Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 42
Interlude
[Matéo]
Les semaines se sont écoulées et j’ai toujours cette sensation d’être dans une bulle. Les enfants sont en sécurité sur l’île et font désormais leur vie. Moi, la mienne semble en pause, je ne sais pas ce que je fous assis sur le sable à mater le coucher du soleil sans elle.
— Je peux ? me lance une voix douce.
Je lève mes yeux et Alana me sourit puis s’assoit sans attendre ma réponse.
— Je n’ai pas dit oui, rétorqué-je aussi sec.
C’est la seule personne qui reste de mon ancienne vie en Colombie. Pour ne pas oublier les épreuves de mon existence, on m’a laissé Alana. Et bordel, quand je la regarde, ça me fait mal.
— Il me manque, soupire-t-elle en fixant les vagues qui s’échouent sur la plage.
— Lequel ?
On se regarde et ses yeux verts m’envoient des éclairs.
— T’es sérieux là ?
— Bah quoi, t’avais deux mecs, y’a de quoi avoir des doutes.
Elle lâche encore un soupir. Je connais la réponse mais j’aime la foutre mal à l’aise.
— Em, finit-elle par avouer.
J’ai beau avoir adoré mon frère de toutes mes forces, je ne pourrai jamais lui accorder ce genre de sentiment après ce qu’il a fait aux enfants.
— Matt, je n’arrive pas à comprendre pourquoi il a fait ça ? À quel moment il a vrillé à ce point ?
S’il y a bien une personne que je connaissais par cœur, c’est lui.
— Pourtant ce n’est pas très compliqué à trouver, répliqué-je après avoir allumé un bon cigare de notre île.
Elle me fixe en fronçant les sourcils.
— Mais encore ? poursuit-elle.
— Je suis arrivé dans sa vie en plein chaos. Notre salope de mère devenait la pire des putes, notre père un sacré mafieux. J’étais son ancre. On aurait pu penser qu’il deviendrait jaloux de moi car j’ai été pris sous l’aile de Carlos, pourtant quand on nous tombait dessus, il se foutait devant pour manger à ma place. Il serait mort pour moi sans aucune hésitation. À chaque fois qu’une épreuve nous pourrissait la vie, on la surmontait ensemble. On s’était promis de ne jamais se lâcher, peu importe ce que la vie nous offrirait. La seule chose que je n’avais pas prévu, c’était de devenir fou d’une femme. C’était trop pour lui, il n’était pas prêt à me partager lorsque Céani a débarqué. Par amour pour moi, il a essayé de l’apprécier mais elle aurait réussi à nous séparer et il le savait très bien.
Je m’arrête pour cramer un peu plus mes poumons et elle m’observe puis prend la parole.
— Tu veux dire que tu étais prêt à partir du cartel ?
— Ouais.
— Matt, à quel moment t’as pensé qu’il accepterait ça ? C’était du suicide.
Je ravale ma haine et ma douleur.
— C’était plus vivable, j’ai réagi comme un chef de famille. Et je ne regrette pas, même si je suis condamné à la souffrance éternelle. Et t’aurais dû avoir le cran de faire la même chose, Alana.
— Je n’ai pas ta force.
— Ce sont les enfants qui ont payé le prix fort de ta lâcheté, va falloir vivre avec ça maintenant.
Je la regarde dévastée. Au moment de me lever, sa main me retient.
— Ne fais pas le con.
Je ne lui réponds pas et vais chercher les clés du jet. Au moment où je vais monter, la voix de mon fils résonne.
— Papá !
Je me retourne et Dani me regarde au bord des larmes.
— Ne me laisse pas une seconde fois, sanglote-t-il comme un gosse.
— Je vais revenir fiston.
— Tu me le promets ?
— Ouais.
Je monte dans l’engin sous ses yeux larmoyants. En route pour le continent.
Arrivé là-bas, je récupère ma moto et fonce. J’appuie sur l’accélérateur et regarde le ciel étoilé.
— J’ai mal bébé ! J’ai besoin de toi putain.
