Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 13
Les milles et une nuit
[Esperanza]
Après quatre heures de route pendant lesquelles je me suis assoupie, nous parvenons à Casablanca, où nous nous garons au bord de la mer.
— Je n’ai pas de maillot, soupiré-je.
— Ici au Maroc, les gens sont moins choqués. Tu peux juste garder ton haut et te baigner en culotte. Ce sera comme un deux pièces.
Il descend de la voiture, ôte son t-shirt, passe un short et m’attend. Je défais mon hijab, garde mon débardeur, enlève mon bas puis le rejoint à l’extérieur.
— Anti jamila.
— Quoi ?
— Tu es belle, c’est ce que ça signifie.
Mes joues rougissent instantanément. Ses mots, prononcés dans sa langue, sont comme un pansement sur mon cœur.
— Le premier arrivé dans l’eau a gagné, me défie-t-il.
— Oh, quel enfant tu es !
— On grandit, mais il faut toujours garder une part de jeunesse en soi.
Puis il se met à courir vers la mer. Je tente de le rattraper, mais il va à toute allure. Morte de rire une fois dans l’eau, je m’écroule en m’emmêlant les pieds. Yelmani se moque de moi. Alors je nage jusqu’à lui et l’éclabousse. Il m’agrippe les poignets en essayant de me couler, mais étant plus acrobatique que lui, tel un koala je m’accroche à son dos tel un koala.
— Que vas-tu faire maintenant ? Tu es coincé, m’amusé-je espiègle.
Il plonge sous l’eau, ce qui me déstabilise. Je remonte à la surface et me retrouve bloquée contre son buste.
— Nboussek, déclare-t-il en sondant mon âme de ses prunelles incandescentes.
— Comment ?
— Ça veut dire que je vais t’embrasser.
Il s’approche, me serre contre lui et vient apposer ses lèvres sur les miennes. Notre baiser est tendre, sensuel, puis je me laisse aller et il devient passionné. Je m’agrippe à son cou et il surélève une de mes jambes pour la mettre autour de sa taille. Son intimité durcit contre la mienne alors je mets un terme à notre échange.
— Parle-moi, Esperanza.
— J’ai peur, Yelmani. Je n’ai pas… je ne… je n’ai jamais éprouvé de plaisir avec un garçon.
— Pardon ? Tu plaisantes ?
— Je te jure que non. Tout ça, toi, moi, mon comportement, ça me perturbe. Mon corps est empli de salissure. Je suis incapable de t’offrir ce que tu veux.
— Hey, regarde-moi. J’ai eu une réaction biologique normale pour un homme, mais ce n’est pas pour autant que je veux coucher avec toi, ici et maintenant.
Il m’enlace et nous profitons de l’eau avant de partir pour trois heures de route supplémentaires. Pour être présentable face à sa famille, je me suis changée et j’ai enfilé ma jolie robe rouge ornée de motifs couleur or. Yelmani est tendu quand nous entrons à Marrakech. Il redoute d’affronter ses parents. Vont-ils le reprendre ? lui pardonner ?
Nous nous enfonçons dans les terres et empruntons un chemin sinueux où une maison rudimentaire au mur beige trône fièrement sur le sable. Yel sort du véhicule et va frapper à la porte. Une femme au teint halé avec un voile sur les cheveux apparaît. D’abord déconcertée, elle recule avant de sauter dans les bras de son fils. Un homme avec une canne se montre plus distant, mais il finit par les rejoindre dans leur étreinte. Ensuite, mon compagnon vient me chercher. À la hauteur de sa mamá, je m’incline. Lorsque je me redresse, ils me détaillent sous toutes les coutures avant de me serrer contre eux. Nous sommes invités à pénétrer à l’intérieur. Les murs blancs de la maison sont ternis et la pièce ne contient presque pas de meubles. Ils ne sont pas fortunés, ça se voit, mais ils ont de l’amour plein le cœur. Pour sa famille, c’est un jour de fête. Le retour de leur fils est une bénédiction. On me sert du thé, me montre des photos de Yelmani bébé. Puis je passe en cuisine pour aider à la préparation du repas, sous les ordres et les conseils de sa mamá qui parle français, langue que j’ai longtemps étudiée.
Avant de dîner, ils mettent de la musique et nous dansons tous les deux. L’ambiance est légère, on rigole en se taquinant à côté de ses parents qui nous observent avec bienveillance. D’un coup mon ventre gargouille lorsqu’ils ramènent le plat de couscous. Nous nous asseyons au sol, autour d’une table sommaire.
— Mes parents pensent que tu es ma fiancée, chuchote-t-il à mon oreille.
