Trafic (Tome3) (French Edition)

Jessie Auryann · Chapitre 3 sur 49

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Trafic (Tome3) (French Edition)

Prologue

[DANILO]

 

Comme chaque fois que mes paupières se ferment, les deux pires journées de mon existence refont surface.

Je marche près de mamá[1]mon ballon à la main pour faire quelques tirs.

J’adore jouer au basket, en plus à ce qu’il paraît, ça fait grandir. Papá[2] en ce moment n’a pas le temps, il travaille beaucoup et dans ces instants-là, on ne le voit pas alors maman m’emmène au parc après l’école et me laisse jouer. Ce soir, j’aurai le droit jusqu’à ce que les lumières s’allument puisque je n’ai pas école demain. À chaque panier, elle m’applaudit et j’adore la voir contente. Depuis huit mois, elle sourit encore plus grâce au bébé qu’elle attend. J’espère que ça sera une petite sœur. J’ai tellement attendu qu’on fasse de moi un grand frère. Papá et maman ont pris le temps, ils disent que pour faire la 9ème merveille du monde, faut d’abord construire la 8ème, et que ça met beaucoup d’années. Après quelques lancers je viens câliner son petit bidon et boire de l’eau puis je retourne m’amuser

tout seul. Andrés aurait voulu venir, mais tío[3]préfère qu’il s’entraîne au combat. Maman d’ailleurs a pris un jour une claque parce qu’elle ne voulait pas me forcer à me battre. Emilio a été très en colère, faut toujours l’écouter, et moi bah ça m’énerve, car je préfère le basket. Mais mamá me soutient et je peux encore jouer un peu même si je sais que tío va me gronder en rentrant. Je m’en fiche, papá sera là pour me défendre. La nuit commence à venir et on doit rentrer. Je réclame de rester, cependant Mamá me demande d’obéir. Je grogne un peu comme je sais qu’elle est fatiguée je ne fais pas de colère. On marche pour aller rejoindre la voiture qui attend à la sortie du parc quand un monsieur s’approche de maman. Elle se met devant moi alors qu’il lui parle méchamment.

— NON dégage, la touche pas ! crié-je dans mon rêve pour tenter de la sauver.

J’ai peur alors je pars me cacher. J’aimerais l’aider, mais je suis encore trop jeune et fragile, j’aurais dû écouter tío, ne pas jouer au basket pour m’entraîner au combat. L’homme frappe encore maman qui le supplie d’arrêter. Mes larmes roulent sur mes joues silencieusement, je suis paralysé et je n’arrive pas à bouger.

— Au secours !!! Sauvez-la, hurlé-je dans mon sommeil.

Il sort un couteau et coupe les vêtements de maman qui tente de crier mais il a sa main sur sa bouche. J’ai si peur que mon pipi coule, je tremble, mes muscles me font très mal et je n’arrive pas à crier, car quelque chose est bloqué dans ma gorge. Elle le frappe en pleurant alors que lui, il rigole. Le monsieur écarte les cuisses de maman comme papá. Elle crie, il grogne comme un animal, il me fait peur. Il lui attrape les cheveux, lèche son visage puis la frappe. Je suis de plus en plus faible alors que du sang sort de son ventre, ma tête tourne, je ne peux pas ouvrir les yeux et c’est tout noir.

— Juan ! Greg ! appelé-je dans ma transe.

Je sors de ma cachette en pleurant. Elle respire si vite. On me dit de ne pas regarder et on tente de m’éloigner d’elle, mais je veux lui demander pardon, car je n’ai rien fait.

— Da… ni. prononce-t-elle difficilement.

Ses larmes roulent le long de ses joues.

Je perçois les sirènes des pompiers dans mon cauchemar et cela me renvoie à un autre souvenir qui me projette quelques semaines plus tard, quand mon père a craqué.

Il me prend dans ses bras comme si c’était la dernière fois. Je ne comprends pas tout et je reste dans la voiture. Je sens que ce n’est pas pareil, le regard qu’il m’envoie semble être un adieu. Je prie fort pour qu’il revienne. C’est long, mais je patiente et puis d’un coup je vois arriver les hommes de mon père. Je me retourne, les flammes se reflètent dans mes yeux. La chaleur se propage calmant progressivement mes tremblements. J’ai comme cette impression d’être entouré par quelque chose qui vient se loger tout au fond de moi.

— J’ai appelé les pompiers, c’est trop tard je crois, déclare Adil qui ne m’a pas encore vu. J’entends les cris de mon père qui hurle plus fort que le feu qui se propage comme cette douleur qui s’installe au fond de moi. J’ai la sensation d’une force intérieure qui me fait peur, mais me réconforte pour supporter l’insupportable.

— JE T’AIME CEANI !!! hurle mon père.

— Non !!! Papá !!! suffoqué-je comme à l’époque où j’ai perdu ma mère, les joues remplies de larmes.

— Danilo ! résonne la voix d’Adil alors que je suis bloqué devant les flammes. Tout flambe, et je sais que plus personne ne peut rien faire pour lui. D’un coup, une explosion nous projette par terre. Adil se poste devant moi pour me protéger et rugit de douleur. Alors qu’on est au sol, la fumée envahit nos poumons. Tío arrive alors que le bâtiment est en feu bien que les pompiers fassent tout pour l’éteindre. Il tombe par terre sous mes yeux. Je viens de comprendre que je suis désormais orphelin. J’ai rien fait pour ma mère et mon père, je ne suis qu’un lâche, un faible. Je me hais tellement qu’une colère s’empare de moi. On me retient alors que je veux moi aussi rejoindre mes parents. Je suis en crise de nerfs, je crie ma souffrance alors qu’on m’enfonce une aiguille dans le bras.

Non, je refuse de m’endormir, je ne veux plus revivre ces deux journées. Je me réveille en sursaut, le corps en sueur, tremblant comme si je venais d’y assister à nouveau. J’agrippe les draps alors que je maîtrise le feu qui brûle en moi. Dix ans que mes nuits ne sont que cauchemars. Dix ans que je suis mort.

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