Lancé à pleine vitesse, je ferme mes paupières. Je veux la rejoindre pour de bon cette fois-ci. Un bruit de klaxon vibre dans mon corps et ma vie défile dans ma tête. Dans ma tête je revois mes enfants et le dernier regard de Dani. Comme si ma conscience venait de me gifler, j’ouvre les yeux. Un putain de camion fonce droit sur moi. Je freine de toutes mes forces et braque, atterrissant dans l’herbe un peu secoué.
— Et merde, je ne peux pas faire ça, je dois continuer.
Déterminé plus que jamais, je reprends la route jusqu’à mon ancienne baraque. Face aux scellés, je me remémore les moments de ma vie. Mon enfance, le viol d’Alana et sa tentative de suicide, les convocations dans le bureau par ma mère, la journée shopping où je me suis quand même bien marré, le mariage d’Em et Al et la naissance des gamins.
— Mon frère, je t’aurais aimé même en étant à l’autre bout du monde, comment t’as pu me faire ça, lancé-je au ciel.
Mon cerveau tourne les pages de mon existence jusqu’à la rencontre avec cette fliquette au nom de fleur, son sourire, ses yeux, son corps, sa bouche… putain qu’elle était belle. Trois ans d’une longue attente et j’ai réussi à la rendre accro à moi. Il ne pouvait en être autrement, je n’aurais pas pris le risque qu’elle se barre. Je la revois bourrée avec cet enfoiré, faut dire qu’elle aimait tellement jouer avec mes nerfs. Ses larmes lorsqu’elle a découvert le Céani et ma demande écrite au plafond. Je repense à notre mariage à l’arrache mais qui nous ressemblait et surtout notre nuit de noce où on a conçu notre fils. C’est avec elle que j’ai ressenti cette horrible peur de perdre l’autre. Devenant encore plus fou. Cette femme était la force incarnée, elle a su gérer n’importe quelle douleur surtout celle pour donner naissance.
— Je suis si admiratif, bébé, tu m’as impressionné.
Le fil de ma vie continue et je me retrouve devant ses dernières larmes quand elle m’a quitté à jamais. Chaque moment est gravé pour l’éternité et putain je pourrais presqu’en faire un bouquin.
Terrassé par ma nostalgie, je vais dans la chapelle pour me recueillir.
— Bébé, donne-moi la force de poursuivre sans toi. Les enfants ont besoin de moi, je ne peux pas les abandonner de nouveau. Je t’en supplie, ne m’en veux pas mais je vais devoir repousser mon arrivée encore de quelques années. Tu me manques tellement.
Mes larmes tombent par terre et je remarque entre deux dalles, une fleur blanche qui ressemble à une pâquerette.
— Je t’aime mon amour, je te rejoindrai un jour mais là je dois vivre.
Le cœur serré, je prends l’urne où elle repose et me dirige vers la maison. J’y passe quelques heures, puis pars sur ma bécane avec jolie fleur près de moi. Je roule jusqu’à la sortie de la propriété, je me retourne et regarde au loin le feu ronger la baraque jusqu’à ma cabane qui s’enflamme dans un cri aigu.
Une page se tourne et je décide d’aller au Céani. Il est fermé depuis la mort d’Emilio, mais je rentre quand même. Ici c’est chez moi. Je repense à mes putes, à leurs regards apeurés et aux horreurs que j’ai commises. Ma queue se dresse et l’envie monte de recommencer. Putain, c’est terriblement dur de résister alors je balance vite les alcools un peu partout et fait cramer tout ce que j’ai été. Je me tire vite par le sous-sol et pour une raison que j’ignore, une porte est fermée contrairement aux autres. Quand j’ouvre, l’odeur me donne envie de gerber. A l’intérieur, un corps est couché, attaché au mur par une chaîne, dévoré par des asticots. Alors que je suis sur le point de me barrer vite de là, je crois entendre des mots incompréhensibles.
— Merde. Putain c’est quoi ce bordel.