— Oh… Ne les brusque pas alors que tu viens de les retrouver. Dis-leur que nos chemins se sont croisés et que le destin nous réunira peut-être un jour, mais que je dois avant tout revoir ma famille pour obtenir leur aval.
Il reporte mes propos à ses parents, et sa mamá vient m’embrasser la main. Son papá est plus méfiant, mais il sourit tout de même. Quand la nuit tombe, Yelmani leur glisse un mot et il saisit mes doigts.
— J’ai prévu une surprise pour toi, me déclare-t-il.
— Ah oui ? C’est quoi ?
— Tu verras.
Nous repartons en voiture pour trente minutes de trajet. Nous arrivons aux portes d’un désert où nous nous garons. Yelmani descend avec nos sacs à dos et va discuter avec un homme qui possède des dromadaires. Je les rejoins tandis qu’il sort une sacrée liasse de billets qu’il tend à l’employé.
— Non, non, non, je ne monte pas là-dessus, fulminé-je paniquée à l’idée de grimper sur cet animal.
— Je grimpe avec toi. As-tu confiance en moi, hbibi ?
— Je… Oui… Mais…
— Chut et viens ici, me coupe-t-il.
Décontenancée, mais en sécurité à ses côtés, il m’aide à m’installer sur l’animal avant de m’imiter tandis que notre guide s’ajuste sur le sien. D’un coup, la bête se met sur ses jambes et je m’affole en émettant un cri étouffé de terreur.
— Esperanza, je suis là derrière toi. Ferme les yeux si tu préfères, mais tu vas louper ce spectacle magique de marcher sur le sable en pleine nuit.
— Dios mio, qu’est-ce que je fous là.
— Ne jure pas princesse.
Je ferme les paupières et les entrouvre de temps en temps. Nous traversons plusieurs tentes ou des touristes sont en train de parler, manger. Nous poursuivons notre chemin jusqu’à ce qu’on s’arrête à notre campement de l’autre côté d’une dune. Une toile est installée avec un grand tapis à l’extérieur, des lanternes disposées autour qui éclairent un minimum. L’employé attelle notre dromadaire et repart en sens inverse.
— Nous sommes seuls au monde, m’exclamé-je, ébahie.
— Pour ta dernière soirée en Orient, je t’offre les Mille et Une Nuits.
Il va ranger nos sacs, je le suis pour découvrir l’endroit. À l’intérieur de la tente, j’aperçois un lit pour deux personnes recouvert d’un voilage protégeant des insectes. Il prend les oreillers, la couette et une couverture.
— Qu’est-ce que tu fais ? le questionné-je.
— On va dormir à la belle étoile. Je place tout devant notre logis.
Je le laisse préparer tandis que je trouve un réchaud, puis un service à thé. Je m’occupe de chauffer l’eau que je verse ensuite dans la théière. Pendant que ça infuse, j’enlève ma jolie robe, enfile un pantalon et un t-shirt. Une fois prête, j’attrape deux verres où je verse la préparation bouillante.
— Tiens, j’ai concocté le thé pour la nuit.
— Merci.
Un frisson me parcourt l’échine.
— Je croyais que dans le désert, la chaleur était omniprésente.
— La journée, la température peut s’élever jusqu’à soixante degrés, mais le sable ne maintient pas la chaleur, et donc la nuit, on descend naturellement dans les vingt, explique-t-il en ouvrant ses bras pour m’y accueillir.
Debout face à l’immensité de la beauté des lieux, coincée entre ciel et terre, je me sens bien, rassurée. Yelmani pose un baiser sur ma chevelure tandis que je baille.
— On va se coucher ? me propose-t-il.
— Oui, si tu veux, rétorqué-je inquiète de ce qui va arriver.
On s’allonge dans notre lit de fortune et lorsque je lève les yeux, il n’y a que les étoiles. C’est un spectacle éblouissant.
— Je suis conquise, c’est magique.
— J’ai quelque chose pour toi, je voulais te l’offrir ce soir, marmonne-t-il en se relevant.
Il part dans la tente et revient avec un petit sachet qu’il me tend. Surprise, j’observe son présent.
— Ouvre-le.
— D’accord.
Je défais l’emballage et découvre un joli bracelet avec des petites étoiles qui brillent de mille feux.
— Dios mio, c’est ravissant.
— Il te plaît ?
— Oui, bien entendu. Tu me le mets ?
Avec délicatesse, il encercle mon poignet gauche de ce magnifique bracelet.
— Chaque étoile qui brillera dans le ciel sera un baiser que je t’enverrai, chuchote-t-il alors que son souffle s’échoue sur mon visage.
