Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 37
Un mariage sous tension
[Esperanza]
Depuis que papá a débarqué avec ses hommes à la maison, tout le monde vit sous tension. Il trône fièrement dans son rôle de chef de famille. Danilo, Yelmani et Adil sont retenus prisonniers par les hommes de main de mon père. Nous devons faire bonne figure pour lui. Alors que nous nous habillons pour le mariage de Lana, j’entends hurler dans le couloir.
— Lâche-moi bastardo, crie mamá les nerfs à vif.
— Tu es ma femme ! Jamais tu ne seras libre Alana ! Maintenant va te passer cette putain de robe ou je te jure que…
— Que quoi ! Qui vas-tu encore tuer ! le coupe ma mère qui lui tient toujours tête.
Il l’attrape par la gorge et la plaque contre le mur.
— Mi amor, tu devrais apprendre à la fermer de temps en temps, s’écrit-il en humant l’odeur de ses cheveux.
Il remonte une main sur sa cuisse et s’empare de ses lèvres avec force. Elle le rejette, le gifle, luttant contre son désir primaire, tandis qu’il sourit fier de lui.
— Arrête Emilio, pas ça, stop !
— T’en meurs d’envie et si je mettais un doigt dans ta chatte, pour vérifier à quel point la violence t’excite…
— Señor, il est temps de monter en voiture, le coupe un de ses hommes.
Il relâche mamá qui court s’enfermer dans sa chambre. Dix minutes plus tard, elle vient frapper à ma porte pour le grand jour de Lana.
— Tu es prête ? demande-t-elle le regard en arrière.
— Tu as peur ?
— Je… je ne sais pas de quoi est capable ton père, je… je crois qu’il a tué Céani, ajoute-t-elle la gorge nouée par la tristesse.
Puis d’un coup elle laisse couler ses larmes qui la ravagent.
— Pourquoi aurait-il tué tía ?
— Je ne sais pas, je… mais qui est-il ? craque-t-elle une nouvelle fois.
Il a toujours été égal à lui-même, seulement découvrir qu’Estrella est en vie nous amène à douter. Comment a-t-il pu cacher sa petite sœur à Danilo ? C’est incompréhensible.
— Tu dois t’enfuir Esperanza et refaire ta vie seule loin de nous tous.
— Je ne partirai pas sans Danilo et Yelmani, contesté-je rageuse.
— Nous sommes tous condamnés à mourir, que crois-tu qu’il va se passer après le mariage ?
— Je préfère ne pas y penser.
Les hommes de main de mon père font irruption dans la pièce, nous menaçant de leurs armes. Mamá passe la première, sa robe blanche lui collant à la peau, elle est brodée de dentelle et de diamants la rendant magnifique. Elle brille de mille feux. Papá la met en avant dans cette tenue, c’est une évidence, il tente de faire taire les rumeurs de séparation. À côté de la sienne, le tissu ample qui m’entoure est moins flashy. De couleur rose, elle me permet de me sentir à l’aise avec ma grossesse.
— Papá, j’aimerais voir Danilo et Yelmani avant de partir s’il te plaît.
— Non, tu les verras à notre retour, si tu ne me fais pas trop honte. Ce n’est pas gagné même si t’es magnifique.
— Tu as toujours le chic pour faire des compliments, amour de ma vie, ironise ma mère.
— Oh Alana, tu sentiras bientôt à quel point je te trouve délicieuse.
— Je t’interdis de me toucher !
Mon père se marre, sachant qu’il obtiendra ce qu’il voudra car elle est incapable de lui résister.
Devant notre demeure, une calèche en verre transparent conduite par deux magnifiques chevaux blancs attend Lana. Papá n’a pas lésiné sur les moyens. Nous nous mettons en position prêtes à accueillir celle qui va dire oui à un véritable enfoiré. El dragón se tient droit dans son smoking noir, son bras autour de la taille de mamá qui sourit faussement.