Je m’avance et avec un bâton je tente de foutre le corps sur le dos. Je reconnais immédiatement les traits meurtris.
— Anna-Maria ! Putain mais qu’est-ce que tu fous là.
Elle ouvre à peine les yeux et se met à vomir. J’en ai vu des scènes dégueulasses mais là c’est pire que tout. Sa gerbe grouille autant que dans ses différentes plaies. Faut que je trouve un moyen de la sortir de là mais je ne veux pas foutre mes mains là-dedans. Après quelques secondes de réflexion, je sors et vais chercher le tuyau qui servait à nettoyer les cellules.
— Désolé ma belle mais je n’ai que ça.
J’arrive enfin à éloigner les vers d’elle.
— Ok, c’est bon, je vais te dégager de là.
Je la porte dans mes bras et me barre à l’extérieur poursuivi par les flammes. Je l’allonge sur l’herbe mais elle est dans un sale état.
— Je vais appeler les secours mais je ne peux pas rester, faut que tu te battes. Merde ! Anna répond-moi ! Putain fait chier.
Sans perdre une minute, je tape le numéro d’urgence et donne les informations avant de me tirer pour ne pas me faire griller. Cependant, je ne reste pas loin pour observer la scène et être sûr qu’elle soit prise en charge. Si elle s’en sort, elle aura vraiment du bol. Une fois l’ambulance partie, je poursuis mon périple.
Sans réfléchir, je vais sur la tombe de mon frère, enterré dans un simple cimetière. La pierre est très simple lorsque la famille ne souhaite pas s’occuper des obsèques. Je n’ai plus aucun mot pour lui. C’est terminé, il a emporté tout ce que je pouvais éprouver pour lui. À bout de nerfs, je me casse vers un bar tenu par un mec que je ne connais pas et ça fait du bien d’être anonyme au fond.
— Je vous sers quoi ?
— Whisky, un double.
La brûlure de l’alcool me renvoie à la souffrance de ma tentative de suicide. Depuis mes opérations j’ai constamment des douleurs mais c’est rien comparé à celles des flammes. Je souris en repensant au surnom qu’elle me donnait « mi flama ». Ah bébé, j’aimais tellement quand tu m’appelais comme ça.
— Bonsoir, je peux ? me demande un putain de canon en me montrant le siège à mes côtés.
Elle me bouffe des yeux et ça me fout raide.
— Vous êtes du coin ? me lance-t-elle.
— Non.
Son sourire et son petit regard de salope me filent une barre douloureuse. Ça fait quelques mois que je n’ai pas baisé et là c’est une sacrée occasion. Chasse le naturel et il te revient en pleine gueule. Je vais la niquer, tant pis pour elle.
— T’as des piaules ici ? me renseigné-je auprès du barman.
— Ouais, au-dessus, tu vas en trouver une libre, il y a peu de monde aujourd’hui.
Je chope la main de ma voisine et me lève. Elle mord sa lèvre excitée bien que je sente son stress.
— Tout va bien, respire ma jolie.
J’avale le reste de mon verre, paye et me dirige jusqu’à une piaule basique avec juste un lit et sûrement un coin salle de bain derrière la porte. Je la mate, elle est vraiment grave bandante.
— C’est quoi ton nom miss ?
— Zoé et… toi ?
— On s’en fout.
Je m’avance pour qu’elle recule et mes lèvres s’approchent dangereusement des siennes. Ma main caresse sa joue et sous mes doigts son pouls accélère. Mon genou se cale entre ses jambes et je commence à la frotter. Elle ondule des hanches et ça me rend dingue. Impossible de m’arrêter, je veux sa bouche. Ses bras s’enroulent autour de mon cou au moment où on entre en contact. Elle est délicieuse, douce et chaude. Sa langue hésitante est happée par la mienne. On soupire comme soulagés puis notre baiser s’intensifie. J’ouvre directement ma chemise, observant sa réaction face à ma peau brûlée. Jusqu’à présent les infirmières baisées lors de mon séjour à l’hôpital n’ont pas semblé dégoûtées. Elle touche délicatement mes cicatrices comme en ayant peur de me faire du mal.
