Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 26
Péché d’orient
[Esperanza]
Le jour se lève et les rayons du soleil se reflètent sur les fesses nues de mon homme. Danilo est un excellent amant. Depuis notre réconciliation, on profite de chaque instant que la vie nous offre. Papá n’est toujours pas rentré d’Italie afin de régler les affaires avec cette famille qui n’a plus d’obligation envers nous. C’est la première fois qu’il part aussi longtemps et tout le monde s’en porte bien, sauf les jumelles qui l’adulent encore. Il leur a lavé le cerveau avec la toute-puissance et la grandeur de notre clan. Elles n’ont aucun respect ni aucune valeur morale. Avec Dani on doit faire attention car notre relation est cachée aux yeux des autres. Seule mamá et Adil sont au courant. Je frôle ses cheveux blonds, puis délicatement je passe mes ongles le long de sa colonne vertébrale, ce qui lui apporte de doux frissons.
— Bonjour baby girl, tu m’as déjà épuisé une partie de la nuit, tu en redemandes ?
— Je ne serai jamais lasse.
— Vive les hormones, ricane-t-il suivi d’un bâillement.
— Ne parle pas de ça, Dani, pas au réveil.
— Bébé, va vraiment falloir faire un effort. Je sais que c’est difficile mais il est là et moi-aussi, me lance-t-il en se retournant, laissant le drap dévoiler son érection.
Je m’en lèche les lèvres, une chose est inéluctable, je suis déjà terriblement excitée et ne perds pas de temps à lui grimper dessus. Nous émettons un râle plaintif lorsque son sexe disparaît profondément. C’est si délicieux de l’avoir en moi.
— Tu es tellement mouillée bébé.
— Humm… Oui…
— Vas-y lâche-toi Espe… Ouais… Comme ça… Putain…
— Dani…
— Oui… Baise-moi.
J’accélère la cadence et il balance son bassin vers le haut quand je descends sur lui me comprimant de l’intérieur. Son sexe a beau être gros, il épouse parfaitement l’intérieur de mon vagin. Nous nous accordons à merveille.
— Je vais jouir… déclaré-je à bout de plaisir.
Il remue plus vite et nos orgasmes ne se font pas attendre. Notre jouissance résonne fort dans la pièce et je me laisse tomber sur son torse.
— Je voudrais avoir un réveil comme ça tous les jours, chuchote-t-il en m’enlaçant.
— Ce sont les hormones.
— J’aime ça en tout cas.
La porte de la chambre s’ouvre d’un coup et Andrés, nous observe choqué avant de s’asseoir sur une chaise.
— Putain, mais vous êtes crades sérieux ! Vous baisez ensemble ?
Je me couvre du mieux que je peux et me cache de honte dans les couvertures, tandis que Dani se lève et remet son boxer. Il referme la porte de son antre rapidement.
— Il n’y avait pas de garde devant ma porte ? s’étonne Danilo.
— Bin si, mais je leur ai balancé qu’on était attaqués par l’arrière de la maison. J’ai entendu baiser, je pensais que tu partagerais volontiers mais là… euh sans moi. Pense à être plus discret la prochaine fois.
— Merde ! Tu n’es vraiment qu’un petit con.
— Tu m’expliques ? Depuis quand tu te tapes ma sœur ? Putain je n’arrive même pas à croire ce que je raconte. Dites-moi que c’est une blague ou un cauchemar et je vais me réveiller.
— Ça doit rester secret pour le moment. Et ne balance rien à ton père et aux jumelles s’il te plaît, j’irai lui parler en temps voulu.
— Il va vous buter… Dans quelle merde vous vous êtes foutus ! Je ne pourrai pas m’opposer à lui s’il le découvre, vous en êtes conscients ?
— On le sait, interviens-je dans la conversation.
— C’est notre cousin Esperanza. Tu les accumules les conneries, toi ! Papá va être fou. Vous êtes de la même famille, merde quoi.
— On n’a pas de lien de sang Andrés, je l’aime et il m’aime. On ne peut pas lutter.
— Ne nous juge pas, continue Dani.
— Je m’en tape de qui baise qui sincèrement. Juste attention à papá.
— Promets-moi de ne rien dire, lui rétorque Danilo.
— T’as ma parole sale con, j’ai pas envie que tu crèves mais rassure-moi, ce n’est pas toi qui l’a foutue en cloque quand même ?
