Trafic (Tome3) (French Edition)

Jessie Auryann · Chapitre 21 sur 49

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Trafic (Tome3) (French Edition)

Chapitre 17

L’adulescence

[Danilo]

 

Je suis allongé sur le lit extérieur, lunettes de soleil sur le nez, je peux observer absolument tout. La propriété est immense et nous avons des gardes tous les cinq mètres environ. Certains sont armés de fusils automatiques, d’autres sont accompagnés d’un chien. Ici, c’est une foutue forteresse surtout depuis que l’autre trou du cul squatte avec ses hommes et je déteste ça.

— Tu pionces cousin ? s’exclame Andrés qui vient de s’affaler à côté de moi.

— Heureusement que non vu comment tu viens de débouler.

Il ricane en se préparant un joint qu’il me passe.

— Elle est bonne putain, s’enjoue-t-il en tirant dessus.

— Ouais, j’avais encore raison, vaux mieux miser sur la jamaïcaine.

— J’avoue.

S’il y a bien un domaine où j’excelle, c’est celui de la came. Et c’est aussi sûrement pour ça que mon oncle ne se débarrasse pas de moi.

— Adil ! Tu peux me ramener un plateau s’il te plaît ?

— Dani…

Il me regarde désespéré, mais va me chercher ce dont j’ai besoin. Je sais qu’Espe est en sécurité dans ma chambre alors je peux m’octroyer un peu de nirvana. Je sniffe ma ligne au même moment où les jumelles et Dayana débarquent en maillot de bain. Elles descendent les escaliers de la piscine sous la surveillance des hommes de main.

— Eh ! arrête de mater mes sœurs toi ! Va bosser ! crache Andrés qui recadre un des italiens qui s’est laissé détourner par les corps sublimes des jeunes filles.

— Au lieu de brailler, viens te baigner Andou ! se moque l’une d’elle.

On s’observe puis se lève pour aller les rejoindre. Je me sens d’humeur festive et saute dans la flotte.

— Bombe !

— Vous n’avez rien à foutre aujourd’hui ? résonne d’un coup une voix autoritaire.

Immédiatement, on sort de la piscine tandis qu’Emilio semble très tendu.

— Tu veux que je fasse quoi en attendant la prochaine livraison ?! Ce n’est pas de ma faute si ton correspondant est bon à rien, je poireaute à cause de son irrégularité, répliqué-je en enfilant mes fringues.

— Ce problème est réglé, mais tu peux aller t’occuper au labo si tu t’ennuies.

— Non merci, très peu pour moi.

— Ce n’était pas une question Danilo.

— C’est bon, je me calme tío, pas là-bas s’il te plaît.

Je déteste la vue du sang et des corps mutilés, ça me renvoie à cette fameuse soirée où j’ai perdu ma mère. Il m’accorde son pardon, mais n’en reste pas là.

— Il est évident que tu ne t’opposeras pas à ce que Lorenzo récupère sa femme.

— Hors de question ! Il la viole, la bat ! Comment peux-tu cautionner ça ?!

Il ricane sous mon nez et retourne à l’intérieur de notre demeure.

— Une femme s’éduque, tu comprendras quand tu seras plus… adulte.

— En attendant, elle reste dans ma chambre, exigé-je en le suivant.

Je sens que je l’énerve, mais c’est non négociable.

— Dani, je perds patience. J’ai été très indulgent envers Esperanza, ne me force pas à sévir.

— Ne fais pas ça, je t’en supplie.

— Allez récupérer ma fille et donnez-la à son mari, ordonne-t-il à ses chiens en me fixant.

Alors qu’on est dans le hall d’entrée devant son bureau, je jette un œil à l’étage, et à contrecœur, j’assigne à mes hommes de les laisser entrer.

— Non ! S’il vous plaît ! Dani ! Mamá ! Papá ! hurle-t-elle.

Je sais que si je m’oppose à lui, il s’en prendra à elle. Il a encore dû passer des accords avec le rital. L’autre merde, l’attend à la porte de sa chambre alors que ma cousine crie d’effroi. Je veux bouger, mais la main de mon oncle se pose sur mon torse pour m’arrêter.

