Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 19
Une surprise malvenue
[Esperanza]
Demain, c’est fini pour moi. Je vais devoir être inséminée. Je suis foutue, le désespoir s’empare de mon âme. La situation entre Danilo et mon père est de plus en plus tendue. Je suis forcée de partager la même chambre que Lorenzo qui n’a de cesse de me tourmenter avec ses menaces. Il ne me touche pas, respectant une distance de sécurité imposée par mamá qui m’aide pour que je subisse le moins possible les ardeurs de mon mari, mais je sens qu’il est à bout de patience. Observant la lueur du soir depuis mon balcon, je ne l’aperçois pas pénétrer dans notre chambre. Ce n’est que lorsque son torse se colle à mon dos que j’en prends conscience. La nausée monte, je ne le supporte plus.
— Esperanza, principessa[41] reviens-moi, implore-t-il mielleux.
— Lâche-moi s’il te plaît, n’aggrave pas ton cas.
— Je te désire tellement, chuchote-t-il en reniflant mes cheveux.
Son haleine alcoolisée ne me prédit rien qui vaille. Il appuie son bassin contre mes fesses et je sens sa verge durcie.
— Accorde-moi une dernière fois, je serai tendre, je te le promets.
Je me retourne vivement et face à moi, j’ai un homme troublé. Ses pupilles sont dilatées, sa chemise blanche est ouverte sur plusieurs boutons. Sur son col s’étirent des traces de rouge à lèvres. Ses cheveux noirs sont en bataille, les notes fruitées d’un parfum féminin viennent titiller mes narines. Je n’ai aucun mal à comprendre où il a passé sa soirée.
— Tu viens me quémander un peu d’amour après avoir couché avec une prostituée ! Tu me dégoûtes. Regarde-toi, tu fais peine à voir.
— T’es ma femme et tu vas me donner ce que je veux, s’énerve-t-il en posant une main autour de ma nuque pour me forcer à approcher ma bouche de la sienne.
— Jamais, crié-je en tournant mon visage pour éviter que nos lèvres entrent en contact.
Rouge de colère, mon époux m’envoie une gifle qui me fait tanguer. Il attrape ma tignasse et colle ma tête contre la rambarde du balcon, me surplombant de toute sa stature.
— Arrête de jouer Esperanza ! Si je veux, j’ordonne et j’ai ce que je désire.
— Tu… tu… tu vas devoir gérer la colère de mon père, hurlé-je pour qu’il me libère, espérant qu’on m’entende.
— Emilio est avec moi. Ouvre les yeux, chérie, tu as perdu ton combat.
Tout en me maintenant fermement d’une main, il se déboutonne le jean de l’autre. Puis il me libère tout en pointant son arme sur ma tempe.
— À genoux maintenant ! ordonne-t-il.
— T’es complètement malade, arrête, je t’en prie, le supplié-je, tandis qu’il descend son bas sur ses chevilles.
— Ouvre la bouche, suce-moi, illico presto !
Ses obsidiennes menaçantes me lorgnent telle une vulgaire chienne.
— Si tu me forces, je te jure que je te mords ! Stoppe ta folie avant qu’il ne soit trop tard, déclaré-je entre deux sanglots.
— Et moi, je te tue ! Tu pourras dire au revoir à ta fiotte de cousin Danilo, et à ta…
— Lâche ma fille immédiatement ou je t’abats comme un chien. Comment peux-tu menacer mon enfant sous mon toit ! tonne la voix de mamá qui le coupe.
Postée debout sur son balcon, l’arme braquée sur le service trois pièces de mon mari, elle est imposante.
— Un…, compte-t-elle en ajustant son tir.
— Deux…, poursuit-t-elle en retirant le cran de sécurité.
— Très bien, s’avoue-t-il vaincu face à la détermination de mamá.
Il se rhabille dans l’urgence.
— C’est quoi ce bordel ! Esperanza ! tu vas bien ? surgit la voix de Dani, agrippé à sa balustrade.
Médusé, il observe le flingue de ma mère toujours pointé sur mon époux.
— Si tu oses encore une fois lever la main sur Esperanza, je te tuerai sans hésitation ! s’exclame mamá.
La porte claque d’un coup et Danilo entre furibond dans ma chambre. Lorenzo, toujours tenu en joug, ne bouge pas. Dani se fout devant moi, son glock 35 flanqué sur le front de notre ennemi commun.
