Trafic (Tome3) (French Edition)

Jessie Auryann · Chapitre 40 sur 49

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Trafic (Tome3) (French Edition)

Chapitre 36

El dragón

[Danilo]

 

Nous sommes à quelques jours du mariage de Lana et nous n’avons toujours aucune nouvelle d’Emilio. Cette dernière, de plus en plus angoissée, nous reproche d’être la cause de son désespoir.

— Je vous jure, si jamais il ne vient pas à cause de vous, je… vous gâchez ma vie ! hurle-t-elle.

— Calme-toi ma fille, on dirait une hystérique, si tu veux suivre les pas de ton père, va falloir t’endurcir, réplique ma tante sèchement.

Alana dépérit loin de son mari, elle en devient cruelle, c’est affligeant.

— Je t’en supplie mamá, appelle-le.

— Non. Ton père et moi c’est terminé. Il est en contact avec la famille Peck, ne t’en fais pas, il sait très bien le jour et l’heure. Il ne ratera pas ton union.

Adil fixe tía et lui envoie un sourire. Bien qu’elle tente de ne pas le regarder, ses joues rougissent, l’amenant à s’éloigner au plus vite de son ex amant. Mais mon bras droit n’en a pas fini avec elle et veut la récupérer, surtout depuis qu’Emilio ne traîne plus dans les parages.

— Tu crois qu’il sera là ? me demande Esperanza inquiète.

— Ouais, il ne raterait ça pour rien au monde mais ne t’en fais pas c’est bien trop médiatisé pour qu’il tente quoi que ce soit.

Je pose mes lèvres sur les siennes et les caresse du bout de ma langue.

— Vous êtes répugnants, s’exclame Lana.

— Ça va, t’as fait pire toi, réplique Malia qui s’amuse de notre couple.

Forcément depuis qu’Emilio nous a découverts, ce n’est plus un secret et au moins nous n’avons plus à nous cacher. J’ai donc pu retirer un peu la pression de nos hommes qui n’ont plus à être aussi nombreux.

— Ferme-la ! Tu n’as pas intérêt de le dire à papá ou je te dénonce aussi !

— Eh, je suis ta sœur, bien sûr que je ne dirai rien.

Les filles sont à cran, surtout qu’Andrés a suivi leur père et les triplés n’ont pas l’habitude d’être séparés aussi longtemps. Pour ma part, ça me va très bien la vie sans eux, même si la complicité avec mon cousin me manque parfois.

— Je suis fatiguée, je file me coucher, nous indique Esperanza qui ne fait que bâiller.

— On arrive baby girl, on reste encore un peu.

— Ne traînez pas trop, je n’aime pas être toute seule.

— Promis.

Elle nous embrasse et file se retirer dans sa chambre. Elle est à six mois de grossesse et notre petite Amal prend de plus en plus de place.

— Putain tu te rends compte que dans trois mois, elle sera là ? s’esclaffe de bonheur Yelmani qui trinque avec moi.

Depuis que nous savons que c’est une fille, la venue de ce bébé est encore plus concrète. On discute un peu jusqu’à entendre un bruit dans le bureau d’Emilio. Putain, j’espère qu’il n’est pas rentré. Discrètement, nous nous dirigeons vers l’antre du dragon mais je reconnais immédiatement le couple qui s’envoie en l’air sur le bureau. Ils se déchaînent, avides de se retrouver. Afin de ne pas les déranger, nous refermons la porte.

— Tu crois que cette fois-ci elle ne le jettera pas ? me demande Yel, curieux.

— Avec Al on ne sait jamais.