Bouleversée par son geste et ses paroles, je me tourne vers lui, soutiens son regard incandescent, et viens goûter ses délicieuses lèvres. Je l’embrasse langoureusement, nos langues se touchent, s’adorent. Je me blottis un peu plus contre son torse et enroule mes doigts dans ses cheveux. Prise d’un désir fougueux pour cet homme tendre, je ne veux en aucun cas oublier cette dernière nuit dans le désert à ses côtés.
— Yelmani… je…
— Chut, accepte l’offrande de mon corps, laisse-moi marquer ton âme à jamais, murmure-t-il en passant son pouce délicatement sur ma pommette.
Il soude nos prunelles et s’empare de ma bouche sans hésitation. Prenant confiance en moi, malgré mes gestes maladroits, mes mains effleurent sa peau soyeuse couleur miel sous son t-shirt, avant de le retirer. Musclé à souhait, son corps m’allume un peu plus. Je viens déposer des sillons humides de son cou jusqu’à ses pectoraux. Il relève mon menton de son pouce puis ôte mon débardeur. Les bretelles de mon soutien-gorge glissent lentement le long de mes bras pendant que ses baisers parcourent ma nuque. Il le dégrafe et continue entre mes seins, tandis que je frémis à son contact.
Ses yeux couleur de l’océan interrogent mes billes émeraude, pour me demander l’autorisation d’aller plus loin.
— Baciami, susurré-je à la commissure de ses lèvres.
— Et ça veut dire ?
— Embrasse-moi, avoué-je gênée.
— Comment refuser un tel délice.
Nous scellons passionnément nos langues, puis il s’accapare mes pointes durcies. Il les suce, souffle dessus et je gémis tant l’instant est bon. Il m’allonge en retirant son bas et son boxer. Surprise de voir qu’il soit circoncis, je m’interroge avant de me rappeler qu’il est musulman. Les images de Lorenzo me reviennent tout à coup et je me tends.
— Tout va bien, me rassure mon Aladin.
Avec une infinie douceur, il retire mon pantalon et ma culotte. Il dépose des baisers de mes chevilles jusqu’à l’intérieur de mes cuisses.
— Tu es si délicieuse, princesse.
— … Continue…
Il s’installe sur mon côté, vient m’embrasser en essayant d’introduire un doigt en moi mais mon corps le refuse. Je ferme les yeux en tentant de refouler les images de Lorenzo, mais cela s’avère difficile à oublier.
— Ne pense pas, ouvre les yeux et regarde-moi hbibi.
J’obéis et ses iris me rappellent à quel point je suis bien avec lui.
— Ce n’est que toi, moi et les mille et une nuits.
Il joue avec son pouce sur mon clitoris et je me détends en scellant nos pupilles l’une à l’autre. Lascivement, le plaisir revient et je me surprends à laisser échapper des cris étouffés. Yelmani vient par la suite se positionner au-dessus de moi. Il frotte son gland sur ma petite boule de chair, ce qui me procure des râles plaintifs. Le désir m’oppresse, comme un besoin primitif. Il me scrute, m’embrasse tout en s’insérant charnellement dans mon antre, centimètre par centimètre jusqu’au fond. Les images de mes viols essayent de se frayer un chemin alors je clos à nouveau les paupières et une larme dévale sur mon visage.
— Princesse, ouvre les yeux, ne pense qu’à nous, chuchote-t-il érotiquement.
Je tente de chasser mes mauvais souvenirs, mais mon ventre se contracte.
— Je tiens tellement à toi Esperanza. Tu le sais, jamais je ne te ferai de mal. Par pitié, laisse-moi cette nuit étoilée.
Il vient m’embrasser doucement, me réconforte et comme par magie, tout s’efface pour laisser la place au plaisir qui me submerge. Il est merveilleux, affectueux, rassurant. Yel trouve les mots appropriés à chaque fois. Son bassin commence à remuer délicatement, et je plaque mes mains sur ses fesses pour le pousser un peu plus en moi. Le plaisir monte et à chaque coup de reins, il m’embrasse passionnément.
— C’est toi, moi et les étoiles.
— Han… Yel… Oui…Vas-y…
— Tu es si vulnérable, princesse, si bonne, si étroite… Si hum…
Ses mouvements s’accélèrent et mes gémissements redoublent, j’en veux tellement plus, c’est délicieux de faire l’amour. Mon amant empoigne mes jambes qu’il lève vers le ciel, les écarte et s’enfonce profondément dans mes chairs. Il me pilonne sans précaution, et mierda j’aime le sexe pour la première fois de ma vie.