— Tía, on doit l’abattre. Il cause beaucoup trop de problèmes à notre famille. Laisse-moi en finir !
Lorenzo ricane comme un gamin, ce qui enrage d’autant plus mon cousin. Ma mère n’a jamais supporté mon mari et sans aucun doute, elle aimerait l’envoyer au cimetière.
— Lâchez vos armes, s’écrie soudainement mon père qui apparaît.
Il plaque une main sur le bras de mamá qui obéit sans broncher. Le regard méprisant qu’il a pour Danilo m’inquiète.
— Obéis Dani ! Mierda ! Inmediatamente[42] !
Toutefois, celui-ci ignore l’ordre énoncé par papá et appuie un peu plus.
— À genoux, gueule Danilo.
— Puta ! s’écrie mon père !
Mon mari sait que mon cousin ne rigole plus et s’agenouille comme il le souhaite.
— Fais ta prière, enfoiré de rital !
Il n’a pas le temps d’appuyer sur la gâchette que papá tire sur le canon de Dani, ce qui envoie valser son arme et le blesse à la main par la même occasion. Lorenzo se relève d’un coup et se jette sur son rival.
— Arrêtez, hurlé-je en pleurant.
Les hommes de mon père apparaissent au même instant pour séparer les deux combattants. La vue et l’odeur du sang sur le sol m’écœurent. Saisie d’un haut-le-cœur, je vide le contenu de mon estomac par-dessus la rambarde.
— T’as beau tout essayer pour la protéger, demain, elle aura mon sperme dans ses putains d’ovules et elle me donnera un fils, résonne la voix de Lorenzo.
J’abandonne cet endroit de malheur en courant tandis que je perçois les échos de mon prénom. Je me réfugie dans la cabane de Matéo, au moins ici, je serai en paix. Dani m’y rejoint dans la nuit, m’enlaçant sans un bruit, il me procure le réconfort dont j’ai besoin.
À la lueur du jour, les rayons du soleil chauffent ma peau. D’humeur taquine, je me retourne alors que Danilo dort encore. Je lui pince le nez, ce qui perturbe son sommeil, je recommence une seconde fois et il bouge de mécontentement. Quand je viens pour la troisième fois, il m’agrippe la main et s’allonge de tout son poids sur mon corps frêle tout en happant mon autre poignet.
— Et maintenant, baby girl, qu’est-ce que tu vas faire ?
Ses lèvres sont trop proches des miennes, alors je ne réfléchis pas et m’en empare. Il approfondit notre baiser en venant effleurer ma langue de la sienne. C’est si exquis, si doux, mais j’ai besoin de plus avec lui. Maintenant que j’ai cédé à la tentation, il m’est impossible d’y résister. Ainsi j’aspire sa lippe inférieure et la mordille. Cela a le don de l’exciter davantage. Il ondule des hanches mimant l’acte sexuel et je sens le feu qui crépite en moi. J’essaye de libérer mes avants bras de sa prise pour le toucher et il accepte. Il lèche mon cou et descend sur ma poitrine. Je détache à la va-vite mon soutien-gorge, pour qu’il vienne vite aguicher mes pointes tendues, qui n’aspirent qu’à une seule chose, sentir le souffle chaud et la salive de mon amant. Il joue avec eux, les coince entre ses dents, les roule entre ses doigts. Humm que c’est bon. Je lui griffe le dos tant sa torture est délicieuse. Dios mio pardonnez-moi mon offense. Trop pressée de le sentir, je tâtonne ses reins afin de lui descendre son boxer. Toujours impressionnée par la longueur et la largeur de son pénis, je ne comprends pas comment ça peut entrer aussi facilement en moi. Je retire mon tanga, et m’assois sur lui.
— Oh mierda, susurré-je alors qu’il m’emplit.