Nous rejoignons Esperanza qui dort à poings fermés, la lumière de chevet allumée. Sans nous, elle est incapable de rester dans le noir. On se déshabille pour l’entourer de nos deux corps musclés et de notre amour. Je caresse l’arête de son nez pendant que mon partenaire calme son ventre qui gigote. Mais c’est trop tard, elle ouvre ses beaux yeux verts et les plante dans les miens. Elle se précipite sur ma bouche et vient sur moi. Ma bite se frotte avant de prendre place dans sa moiteur. Yel la couvre de baisers, attendant qu’elle soit suffisamment excitée pour la pénétrer. Très rapidement nous fusionnons tous les trois sans retenir nos râles. Appuyée sur mon torse, elle nous donne du plaisir jusqu’à entendre la porte s’ouvrir d’un coup. Des hommes débarquent et nous mettent en joue.

— Habillez-vous ! crache l’un d’eux.

On se met devant Esperanza apeurée, prêts à combattre.

— Je vous le déconseille, on a ordre de faire feu, nous indique-t-il.

Vu leur tenue, ce sont les hommes de mon oncle, ceci dit, je n’ai pas envie de prendre de risques sans savoir ce qu’il se passe. J’indique à Yel et Espe d’obéir et nous attrapons nos vêtements.

— T’es pas obligé de pointer ton arme sur moi, aboyé-je.

— Avance Danilo.

Lorsqu’on sort de la chambre, une armée se tient dans le hall.

— Où sont mes hommes, demandé-je alors que je connais la réponse.

— Morts. Et ceux du Céani aussi.

— Sale enfoiré de...

— Attention à ce que tu vas dire, je te conseille de la boucler et d’obéir.

— Dani, murmure Esperanza étranglée par un sanglot.

— Ça va aller, baby girl.

On est amenés dans le salon où se tient cet enculé mais aussi Andrés qui semble aussi dur que son père. Assise sur le canapé, Alana est dans l’attente de sa sentence. Adil, lui, est menotté et menacé par un fusil d’assaut.

— Ma fille et ses amants, mon dieu… aussi salope que ta mère. Quant à toi mon neveu, que dire… t’es si prétentieux que t’as mis tes hommes en retrait, franchement quel amateurisme.

— Je te tuerai quand même.

— Dani arrête, crache mon cousin.

El dragón éclate de rire et d’un signe de tête informe son homme de main de m’asséner un coup de poing dans l’estomac.

— Ferme-la et assieds-toi ici. Et toi, l’esclave, tu vas à côté de ton grand copain marocain, balance-t-il à Yelmani.

— Papá, je t’en prie… pleure Esperanza.

— Boucle-la et va t’asseoir auprès de ta mère. Tu me fais honte.

Je suis menotté tout comme mes acolytes, seules les femmes ne sont pas attachées, c’est déjà ça. Andrés détourne le regard dès qu’il croise le mien, je me demande bien ce qu’il a subi pour obéir ainsi à son père. Mais peu importe, je sais aussi qu’il tient à moi.

— Bien. Donc comme vous le savez, d’ici quelques heures Lana va se marier et évidemment, je ne compte pas y aller seul, déclare-t-il en se servant un whisky.

— Vete al diablo ![48] réplique aussitôt Alana.

— Mi amor, toi et moi c’est à la vie à la mort et notre fille a besoin de nous, c’est non négociable, tu seras à mon bras. Et toi Esperanza, tu te tiendras auprès de ton frère et de ta sœur.

Il distille ses envies comme si on n’avait pas notre mot à dire.

— Je serai là Emilio mais certainement pas à ton bras, objecte ma tante d’un œil mauvais.

Il s’approche d’elle et lui colle une telle gifle qu’il lui ouvre la joue. Esperanza se jette sur sa mère. Adil essaie de se lever pour prendre la défense de sa bien-aimée même en étant menotté. Cependant il prend un coup de crosse qui l’assomme. Ma tante hurle, Espe aussi et c’est la terreur qui s’installe dans cette pièce.

— Tu vas m’obéir Alana désormais, j’en ai marre que cette famille se disloque parce que t’es incapable de la gérer. Tu pensais vraiment pouvoir me quitter ? C’est morte que tu sortiras de mes bras, mi corazón.

— Et toi c’est mort que tu finiras ! Tu n’es qu’un lâche qui ne sait s’en prendre qu’aux femmes. Prends un ennemi à ta taille au moins, crié-je pour l’attirer loin d’elles.