Les journalistes attendent patiemment la mariée de la journée, puis quelques instants après, Lana apparaît telle une véritable princesse. Une robe blanche bouffante dessinée par un célèbre créateur de mode français. Des motifs ornent sa magnifique tenue digne des plus grandes dames du monde. Un voile recouvre son visage angélique et on nous invite à prendre place autour d’elle pour une séance photo. Complètement aveuglés par les flashs qui nous bombardent, papá est obligé de s’interposer pour y mettre fin. Notre sœur est accompagnée vers sa calèche. Alors que nous sommes sur le point de monter dans des limousines pour suivre le cortège jusqu’à l’église, un journaliste arrête el dragón, pour l’interroger.
— L’union de votre fille, réconcilie-t-elle votre famille ?
— Il n’y a pas de réconciliation, puisqu’il n’y à jamais eu de problème.
— Et pourtant ne manque-t-il pas le fils de votre défunt frère ?
— Il est souffrant malheureusement !
— Qu’est-il arrivé à votre nez ?
— Ça suffit, fin des déclarations, merci.
Il coupe court à son échange, avant de nous rejoindre et d’ouvrir une bouteille de champagne dans cette luxueuse limousine intérieur cuir blanc. Il propose à ma mère de trinquer avec lui mais elle refuse.
— Je ne boirai pas à l’horreur que va vivre Lana avec ce pervers pathologique !
— Arrête de faire ta choquée ! Putain Alana ! Tu vides les gens de leurs organes et tu aimes ça mierda !
Un long silence s’impose puis ma mère relance les hostilités.
— Tu as tué Céani ! Avoue-le !
— Tu m’emmerdes avec tes suppositions Alana !
— Après le mariage, je demanderai le divorce, Emilio !
Enervé d’être ainsi recalé, il tente d’attraper mamá par la gorge mais Andrés intervient.
— Stop ! Pour Lana ! C’est son jour ! Vous discuterez de tout ça demain !
— Il n’y aura pas de discussion ! C’est déjà réglé ! La place de ta mère est à mes côtés jusqu’à la fin de ses jours.
— Plus jamais ! monstruoso ! crie-t-elle.
— Ferme-la ou ta fille connaîtra la perte d’un enfant, tout comme toi. Te rappelles-tu mi corazón, de ce que tu as ressenti quand il est parti ?
— Tu es taré, Emilio.
— Mamá arrête, la supplié-je affolée qu’il s’en prenne à mon bébé.
— Voilà, mi amor, écoute ta princesse.
Mamá finit par se taire pour le bien de tous. Nos véhicules arrivent devant l’église de Medellin, où un nombre impressionnant de personnes se sont amassées pour espérer voir la mariée. Des roses sont balancées sur nos voitures. Ce sont des noces royales. Tandis que la sécurité se charge de tout orchestrer, les agents nous donnent enfin l’ordre de sortir et de pénétrer à l’intérieur de la cathédrale, sauf papá et Andrés qui vont accompagner ma sœur jusqu’à son époux. Nous posons un pied sur le tapis rouge. Après quelques photos auxquelles nous sommes forcées de nous soumettre, nous rentrons nous installer sur les bancs de bois. Des chefs d’États de toute l’Amérique latine sont conviés, ainsi que d’autres européens et occidentaux. Mais pas que, des chefs de clans amis au nôtre sont présents. Nous nous avançons aux premières places puis cinq minutes plus tard résonne la musique de la marche nuptiale. Lana fait son entrée et est escortée par les miens jusqu’à son futur époux qui a le regard pervers, prêt à bondir sur sa proie. Une fois arrivé à ses côtés, papá embrasse la paume de sa fille, avant d’unir les mains des deux protagonistes.
— Je vous confie ma fille, à vous d’en prendre soin désormais.
— Je n’y manquerai pas, lui répond-t-il satisfait.
Le prêtre commence ses prières, puis il les bénit et les lave de leurs péchés. Chacun reçoit l’amour de Dieu, notre père à tous. Après trente minutes de voeux et d’échanges, l’homme de foi les annonce mari et femme. Le fils Peck soulève le voile de Lana avec son air machiavélique qui ne dit rien qui vaille. Leurs lèvres se touchent et tout le monde se lève pour applaudir. Les mariés sortent de l’édifice en premier, suivis de nos familles mélangées. Les époux montent dans la calèche et nous dans les limousines afin de faire un tour de foule.
