Trafic (Tome3) (French Edition)

Jessie Auryann · Chapitre 27 sur 49

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Trafic (Tome3) (French Edition)

Chapitre 23

Loin des yeux, près du coeur

[Danilo]

 

Mon cœur vient de s’arrêter après avoir pris un coup de poignard. Elle est là, prête à en finir. Étant trop loin, je n’arriverais pas à temps. Son corps tombe et l’acide remonte le long de mon œsophage. Il m’est impossible de la perdre. Ma vie n’aurait plus de sens. La végétation me cache le résultat de sa détresse. Je l’imagine allongée, gisant dans son sang, son regard fixe dépourvu de toute émotion.

— Esperanza !

Les cris de ma tante me filent la chair de poule. Emilio débarque lui aussi et tel un robot je m’approche. Pétrifié, je n’ose pas regarder quand je la vois. Adil est à genoux, ses bras sont si contractés que ses veines ressortent. Je ne sais pas comment c’est possible, mais elle est dans ses bras.

— Dios mio, soupire Alana qui l’ausculte immédiatement.

— Merci, lâche mon oncle les dents serrées, au sauveur de sa fille.

— Je ne l’ai pas fait pour toi ! crache mon bras droit en se relevant pour faire face à son ennemi.

Les deux hommes se défient jusqu’à entendre la voix autoritaire de tía.

— Ça suffit ! Y en a marre des conflits ! Maintenant, vous allez tous m’écouter. Je n’accepterai pas de perdre un autre enfant, et toi, Emilio Sanchez, tu vas me faire le plaisir d’arrêter de pousser tout le monde à bout !

— Calme-toi mi amor, tu es au bord de la crise de nerfs, t’es ridicule.

Il n’a pas le temps de comprendre qu’elle lui balance une gifle, puis ordonne qu’on mette Esperanza dans sa chambre. J’oublie tout ce qu’il s’est passé avant, la seule chose qui m’importe, c’est qu’elle soit en vie et que le bébé se porte bien.

— Tu voulais te barrer où ? chuchote Adil.

— Loin d’ici.

— Au fait, le service que tu m’as demandé est fait.

Je jette un rapide coup d’œil dans sa direction et il a ce sourire d’homme satisfait d’avoir tué un connard.

— Merci.

Alana sort de la chambre et nous attendons son verdict. Même mon oncle est à l’écoute.

— Tout va bien, elle doit se reposer et il serait bien d’éviter le stress, ma fille est enceinte pour rappel.

On pousse tous un soupir de soulagement et je suis sacrément fier d’avoir Adil comme bras droit. Il a rattrapé Esperanza avant qu’elle ne se fracasse sur le sol, amortissant son corps pour que rien ne s’abîme. Ce mec est mon héros.

— Señor Sanchez, faut que je vous parle, intervient un sbire d’Emilio.

Il se met à l’écart et vu sa tête ce n’est pas une bonne nouvelle. Moi, je jubile.

— L’avion de Lorenzo… s’est écrasé. Je suppose que c’est un regrettable accident, me lance-t-il d’un air suspicieux.

— La mort du violeur de ta fille ne devrait pas être regrettable, rétorqué-je en feignant l’ignorance.

— Je n’ai jamais stipulé qu’il était mort.

— Un avion qui s’écrase, ça ne pardonne pas, tu veux essayer ?

Sa colère est sur le point de m’éclater à la tronche, mais Alana se met entre nous.

— Stop, arrêtez, c’est un ordre ! éructe-t-elle.

— De toute façon, j’ai envoyé une équipe pour tenter de comprendre, la vérité éclatera, crache-t-il dédaigneux.

— Si t’as du temps à perdre.

Tía me fusille du regard, et je me tais.

— Putain, fais chier ! On avait des opérations en cours, lâche el dragón dégoûté.

— Je vois que la mort de ton gendre te bouleverse, mi corazón, réplique ma tante provocatrice.

— Oh Alana, ferme-la.

