Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 29
la résurrection
[Danilo]
Elle n’a pas la moindre idée de ce qu’elle vient de faire ! Mais bon sang, qu’est ce qui lui a pris ! Je descends immédiatement, prêt à la défendre car là, elle vient de nous foutre le dragon en colère pour de bon.
— Où est-il ? demandé-je à Adil, ravi de me revoir debout et déterminé.
— Il s’est barré, emmenant la moitié des paparazzis avec lui, ricane-t-il.
— Y a rien de drôle ! Elle vient de se mettre son père à dos et ce n’est pas ce qu’on avait convenu.
— Les femmes sont surprenantes, surtout lorsqu’elles défendent les personnes chères à leurs yeux.
Je la vois entourée de Yelmani et sa mère, je repense à la peine que je lui ai infligée quand elle est venue me voir.
— Tu la fais rentrer et vire-moi ces journalistes putain ! ordonné-je à mon bras droit.
— Eh, calme-toi, tu…
— Je suis ton boss alors obéis, craché-je.
— À vos ordres, réplique-t-il haineux que je le repousse à sa place d’homme de main.
Il faut me ressaisir afin de m’assurer que tout se passe bien pour Dayana. Je ne veux courir aucun risque, maintenant qu’il est hors de contrôle.
— On se retrouve d’ici une heure, lancé-je à Adil qui comprend immédiatement le message.
Esperanza est au salon dans les bras de Yelmani qui recule quand il me voit. Il semblerait que ça soit compliqué pour lui de comprendre que ça ne me déplaît pas de les voir ensemble. Bien au contraire, Yel lui apporte ce que je ne peux plus lui offrir. Je tente de leur sourire mais c’est impossible alors je monte dans ma chambre et referme la porte sur ma vie d’avant.
— Dani ? m’interpelle ma belle lorsque je suis sous la douche.
Merde, je refuse qu’elle voit mon corps meurtri !
— Dégage de ma piaule putain ! hurlé-je pour qu’elle disparaisse enfin.
— J’ai vu Adil partir et tu sembles pressé, qu’est-ce qu’il se passe ? s’inquiète cette dernière.
— Rien qui ne te concerne.
— Arrête ! Je t’interdis de faire ça. Je t’aime, peu importe ce que tu as enduré, tu es l’homme que je veux dans ma vie.
— Il m’a brisé, je ne serai plus jamais celui que t’as aimé. Maintenant, sors, je dois réparer tes conneries. Faut croire que t’avais hâte de crier au monde entier que t’étais une grosse salope.
Mes mots sont durs mais je ne souhaite qu’une chose, qu’elle me déteste et ne veuille plus de moi car je suis bientôt à bout de force de la maintenir à distance. Son regard se brise et je m’en veux déjà de lui infliger autant de souffrance.
— Alors… tu le laisses gagner. Je te pensais plus combattif que ça. Tes parents doivent avoir honte.
Si je croyais que je ne pouvais endurer pire douleur, je me suis complètement trompé. Elle vient de me foutre plus bas que terre. Je me dirige vers la chapelle et m’enferme dedans pour lâcher mes derniers sanglots.
— Pardonnez-moi ce moment de faiblesse, je ne vous décevrai plus, promets-je à mes parents.
En sortant, je sens quelque chose en moi me relever. Il m’a bousillé mais il aurait dû me tuer. J’ai des responsabilités et une guerre à mener. Alors j’enfourche ma bécane et vais à la dernière planque, au fond des bois. Je me vois très bien faire l’amour à Esperanza ici mais les images de cette ordure suffisent à casser mon début d’érection. Adil m’attend, une clope au bec.
— Je t’écoute, me lance-t-il sèchement, encore blessé par mes paroles.
— J’aimerais avoir des nouvelles de Dayana.
— Veuillez me suivre, señor.
Son ton est cassant et je crois ne l’avoir jamais vu aussi atteint par quelqu’un. J’ai beau ravaler ma fierté, ça me touche de lui avoir fait mal. Néanmoins, toujours aussi professionnel, il m’indique de le suivre à l’intérieur et je découvre une pièce cachée qui amène à une sorte de bunker mélangé à la NASA. Il compose un numéro et la voix de Luïs résonne.
— Comment va Daya ?
— Eh bien elle est en pleine forme, sa mère lui manque parfois et toi aussi. Ça serait pas mal que tu viennes, est-ce que tu penses pouvoir te libérer pour les fêtes de fin d’année ?