— Bien sûr que non.
Je sais qu’il est capable de garder de gros secrets, il n’a jamais dit à notre père ce que nos sœurs faisaient derrière son dos.
— Merci Andou, bafouillé-je.
— De rien. Juste, ne te fais pas prendre, ok ?
— Promis, répliqué-je avec un sourire reconnaissant.
Sur ses dernières déclarations, il déserte la chambre et nous soufflons de soulagement.
— J’ai peur Dani, tu crois que…
— Il ne révélera rien, je le connais, il est avec nous.
— Je sais mais c’est tellement compliqué cette situation, je t’en supplie, ne t’attire pas de problèmes. J’espère sincèrement que tu dis vrai. Tu devrais revoir la sécurité, on rentre dans ta chambre comme dans un moulin.
— J’y compte bien.
Je le vois hésiter devant son armoire remplie de vêtements, à croire qu’il ne sait pas choisir ses fringues tout seul. Après quelques grommellements il se décide. Je ne rate pas une miette de l’homme que j’aime et pourrais rester des heures à le regarder.
— Bon, faut que je passe des coups de fils et que j’aille faire une réunion avec les gars.
— Où est Adil ?
— Parti en mission pour moi. Tu vas faire quoi de ton côté ?
— Je vais me doucher et passer du temps avec ma mère. Elle s’ennuie sans lui, c’est trop triste.
— Je sais, peut-être se rendra-t-elle compte qu’il est plus essentiel que cet enfoiré d’Emilio.
— J’ai peur, je ne sais pas comment tout cela va finir.
Je me laisse retomber lourdement sur le matelas et il vient poser un baiser sur mes lèvres.
— Tout ira bien, tu as confiance en moi ?
— Oui.
— Alors laisse-moi gérer. Toi, tu dois faire attention à vous.
— Dani arrête, j’ai l’impression d’être une couveuse.
— Jamais je ne te traiterai ainsi mais si t’es dans cet état, c’est parce que vous n’avez pas réfléchi. Tu n’as pas le droit de rejeter ce bébé, il n’a rien demandé.
Ses mots sont durs mais vrais.
— T’es qu’un sale con Danilo.
Je pars en direction de la douche d’un pas lourd pour montrer ma contrariété et me prépare pour une journée shopping entre mère et fille.
Une fois prêtes, nous grimpons à l’arrière d’une voiture direction le centre-ville. On s’arrête dans le premier magasin et mamá sourit.
— Pourquoi as-tu l’air si amusée ?
— Je me rappelle avoir traîné tío ici, et ce jour-là, je l’ai fait chier comme pas possible.
— Il me manque tellement, Céani aussi.
— J’ai perdu l’unique amie que j’avais, ils étaient comme deux aimants c’était dingue ce qu’il se passait entre eux.
Je la vois replonger dans ses souvenirs et j’ai envie de la rejoindre.
— Parle-moi d’eux s’il te plaît, comment leur couple fonctionnait, ils étaient si différents.
— Matéo éprouvait ce besoin de la détruire pour l’aimer. Il n’a pas constamment opéré des choix judicieux. Il a souvent été diabolique. Mais Céani l’avait dans la peau. Tu sais qu’ils se sont tournés autour pendant trois ans avant de se mettre ensemble ?
— Et bien, c’est interminable.
— Un peu comme toi et Danilo. Je vous retrouve beaucoup.
— Oui, c’est vrai. Je me refusais d’éprouver des sentiments pour lui. J’ai tenté de lutter en vain, puis j’avais tellement honte.
— On ne peut pas nier ce que l’on ressent. Il faut laisser son cœur battre.
Nous visitons plusieurs boutiques avant de nous arrêter dans un restaurant français. On commande nos plats et c’est le moment pour moi de lui parler de sa relation avec papá.
— Adil te manque ? lui demandé-je.
— Je ne te le cache pas, c’est délicat.
— Mais est-ce que tu ressens ce même vide quand papá part ?
— Non, c’est différent, ça me soulage, cependant lorsqu’ il ne rentre pas, je me pose des questions, la jalousie me ronge. Ton père et moi, c’est si compliqué. Notre couple n’a pas commencé sur de bonnes bases et… je suis incapable de lui dire non, c’est comme s’il avait débranché quelque chose dans mon cerveau. J’ai peur d’une vie sans lui. Mais, même avec Adil, je ne retrouve pas cette passion que j’ai avec ton père quand… Il est méconnaissable dans ces moments-là et je le retrouve tel qu’il était avant que le mauvais œil ne nous frappe.