— Oh… oui… continue…
— Tu mouilles tellement Esperanza… Oh…
Il relâche mes mollets, s’assoit et m’invite à lui grimper dessus. Sa hampe coulisse en moi brutalement, si loin que j’ai l’impression qu’il va me perforer le bas-ventre. Nos anatomies s’emboîtent parfaitement. C’est une évidence. C’est la première fois que je domine un homme et c’est une sensation érotique à souhait. Nos langues s’aimantent, dansent sexuellement. On se mord les épaules tandis que je remue de plus en plus vite. Il me suçote le cou, me tire les cheveux tout en m’envoyant de puissants coups de bassin lorsque je descends sur son pénis. Nos peaux sont en sueur, je m’accroche à lui en plantant mes ongles dans son dos. Une sensation foudroyante s’empare tout d’un coup de mon corps. Frissonnante, une décharge électrique me parcourt l’échine. Le sperme de Yelmani m’envahit pendant qu’il s’époumone en jouissant tandis qu’une force me terrasse tel un ouragan. Je crie si fort son nom que j’en pleure. C’est donc cela un orgasme ?
— Merci Yelmani.
— Ana nebrick, princesse.
On reprend nos respirations calmement et nous nous couchons dans les bras l’un de l’autre. Au petit matin, je me réveille blottie contre lui, je l’embrasse légèrement pour le sortir du sommeil. Il sourit et me rend mon baiser.
— J’aimerais recommencer, lui avoué-je.
Je sens la fierté de cet homme avec qui j’ai découvert le plaisir. Si faire l’amour sous les étoiles c’est intense, sous le soleil c’est divin. On a du mal à s’arrêter mais la réalité nous rattrape. Je pars me laver avec une bassine d’eau mise à disposition. Puis quand nous sommes prêts, nous appelons le guide, via la radio pour qu’il vienne nous chercher. D’humeur maussade à l’idée de rentrer, je reste muette pendant le trajet jusqu’à l’aéroport de Marrakech. Une fois sur les lieux, nous nous rendons à un guichet où je me procure un billet pour le Venezuela, direction Caracas. Mon hijab, mes cheveux roux et mes lentilles bleues font encore partie de mon déguisement. Nous attendons dans la salle d’attente silencieusement.
— Le vol à destination de Caracas est prêt à partir. Tous les passagers sont priés de se déplacer jusqu’à la porte d’embarquement C4.
Nous nous levons et prenons le couloir indiqué par la voix. Une fois devant le panneau, je l’embrasse une ultime fois.
— Merci pour tout, ce fut la plus belle nuit de ma vie. Ne m’oublie pas s’il te plaît, pleuré-je malheureuse.
— Tu feras toujours partie de mon cœur.
— Tu es mon protecteur, même sans pouvoir magique, tu m’as sauvée.
— Contemple le ciel tous les soirs. Quand tu lèveras les yeux, je t’observerai, princesse. Même au bout du monde, tu seras constamment dans mes pensées.
— Si tout avait été différent, j’aurais pu t’aimer.
— Tu m’aimes déjà au fond de toi, tout comme moi. Je t’aime, Esperanza.
Il s’empare de mes lèvres, alors que mes perles salées viennent se mélanger à notre baiser. Puis je le quitte, me retourne en l’observant souriant comme à son habitude. C’est dévastée que je monte à bord de l’avion. Vingt heures de vol, une escale au Portugal pour sécher mes larmes. Je pourrais faire marche arrière et sortir de cet airbus, mais je dois résoudre mes problèmes. On se retrouvera, quoi qu’il m’en coûte. Il ne le sait pas, mais j’ai une très bonne mémoire. Dans un coin de ma tête, j’ai conservé l’adresse indiquée sur la boîte aux lettres de ses parents. J’ai également échangé nos sacs à dos, ainsi il dispose tout le reste d’argent que nous avions depuis le début de notre voyage. Ces dix jours en sa compagnie ont été merveilleux. Mon corps s’agite quand je repense à ces instants magiques que nous avons passés, c’est un amant prodigieux. Le sourire scotché, je touche le bracelet qu’il m’a offert.
Une journée plus tard, je débarque au Venezuela, toujours triste. Je ne fais pas attention lorsque la douane volante me demande mes papiers. Je m’en fous, je suis vide, affaiblie. Ils m’installent dans une pièce. Une femme entre et me déshabille. Elle m’observe puis m’avertit que toutes les femmes en provenance des pays orientaux doivent fournir leur empreinte digitale. Grillée à cause de mon passeport, je leur balance toute la vérité. Je n’ai plus rien à perdre, je suis arrivée chez moi en Amérique du Sud, Lorenzo n’aura pas la main sur moi. Quoi qu’il advienne, je suis en sécurité parmi les miens.
— Je suis Esperanza Sanchez, fille d’Emilio et Alana Sanchez.
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