— Réfléchis. Lorenzo doit garder son sperme pour l’insémination, mais je peux aussi l’autoriser à enfanter naturellement. Que choisis-tu mon neveu ? D’après toi qu’est-ce qui est mieux pour elle ?

— Tu me promets qu’il ne la touchera pas ?

— Il fera ce que je veux. Pour le moment, je souhaite seulement une descendance, peu importe le moyen. J’ai pensé qu’il serait plus acceptable pour ma fille d’éviter les rapports sexuels pour l’instant, mais tout peut changer.

Je lui octroie un signe de tête et il se barre. Je ramasse nerveusement mes affaires lorsqu’on me saute sur le dos.

— Putain Daya !

Je la repousse et elle me lance un regard noir.

— Je voulais seulement m’amuser.

— Bah la vie ce n’est pas qu’un jeu, grandis !

Je me rends compte que mes mots sont un peu forts quand je commence à voir ses yeux s’embuer. Quel con ! Dayana est à mes côtés depuis toujours et elle n’est pas responsable si mon oncle me fout les nerfs, ni si la jalousie me ronge ainsi que l’inquiétude.

— Day…

Je n’ai pas le temps de finir qu’elle part en courant.

— DAYANA ! Putain fait chier.

Je tente de la rattraper pour m’excuser quand Andrés m’interrompt.

— C’est moi ou y a de l’eau dans le gaz ? fanfaronne-t-il.

— Elle est collante, avoué-je nerveux.

— Elle est amoureuse.

— Qu’est-ce que tu connais à l’amour ?! le questionné-je.

— Bah, j’ai eu un très bel exemple pendant les huit premières années de ma vie avec ton père et ta mère.

Le sourire se scotche à mon visage quand les souvenirs me reviennent alors que la tristesse se dessine sur le sien.

— Eh ! Tes parents s’adorent, ils ne savent juste plus se le dire.

Bien qu’Alana et Emilio s’engueulent souvent, parfois leurs regards ne trompent pas. Je crois vraiment qu’ils sont dans une spirale infernale où se détester leur permet de ne plus souffrir des épreuves de leur vie.

— Si être en couple, c’est se foutre sur la gueule et se tromper, je préfère ne plus jamais tomber amoureux, conclut mon cousin.

Je sais à quel point il en a pâti de les voir se déchirer. Je peux m’estimer chanceux, car j’ai eu des parents qui se sont aimés comme des dingues, au point d’en mourir d’ailleurs. Les images m’envahissent et me font un mal de chien.

— Désolé, je ne voulais pas remuer tout ça, s’excuse Andrés lorsqu’il voit que je suis touché.

— T’inquiète… Ça va.

Je monte et rentre auprès de Dayana. Je la retrouve à la fenêtre, à regarder l’horizon. Elle ne tourne même pas la tête vers moi et je l’entends renifler. J’ai horreur de la savoir bouleversée, j’ai vraiment été un sale con.

— Je n’aurais jamais dû te parler comme ça, excuse-moi.

Elle finit par se retourner et sa douleur me frappe en plein cœur.

— J’ai compris, Danilo, tu ne me supportes plus, c’est pour ça que tu veux te débarrasser de moi.

— Arrête.

Je m’avance et lui saisis la main pour l’approcher de moi.

— Je te demande pardon, je ne voulais pas que tu pleures, je suis qu’un naze.

— Ne me traite pas comme une gamine, on a presque le même âge, m’engueule-t-elle encore prise dans sa colère.

— Je veux juste t’éviter de devoir grandir aussi vite que moi, lui répliqué-je tendrement, tout en passant ma main dans ses cheveux.

— C’est pour ça que tu m’as quittée ?

— Entre autres… oui. Je veux te préserver. Désolé, pour tout à l’heure.