Il détourne les talons, et elle lève les yeux au ciel.

— Dani, Esperanza a besoin de toi.

— Désolé, je ne peux pas.

J’indique à Adil de me suivre.

— Il ne peut pas remonter jusqu’à nous ? demandé-je inquiet.

— Tu m’as pris pour un débutant ?

— On peut partir avec Daya ?

Il soupire.

— Tu fuis là, souligne-t-il d’un air désespéré.

— Ce n’est pas la question.

— Oui, on peut mais tu devrais d’abord passer la voir.

— Non, il est essentiel que Dayana soit en sécurité. Esperanza peut attendre.

— C’est toi le boss, conclut-il désabusé.

On organise minutieusement le départ puis en soirée je me faufile dans la chambre de la jolie brune.

— Prépare un sac, puce, on va dans ma cabane.

— Euh… pourquoi ?

— C’est le moment, faut qu’on bouge.

— Et ma mère ?

— Désolé mais on n’a pas le temps, Emilio est occupé avec la mort de Lorenzo et avec le bébé à venir, donc c’est maintenant.

— D’accord.

Comme prévu, dans la nuit on prend ma moto et on va jusqu’à l’endroit indiqué par Adil. Nous grimpons dans une voiture qui nous amène à un jet privé.

— C’est ici que je vous lâche, le pilote est un gars à nous, tu peux avoir confiance. Sur place, tu auras des indications. Suis-les, ne discute pas les mesures, tout est organisé pour ta sécurité et celle de Luïs.

— Merci. T’es aux commandes jusqu’à mon retour.

— Je veille sur elle, t’en fais pas.

Il me serre la main, pose une bise à Dayana et on monte.

— T’es prête ?

— Je ne sais pas, je viens d’abandonner ma mère.

— C’est ce qu’elle aurait voulu pour toi.

— Et s’il nous trouve ?

— Impossible, Adil a sécurisé le voyage.

J’efface ses larmes et elle se colle à moi pendant tout le trajet. Lorsqu’on débarque, des hommes nous accueillent.

— Señor Florès, me saluent-il.

— Florès ? remarque Dayana, étonnée.

— Ouais, c’est ce que je suis.

Un type aux yeux noirs avec des épaules carrées, sort d’une Chrysler. Immédiatement mes souvenirs reviennent.

— Luïs ! Putain mais oui !

— Bonjour Danilo, t’as… grandi, m’observe-t-il stupéfait.

La dernière fois qu’il m’a vu, je n’étais qu’un gosse. Son regard se dirige vers Dayana.

— Je suis Luïs, un ami.

— Enchantée, marmonne-t-elle d’une petite voix.

Elle semble impressionnée, cependant moi je suis scotché de la sécurité mise en place.

— Je vais devoir vous demander vos téléphones et on va vous fouiller. Désolé mais c’est nécessaire.

— Pas de problème.

Des gars nous palpent sous son regard.

— C’est parfait, merci et bienvenue, déclare-t-il après avoir eu la confirmation de son homme.

Nous montons en voiture et il nous rassure sur le Chili qui n’a pas cédé face à la pression des cartels. Mon père avait prévu une sacrée armée et des conditions drastiques qu’Adil a continué d’appliquer. Lorsqu’on descend, nous sommes devant une magnifique maison. Une femme nous accueille avec un large sourire. Son visage m’est familier mais encore vague.

— Danilo ! Mais qu’est-ce que t’es grand ! Tu ressembles tellement à ta maman.

— Je trouve qu’il a le regard de Matt, surenchérit Luïs ému.

Une petite fille suivie par son petit frère courent vers nous.

— Papá ! Papá !

Il les prend dans ses bras puis nous invite à rentrer.

— Je vais avertir Adil, je reviens, nous informe-t-il.