— Ça me semble compliqué, on a quelques soucis à gérer et…
— Ouais, on a vu Esperanza à la télé, ça tourne en boucle sur vos chaînes, ricane-t-il.
Adil est en pleine réflexion alors que je me retiens de sourire. J’avoue qu’elle a fait très fort en défiant Emilio.
— On peut l’éloigner avec Alana, elle lui proposera de partir un peu pour le retrouver, ça devrait passer, soupire-t-il devant ce sacrifice.
Je le scrute et je vois que ça le brise. Faut que je cherche autre chose.
— Je vais étudier les possibilités Luïs.
Une question me démange, mais qui suis-je pour lui poser ? Un silence s’impose puis il prend la parole comme s’il lisait dans mes pensées.
— Tout s’est très bien passé Dani, elle va bien.
Ma mâchoire se serre.
— Je l’aime, conclue-t-il.
— Tu ne la connais pas ! Tu ne peux pas déjà l’aimer !
Devant mon énervement, Adil intervient.
— Il ne m’a fallu qu’un quart de seconde pour tomber amoureux d’Al. Le coup de foudre existe même si toi t’as eu la chance de grandir avec tes sentiments pour Esperanza.
— La chance ? Je l’ai vue être mariée de force ! Je l’ai récupéré violée ! Et je viens de la perdre. Alors je t’interdis de me parler de chance !
— C’en est pourtant une.
Ma colère est sur le point d’exploser lorsque je repense aux moments que Luïs et Daya ont partagé sous mes yeux. Elle était heureuse, insouciante… que demander de plus ?
— Prends soin d’elle, c’est tout ce que je souhaite.
— C’est ce que je fais, me répond Luïs qui semble ne jamais s’énerver.
Je finis par raccrocher, soulagé. Désormais je dois trouver une bonne excuse pour pouvoir bouger sans avoir mon oncle sur le dos.
Après plusieurs discussions avec Adil et Alana, on ne peut plus nier l’évidence. Ma clé, c’est elle.
— Je pourrais imposer Adil pour te protéger ? suggéré-je.
— Non, ça serait suspect et puis il ne me lâchera pas, réplique ma tante.
— Ouais et je n’ai pas envie de tenir la chandelle, réplique mon bras droit sèchement.
Elle pose son front contre son torse et il lui pose un baiser sur ses cheveux. Rien que pour ça, je dois me battre.
— Bon et sinon vous deux, vous allez continuer à la jouer, boss et esclave, ou vous arrêtez vos absurdités ? peste-t-elle devant notre froideur.
— Je n’ai rien à dire, je dois obéir, crache Adil.
Alana m’observe et attend une réaction de ma part.
— Je suis désolé, j’étais… enfin je n’ai pas d’excuse, je n’avais pas à te parler comme ça.
— T’as tous les droits, t’es mon patron.
— J’ai besoin de toi, s’il te plaît, ne me rejette pas.
Si je ne l’ai jamais vu pleurer, là ce sont bien des larmes qu’il retient. Tía a l’intelligence de nous laisser entre hommes blessés.
— C’est toi qui m’as repoussé Danilo.
— Jamais je ne ferai ça, t’es mon père Adil !
Une larme roule le long de sa joue alors qu’il est choqué par mes paroles.
— Si Matéo m’a élevé pendant huit ans, toi tu l’as fait pendant dix ans, continué-je.
— Ne dis pas ça.
— Si, j’aime mon père mais toi je t’aime aussi fort. Il m’a abandonné, ne fais pas pareil, je t’en supplie.
— Putain jamais je ne te laisserai petit con ! lâche-t-il ému par mes déclarations.
Il me serre dans ses bras et je réitère mes excuses à ne plus en finir. Lorsque nous sortons, la belle brune nous attend les bras croisés.
— Ah femme, j’aime ce regard, lui lance Adil sous le charme.
— Ravie de vous retrouver complices. Bien j’ai réfléchi et je sais comment l’avoir. Il va devoir redorer son image pathétique de chef de cartel.
Alana est une excellente manipulatrice. Elle a invité le futur président et le premier ministre pour deux semaines avec les triplés sur l’île d’Emilio pour des vacances d’affaires. Il n’a pas pu s’empêcher de jouer les hôtes parfaits, me laissant le champ libre à la maison. Et dire qu’il nous a fait tout un speech sur les fêtes de fin d’année, c’est important, c’est familial… Tu parles, dès qu’il peut se placer, il ne rate pas l’occasion.