Je lui pose une bise et pars pour ma chambre. Cependant, ma curiosité mal placée me pousse à aller écouter du côté de celle de l’autre tête de bite. Si on met des gardes près de nos chambres, le rital laisse les siens crever dehors. Erreur stratégique, car c’est souvent pendant le sommeil que l’ennemi attaque, mais il n’y a pas plus sûr que chez nous, j’ai entièrement confiance en notre système de sécurité. Je n’entends rien, alors je décide de m’éclater un peu en frappant à la porte puis en me cassant avant qu’il n’ouvre. Il jure en italien puis retourne dans sa piaule. Je recommence ce petit jeu fort amusant. Dans l’aile d’en face mes hommes se marrent.

— Putain, c’est quoi ce bordel ! Santa Merda !

Je suis caché dans un coin et me pince les lèvres pour ne pas me marrer.

— Qui vient de frapper ? aboie-t-il sur mes gardes.

— Il n’y a jamais eu personne Monsieur.

Je me retiens pour ne pas pouffer de rire comme un môme. Parfois, c’est vrai que c’est bien de ne pas grandir.

— Je ne suis pas fou !

Énervé, il descend sûrement pour aller se plaindre à Emilio et laisse Esperanza seule. Erreur fatale, je me glisse dans la chambre et elle recule. Sa joue est bien rouge avec une marque qui bleuit. Sale enfant de puta !

—Danilo ?! Mais… où est Lorenzo ? s’il te voit ici…

— On bouge.

— Quoi ?

— Obéis, allez !

J’attrape sa main et l’embarque. On passe par le balcon pour se retrouver dans ma chambre.

— T’es dingue, il va péter un plomb si je ne suis pas là.

Je l’observe et pose mes lèvres sur les siennes. Elle me repousse gentiment, vient rechercher un baiser puis s’éloigne de nouveau. Je crois que je ne suis pas le seul paumé dans cette histoire.

— Faut pas Dani, faut plus. Je suis désolée, mais… c’est lui, je n’ai pas le choix et toi non plus.

— On l’a toujours.

— Pas moi.

Elle ne me laisse même pas le temps de dire quoi que ce soit et repart se jeter dans la gueule du loup. Désespéré, je sors et me casse à moto. Je me pose dans ma planque et renifle de quoi oublier. Quand j’ouvre les yeux, c’est la nuit noire et un foutu mal de crâne s’est installé. Cependant, je trouve le courage de rentrer.

— T’as une sale gueule, me lance mon bras droit quand je débarque.

— J’ai pris trop de came.

Comme à chaque bad trip, il reste près de moi. Le lendemain matin, après un verre d’eau, deux cachets ainsi qu’une bonne douche, une gouvernante m’interpelle.

— Le petit-déjeuner sera prêt d’ici une demi-heure, le señor souhaite qu’il se passe en famille, m’indique-t-elle.

Génial. J’entre dans la grande salle à manger où je retrouve tout le monde.

— On t’attendait, me lâche mon oncle.

— Je sais me faire désirer, que veux-tu.

— Danilo, s’il te plaît, me reprend ma tante qui craint encore un clash.

Je fais un check à Andrés et claque une bise à mes cousines puis vais m’asseoir.

— Tu n’as oublié personne ? balance Emilio sur un ton acerbe.

— Pardon, excuse-moi, personne, répliqué-je en tendant la main au-dessus de la table vers Lorenzo qui me fusille du regard.

Mon cousin se retient de rire et le patriarche serre les dents. Je ne peux pas saquer ce mec et je ne compte pas être hypocrite. L’ambiance est pesante, parfait, on peut commencer. Mon oncle se racle la gorge et je redoute le pire.

— Comme vous le savez, il est très important pour moi que notre famille s’agrandisse. Je compte sur vous pour prendre soin d’Esperanza qui donnera naissance.

— T’es enceinte ? s’exclame Lana émerveillée.

— Non.

— Elle le sera très prochainement, s’exclame son mari fièrement.

Je serre les dents et termine mon café comme je le peux. Cet enfoiré me nargue avec quelques sourires et Adil au loin m’indique de rester calme. Les domestiques se plient en quatre et je les remercie à chaque fois qu’elles m’apportent quelque chose, alors que l’autre enfoiré ne leur adresse même pas un mot.

— Señorita vos cachets, énonce l’une d’elles à Esperanza qui pâlit.

— Plus tard, merci.

— Non, maintenant chérie ! lui ordonne l’autre sac à merde.