Je lis dans ses yeux ses différentes émotions, je peux comprendre qu’elle soit perdue mais elle ne peut pas continuer comme ça.
— Et si tu fuyais avec Adil ? Peut-être que t’arriverais à ne plus penser à papá et être enfin heureuse.
— Je ne vous abandonnerai pas. Si je faisais ça, je devrais renoncer à mes enfants et me tenir éloignée de vous. En aucune façon, je ne le pourrais. Il me tuerait à la première occasion. Tu ne connais pas ton père aussi bien que moi. Crois-tu qu’il me lâcherait sans conséquences ? Vous ne savez pas ce dont il est capable. Les épreuves de la vie l’ont changé à jamais.
— Ce n’est plus de l’amour, mais de la dépendance affective et de la crainte.
— C’est comme ça. Avec Adil, c’est une échappatoire, mais il devrait disparaître et façonner sa vie, avoir des enfants.
— Il ne te manquerait pas ? Ça ne te rendrait pas malheureuse ?
— Non Esperanza, c’est ça le véritable amour, souhaiter le bonheur de l’autre à tout prix. Il m’est moins difficile de supporter ton père que de voir Adil gâcher sa vie. Je n’ai aucun pouvoir pour lui offrir ce dont il a besoin.
Mamá est démissionnaire. Vivant soumise à un homme qu’elle adule car il lui a imposé son emprise. Elle se raccroche à cela comme à une bouée de sauvetage. Peu importe les conseils que l’on lui donnera, elle ne les suivra pas. Sa vie lui convient ainsi. Pauvre Adil qui espère secrètement en silence mener une tout autre relation.
***
Une semaine est passée, papá n’est toujours pas rentré d’Italie et maman bouillonne d’impatience. Adil aussi manque toujours à l’appel et c’est un double coup dur pour elle. Je perçois son agacement à son humeur exécrable. Mamá a perdu son sourire et elle a beau tenter de me convaincre que tout va bien, je ne la crois pas. Je la retrouve d’ailleurs à la salle de sport en train de taper dans un sac de frappe. Les nerfs la font tenir, mais elle exprime sa rage à chaque coup qu’elle envoie. Malgré son âge, son corps reste robuste et elle met une sacrée raclée à son adversaire. C’est rare de la voir comme ça mais c’est là où je remarque qu’elle pourrait être redoutable si seulement elle prenait le pouvoir.
Je l’observe en silence, cachée derrière la porte. Sa détresse me fend le cœur, son âme en peine supporte encore toutes ces années de souffrance, de chagrin, de douleur. Marquée par un passé et une vie meurtrie, elle est là, debout. Cette femme m’étonne en permanence. Même si mamá n’a pas fait les choix opportuns, si parfois elle est cruelle sans pitié, je sais que ce n’était pas sa destinée. Tombez dans les bras d’Emilio Sanchez et essayez d’en réchapper, vous n’en sortirez pas indemne. Personne n’est capable d’endurer tout ce qu’elle a vécu. Elle est mon roc, mon modèle même si nous sommes dissemblables. Seule une femme qui aime aveuglément est capable de la comprendre. Et si j’ai assimilé une chose ces dernières semaines, c’est que malgré tout le mal que Dani a dû infliger aux autres, je ne pourrais pas me passer de lui. Cela m’est inconcevable.
Les larmes dévalent à présent sur son visage gracieux, elle tremble à cause des émotions qui la traversent. À cet instant dans ma tête, je prie. Pitié dios mio aidez-là à trouver le chemin du repos pour son âme blessée. N’a-t-elle pas droit au bonheur aujourd’hui ? Elle a assez payé ses erreurs. Épargnez ses souffrances, guidez-là vers le chemin de la repentance. Comme si elle m’avait entendue, son regard percute le mien.
— Tu es là depuis longtemps ma puce ?
— Assez pour constater ton désarroi.
— C’est juste un peu de sport, ne t’inquiète pas, ça me défoule.
— Si tu le dis.
Je me mue dans le silence et quand elle s’effondre soudainement, j’accours près de son corps et l’enlace.
— Je suis là mamá, lâche-toi, ce n’est que moi.