Le feu qui me consume alors que nos deux corps s’emboîtent à la perfection me ravage. Je fourrage dans ses cheveux tandis qu’il m’embrasse passionnément. Nos peaux en sueur se réclament, s’aimantent à la perfection, puis il me retourne et me surprend en levrette. Dani me pilonne en émettant des râles rauques. Ses coups de rein violents m’arrachent des cris de plaisir auxquels je ne m’attendais pas. Sentant mon étau le serrer, il me met de nouveau sur le dos et se love contre moi en m’envoyant droit vers l’extase. Lorsque nos orgasmes se mélangent tel un puissant aphrodisiaque, mes yeux se révulsent. Je tire sur ses cheveux en lui mordant l’épaule tandis qu’il aboie mon nom en se maintenant contre le mur que nous avons atteint dans nos ébats. À bout de souffle, il reste en moi dans la redescente du plaisir.
— Ça va ? me demande-t-il inquiet.
— Je suis bien, vraiment.
Puis, il dépose ses lèvres sur mon front, et se rallonge à sa place. Plongée dans ma bulle, je suis sereine et pourtant ce qui m’attend est loin d’être une partie de joie. J’observe Dani et j’ai de la chance qu’il soit à mes côtés. Je ne sais pas ce que je ressens pour lui. Est-ce du vice ? De l’amour ? De l’amitié intime ? Mes pensées sont chamboulées, mon cœur est perdu, et si tout cela ne mène à rien ? Ma vie va devenir un véritable calvaire. Prise de nausées, j’attrape quelque chose de creux, et me laisse aller. Danilo me soutient tout en me maintenant les cheveux.
— Tu devrais consulter Anna-Maria et exiger un examen. Tu es malade depuis plusieurs jours déjà.
— C’est certainement le traitement pour la fertilité que je suis forcée de prendre.
— Esperanza, mais tu… toi… et… moi, on ne se protège pas.
Je réalise avec effroi que je suis complètement stupide. Les mains posées sur ma bouche, les larmes affluent sur mon visage et je pousse un cri de terreur. Comment ai-je pu être irresponsable à ce point ? Je ne suis pourtant pas une ado qui ignore les conséquences de coucher avec un homme sans préservatif.
— Pardonne-moi, je n’ai pas réfléchi, bafouille-t-il tout aussi perdu.
Non, c’est impossible de toute façon.
— S’il te plaît, j’ai besoin de réfléchir, l’invitant à se retirer.
Il se lève et me laisse seule dans la cabane. Tout n’est que cauchemar. Si je mourais, au moins, personne ne serait déçu de moi. Dépitée, je rejoins mon père et Lorenzo dans notre demeure. Ils sont tous les deux assis à table.
— Ah voilà ma fille bien-aimée, nous n’attendions plus que toi. Tu veux avaler quelque chose ?
— Où étais-tu cette nuit, Esperanza ? demande mon époux.
— En l’occurrence, loin de toi et non merci, j’ai des crampes d’estomac.
Lorenzo tape du poing sur la table et je sursaute.
— Où étais-tu ? persiste-t-il.
— Le principal, c’est qu’elle soit là ! Je n’ai pas que ça à foutre, allons-y, rugit la voix de mon père, ce qui a le don de calmer net mon mari.
Coincée entre papá et mon époux, je suis amenée au laboratoire où travaille entre autres ma mère et sa meilleure amie. On se dirige vers la salle de médecine pour l’insémination. Quand nous entrons, Anna-Maria a une petite mine. Elle présente un flacon à Lorenzo et me demande de la suivre dans la pièce adjacente. Mon père nous laisse enfin seules.
— Aide-moi Anna-Maria. Je ne veux pas d’un enfant. Fais semblant, par pitié, je t’en conjure.
— Je ne peux pas, Esperanza. Si je ne réponds pas aux exigences d’Emilio, ce sera Dayana qui en subira les conséquences.
— Qu’est-ce que je vais devenir ? la questionné-je tristement.
— Comme toutes les femmes de ce cartel, tu fermeras les yeux et tu obéiras.
Les larmes affluent sur mon visage tandis que je m’installe sur le fauteuil médical. Elle lève mon haut et applique du gel sur mon ventre.
— On va vérifier que tout est en ordre à l’intérieur avant de commencer. Tu as bien pris ton traitement ?
J’acquiesce désespérément. Lorsqu’elle pose le doppler sur mon abdomen, et qu’elle contemple l’écran, elle semble surprise. Elle s’approche de l’écran, appuie sur un bouton et d’un coup, un bruit étrange résonne dans la pièce.
— Mios dio, s’exclame-t-elle ahurie.
— Qu’est-ce qui se passe ? C’est quoi ce son ?