Mon plan marche car il s’avance jusqu’à réduire l’espace entre lui et moi au maximum. Ni une ni deux, je lui balance un coup de tête dans son nez. Je pensais que ça l’enragerait mais absolument pas, bien au contraire, il ricane. Putain c’est quoi son problème ?

— Détachez-les tous et baissez vos armes, personne n’intervient. Tu crois vraiment que j’ai peur de vous Danilo ?

— Tu devrais peut-être, le menace Adil qui vient près de moi avec Yelmani.

Sauf qu’on ne le fait pas reculer, ça l’amuse. Bordel mais qu’est-ce qu’il cache encore ! On se regarde inquiets mais déterminés. Seulement je sens comme un piège et Emilio le capte.

— Que se passe-t-il mon cher neveu, t’as perdu ta langue ?

— Putain je n’en peux plus de lui ! craque Adil en se jetant sur son adversaire.

— Non ! hurle Alana qui redoute de perdre autant l’un que l’autre.

Pour une question d’honneur, on n’intervient pas. Très vite la rage d’Adil prend le dessus et il plaque Emilio à terre, l’avant-bras sur sa gorge tentant de l’étouffer. Son bras-droit allume la télé et le mien recule d’un coup. Sur l’écran, Luïs avec Dayana, sa famille et Estrella sont retenus par des hommes armés. Tout s’effondre. Comme à son habitude, Emilio reprend sa posture de mafieux.

— Bien. Sympa cet échange. Maintenant on va parler sérieusement. Je veux ma femme et ma fille, quant à vous, vous allez attendre mon retour comme de bons clebs sinon je tue l’un d’eux.

— Comment… mais… bafouillé-je surpris qu’il puisse avoir découvert la maison de l’ami de mon père.

— Tu penses vraiment que je laisse mes futures putes sans laisse ? me lâche-t-il.

Je suis sans voix. Je m’attendais à tout sauf à ça.

— Quelle a été ma surprise de savoir qu’un jeune riche voulait acheter cette gamine. Encore plus quand les caméras m’ont renvoyé ton déguisement grotesque. Et oui, elles sont pucées comme des chiennes, tu m’as amené droit à cette charmante petite famille.

— Ne les touche pas !

— Oh mais ça va dépendre de toi et de tes copains. Si vous êtes sages et obéissants alors tout ira bien pour eux. Je vais juste récupérer Dayana, car j’ai besoin d’une femme et d’une infirmière vu que la mienne n’en sera bientôt plus capable. Et la petite est à moi.

— Là, tu rêves !

Le regard d’Alana balaye l’espace entre son mari et l’écran et laisse échapper un sanglot.

— C’est… mon dieu Emilio, qu’as-tu fait ?

— Ce que je devais faire.

Elle se brise sous nos yeux en comprenant qui est la petite blonde. Quelque part ça me rassure qu’elle n’ait pas participé à cette atrocité.

— T’as tué Céani ?! s’indigne Alana.

— Non, j’ai sauvé sa fille, c’est tout.

— Tu mens ! Maman a eu peur de toi, je me souviens très bien, hurlé-je.

— Je ferai ce que tu me diras mais je veux la vérité Emilio. As-tu tué ma meilleure amie ? siffle-t-elle, bien décidée à obtenir des aveux.

— Non. Pour info je suis arrivé après. Mes hommes ont intercepté une femme avec un nouveau-né et j’ai adopté cette enfant. Point, ça s’arrête là.

Sauf que son discours ne tient pas debout.

— Pourquoi tu ne l’as pas élevé comme moi alors ? T’aurais eu une autre fille à marier, tu mens, t’as tué ma mère et tu lui as pris sa fille pour en faire une pute ! Tu n’es même pas capable d’assumer.

Je l’atteins car il se jette sur moi en me menaçant.

— Ouvre-la encore et je te jure que mes hommes s’occuperont d’eux, éructe-t-il en me montrant l’écran.