— J’espère qu’elle ne me décevra pas, nous confie le dragon.
— Il va la réduire à une moins que rien ! déclaré-je inquiète.
— C’est une femme ! Je l’ai élevée dans ce sens ! Elle n’a pas été surprotégée comme toi ! Tu es bien trop fragile ! Et puis on voit ce que ça a donné hein.
— Quel père aimerait voir sa fille vivre un enfer ! surenchérit mamá.
— Alana, arrête maintenant !
— Papá a placé Lana dans une bonne famille tout comme Malia le sera dans quelques mois, il ne prendrait pas le moindre risque avec les jumelles ! ajoute Andrés.
— Tu trouves ça normal ce qu’il se passe, toi ? Danilo est retenu prisonnier !
— Il a pas mal déconné, on ne pouvait pas se permettre encore des problèmes en public.
— Et Estrella ? Tu… tu en penses quoi ? Tu étais au courant ? l’interrogé-je au bord des larmes.
— Bien sûr que non ! C’est la décision de papá, je n’ai pas à m’en mêler.
— Sage décision mon fils, voilà de quoi me rendre fier. Mes triplés, mes amours. J’ai tellement hâte que nous retrouvions notre puissance. Les mariages et les enfants sont si importants, s’exclame el dragón.
En effet, Malia est promise au premier ministre, elle est d’ailleurs montée avec lui dans son véhicule. Mes soeurs pensent que l’argent peut tout leur apporter, seulement il est primordial de connaître un amour pur et sincère.
— Tu ne sais pas qui est Peck ! Il va la briser, s’émeut maman.
— Stop ! Je ne veux plus rien entendre jusqu’à notre arrivée chez Monsieur Peck.
Le silence nous conduit tout droit vers la demeure du candidat à la présidentielle pour une des plus grandes fêtes du moment. Trente minutes après, nous débarquons dans un grand château où les vestiges du passé sont encore ancrés dans la pierre des murs.
Nous nous rendons d’abord dans le jardin pour immortaliser cet instant avec les mariés au travers de photos. Lana semble apeurée, j’ignore ce qu’il s’est passé mais je compte bien lui arracher la vérité. Lorsque le photographe en a terminé, nous pénétrons dans cet immense domaine. À l’intérieur une table est dressée et nous nous installons autour de celle-ci. Le champagne nous est servi ainsi que des amuse-bouches avant le grand repas. Tout a été préparé par un traiteur Colombien.
Peck est assis sur son trône, ma sœur à ses côtés, le regard dans le vague. J’attends que les heures passent et quand les hommes s’écartent soudainement, je vais m’asseoir à ses côtés.
— Lana, est-ce-que tu vas bien ?
— Je ne sais pas, Esperanza, j’ai peur d’avoir fait une bêtise.
— Il t’a fait du mal ?
— Non, nous avons juste parlé, mais quelque chose en moi m’incite à me méfier.
— Promets-moi une chose, si jamais tu veux revenir à la maison, alors enfuis toi, on te protégera avec Dani.
— Non mais tu m’as pris pour toi Esperanza ! Je suis une femme éduquée, je ne renoncerai pas à mon époux.
Je comprends le revirement de situation que lorsque la poigne de mon père encercle ma nuque et qu’il chuchote à mon oreille :
— Si tu essaies de tout faire capoter, je tuerai de mes propres mains Danilo ! Est-ce bien clair Esperanza ?!
— Oui papá.
— Bien ! Où est ta mère ?
— Je n’en sais rien !