Mon épiderme se pare de frisson, je compatis à sa douleur. Maman en a trop supporté et à présent, elle craque. Ni Andrés ni les jumelles ne sont là. Non, il n’y a que moi pour entrevoir ses faiblesses, ses fissures. Le mur qu’elle s’est bâti s’affaisse peu à peu, les barrières de son cœur s’effondrant une par une. La seule personne à s’en rendre compte, c’est moi. Parce que nous avons continuellement eu cette alchimie, ce lien qui nous unit bien plus que ses autres enfants. Entre elle et moi, c’est fusionnel, intense, fort. Mamá ne peut pas me dissimuler ses sentiments, je les devine. J’effleure ses cheveux tandis qu’elle mouille mes bras qui l’enserrent. Entre ces murs, résonnent ses sanglots et tout cela restera ici. Il n’y a pas plus belle complicité qu’un moment partagé avec sa mère. Peu importe l’instant, dans le bonheur ou le malheur, je veux qu’elle sache que je serai constamment là.
— Te amo por siempre[47] mamá.
— Merci mon trésor.
Pas besoin de plus, je la réconforte avec un simple je t’aime, c’est tout ce qu’elle a besoin d’entendre.
Nous nous relevons et alors que la nuit tombe, nous sortons de la pièce et longeons la piscine d’intérieur. La porte s’ouvre à la volée et ma surprise est vive lorsqu’Adil apparaît. Mamá court dans ses bras qui l’accueillent fermement. Aurait-elle suffisamment réfléchi afin de s’octroyer une nouvelle vie ? Le bras droit de Danilo observe les prunelles rougies de ma mère et vient embrasser chaque coin de ses yeux. Elle s’accroche à lui désespérément, puis s’avachit à nouveau.
— Je vais la gérer, déclare-t-il bienveillant.
— Merci Adil.
— Quelqu’un t’attend dans ta chambre, ajoute-t-il mystérieusement.
Je l’observe interloquée, mais seul Danilo doit être à cet instant dans mon antre. En route pour mes appartements, je me demande si l’absence interminable d’Adil aura permis à maman d’admettre clairement ses sentiments ? Allons-nous assister à un nouveau départ pour ces deux-là ? Tellement de questions me trottent dans la tête que je mets peu de temps pour arriver à ma chambre. Ce n’est que lorsque je suis devant ma porte que je me rends compte qu’il ne me reste plus qu’à appuyer sur la poignée. Je n’ai aucun doute quant à la personne qui m’attend, c’est indéniable.
J’ouvre et la pénombre m’accueille. Les voilages de la fenêtre volent au gré du vent qui s’engouffre dans la pièce. Des frissons me parcourent l’échine.
— Dani ?
Aucune réponse ne me vient. J’avance progressivement jusqu’au balcon et la crainte d’une surprise désagréable me vient à l’esprit. Mais pourquoi essaierait-il de me faire peur c’est insensé ? L’éclairage extérieur me permet d’entrevoir une ombre que je ne reconnais pas immédiatement. Je sors, la brise fraîche me saisit et instinctivement, j’applique mes mains sur mes bras pour me protéger de la fraîcheur.
— Bonsoir princesse.
Cette voix sensuelle, ce timbre si particulier, ce surnom, il n’y a pas l’ombre d’un doute possible.
— Yelmani ? interrogé-je choquée.
Se retournant, il est encore plus beau que dans mes souvenirs. Sa peau métisse qui me remémore la chaleur de ses origines, ses obsidiennes qui me réchauffent le cœur. Son sourire ravageur qui m’a tant manqué. Yel est bel et bien devant moi. Je cligne des yeux plusieurs fois, mais ce n’est pas un rêve, c’est bien réel. Ébranlée par la situation, je plaque mes mains de part et d’autre de mon visage. Des larmes perlent sur mes joues tant c’est inouï.
Mon amant d’une nuit approche peu à peu, puis de la pulpe de ses doigts, il vient gommer mon désarroi. Je n’ose pas croiser ses prunelles alors il me redresse le menton et vient sonder mon âme à travers nos regards qui s’aimantent.
— N’y a-t-il pas plus bel instant que celui-ci ? Se retrouver toi, moi, sous ce ciel étoilé, telle une bénédiction. Le destin me rappelle à toi Esperanza et je suis là pour prendre soin de nous.
— Chaque soir, j’observais la lune briller, le silence de la nuit, et je caressais ton cadeau.