Il repose ses enfants et disparaît derrière une porte. Sa mère nous montre nos chambres et nous avons encore un peu de temps avant le repas. Je file prendre une douche et me laisse du temps pour réfléchir. Fatalement, c’est Esperanza qui s’impose et ce bébé qui est le fruit d’une relation passionnée. Aurais-je préféré qu’il soit issu d’un viol ? Ma colère me dit oui mais mon amour me dit non. Je décide de descendre et retrouve Dayana qui joue avec les enfants de Luïs.

— Ça va puce ? demandé-je en m’approchant d’elle.

— Oui très bien, sourit-elle.

— T’as vu notre toboggan ? interpelle le petit garçon.

En quelques minutes elle se retrouve embarquée par les deux petits. Luïs me propose un verre et on se pose pour discuter un peu de nos vies. J’apprends qu’il est veuf, sa femme est décédée suite à un cancer, lui laissant deux orphelins. Il surveille toujours d’un œil sa progéniture et moi Daya.

— Elle devra abandonner ses études en médecine, c’est dans ce secteur qu’il cherchera en premier. T’as conscience qu’il va t’interroger ? Adil m’a dit que tu étais entraîné à supporter la douleur mais… il semble plutôt cruel, non ?

— Il ne saura rien, je te le promets.

— Ma famille est en jeu, Dani.

— Je sais mais je suis fiable.

— Tu ressembles à ton père quand tu es sûr de toi.

Je souris, car je suis fier d’être le fils de mes parents.

— À table ! nous appelle la maîtresse de maison.

Lorsqu’on tourne la tête, divers plats sont dessus.

— Va chercher ta grand-mère s’il te plaît, suggère sa maman.

Cette femme est adorable. Elle ne connaissait pas nos goûts alors elle a diversifié pour qu’on tombe forcément sur quelque chose qui nous plaira.

— C’est délicieux. Merci beaucoup.

— Et bien, reprends-en, mon grand.

J’ai vraiment cette impression de famille, pas comme la nôtre où on a le sentiment d’être convoqué au tribunal.

— Et maintenant, c’est l’heure de dire bonsoir.

— Ohhhh, est-ce-que Dayana peut nous lire une histoire, s’il te plaît, papá ?

Il l’interroge du regard et elle acquiesce. Daya semble dans son élément, et ça me rassure. On discute un peu puis je file me coucher. J’ai tellement de choses en tête que les minutes s’égrènent sans que je ne tombe dans le sommeil. J’entends rire, alors je me lève et regarde par la fenêtre. Ma jolie brune est avec Luïs, qui semble beaucoup l’amuser. Rassuré, je retourne m’allonger et m’endors immédiatement. Alors que dans mes rêves, je vis ma relation avec Esperanza, un bruit me réveille. J’ouvre les yeux et me retrouve nez à nez avec un visage fripé, un œil blanc et des dents affreuses.

— Tu dois partir la retrouver, protège-la, les ténèbres sont autour d’elle !!!

— Quoi ? Mais…

— Les ténèbres sont autour d’elle, répète la vieille femme que je repousse gentiment.

— Mémé, laisse Danilo, allez viens, désolé, chuchote Luïs en raccompagnant sa grand-mère flippante sortie tout droit d’un film d’horreur.

— Les ténèbres sont autour d’elle !!! crie-t-elle au loin.

Je file me rafraîchir et les mots tournent dans mon crâne. Un frisson me parcourt le corps et j’ai d’un coup très mal au ventre. J’ai la sensation d’être éventré et je me maudis d’avoir autant mangé. Je passe le reste de ma nuit à me tordre de douleur, puis elle s’évapore. Je crois que j’ai eu une sacrée trouille qui m’a mis en vrac. Je me lève fatigué mais l’odeur de pain grillé arrive à mes narines. Je me pose contre le garde-corps qui donne une vue sur l’immense pièce principale en bas. La mère de Luïs et Dayana préparent le petit déjeuner.

— Alors, c’en est où vous deux ? demande mon hôte qui vient se poser à côté de moi.