— Tu peux y aller, je ne suis pas en sucre.
— Moi non plus, me lance-t-elle, regrettant presque aussitôt ses mots.
Cette bombe me fout dans tous mes états, je la porte pour lui enrouler ses cuisses autour de mes hanches. Ma bouche la dévore et ma bite n’en peut plus d’être confinée. Un peu trop excité, je la jette sur le lit, lui vire ses vêtements et me couche sur elle. Elle est gémissante et se cambre dans mes bras quand je lui fourre deux doigts dans sa chatte. Mon pouce lui stimule son clitoris jusqu’à la voir craquer.
— Regarde-moi, Zoé.
Je ne veux rien rater. J’observe tous ses traits au fur et à mesure que ma queue la pénètre. Une fois que le passage est fait, nous pouvons accélérer la cadence. À chaque orgasme, elle se resserre autour de moi et je me rends compte que mon endurance c’est plus trop ça car je m’épuise bien plus vite. Toutefois, elle aura ce qu’elle réclame.
— Je vais te remplir ! crié-je au dernier spasme, me déversant en elle.
Après plusieurs positions des plus acrobatiques, on se retrouve par terre complètement à bout de souffle. Je la porte pour la mettre sur le lit qui en a vu de toutes les couleurs.
— T’es une sacrée baiseuse, la glorifié-je comblé.
— Merci, t’es mon meilleur coup, réplique-t-elle.
— Et encore je ne suis pas en grande forme.
Elle éclate de rire et je me raidis d’un coup.
— Fous-toi de ma gueule et tu vas reprendre cher je te préviens.
Sans attendre, elle écarte les cuisses et c’est reparti pour une partie de jambe en l’air. La fatigue nous gagne enfin et on finit par se calmer.
— Je peux savoir maintenant ton prénom ? me lance-t-elle en passant sa main dans mes cheveux.
— Appelle-moi Dieu ça ira très bien.
— Sérieusement, m’implore-t-elle avec une délicieuse mimique.
— Ok, bah sinon tente Matéo.
— J’ai adoré, Matéo.
Elle m’embrasse puis se cale contre moi en suivant de ses doigts mes cicatrices. Je redoute le moment où elle voudra connaître mon histoire.
— Tu aurais un téléphone s’il te plaît ? me demande-t-elle.
— Ouais bien sûr.
Je lui file, pensant qu’elle veut appeler un taxi puis elle me le donne et se rhabille. Pour mon plus grand plaisir, je remarque que son prénom et son numéro sont sur l’écran.
— Peut-être qu’un jour tu viendras en France, me dit-elle en m’envoyant un clin d’œil.
— Ça fait un bout.
— Dieu est partout, non ?
— Comme t’as pu le constater.
Elle ricane et vient me poser un rapide baiser que j’approfondis immédiatement.
— Ravie de t’avoir rencontré, conclue-t-elle en partant.
Je reste comme un con dans le lit qui ressemble plus à un champ de bataille. Après une rapide sieste, j’appelle Luïs afin de lui expliquer pour Anna-Maria.
— Tu ne devrais pas rester là-bas, me conseille-t-il.
— Je vais voir comment elle s’en sort et… je rentrerai.
Lorsque j’appelle, je me fais passer pour un membre de sa famille et on me renseigne. Elle est encore en vie mais son état est préoccupant. Alors j’attends jour après jour avec comme compagnie, ma jolie française que j’ai rappelé. Mais l’éclate est de courte durée car elle doit rentrer dans son pays. Je décide donc de me barrer à l’hôpital voir l’état d’Anna-Maria. Afin de ne pas me faire cramer, je passe par la porte de service et enfile une blouse de médecin. On est en plein week-end et généralement les services sont déserts. J’arrive à sa porte et me faufile dans sa chambre. Elle a plusieurs perfusions, ses plaies sont recouvertes de pansements. Sa tête se tourne faiblement vers moi.