— Merci, je sais à quel point ça te coûte, clamé-je à Adil qui va devoir se passer d’elle.
— De rien, soupire-t-il agacé.
Mon second sacrifice est Esperanza. Yelmani et Adil vont rester avec elle. C’est la première fois que je passerai les fêtes sans elle mais… j’ai besoin de m’éloigner un temps, de toute façon elle me déteste et je ne peux que la comprendre.
— Je souhaiterais te parler, me lance Yelmani alors que je boucle mes valises.
— Un problème ? le questionné-je surpris.
— Ouais, elle pleure toutes les nuits dans mes bras car tu lui manques, tonne-t-il sèchement.
— Je suppose que tu dois savoir lui faire retrouver le sourire. Ce bébé est le vôtre, pas le mien.
— Tu sais mieux que nous, qu’un père n’est pas seulement celui qui féconde.
Putain ! Il est vraiment pote avec tout le monde ce mec pour en savoir autant sur mes relations. Ceci dit, impossible de lui en vouloir, avec son sourire à la con, on lui pardonne tout.
— Faut que je me ressource, j’irai mieux après.
— Je sais mais parle-lui, insiste-t-il.
— Elle refusera de le faire, elle est encore en colère, je le vois à ses yeux.
— Ok, j’aurais essayé, conclut-il devant sa défaite.
Alors que je suis sur le point de partir, j’entends mon prénom résonner dans le hall. Elle se jette sur moi avant de me laisser le temps de comprendre. Son parfum, sa peau… ses lèvres. Elle brise toutes mes chaînes et j’en perds la raison.
— Je t’aime, baby boy.
— Mismo, baby girl.
Elle me sourit devant nos souvenirs qui n’appartiennent qu’à nous.
— Tes parents seraient fiers de toi, ajoute-t-elle en me serrant contre elle.
— Merci.
— Reviens-moi vite, chuchote-t-elle à mon oreille.
— Promis.
Je serre la main de Yelmani et pars rejoindre Luïs et sa famille à plusieurs heures d’ici. À peine un pied sur la propriété que Dayana court pour me sauter dans les bras.
— Salut Puce. Alors, cette nouvelle vie ?
— Sans toi ce n’est pas pareil mais… je suis bien ici.
Son sourire est plus éblouissant que jamais. Elle a changé, ses traits sont adoucis alors qu’elle dégage une nouvelle féminité. Elle est magnifique.
— T’as fait quoi à tes cheveux ?! Tes boucles ?! s’exclame Daya.
— Ça repoussera t’inquiète.
— On dirait ton père, ça te va bien.
Je pose mes lèvres sur son front et on part discuter un peu de sa relation avec Luïs.
— Tu m’en veux ? me demande-t-elle.
— De quoi ? D’être heureuse ? C’est tout ce que je souhaitais pour toi.
— Je n’oublierai jamais ce que t’as fait pour moi Dani.
Elle me serre dans ses bras puis nous retournons auprès de sa nouvelle famille. J’adore ces moments simples qui manquent cruellement chez moi. J’imagine sans mal ce que pourrait être une autre vie. Après manger, Luïs et moi, allons dans son bureau.
— Adil m’a expliqué que t’as gardé le silence sous la torture.
— Je tiens ma parole.
— Et tu peux en être fier. Je sais maintenant que t’as les épaules pour ton héritage.
— Mon… héritage ?
Il sourit et me montre sur son téléphone une somme phénoménale.
— Ton père avait ouvert pour toi un compte offshore que j’ai fait prospérer en attendant ta majorité.
— T’es sérieux là ?
— Ce chiffre n’est qu’une partie de ce que tu gagnes à l’année.
Si je n’ai jamais prêté attention à l’argent c’est parce que je n’avais jamais besoin de payer. Là je me rends compte que c’est juste énorme la fortune qui me revient.
— Et t’as aussi une île privée.
Il sort une carte et me pointe un endroit en mer.
— Euh, dans l’eau ?
— Elle n’est plus cartographiée… elle n’existe pas aux yeux du monde. C’est bien pour ça que ton père l’a choisie. Elle est accessible par hélicoptère, il y a des brouilleurs pour ne pas être repéré. Si un avion non autorisé passe au niveau des radars de l’île, il est automatiquement envoyé au fond de l’eau. Cette île est un bunker à ciel ouvert.
