! Si tu le tues alors tu me perdras définitivement !

— Voyez-vous ça, ma chère femme prête à mourir pour un autre que moi ? Toi, là, indique-t-il à Yelmani, emmène ma fille ailleurs.

Yel observe Adil qui valide d’un hochement de tête. Sans plus attendre, il me porte pour m’éloigner de la scène qui va suivre, mais j’ai tellement peur pour ma mère que je me débats en vain. Une fois plus loin dans la maison, Yelmani me dépose au sol, le regard soucieux.

— Reste-la, Esperanza, écoute-moi, ça va bien se passer.

Il n’a pas le temps de comprendre ce qui se passe lorsque je lui échappe des mains et que je retourne soutenir ma mère. Quand j’ouvre la porte, ce que je vois m’écœure. Papá est assis dans le canapé, maman entre ses genoux, gobant son sexe à la vitesse des mains de mon géniteur qui maintient ses cheveux. Adil est obligé de contempler la scène, un homme de main de papá pointe son arme sur lui. Il exhale des gémissements bruyants en narguant le bras droit de Danilo, puis finit par éjaculer dans sa bouche en gueulant comme un chien. Il se relève fier de lui.

— Désormais, tu peux passer après moi ! N’omets jamais une chose, Alana, tu ne seras en aucun cas à lui. Tu m’appartiens, n’oubliez pas qui est le maître ici !

Ma main se pose sur ma bouche et je me rue aux toilettes pour vider ma rage. Cet homme nous rend tous malheureux. Il n’est plus le père que j’ai connu. Le temps a effacé la gracieuse image que j’avais de lui. Lorsque je ressors, Adil a le regard hagard, froid et dur. C’est certain, il va péter un plomb. Je l’interpelle juste pour lui demander où se trouve Dani et il me désigne l’extérieur de ses yeux. J’attrape Yel dans mon sillon et nous nous rendons à la cabane. Je grimpe à l’échelle, tandis que mon amant reste en bas, préférant inspecter les environs et me laisser de l’intimité avec mon cousin.

Une fois tout en haut, je souffle un bon coup car je devine que Dani est au plus mal, blessé dans sa fierté. Il dort et quand je m’approche, il braque une arme contre moi.

— Dani, ce n’est que moi. Dios mio, que t’a-t-il fait ?

Il ne dit rien, laissant les larmes sillonner son si beau visage.

— Ne me touche pas, Esperanza, me repousse-t-il cruellement.

— Je t’en prie Dani, arrête.

— Va t’en, crache-t-il dédaigneux.

— Non ! m’époumoné-je en le serrant contre moi.

Mais il recule vivement, empêchant tout contact entre nous.

— Je suis là, Danilo, pitié ne le laisse pas tout détruire.

— Je suis déjà mort Esperanza ! Vas-tu comprendre que je ne suis plus rien !

— Je refuse de t’entendre dire cela !

— Il a gagné, il m’a tout pris !

— Non ! Danilo ! Je t’en prie ! Sois combatif ! Ne me laisse pas seule !

J’essaye de l’approcher mais il se rencogne encore plus dans le coin opposé au mien. J’ai mal pour lui. Le voir ainsi me perturbe.

— Tu as Yelmani pour prendre soin de toi ! Je suis fatigué ! Barre-toi !

— Arrête Dani ! Ne nous fais pas ça !

— Trop tard ! C’est fini, Esperanza ! Dégage ! hurle-t-il à cran.

Abattue, je me résigne à quitter la cabane. Yelmani m’accueille et me console du mieux qu’il peut. Je ne laisserai pas mon père gagner. Pas cette fois.

Une semaine plus tard, alors que Danilo ne souhaite voir personne et qu’il s’enferme dans son mutisme, papá a convoqué la presse pour annoncer au monde entier ma grossesse. Fier de lui, il annonce devant notre maison, que sa fille bien-aimée est enceinte de son gendre disparu tragiquement. Je m’approche derrière lui et lorsqu’il me voit, il m’enlace. Je rentre dans son jeu, le câline, tandis qu’il embrasse mon ventre. Je laisse les journalistes accomplir leur travail et nous photographier. Puis, poussée par un élan de vengeance, de rage, de haine, je m’approche du micro. Le démon m’observe interloqué, je lui souris pour toute réponse.

— Bonjour à tous, comme mon père vous l’a annoncé il y a quelques instants, la famille Sanchez va s’agrandir. Cette nouvelle nous comble de joie, mais je me dois de rectifier le tir. Désolé, papá, mais ce bébé n’est pas celui de Lorenzo. Ce petit être, qui grandit en moi, est le fruit d’une nuit inoubliable avec un homme exceptionnel, celui avec qui j’ai trompé mon mari.

Puis je recule vivement, laissant l’assemblée remplie de stupeur. El dragón, m’observe férocement : s’il détenait une arme à la place des yeux, il me tuerait sur place. Mamá me scrute fièrement, Adil est ravi et Yel est anxieux. Danilo m’observe du haut de son balcon sans la moindre expression. Je viens de déclencher une guerre au sein de ma famille. Dès que papá va refermer les portes, il va me tomber dessus mais peu importe la sentence, j’ai besoin du sursaut de Dani pour me protéger. Il le sait, le démon va vouloir m’écraser pour la honte que je viens de lui infliger.

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