— Ma… té… o ? prononce-t-elle difficilement.
— Ouais.
— Comment… mais…
— C’est compliqué et long à expliquer. Tu te sens de partir d’ici ?
Elle me fait oui d’un signe de tête. Je vais récupérer un fauteuil roulant, lui arrache son cathéter et la sors rapidement de là. Sauf que ma moto, bah c’est pas le bon moyen de transport pour une blessée. Merde. Je dois faire un choix, abandonner ma bécane et sauver Anna-Maria ou fuir d’ici et des emmerdes ? Si j’appelle un taxi, c’est sûr, on sera cramés. Je regarde dans le parking et vois un pick-up. Parfait. Mon expérience de délinquant me sert à déverrouiller le véhicule. Je fais monter ma moto à l’arrière et cale Anna devant avec moi et les cendres de ma femme.
— Allez bébé, on rentre chez nous.
Cette fois-ci je fais gaffe sur le trajet, préservant Anna-Maria et ma vie pour ne pas décevoir mes enfants et protéger les cendres de ma femme qui voyage avec moi. Quand j’atterri sur mon île, il fait nuit. Luïs m’attend comme prévu avec une équipe médicale qui prend Anna en charge. De mon côté, je rentre, me retrouvant face aux traits tirés des membres de ma famille. J’observe autour de moi et comprends ce qui se passe. À la télé, les flammes rongent mon ancienne maison.
— J’ai cru que… bafouille mon fils en me fixant, au bord des larmes.
— Tu crois que ma parole c’est de la merde peut-être ? lui balancé-je.
— Ce n’est pas comme si tu n’avais pas tenté de ne pas la tenir.
— Bah je suis encore là, c’est con tu vas m’avoir sur le dos pendant un petit bout de temps.
Il me sourit et me prends dans ses bras.
— Je suis là, fiston.
— Merci, papá.
Je regarde Dayana qui a trouvé refuge dans les bras de mon ami qui lui explique pour sa mère.
— T’as sauvé Anna ? me demande Alana choquée de mon choix.
— Je l’ai bien fait pour toi.
Dayana se jette contre moi et me chuchote un « merci ». J’avoue j’ai assuré.
— Elle doit être pucée, fais-le nécessaire Al.
— À vos ordres, mon seigneur !
— Bonne chienne.
Je récolte un doigt d’honneur et tout le monde retrouve le sourire.
***
Les jours suivants sont difficiles, je ne peux pas nier qu’il n’est pas simple de faire son deuil. Mais aujourd’hui je suis prêt.
— T’es sûr, me demande Dani.
— Ouais.
Sans un mot et dans un silence pesant, je déverse les cendres de Céani dans la cascade.
— Repose en paix, bébé. Je gère.
— Je prendrai soin de papá et de ma petite sœur, promis mamá.
Estrella collée à son frère ne dit rien, elle ne l’a pas connue et pourtant je ressens sa détresse alors je la prends dans mes bras.
— Je ne suis pas maman mais je serai toujours là désormais, mon cœur.
Les mois se sont écoulés depuis le jour de ma résurrection. J’ai dit au revoir à ma femme et à mon ancienne vie. Aujourd’hui, je compte bien profiter.
— Oh regarde, c’est papy qui fait sa sieste, balance Esperanza alors que je bronze.
— T’es sérieuse là ? Papy ? Non mais tu m’as pris pour un vieux ou quoi !
— C’est ce que tu es tío, un papy.
— Appelle-moi encore comme ça et je te noie.
Elle ricane mais moi ça ne me fait pas rire. Je suis trop jeune pour être grand-père, ils ont voulu faire une gosse c’est leur problème.
— Tu peux la prendre s’il te plaît ?
— Bah ouais, envoie le paquet, elle ne pue pas j’espère ? ricané-je comme un con.
— Non ! Elle vient d’être changée, j’aimerais juste prendre ma douche mais maman est avec Anna. Yel et Dani sont partis filer un coup de main pour la nouvelle école. Je n’ai que toi, désolée.