Pendant qu’il m’en parle, j’ai quelques flashs de souvenirs qui me reviennent.
— C’est là-bas que je suis né, n’est-ce pas ?
— Oui. Même si t’es officiellement Colombien.
— Je ne savais pas qu’on pouvait falsifier un lieu de naissance.
Il éclate de rire.
— Tout s’achète Dani.
— Même mon nom ?
Ses sourcils se rapprochent.
— Tu veux dire quoi par là ?
— Je veux changer de nom, j’aimerais porter celui de mamá.
— Et tu comptes expliquer ça comment à ton oncle ?
— En lui tirant une balle dans la tête ?
Il pousse un soupir tout en me fixant.
— Tu sais ton oncle n’est pas le cartel à lui seul. Si tu t’en prends à lui, tu t’attireras les foudres de ses partenaires. Certains ont des familles très puissantes et… son fils reprendra derrière, es-tu prêt à le tuer lui aussi ?
Andrés est comme un frère pour moi. Jamais je ne pourrais lui ôter la vie et Luïs vient de le comprendre.
— Ne te précipite pas Dani, prends le temps de réfléchir. Je verrai pour ton nom. En attendant on va aller faire un tour en hélico.
Autant je ne suis pas peureux, autant de voir que Luïs est le commandant de bord, me fout la trouille.
— Tu sais piloter ça, toi ? T’es sûr ?
— Oui, monte.
— Tu t’es mis sur mon héritage, c’est pour ça.
— Non, celle qui est dessus c’est Esperanza. Grimpe.
J’obtempère et nous survolons l’océan pour arriver sur une île sauvage et majestueuse.
— C’est magnifique putain !
— Ouais, la végétation est dingue pour un mois de décembre.
On se pose et nous sommes accueillis par du personnel. On nous accompagne jusqu’à une grande villa et de nouveau les souvenirs affluent avec les émotions. Je me revois jouer au basket avec mon père.
— Ça va ? me demande Luïs.
— Ouais, comment j’ai pu oublier les bons moments ?
— Parfois le traumatisme prend toute la place. Si tu commences à revoir quelques images du passé, c’est que t’es sur la bonne voie.
— Ils me manquent tellement.
— Je sais.
Il me prend dans ses bras comme un père le ferait. J’ai mal de découvrir leur paradis sans eux. Nous entrons et pour me rappeler ma douleur, un tableau de famille est accroché au mur. Mamá est radieuse avec son ventre arrondi. Papá et moi avons notre main dessus. Nous sommes heureux.
— Je suis presque déçu que l’homme qui a tué ma mère soit mort, j’aurais voulu l’assassiner de mes propres mains.
— La haine n’apporte rien de bon, Dani. Suis-moi je vais te montrer quelque chose.
Nous ressortons et il m’amène au bord d’une cascade où trône une statue de ma mère que je n’ai jamais vue.
— C’est ici que t’es né. Les femmes y viennent pour accoucher, faire un enfant ou prier ta mère pour leur en offrir un lorsqu’il tarde à venir. Ici, vous n’êtes pas juste des propriétaires mais des dieux. Ils n’avaient rien ici, ton père leur a offert une maison, une école, une église, de quoi manger. Regarde ce que l’amour amène, c’est ça que tu dois cultiver, pas la colère et la vengeance.
— Merci.
Il me tape sur l’épaule puis nous allons visiter un peu le centre-ville. On voit immédiatement que les maisons sont récentes et les gens me dévisagent en chuchotant, puis une femme se jette sur ma main pour l’embrasser.
— Enfin, nos prières sont entendues. J’ai prié pour qu’on veille sur toi mon petit.
— Merci Madame.
Pendant le reste de l’après-midi, je suis adulé et ça me gêne énormément.
— Ton père adorait ça, ricane Luïs en s’asseyant sur un transat de la villa.
— Ça ne m’étonne pas.
— Il voulait être dieu et ici il a pu l’être. Il a compris que ce n’est pas dans la crainte qu’on obtient la croyance des disciples.
Nous nous mettons à table devant le coucher du soleil. C’est ici que je veux finir mes jours.
— On repartira demain, Dayana ne se sent pas très bien, m’avertit-il.
— Comment ça ?
— Elle a dû manger un truc qui ne passe pas.
— Ne me raconte pas de conneries ! Vous l’avez fait n’est-ce-pas ?
Il soupire car il sait d’avance que ça ne va pas me plaire.
