Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 35
Interlude
[Estrella]
Alors que mes paupières sont closes, je retourne là où j’ai toujours vécu. Les grandes portes cachent les cris de mon amie. Maddy est en plein cours d’éducation et mon tour viendra après. Quand les battants s’ouvrent, elle repart en sanglotant et on m’invite à m’allonger sur le lit plein de sang. L’odeur de ferraille se mélange à celle de la sueur et un homme vient prendre sa place. La douleur est comme d’habitude, lancinante, profonde. Il râle à mon oreille et j’ai envie de vomir.
— Tourne-toi, je veux ton cul ! crache-t-il en me secouant comme une poupée de chiffon.
J’ai comme l’impression qu’on m’éventre mais je dois mettre en application ce qu’on m’a appris, espérant que si je n’ai plus rien à assimiler, on ne m’entraînera plus. Je me cambre et fais quelques petits bruits pour lui donner satisfaction. Il s’énerve un peu plus sur moi puis je sens son poids sur mon dos. C’est enfin terminé.
— Allez, dégage.
Chaque pas est un supplice. Lorsque je file sous la douche, mon sang s’évacue et je dois vivre avec la douleur. Mais le pire reste à venir lorsqu’on nous convoque toutes dans la cour intérieure. Quand ça arrive, je sais qu’il est là. On m’amène à lui et je le salue comme il se doit.
— Bonjour, père.
Il ne me répond pas et je sens bien qu’il est furieux contre moi.
— On m’a rapporté que t’avais encore un mauvais comportement. Tu as mordu un de tes éducateurs mais bon sang qu’est-ce qui ne va pas chez toi !
— Je déteste ça et vous le savez très bien.
— Est-ce-que je t’ai demandé d’aimer ça ?
Il me saisit le menton et plonge son regard dans le mien.
— Tu sais que je vais devoir te corriger.
— Oui car vous ne savez que me frapper.
Il a ce sourire comme à chaque fois qu’il pose les yeux sur moi, à croire qu’il aime ça.
— Tu lui ressembles tellement, une vraie lionne.
— Ma mère aussi vous la battiez ?
— Ta mère… elle a enduré pire.
Un frisson me parcourt comme à chaque fois qu’il m’en parle. Je ne l’ai pas connue car elle est morte à ma naissance. Si j’ai bien entendu les conversations des adultes, mon père est marié, alors je suppose que ma mère devait être un passe-temps.
— Mets-toi en place, annonce-t-il.
— Non, je n’ai rien fait de mal, je me suis défendue.
— Tu dois obéir ! s’énerve-t-il.
— Alors je préfère mourir.
Il frappe un grand coup sur la table, me faisant sursauter.
— Fous-toi sur ce bureau.
— Allez au diable, père !
Sa main se lève et s’abat sur ma joue en me projetant sur le meuble. Il se penche au-dessus de moi et je sens toute sa domination émaner de lui.
— Bouge, pleure et je te jure que je te mets une séance tous les jours avec les instructeurs les plus durs. Est-ce bien compris ma chérie ?
— Oui, père.
Il sait comment s’y prendre pour que je cède mais si mon corps est ici, mon esprit est ailleurs. Il baisse ma culotte et je me crispe sachant ce qu’il m’attend.
— Je t’offre la meilleure des éducations et toi tu me fais honte. C’est inacceptable.
J’entends le bruit de la ceinture fendre l’air et s’abattre sur mes fesses. La punition dure suffisamment longtemps pour qu’il s’épuise. Quand il en a enfin fini, je remets ma culotte et espère qu’il me libère.
— J’attends, crache-t-il.
— Merci… père.
— Tu sais que je veux le meilleur pour toi.
J’acquiesce pour qu’il me fasse sortir de son maudit bureau. Il m’entoure de ses bras et je prends le peu de tendresse qu’il me donne.
— Tu es ma fille, tu ne peux pas te permettre de désobéir. Tes instructeurs m’ont dit que t’avais évolué et que tes progrès étaient énormes, ne gâche pas tout.
— Ils me font si mal.
— Tu partageras ta vie avec la douleur. Les femmes sont nées pour la souffrance et l’obéissance, c’est ainsi.
Chacune de ses mains entourent mon visage et il pose un baiser sur mon front.
— Emmenez-moi avec vous, ne me laissez pas ici, l’imploré-je.
— Tu connais la règle. C’est au bras d’un homme que tu partiras de cet endroit.