— Je…

— Esperanza, vas-tu finir par obéir, intervient Emilio en frappant un grand coup sur la table, d’un ton autoritaire.

La panique de ma cousine en dit long, elle ne tenait pas à les ingérer et là, elle se retrouve piégée. Son père opine d’un signe de tête et elle commence à bafouiller une excuse, expliquant qu’elle ne se sent pas bien. Bien joué baby girl.

— Le traitement stipule pendant le repas, s’il te plaît Esperanza ne m’oblige pas à te les coller de force dans la bouche, surenchérit l’autre enfoiré qui tente de garder ses nerfs, mais qui perd patience.

Je vais le tuer, c’est inévitable, faut qu’il crève.

— Emilio… intervient tía pour tenter de défendre sa fille, mais il n’est clairement pas de son côté.

— Ne t’en mêle pas ! Et toi, avale-moi ces cachets !

— Papá… Je ne veux pas, je t’en supplie…

Il se lève et en moins d’une seconde se jette sur elle, pour lui pincer le nez, enfonçant le comprimé dans le fond de sa gorge. Je ne réfléchis pas et défends Esperanza en braquant mon arme sur son père.

— Dani, non ! hurle ma tante.

Les hommes de mon connard d’oncle me visent, prêts à m’abattre si je devais appuyer sur la détente. Sans attendre, les miens font de même. Les italiens, eux, ne bronchent pas.

— T’es sérieux là ? Tu retournes ton flingue contre moi ?! clame Emilio rageur.

Je n’ai pas le temps de réagir, qu’il me désarme et m’envoie deux coups de poing dans l’estomac et un sur la pommette.

— Je t’ai élevé ! Sans moi, tu ne serais rien !

— Va te faire foutre ! Regarde comment tu traites ta fille ! Tu n’es pas digne d’être un Sanchez, craché-je, à bout de nerfs.

— Arrêtez ! C’est bon papá, je vais les prendre, regarde, surgit la voix d’Esperanza.

Elle avale les comprimés et mon oncle me relâche. J’ordonne à mes hommes de renoncer, et Adil m’aide à me relever. Alana a pris Esperanza dans ses bras, Dayana est paralysée, tout comme les jumelles qui regardent leurs assiettes. Lorenzo a ce petit sourire que je lui arracherais bien, quant à Andrés, il est debout et retient son père, comme à chaque fois. Emilio ne me lâche pas des yeux, puis fixe Adil qui ne baisse pas les siens non plus. Alors qu’on croit qu’il part s’asseoir, un coup de feu bref retentit. J’entends Alana crier, et Adil s’effondre en se tenant l’épaule.

— Putain ! gueule Danilo !

— La prochaine fois, c’est toi qui la prends, me menace-t-il.

Je ne m’occupe plus de lui, mais de mon bras droit, qui ne grimace même pas.

— C’est bon, la balle est ressortie, m’indique-t-il.

— Il te faut des points, s’indigne ma tante.

— D’abord, on finit, ordonne mon oncle qui se réjouit de voir son rival dans la souffrance.

Je jette un œil à Esperanza qui ravale ses sanglots. Le reste du repas se déroule dans un silence pesant puis Adil est emmené à l’infirmerie. Emilio se tire avec Lorenzo et je peux aller voir ma baby girl.

— Eh, comment ça va toi ?

Elle ne dit rien et se jette dans mes bras.

— Je suis là, ma belle, tout va bien se passer.

Elle tente de me sourire et je lui dépose un baiser sur son front avant de la voir s’éloigner de moi.

— Toujours à dramatiser, cette fille, crache tout à coup Dayana.

— Ce n’est pas d’Esperanza dont tu parles, j’espère ?

Daya comprend que ses mots ont dépassé ses pensées et murmure un « désolée ». Je sais qu’elle est jalouse de ma cousine, car on a toujours été proches, mais jamais je ne l’autoriserais à lui manquer de respect. Je ne lui réponds pas et me dirige vers l’infirmerie.

— Alors tu veux jouer au docteur Galbi ? ronronne mon bras droit, qui tente de peloter ma tante.