— Et je te sentais ici, m’indique-t-il en fixant ma main sur son palpitant qui bat la chamade.
Il rapproche nos deux corps en enlaçant ma taille et l’odeur de sa peau me déclenche un apaisement total. Dans ses bras, je me sens enfin sereine. Yel replace une de mes mèches délicatement, puis applique un baiser à la commissure de mes lèvres.
— Je te promets de rester toujours près de toi, peu importe la situation, on ne sera plus jamais séparés, Esperanza, chuchote-t-il tandis que je perçois son souffle sur mon visage.
— Peu importe les dangers ?
— Jusqu’à la fin des temps, princesse, susurre-t-il tendrement.
Sa bouche se rapproche mais il voit mon hésitation à cause de Danilo. Comment va-t-il réagir ? Mon cœur s’emballe pour ces deux hommes. Mais je n’ai pas le temps de réfléchir qu’il scelle sa promesse en m’embrassant. Sa langue passe sur mes lèvres avant de venir chercher la mienne. Elles s’enroulent, s’aimantent, se câlinent sensuellement. Son baiser est tendre, apaisant. Avec lui, je voyage, m’évade loin de ce quotidien toxique. Désormais, ma vie va emprunter un chemin inattendu. Il y a cependant des vérités qu’il doit connaître avant de fusionner nos destins. Reculant d’un pas, je mets un terme à notre étreinte.
— Que se passe-t-il ? me questionne Yelmani inquiet.
— Tu dois savoir que lorsque je suis revenue ici, j’étais bouleversée. J’ai succombé à la seule personne qui m’a apporté son soutien. Danilo, mon cousin de nom, pas de sang. Yel, je l’aime autant que je suis éprise de notre idylle.
— Ce n’est pas un problème, je suis prêt à tout supporter pour être à tes côtés.
— Mon mari est mort depuis plusieurs jours d’un accident d’avion. J’ai affronté tellement d’épreuves que je suis brisée. Rien ne sera facile.
— Je n’ai pas peur Esperanza.
Il se rapproche d’un pas et je m’éloigne à nouveau. Il me reste encore un secret à lui révéler et je redoute un revirement dans son comportement.
— Attends, je n’ai pas fini.
— Cesse tout ce mystère, m’implore-t-il nerveux.
Les mots n’arrivant pas à sortir de ma bouche, je le rejoins, saisis sa main et la porte à mon ventre, là où grandit son enfant. D’abord dubitatif, son regard vient sonder le mien à la recherche d’une réponse qui ne vient pas. Incapable de parler, je mime un oui du visage et un sourire se dessine sur ses joues.
— Esperanza, qu’essaies-tu de m’annoncer ? Je… je vais être père ?
— Dieu a placé cet espoir en moi.
Il reste sans voix mais semble… heureux et choqué.
— J’ai tenté de me débarrasser de cette chose qui grandit en moi, mais il s’accroche à la vie. J’ai longtemps cru que ce bébé était le fruit des viols, déclaré-je en pleurant.
— Que dis-tu ? Esperanza… Chaque cellule de ce fœtus est une œuvre exceptionnelle. Il est sacré. Promets-moi une chose, n’atteinte plus jamais à la vie de ce petit être. Son cœur bat tout comme le tien. Laisse-lui une chance de respirer l’air qui nous entoure, d’avoir un papa et une maman, de vivre dans l’amour et dans la joie.
— J’ai si peur, chuchoté-je tremblante.
— Je veillerai sur toi, sur lui, chaque jour, jusqu’à ce que la mort nous sépare.
Ses paroles sont un pansement sur mon âme meurtrie par tant de blessures. Il dépose un baiser sur mon nombril puis sur mon front. Yel m’enlace, en humant l’odeur de ma peau. Tel un gentleman et à la force de ses bras, mon bel oriental me soulève. Je noue mes jambes à sa taille et il nous dépose sur mon lit. Ensemble, nous nous allongeons dans les bras l’un de l’autre. Dos à lui, ma tête nichée aux creux de ses aisselles, son autre main est posée délicatement sur mon ventre et c’est ainsi que nous nous endormons. Demain est un autre jour et pour le moment j’ai besoin de cet instant de sérénité. La nuit porte conseil et je sais dorénavant qu’en étant entourée de Danilo et Yelmani, je serai en sécurité rapprochée.
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