Trafic (Tome3) (French Edition)

Jessie Auryann · Chapitre 4 sur 49

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Trafic (Tome3) (French Edition)

Prologue

[ESPERANZA]

 

Je me lève et enfile mon peignoir en soie blanche afin d’aller rejoindre mon mari. Pour être apprêtée, je m’installe devant ma coiffeuse pour tenter de ressembler à une femme comblée.

— Signore[4] vous attend pour le petit-déjeuner Signora[5], m’informe Laora ma gouvernante.

— Dites-lui que j’arrive immédiatement.

Elle s’incline et referme la porte. Je soupire en me regardant dans le miroir. Bien que je paraisse heureuse, je ne le suis pas. À mes dix-sept ans, mon père m’a mariée à Lorenzo pour avoir une descendance et agrandir sa puissance sur le continent européen. Depuis quatre ans, je déjoue la nature en prenant la pilule en cachette. Je ne veux pas qu’un enfant subisse ce qu’on m’impose. Je sais que ça déçoit ma famille, car c’est ce qu’ils attendent. D’ailleurs, j’ai appris que mon cousin se mariait également. Décidément ça ne s’arrêtera jamais.

Prise dans mes pensées, j’oublie que mon mari s’impatiente et je sursaute lorsque la porte s’ouvre violemment.

— Tu comptes me faire languir encore longtemps ?

— Excuse-moi, j’avais la tête ailleurs, tesoro[6].

Je me lève et il m’attrape la mâchoire pour me forcer à le regarder. Ses doigts me compriment, je lui fais comprendre que j’ai mal, mais il s’en moque et me jette sur le lit.

— S’il te plaît, non !

— T’es si belle Esperanza, comment pouvoir résister ?

Il ouvre mon peignoir, relève ma nuisette puis descend son pantalon. Je sens son sexe contre le mien et la douleur de la pénétration m’envahit.

— Tu me rends tellement dur. Donne-moi un enfant, mon amour, chuchote-t-il à mon oreille.

Ses coups de rein sont insupportables depuis le premier jour où il m’a volé ma vertu. Je n’ai jamais pris de plaisir à le sentir en moi et encore moins quand il est énervé.

— Sens comme je te culbute, t’es presque aussi bonne que mes putes, il faudrait que je t’élargisse un peu plus… non, j’aime ton petit étau, cette mini chatte qui va m’offrir ma descendance.

Il n’a que ça à la bouche, aussi obnubilé que mon père. C’est sûrement pour cela qu’ils s’entendent si bien, ils ont le même désir de domination.

— J’ai mal ! Arrête ! hurlé-je en essayant de resserrer mes jambes pour le repousser.

— T’es ma femme, écarte tes cuisses où je te jure que je t’attache !

Son ton est dur et autoritaire, je sais de quoi il est capable alors je le laisse envahir encore mon corps, priant pour qu’il termine vite.

— Tu vois, ce n’était pas si difficile. Maintenant, habille-toi correctement et viens manger.

Sans un mot, je baisse mon tissu de soie, éponge son sperme qui me dégoûte et attache mon peignoir puis le suis jusqu’à notre immense salle à manger. La villa est gigantesque et très lumineuse. Des grandes vitres éclairent la pièce où nous nous installons l’un en face de l’autre. La domestique m’apporte mon petit-déjeuner, préparé par une diététicienne.

— Votre traitement Signora, m’expose-t-elle, en me donnant les cachets que je dois avaler quotidiennement pour ma fertilité.

Les obsidiennes de mon mari me scrutent chaque fois que j’avale une pilule puis nous mangeons dans un silence pesant. Je tourne mon alliance qui est ma seule compagnie sauf quand… Mon cœur se serre et je vais devoir encore prier pour que mon contraceptif soit toujours aussi efficace.

— Dépêche-toi de finir, nous avons rendez-vous dans moins d’une heure.

J’incline ma tête pour lui signaler que j’ai compris et avale les dernières bouchées. Ma gouvernante m’attend dans la salle de bain pour me baigner puis je m’habille pour mon rendez-vous mensuel avec ma gynécologue. Je rejoins mon mari à l’intérieur de l’habitacle bien qu’il soit en pleine conversation téléphonique.

— La voilà, la ponctualité de votre fille n’est toujours pas acquise, c’en

est désolant… Bien entendu, patrigno[7], je vous informerai de son état… Je vous assure faire mon possible, mais il semblerait qu’elle ne soit pas si parfaite.

Mon père met encore la pression à Lorenzo, mais je ne donnerai jamais naissance. En contemplant le paysage qui défile je m’aperçois que ce n’est pas le chemin habituel.

— Où allons-nous ?

— Dans une clinique spécialisée, j’en ai marre d’attendre.

— Quoi ?!

— Tu seras mère, Esperanza.

— Mais…

Je n’ai pas le temps de finir que la voiture s’arrête devant une magnifique bâtisse blanche avec des grandes parois de verre très modernes. Je ne sais pas ce qu’il m’attend. Il m’attrape par le bras pour m’amener devant la secrétaire qui annonce notre arrivée à un médecin d’une bonne cinquantaine d’années. Il semble connaître Lorenzo et je redoute les plans qu’ils ont prévus pour moi. Nous nous installons à son bureau et mon dossier est ouvert.

— Cela risque de prendre la journée avec les examens envisagés pour cerner les raisons de l’infertilité de votre femme.

— Vous avez carte blanche, appelez-moi quand vous avez la solution.

J’observe mon époux qui se lève et m’abandonne aux mains de ce docteur que je ne connais pas. Il m’annonce un bilan complet comprenant une prise de sang, puis j’ai droit à une échographie, une IRM et une hystéroscopie. Un nom barbare pour explorer mon utérus. Après une journée entière à être observée sous toutes les coutures, je retrouve Lorenzo. Je pourrais presque être soulagée de le voir. Parfois, je me demande si dans d’autres circonstances, j’aurais pu l’aimer. C’est un très bel homme, l’italien dans toute sa splendeur, avec un regard perçant qui vous paralyse et une voix chantante qui manie sa langue divinement bien.

— Je t’ai manqué, Bella ? m’interroge-t-il avec un sourire au coin des lèvres.

— Oui.

Il me pose un baiser puis nous nous installons devant le spécialiste qui a un air grave. Il se racle la gorge et ouvre mon dossier, puis détaille les diverses vérifications qu’on m’a imposées.

— Votre femme n’est pas stérile, Segnore.

J’aurais préféré.

— Alors pourquoi n’a-t-elle pas encore porté la vie ? s’énerve mon italien.

Lorsque les yeux du professionnel se posent sur moi, je sens la panique m’envahir.

— Parce qu’elle prend la pilule.

À cet instant, tout mon corps se met à trembler, je n’ose pas croiser son regard, telle une petite fille prise à son propre piège. Il vient d’anéantir tous mes plans d’un coup et maintenant, je vais devoir subir la colère de Lorenzo.

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