— Esperanza, tu… tu es… tu es enceinte.
— Quoi… mais…
— Ce sont les battements du cœur de ton bébé.
— Non, c’est impossible ! Dis-moi que tu te trompes, je t’en supplie Anna.
— Je suis désolée Esperanza, mais tu portes bien la vie, regarde c’est son petit cœur.
Je tourne la tête et observe cette infime chose qui grandit en moi. Merde qu’est-ce que j’ai fait ?! Pourquoi le sort s’acharne sur moi ? Je n’entretiens l’espoir que d’une seule chose, que ce ne soit pas l’enfant de mon mari. J’ai conscience que je n’ai eu que trois partenaires sans pilule. Lorenzo avant ma fuite, Yelmani et Danilo. Mais où avais-je la tête ! Pour mon cousin, C’est trop tôt, c’est quasi impensable sachant que je suis malade depuis plusieurs jours. Ma rencontre avec Yel fut magique mais brève. Cependant, il a été le premier à panser mes blessures, celui qui m’a transmis la passion et l’amour dans l’acte sexuel. Même si nous vivons loin l’un de l’autre, chaque soir, je lève les yeux vers le ciel en pensant à lui. Je touche le bracelet qu’il m’a offert avec force, en priant au plus profond de moi-même pour qu’il ne m’ait pas oubliée. Je me raccroche à notre merveilleuse nuit, à ses mots d’amour, à sa bonté, son intelligence. Puis l’image de Lorenzo, de ses viols incessants, s’insinue dans mon esprit. Abasourdie, je me lève et descends du siège.
— Attends Espe… on ne sait pas depuis combien de temps tu es enceinte.
— Je m’en moque ! Je ne veux pas de cette chose horrible ! Retire-le-moi, Anna-Maria !
— Tu sais bien que c’est impossible ! Ton père me tuerait !
Je ferme les yeux et le chagrin m’assaille. Si Yelmani était là, il aurait les mots pour me réconforter. Nous sortons de la salle d’auscultation, papá et Lorenzo attendent. D’ailleurs, ce dernier agite fièrement son sperme sous mon nez.
— Tu peux le balancer à la poubelle, Esperanza est tombée enceinte naturellement. Félicitations.
— Quoi… mais… je… je vais devenir père ? balbutie Lorenzo étonné.
— Ma fille, maman, une descendance, réagit fièrement papá qui vient me serrer dans ses bras.
— Oui, poursuit Anna-Maria. On lui refera passer un examen plus poussé à l’hôpital et une prise de sang, quand elle sera moins bouleversée.
— Cet enfant est le fruit de viols répétés, m’écrié-je en arborant un air dépité.
— Ne dis pas n’importe quoi regina mia[43], déclare mon mari en tentant de m’embrasser.
Je m’éloigne d’eux en courant, et rentre m’enfermer dans ma chambre d’enfant. Celle que papá n’a pas pu refaire. Le lit de bébé d’Esteban est encore là, son côté de mur bleu pour lui et rose pour moi. Il y a encore nos jouets, nos peluches. Sa mort a été un véritable traumatisme pour mon père. Selon les mots de maman, ce jour-là, il s’est brisé et ne s’est plus relevé. Je m’assois et finis par m’allonger sur mon lit d’enfance. Là, au milieu de mes peluches, je me sens bien. Ce n’est que quelques heures plus tard que l’on me trouve.
— Esperanza, on te cherche partout, comment te sens-tu ? s’écrie ma mère affolée.
— Mamá par pitié, dis-moi que je suis en plein cauchemar.
— Ma chérie, je sais à quel point ça te bouleverse mais… être mère, y a rien de plus magnifique dans la vie d’une femme.
— Peut-être dans la tienne, mais pas dans la mienne ! Retire-moi cette chose !
Elle prend un air choqué puis se radoucit.
— Si seulement j’avais pu donner encore naissance… je t’assure que je n’aurais pas hésité une seule seconde.
À son regard, je comprends qu’elle ne parle pas de mon père.
— Mamá, je… Comment fais-tu pour aimer papá et Adil ?
— C’est compliqué… Ton père demeure le premier homme que j’ai tant aimé, notre amour ne s’explique pas, il est passionné mais destructeur.
— Tu n’es plus radieuse avec lui.