Il repart d’où il est venu et je jette une œillade malveillante à ma sœur. Elle tente de s’excuser mais je me lève désabusée et part à la recherche de ma mère. La demeure est tellement immense que je me perds dans cette obscurité. Pièce par pièce, j’avance à pas de fourmi. Des bruits de détresse attirent soudain mon attention. Je continue mon chemin jusqu’à une chambre où se trouvent plusieurs hommes nus, au visage masqué par des têtes de loup. Une fille est attachée et ils la fouettent à sang avant de la pénétrer avec rage. La bouche obstruée par le sexe d’un de ses pervers, elle ne cache pas ses larmes qui dévalent sur l’ovale de son visage. Un de ces connards, attrape soudainement un concombre qui se trouve dans diverses bannettes de fruits et légumes disposées un peu partout. Ensuite il lui enfonce violemment dans l’anus. Elle crie, hurle et il continue bien qu’elle le supplie d’arrêter. Angoissée je n’ose plus bouger et soudainement une main se pose sur ma bouche, m’obligeant à reculer.
— C’est mamá, Esperanza, surtout ne fait pas de bruit.
— Maman, chuchoté-je paniquée.
— Chut…pendant qu’ils sont occupés, on va s’enfuir.
— Mais papá ? l’interrogé-je méfiante.
— Il doit être caché sous un de ces masques cet enfoiré.
— Impossible, il te cherche, il m’a demandé où tu étais.
Surprise, elle m’entraîne vers la sortie de ce château quand, dans la pénombre, mon père sort soudainement. Mamá pousse un cri de stupeur, quand affolée je pose une main sur mon cœur.
— Où allez-vous comme ça ?
— Esperanza s’est perdue, elle cherchait les toilettes, je l’ai retrouvée fuyant je ne sais quoi.
— J’ai entendu des pas et j’ai pris peur papá, j’ai couru et je suis tombée sur maman.
Ses obsidiennes me scrutent, cherchant à savoir si je dis la vérité ou si je mens, mais pour l’amadouer, ma mère détourne son attention courageusement.
— Esperanza, va tout droit et demande aux serveurs. Ils t’aideront, m’ordonne ma mère presque à bout de souffle.
— Mais mamá, l’interpellé-je.
— J’ai quelque chose à voir avec ton père.
Elle pose une main sur son cœur et quand leurs iris se percutent c’est comme s’il n’existait plus qu’eux. Ils ont toujours eu cette alchimie et pour le coup, à cet instant, elle en joue. Après quelques secondes de connexion, el dragón craque et prend tout ce que ma mère peut lui donner. Attendant dans la pièce d’à côté celle qui m’a mise au monde, j’essaie de ne pas imaginer la scène qui se passe près de moi. Leurs gémissements résonnent fort pendant de très longues minutes, puis d’un coup le silence, avant que le roi ne menace mamá de nouveau.
— Ne me prends pas pour un con Alana ! Je sais très bien à quoi tu joues ! Tu vas le regretter, mais tu adores ça je crois hein.
— Emilio, arrête j’ai mal.
— Je serai capable de te tuer pour l’affront que tu viens encore de me faire. Mais tu m’excites tellement quand tu tentes de t’opposer à moi pour finir à mes pieds que je vais te garder en vie.
— Pitié, calme toi, implore-t-elle.
— Reste bien sage en attendant mon retour ! Dégage maintenant !
Elle passe devant moi en larmes et quand je l’arrête, elle a la lèvre en sang et une bosse sur son œil commence à pousser. Ma mère est vide de toute émotion.
Elle me tire à sa suite et grimpe à bord d’un véhicule à l’extérieur qu’elle démarre en arrachant les fils.
— Mamá, fais pas de bêtise. Il nous retrouvera et…
— Si on retourne chez nous chérie, c’est terminé, on ne pourra plus revenir en arrière.
— Je ne laisserai pas Dani et Yelmani. Es-tu capable de laisser Adil, toi ?
— Tu ne comprends pas les enjeux là. Ton père est devenu fou, il va nous traiter comme des esclaves.
— C’est comme ça depuis toujours. S’il te plaît, je veux rentrer auprès de ceux que j’aime. C’est ma décision.
C’est ainsi que dans la nuit, nous fuyons pour retrouver nos hommes qui sont détenus par les sbires de mon père. Nous sommes apeurées mais on ne peut pas tomber plus bas et s’il en va de notre vie alors ainsi soit-il.
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