— Arrête de bouger.

— Tu ne me dis jamais ça habituellement.

— Ah ah, très drôle.

Adil a ses mains sur ses fesses et je saisis que je risque de déranger. Elle tente de rester concentrée, mais il la cherche et finit par aspirer ses lèvres.

— Faut qu’on te suture maintenant, concentre-toi un peu, réplique tía essoufflée.

— Difficile avec ce que tu me mets sous le nez, regarde-moi ça, t’es divine, ajoute-t-il en enserrant sa poitrine généreuse.

— Sois sage, gatito.

— Et ses hanches, ce cul… continue-t-il en la palpant.

J’entends Al ricaner et ça me refile le sourire. Il est vrai que c’est une très belle femme, la colombienne dans toute sa splendeur. Je rêverais d’avoir un jour une épouse aussi belle. Je les entends s’embrasser et je commence à perdre espoir de pouvoir approcher mon bras droit.

— Bon, stop ! Tu vas finir par te vider de ton sang.

Y a un silence et ils éclatent de rire.

— Perverse.

— J’ai eu peur, j’ai cru que…

— Il ne me tuera pas, il ne peut pas.

— Tu crois vraiment ça ? Juste pour une promesse qu’il a faite à Matéo ?

— Ton mari est un fils de pute, mais il tient les engagements envers son frère, sinon Dani et moi, on serait morts depuis longtemps.

Ma tante soupire. Elle sait qu’il a raison.

— Danilo s’oppose toujours à Emilio, c’est infernal.

— Ça t’étonne ? C’est le fils de Matéo Sanchez, je te rappelle.

— Il n’est pas comme lui, Dani est… différent.

— Ne le sous-estime pas pour autant, s’il y en a un qui peut mater ton connard de mari, c’est lui.

Je sais qu’Adil a foi en moi, mais à ce point-là.

— On ne sera jamais tranquilles, soupire-t-elle.

— Je sais et je n’ai pas besoin que tu sois ma femme pour t’aimer Alana. Je serai toujours là, lui chuchote-t-il.

— Je suis tellement désolée.

— On a dit qu’on n’en parlait plus.

— Parfois, je me dis que je pourrais en finir, que ça serait plus simple.

Ses mots me font mal. Je n’ose pas imaginer ce qu’elle doit vivre pour penser à cette option.

— Si tu meurs, alors je viendrais te rejoindre, tout comme le boss l’a fait.

— Il t’a ordonné de prendre soin de son fils, tu ne lui désobéiras pas.

Elle est intelligente, car elle sait qu’il sera éternellement loyal. C’est bien pour ça qu’il est devenu le bras droit de mon père puis le mien.

— Bientôt, il n’aura plus besoin de moi.

— C’est faux, tu restes le lien avec ses parents.

Mon cœur se serre quand je pense à eux. Comment aurait été ma vie s’ils étaient encore vivants ? J’aurais probablement suivi les traces de papá. Mamá l’aurait engueulé, mais il aurait trouvé les mots pour la décider. Et je serais devenu comme lui. Ou alors ma mère l’aurait persuadé de partir du cartel, on aurait embarqué Esperanza et j’aurais pu l’aimer librement.

— Je dois finir de te recoudre, peux-tu rester tranquille cinq minutes maintenant ? gronde Alana qui s’impatiente.

— Pas une de plus.

C’est à ce moment-là que je décide d’entrer.

— Alors ? les interrogé-je.

— Il tire mal, il a raté le cœur, ricane mon homme de main amusé.

— Je vais te filer le reste de ta semaine pour que tu te remettes.

— Non, hors de question, la balle n’a causé aucun dommage.

Je regarde Al qui me sourit bien qu’elle aurait sûrement apprécié de rester avec son amant.

— Mais si tu peux me filer ma journée, je ne dirais pas non, surenchérit-il en déshabillant ma tante du regard.

— C’est d’accord. Tía, laisse-le se reposer un peu quand même.

Je leur envoie un clin d’œil et me retire pour les laisser dans l’intimité de l’infirmerie. À peine sorti, j’entends le verrou derrière moi. J’envie leur relation interdite.

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