— On le voulait.
— Elle n’a que dix-sept ans putain !
Il frappe un grand coup sur la table et se lève en me fixant. Je me redresse à mon tour pour lui montrer qu’il ne m’impressionne pas.
— Arrête de te comporter comme si elle était ta propriété. Ce n’est pas le cas. Elle est libre de faire ce qu’elle veut de sa vie. C’est ça que t’as voulu pour elle.
— Va te faire foutre, craché-je dégouté.
Je tourne les talons et vais m’enfermer dans une chambre qui me paralyse sur place. Les murs sont placardés de photos de ma mère dans des positions des plus explicites. Merde… pourquoi ils ont gardé ça. Je repars, me trouve une autre piaule et m’allonge sur le lit. Je râle, m’énerve et vais sous la douche. L’eau me détend mais j’ai besoin d’autre chose. Cependant, ici, impossible d’avoir ce dont j’ai envie. À bout de force, je retourne voir Luïs qui lit assis sur le canapé.
— Y aurait de la came ici, s’il te plaît ?
— Non.
— Ne déconne pas, j’en ai besoin.
— Je sais.
— Alors files-en-moi ! Putain tu sers à rien… Allez me chercher de quoi sniffer, ordonné-je à la gouvernante qui semble ne pas savoir ce que je demande.
Enragé, je retourne dans la chambre de mes parents et fouille. Mon père était fou de drogue quand il avait mon âge. Son addiction a diminué en vieillissant mais ça ne l’empêchait pas de sniffer un rail de temps en temps. Je cherche et derrière un tableau je découvre un coffre à six chiffres. Je teste la date d’anniversaire de ma mère et ça ne s’ouvre pas. Fais chier ! Je réfléchis puis compose le mien et ça se déverrouille. Une pointe de fierté mal placée s’immisce en moi mais très vite je perds mon sourire quand je vois un courrier à mon nom. C’est quoi encore cette lettre ?! J’attrape le sachet de poudre qui est à côté et m’offre d’abord une ligne avant de plonger dans les mots. Merde, elle déchire ! On ne se pose jamais la question de la date de péremption mais celle-ci est ancienne. Et elle doit être périmée car aucun effet ne se fait sentir. Génial. Je décide d’aller voir Luïs, pour qu’il me parle de ce que j’ai trouvé dans le coffre de mes parents.
— Tu m’expliques, c’est quoi ça ?
— Un courrier de ton père. Je l’ai reçu quelques jours après sa mort avec les indications de ton héritage. Je devais la mettre en lieu sûr, je vois que t’as trouvé la combinaison.
— Elle n’est pas très difficile à trouver.
— Normal, ton père n’avait pas de crainte ici. Alors, tu l’as lu ?
— Non, pas encore… je…
Je l’ouvre et tombe sur l’écriture de papá.
Mon fils,
Si tu lis cette lettre alors c’est que t’es devenu un homme de confiance, digne d’avoir cette île. Prends-en soin Danilo, c’est ici qu’avec ta mère nous voulions vous voir grandir. Les gens de cette île sont sous ta protection, alors je te demande de continuer à améliorer leurs conditions de vie. Pour ça, tu devras te défaire de l’emprise d’Emilio, ne prends aucun risque qui pourrait l’amener jusqu’ici. Cet endroit est pur et ne laisse personne le salir. Si le paradis existe sur terre, alors c’est ici. Danilo, trouve la force nécessaire pour combattre tes démons. Tu ne le sais peut-être pas mais la meilleure des armes c’est toi mais surtout l’amour des tiens. C’est avec fierté que je te lègue ce paradis Baby boy. Je t’aime…on t’aime.
Papá
Les larmes coulent le long de mes joues. Elle n’est pas longue mais elle dit tout ce dont j’avais besoin.
— Merde, t’as quoi ? m’interrompt Luïs qui ramasse une perle de sang.
Je touche mon nez et sens que ça coule.
— Je crois que j’ai pris de la came périmée.
— Putain, celle du coffre ?! Elle n’est pas coupée, j’avais demandé qu’on la vire bordel !
Je l’entends de loin alors que mon corps se fracasse par terre.
— Dani ! Da… niiii.
Les étoiles brillent et j’ai l’impression de voler. Je fais coucou aux gens en bas et plonge dans la mer. L’eau glisse sur moi alors que je m’enfonce dans les profondeurs. Mon nom résonne quand je la vois.