— T’es la pire des ordures !

Sauf que mes mots sont de trop.

— Prenez la vieille et butez-la, ordonne-t-il.

— Non !

À peine ai-je le temps d’hurler mon effroi que la balle se loge dans le crâne ridé de la grand-mère de Luïs, qui se met à crier. Choqués, nous ne savons pas quoi dire. Emilio est devenu complètement barge.

— Quand je dis de la fermer, on la ferme, est-ce bien clair ?

Je ne lui réponds pas, perturbé encore parce que je viens de voir. Mais Alana ne lâche pas pour autant.

— T’as quand même pas ouvert cette école, Emilio, par pitié, dis-moi que t’as laissé tomber ce projet ?

— Elle existe tía, je l’ai vue. Presque trois cents enfants de moins de dix ans vivent là en étant battues et violées.

— Quoi… non, non tu n’as pas pu faire ça…

— Dans « on la ferme », il y a quoi que vous ne comprenez pas ? J’essaye de ne pas mettre cette famille dans nos histoires mais vous n’écoutez rien. Amusez-vous avec la mère, faites la gueuler.

Derrière l’écran, les hommes se jettent sur la mamá de Luïs. Il tente de s’interposer mais il est battu jusqu’à ne plus bouger.

— La prochaine c’est Dayana, je garde le meilleur pour la fin évidemment, ricane-t-il mauvais.

— T’es qu’un monstre ! Mon père t’aurait tué s’il savait ce que t’as fait à sa fille, gueulé-je hors de moi.

— Ton père ? Mais cette idée géniale, tu crois qu’elle vient de qui, Dani ?

— Non, tu mens.

— Tu penses vraiment que tes parents étaient des anges ? Ta mère se faisait sauter dans cette baraque par les hommes de ton père, demande à Adil.

Mon bras droit baisse les yeux.

— Elle a baisé avec Al, Anna-Maria et j’en passe. Au point que ton père a fait un test de paternité tant il doutait être ton géniteur. C’était le rêve de Matéo d’avoir des écoles de putes pour dresser les gamines qu’il enlevait. Peck, en lui commandant des gosses aux quatre coins du monde, représentait son plus gros client.

— Oui mais Céani a fait arrêter Matt dans son business et tu le sais très bien, intervient Alana qui confirme sans le vouloir les accusations atroces sur mes parents.

J’ai comme la sensation d’être vidé.

— Mais croyais-tu vraiment qu’ils étaient des gens bien tes parents ? On est dans un cartel bordel ! Ouvre les yeux ! La came que tu te fous dans ton pif vient de gosses qu’on remplit à ras bord, idée géniale de ta chère tía. N’est-ce pas chérie ?

Elle le fusille du regard et moi j’ai la nausée.

— Et je ne parle pas du nombre de corps qu’elle a pris le temps de vider juste pour le plaisir de voir la personne souffrir.

— Arrête, l’imploré-je.

— Sérieusement Dani, va falloir grandir. Tu veux t’opposer à moi, mais je suis celui qui est le moins hypocrite de tous.

— Tu veux une médaille, peut-être ? répliqué-je sèchement.

Il me sourit et je comprends vite mon erreur.

— Ne fais pas ça, putain s’il te plaît, je ferai ce que tu veux mais elle n’y est pour rien dans nos histoires.

— Je t’ai pourtant prévenu mais tu n’écoutes jamais.

Il tourne sa tête vers l’écran et j’entends les cris de Dayana après l’ordre qu’il vient de donner à ses hommes. Mes dernières forces me quittent et je m’effondre à ses pieds. Je sens toute sa fierté de m’avoir une nouvelle fois réduit à néant. Ses pas s’éloignent alors que je ne suis plus en état de quoi que ce soit.

— Vous les menottez et vous mesdames, vous allez me suivre dans le silence et l’obéissance. Nous avons un mariage à célébrer.

En quelques minutes, le seul son qui emplit la pièce, ce sont les cris dans la télévision. Je viens de me faire dévorer par el dragón.

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