— Pitié père.
— Je vais te rajouter chaque jour un cours de plus, je ne voudrais pas que tu perdes tes acquis.
— Quoi ! Mais je n’ai pas pleuré ni bougé pendant la correction ! Je vous en prie, pas ça.
— Je fais ce que je veux. Tu peux disposer.
Je le regarde alors qu’il retourne à son bureau. Il me signale de partir et je rejoins les autres qui me regardent avec compassion. La nuit tombée, quand le pensionnat semble s’être endormi, je sors du dortoir pour tenter de trouver un moyen de m’échapper. Cette fois-ci j’essaye de prendre les escaliers qui mènent dans un souterrain glacial. J’entends des voix, des cris et me rapproche d’une salle. Deux femmes qui ressemblent à des médecins se tiennent debout et font je ne sais quoi sur un bébé qui pleure. Un homme fait les cents pas et semble stressé.
— Alors ? demande-t-il.
— Elle… elle ne survivra pas.
— Putain ! Essaye de… il va me tuer, tu comprends ?
— Bah fallait réfléchir. Tu connais la règle, pas avant cinq ans, justement pour éviter ça.
— Je sais !
Il est apeuré, ça se voit, il tremble et pleure à moitié.
— Dites rien. On la brûle ou on l’enterre et il n’en saura rien.
— Désolée mais je ne peux pas.
— T’as vu ce qu’il fait quand on déconne ? Je n’ai pas envie que sa salope me coupe la bite ou me vide de mes organes.
Il finit par claquer la porte. Une des femmes emmitoufle le bébé et le berce pendant que l’autre sort de la pièce. Quand elle revient, elle a l’air embêtée.
— Il refuse que son épouse soit au courant, on doit se débarrasser du corps nous-même.
— Elle est encore en vie, comment…
— Je n’en sais rien, on pourrait l’étouffer.
— Je ne peux pas. Désolée mais là c’est trop dur.
— T’as envie de finir au labo toi ?
Je ne comprends pas tout mais ce que je sais, c’est que le bébé arrête de pleurer. Dios mio, je vous en supplie venez moi en aide. Je n’en peux plus de cette vie, rappelez-moi à vous. Quand j’ouvre enfin mes paupières, je suis dans un grand lit douillet alors qu’on me caresse les cheveux. Aussi vite que possible, je recule alors qu’il me sourit.
— Tu étais agitée, je ne voulais pas t’effrayer.
Danilo est mon sauveur et je sais que je peux avoir confiance car c’est mon frère. Je vais vite me réfugier dans ses bras protecteur.
— Tu vas me manquer, avoué-je.
— C’est juste le temps que je règle certaines choses.
— Pourquoi il est comme ça ? lui demandé-je en quête de réponse.
— Je l’ignore.
Je sens sa colère qu’il tente de cacher. Il fredonne une chanson qui nous apaise.
— Je te la chantais quand tu étais dans le ventre de mamá.
— Elle est jolie.
— Va falloir qu’on bouge Dani, nous interrompt Adil.
— Ouais je sais.
On m’accompagne sur le toit d’un bâtiment où un hélicoptère nous attend avec deux hommes et une femme.
— Je ne peux pas t’accompagner Boucle d’or mais l’homme qui va t’accueillir a toute ma confiance.
— S’il te plaît, ne me laisse pas toute seule, le supplié-je.
— Ça va aller. Marjorie travaille pour moi et les deux pilotes aussi. On doit faire vite car il va revenir et risque rapidement de savoir que t’as été vendue.
— Il va s’en prendre à toi ?
— Non, il ne sait pas que je suis au courant.
— Je veux me battre auprès de toi, je suis forte et je saurai t’aider.
Il sourit sans me croire mais je suis persuadée qu’avec de l’entraînement je saurai être moi aussi une combattante.
— Estrella, s’il te plaît, ne rends pas les choses plus difficiles.
Je n’ai plus le choix, je dois lui dire au revoir et monter dans cet hélicoptère. Quand l’appareil s’éloigne de mon frère, la femme me prend dans ses bras et me chuchote à l’oreille qu’il m’aime très fort et qu’il reviendra vite. À mon arrivée, je suis accueillie par un homme souriant qui m’emmène dans une immense maison avec d’autres enfants ainsi que deux femmes très gentilles et une grand-mère très rigolote qui semble beaucoup m’apprécier. Je crois bien que je vais me plaire ici en attendant le retour de Danilo.
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