— Esperanza…
— Reviens putain, Dani, regarde-moi.
L’eau recouvre la voix qui m’appelle et je me dirige vers celle qui me tend la main. Ses jambes s’enroulent autour de mon bassin et nous faisons l’amour dans les abysses. Tout se noircit autour de nous et pourtant nous continuons. Il fait nuit, l’eau a laissé place à de l’air frais. Main dans la main, on traverse le parc jusqu’à ce qu’on tombe sur lui. Je suis effrayé pourtant je me mets devant Esperanza pour la protéger.
— Dani, écoute ma voix, c’est ton imagination.
— Tu ne la tueras pas ! menacé-je l’agresseur.
Il tente de me maintenir mais je le frappe, puis une force me paralyse. Elle me regarde, je ne peux plus la défendre et elle le sait.
— Non !!!
Son ventre s’ouvre et elle s’effondre par terre. J’essaye de me débattre mais c’est trop puissant.
— Danilo !
J’ouvre les yeux et mon cœur palpite dans mon crâne.
— Tout doux, ça va aller, tout va bien, me rassure la voix de Luïs alors que je suis sous l’eau froide.
Je grelotte et il me couvre d’un peignoir.
— Désolé, fallait que je te fasse revenir, t’étais en plein bad trip.
Je le regarde et sa lèvre est fendue.
— Je suis désolé.
— T’inquiète, on a pu te maîtriser avant que ça ne dégénère.
Lorsque je regarde dans la chambre, cinq types en sueur me scrutent.
— C’est bon messieurs, je vous remercie, les congédie Luïs essoufflé.
Je ne cherche pas à parler et suis juste ce qu’il m’indique.
— Dors un peu.
— Je t’aime papá.
Mes paupières se ferment et je regrette de les ouvrir quand la migraine me frappe.
— Salut, bien dormi ? Tiens, avale ça, Dani.
— Putain ! Mon père sniffait ça, sérieux ?
— Ouais, il détestait la coupée. Pour lui, la drogue devait être pure. C’est ça de vouloir jouer à l’homme, ricane le Chilien amusé de me voir en chier.
— Je préfère une bonne gueule de bois, balancé-je en me laissant tomber sur le lit.
— Le petit déjeuner est prêt. Tu te bouges car j’ai Dayana qui s’impatiente et on ne fait jamais attendre une femme.
Je cherche le courage de me traîner hors de mon lit et vais dévorer ce qu’on nous a préparé. Heureusement le cachet est efficace et je finis par retrouver mon état normal. Nous reprenons l’hélicoptère et retrouvons Dayana qui est livide.
— Comment tu te sens ? s’inquiète Luïs en s’asseyant près d’elle.
— Je n’arrête pas de vomir.
Il lui pose un baiser sur le front et sa mère apporte une tasse fumante.
— Tiens, bois ça ma jolie, ça va t’aider.
— J’ai tellement mal au cœur, se plaint-elle.
— On ne peut pas appeler un médecin ? Si ça se trouve elle a chopé un truc ! m’énervé-je devant leur passivité.
— Elle attend un bébé, c’est normal les vomissements surtout les premiers mois.
Dayana se fige et me scrute, attendant ma réaction. Je ne sais pas quoi dire, alors je balance ce qu’il me vient.
— Moi aussi.
— Quoi ? Tu as envie de vomir ? me demande-t-elle abasourdie.
— Non. Je vais être père. Esperanza est enceinte et… putain mais qu’est-ce que je fous là ?
Je les regarde tous et Luïs me sourit. Sans un mot je récupère mes affaires et demande à ce qu’on me ramène près des miens. Lorsque j’arrive, Esperanza est en pleine décoration du sapin avec Adil et Yelmani.
— Je suis dingue de toi, déclaré-je en arrivant.
Elle se retourne et manque de tomber mais il la rattrape, parce que lui comme moi, on sera toujours là.
— Dani ? marmonne-t-elle étonnée de me voir.
— Les fêtes sont en famille, non ? Ma place est ici avec vous.
Nous passons quinze jours dans la joie. Je promets à Adil que c’est le dernier Noël sans Alana. Quant à Esperanza, je n’arrive toujours pas à lui faire l’amour car il me faut encore du temps mais Yelmani s’en occupe très bien. Désormais c’est ainsi que sera ma vie, nous serons deux pères et deux maris. Mais avant, je dois leur offrir la sécurité et pour ça, je dois l’affronter.
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