— Heureusement que je suis là.
Elle me pose une bise et se tire en me laissant une petite poupée brune aux yeux bleus.
— Je vais t’apprendre un truc mini girl. C’est qui le plus beau ?
Je prends sa main minuscule et la pose sur mon torse.
— C’est moi. Et c’est qui la plus belle ?
Mon doigt la pointe.
— C’est toi.
— Et moi, réplique sa mère avec une serviette autour de ses cheveux.
— Désolé, elle a pris ta place.
— Je suis indétrônable. T’es un vrai papy gâteau n’empêche.
— Cours.
Elle me regarde en se marrant, croyant que sa gosse va la sauver. Je la pose dans sa balancelle et là Esperanza comprend son erreur. Je tape une bourre pendant sa fuite, l’attrape et la balance à la flotte. Elle m’éclabousse et on s’amuse comme quand elle était petite. Putain ça m’avait tellement manqué. Le plaisir est de courte durée car la merdeuse réclame vite les nichons de sa mère. Je les laisse dans l’intimité et monte prendre ma douche mais au moment d’aller me pieuter, Estrella est en pleine crise de nerfs. Les joies de la paternité…
— J’aimerais que tu me parles autrement ! Je ne suis peut-être pas ta mère mais tu me dois le respect, hurle Alana sur ma fille.
— Tu seras toujours à mes yeux la femme de ce monstre ! Je te déteste !
— Je ne suis pas la coupable, arrête de t’en prendre à moi.
— Je te hais.
Mon ancienne belle-sœur me regarde, attendant sûrement une intervention de ma part mais c’est impossible. Mon étoile a vécu l’enfer alors qu’Alana aurait pu tout arrêter. Elle était la plus proche et sans sa lâcheté, mes enfants n’auraient pas subi les supplices de mon frère. La petite court s’enfermer dans sa chambre en pleurant et mon cœur se déchire.
— Merci de ton soutien, crache Alana en passant devant moi pour aller se coucher.
— De rien.
— Connard.
— Sale pute.
Je vais voir Estrella qui est allongée sur son lit en sanglotant.
— Mon cœur, viens, proposé-je en ouvrant mes bras.
— Je la hais, papá.
— Je sais.
— Pourquoi est-elle encore ici ? Sa place est à côté d’Emilio !
— Crois-moi, il y a pire que la mort.
Elle plonge ses magnifiques yeux bleus dans les miens en reniflant. Je caresse sa joue pour effacer ses grosses larmes. On discute, elle se confie puis elle finit par s’endormir. Je suis en miette et quand je me retrouve devant la porte d’Alana, je l’ouvre doucement et entends le bruit de l’eau. Quand elle ressort de sa salle de bain, elle sursaute en me voyant.
— Qu’est-ce que tu fous là ?!
— Et bien jusqu’à preuve du contraire, je suis chez moi.
— C’est ma chambre. Pourquoi t’es là ?
J’avance vers elle pour observer ses traits de plus près et m’arrête quand elle est coincée contre le mur.
— Tu sais lorsqu’on a eu les enfants avec Céani, on ne flippait pas de crever car on savait que vous seriez là pour eux.
— Matt…
— Non, boucle-la et écoute.
Elle me fusille du regard mais choisit la voix de la sagesse et la ferme.
— Jamais je n’aurais tenté de me foutre en l’air si j’avais eu un doute sur ce que deviendrait Dani.
— On a fait ce qu’on a pu.
— On ? Tu parles de ton défunt mari qui a fait violer ma chair et mon sang ? Qui les a torturés ?
J’attrape doucement sa gorge et la panique prend place.
— Je n’ai rien fait, Matt.
— Justement c’est ça le problème ! Fermer les yeux, te rend aussi coupable que lui, m’énervé-je.
— Je n’étais même pas au courant.
— Tu mens ! Lorsque Dani se faisait violer, tu te faisais baiser comme une grosse chienne, tu savais qu’Emilio allait s’en prendre à lui et t’as pas bougé sale pute.