— Chérie, nous sommes passés par tellement d’épreuves, ton abuela nous a trahi, puis la fausse-couche, la perte d’Esteban, la mort de Céani et Matéo, mais pas que… nous avons traversé l’enfer ensemble. Emilio a dû prendre ses responsabilités et se transformer en chef de famille. Il n’a pas toujours été ainsi. Nos débuts ont été teintés de moments magiques.
— Et Adil dans tout cela ? Crois-tu qu’il va t’attendre encore longtemps ?
— Il est la force sereine, c’est un homme bon, intelligent, rassurant, il apaise mes maux, Son amour pour moi est inconditionnel, il ne me quittera jamais.
Quand elle parle de lui, elle a les yeux qui brillent d’émotion. Seulement, je ne comprends pas pourquoi il lui est inenvisageable de choisir entre les deux.
— Pourquoi tu ne t’enfuis pas avec Adil ? Quitte papá une bonne fois pour toutes, il ne te mérite pas.
— C’est trop compliqué. Ton père, c’est le feu qui crépite en moi. Adil, c’est mon oasis dans lequel je m’abreuve pour survivre. J’ai trouvé mon équilibre. Très peu de monde peut me comprendre mais je me fous du jugement des autres. C’est ainsi.
Je ferme les yeux en tentant de refouler mes propres émotions. Je crains de perdre Danilo. Entre Lorenzo et lui, ça va devenir la guerre, sans compter si… si… dios mio et si ce bébé est celui de… non… impossible.
— Pourquoi toutes ses questions Esperanza ? Que me caches-tu ? me coupe mamá interrompant mes pensées.
— Rien, toute ma vie n’est que mensonge.
Puis d’un coup Danilo débarque.
— Esperanza, tu es là, baby girl ! J’ai tellement eu peur, s’exclame mon cousin en s’agenouillant devant moi.
Je n’ai pas la force de le regarder dans les yeux, ni le courage de lui avouer que je suis coincée dans une situation inextricable.
— Tu ne peux pas comprendre. Si tu savais, pleurniché-je comme une enfant.
— Je suis au courant, Lorenzo s’en est vanté, tu te doutes bien. On va gérer ça tous les deux.
— On ne pourra jamais vivre ensemble, déclaré-je en repoussant ses mains de mon visage.
— Qu’est-ce-que tu racontes, bébé ? Bien sûr que si, ce n’est qu’un obstacle que je vais dégager aussi vite qu’il est arrivé.
— Que racontes-tu, Danilo ? Je suis enceinte d’un monstre ! Rien ne pourra aller bien ! Tu vas me quitter, et je vais me retrouver seule contre tous ! Tu partiras, tu n’as que dix-huit ans, tu n’es pas prêt à t’occuper d’un nouveau-né.
— Esperanza, je tiens à toi plus qu’à ma propre vie ! Jamais je ne t’abandonnerai !
Mamá nous observe interloquée mais souriante. Elle a compris. Elle sait maintenant que je suis bloquée entre un mariage que je ne souhaite plus et une histoire d’amour naissante avec mon cousin.
— Mamá, je t’en supplie, ne m’en veux pas, j’ai tenté de me raisonner mais…
— Je serai la dernière à vous juger. Si tu as choisi Dani alors ainsi soit-il. Au contraire, suivez vos cœurs, j’ai confiance en Danilo, il prendra soin de toi Esperanza, chuchote maman.
Les murs ont des oreilles et nous devons rester discrets. Dani vient déposer ses lèvres sur mon front.
— On trouvera une solution, baby girl, je suis là près de toi, je ne bouge pas.
Si cet enfant est de Lorenzo, je ferai tout pour le retirer, mais si jamais… non… Anéantie, mes larmes roulent sur mon visage. Perdue dans mes émotions, je sens le vide m’aspirer. Je mens à tout le monde. Si ce bébé n’est pas celui de mon époux, il ne peut qu’être celui de Yelmani. Je touche le bracelet qui me ramène au Maroc. Je ne me vois pas lui cacher qu’il pourrait devenir père, mais je risque de perdre Danilo. Comment va-t-il réagir ? Incapable de retenir mes pleurs, je hurle ma rage. Je ne veux pas de cette chose, peu importe qui est le géniteur, je refuse ! Mamá vient me consoler. Peu importe la situation, je sais qu’elle sera continuellement à mes côtés.
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