— Arrête, tu me fais mal, geint-elle en tentant de me faire lâcher prise.
Ma colère et ma déception m’empoisonnent et je compte bien lui faire payer sa lâcheté. Mais telle un fauve je joue avec ma proie donc je la laisse reprendre quelques bouffées d’air.
— Je te jure que je n’étais pas au courant pour Estrella, il a fait ça dans mon dos, il m’éloignait de ses affaires, por favor crois-moi.
— Il t’a éloignée et toi ça ne t’a pas semblé bizarre ? Non, tu préférais sucer la bite d’Adil et te faire enculer par je ne sais qui.
Elle tente de m’en coller une mais je la stoppe en vol et plaque sa main contre le mur.
— Elle avait cinq ans quand il l’a filée à ses clebs. Chaque jour elle doit vivre avec ses traumatismes, elle se souvient du moindre détail, de la moindre bite qui l’a abîmée. C’est le seul point commun que vous avez. Tu n’as pas oublié n’est-ce-pas ?
— T’es ignoble.
— Ouais, surtout quand on s’en prend à mes enfants. C’est ça être parent, vois-tu ?
— Parce que tu vas me dire que t’aurais quitté Céani si elle s’en était prise aux petits ?
— Non, je l’aurais tuée. Sauf que toi, t’en as été incapable. Pourtant tu es entraînée, je t’ai vue à l’œuvre plus d’une fois mais il t’offrait sa queue, son argent, sa puissance alors tu l’as laissé faire ce qu’il voulait.
— Non, j’aimais les enfants.
Elle me fout en rogne et je frappe le mur juste à côté de sa tête.
— Une mère ne laisse pas sa fille se faire marier de force ! Combien de fois Esperanza t’a confié qu’elle se faisait battre ? Elle avait dix-sept ans ! Dix-sept Alana ! Et t’as rien dit, non toi t’as préparé son mariage.
La vérité la terrasse et elle ne dit plus rien.
— Et pour Lana, t’as quoi à dire hein ? Tu connaissais Peck, tu savais très bien que les gosses qu’on lui refilait, c’était aussi pour son fils ! Tu vidais les corps de ses victimes putain et toi, t’as balancé ta gamine dans ses bras. Quelle sorte de mère es-tu !
— Pardonne-moi, pleure-t-elle.
— Pas tant qu’Estrella t’en voudra.
Le visage recouvert de larmes, elle tente de me repousser mais j’ai bien plus de force qu’elle. Je vois sa colère se mélanger à sa culpabilité. Cette femme a un caractère inébranlable, c’est stupéfiant.
— Je ne suis pas la seule responsable. C’était ton projet l’école de dressage des filles, Matéo. Emilio n’a fait que le réaliser à ta place.
Là, je tombe de quinze étages.
— Pardon ? C’est mon projet ? Tu plaisantes j’espère !
— Il nous a dit que l’idée venait de toi.
— Et tu l’as cru ? T’es vraiment une grosse conne. C’était le projet de mon père mais je m’y suis opposé à sa mort, parce qu’il y avait que moi qui dressais mes putes. Putain ! Comment t’as pu te laisser berner à ce point.
Sale fils de chienne ! Même pas capable d’assumer ses décisions, il a foutu ça sur mon dos. Carlos avait bien cerné ses faiblesses, pas étonnant qu’il ne lui faisait pas confiance. Le regard d’Alana se durcit et elle me fixe. Elle m’a toujours fait de l’effet et ça depuis le début. C’est une véritable mamá et ça personne ne pourra dire le contraire.
— Si toi tu ne me pardonnes pas d’avoir été aveuglée par l’amour, moi je te pardonne pour ce que tu m’as fait subir Matéo car j’ai envie d’avancer et de ne plus vivre dans le passé.
Je reste sans voix.
— J’en suis incapable, répliqué-je.
— Bien sûr que si.
Elle me sourit et me laisse là comme un con.
Je pourrai peut-être lui pardonner un jour... Pour nos enfants et nos petits-enfants.
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