— On a grandi ensemble, je l’aime comme une sœur mais… y a rien de plus.

— L’amour ne se contrôle pas.

— J’y tiens, je n’accepte pas qu’on s’en prenne à elle. Sa vie doit être belle et sereine.

Il soupire profondément.

— Tu peux compter sur nous, on va la rendre heureuse. Ton père serait fier de toi, Dani.

— Tu crois ? Parfois, j’ai des doutes, je le renie quelque part en refusant ma destinée.

— Ta destinée est celle que tu choisis. Tu sais, tes parents avaient pour projet de partir de Colombie.

— Vraiment ?

— Ta mère ne supportait plus ton oncle et quand elle est tombée enceinte de…

Une pointe s’insinue dans mon cœur.

— Ils ont pris la décision de partir, ils n’en ont juste pas eu le temps, poursuit-il.

— Non, c’est impossible, papá aimait tellement son boulot, il était loyal envers son frère…

— Depuis ta naissance il avait beaucoup changé, et en bien. Pour vous, il aurait été capable de tout.

— Et ils comptaient aller où ?

— Tu le sauras, mais pas maintenant. Je dois m’assurer que tu sois assez fort.

Je ne comprends pas, mais je lui fais confiance. S’il ne me trouve pas encore prêt, c’est que je ne le suis pas. Je regarde les deux petits qui rigolent dans le jardin en se courant après. J’ai immédiatement l’image d’Esperanza. Elle me manque tellement.

— Ta petite famille est adorable, t’as beaucoup de chance Luïs.

— Tu peux avoir la tienne tu sais.

Je fronce les sourcils et je me demande ce qu’il sait par rapport à ma vie.

— Je suis au courant pour ta relation et aussi pour le bébé à venir.

— Sais-tu également qu’elle a couché avec un homme qu’elle ne connaissait pas ?

— C’est quoi qui te dérange là-dedans ? L’offrande à un inconnu ou qu’il soit passé avant toi ?

— Je ne sais pas. Je suis juste déçu qu’Esperanza n’ait rien dit. Elle aurait pu m’en parler. Elle m’a menti.

— Ne rien dire et mentir sont deux choses bien différentes. Elle n’était peut-être pas prête à se confier par crainte de ta réaction, de te perdre. Si j’ai bien compris, elle a vécu des moments difficiles.

C’est dingue comme ce gars sait me parler. Sa voix est posée, claire et il ne bute sur aucun mot.

— Elle refuse ce bébé, Luïs, elle…

— Et toi ? me coupe-t-il.

— J’en sais rien, j’ai dix-huit piges, bordel ! Il y a encore quelques mois, je couchais avec des putes, le nez dans la poudre.

— Je crois que cette fille te fait beaucoup de bien alors.

Il n’a pas idée.

— Hors de question qu’il naisse dans le cartel, mais je ne sais pas comment faire, je suis paumé.

— Ton oncle ne te laissera pas partir, et encore moins sa descendance.

— C’est évident.

— Si tu veux être maître de ta vie, Dani, tu vas devoir prendre des décisions difficiles.

C’est inévitable, du sang va devoir couler.

— Je dois la mettre en sécurité.

— Je ne peux pas prendre ce risque, j’ai ma famille, deux allers-retours proches seraient dangereux, affirme-t-il.

— Je sais.

Je descends pour rejoindre les dames, lorsque la grand-mère flippante attrape ma main pour m’aboyer dessus.

— Retrouve-la ! Protège-la ! Les ténèbres sont proches ! Bientôt il sera trop tard. Tu es la clé.

— Je… je ne comprends pas… de qui parlez-vous ? Qui dois-je… Merde ! crié-je d’un coup en me pliant en deux sous la douleur.

— Ils te montrent, mais tu n’écoutes pas.

— Qui ça ?! Putain arrêtez !

La mère de Luïs et Dayana débarquent.

— Où as-tu mal Danilo ?

— Putain, là ! J’ai l’impression qu’on m’ouvre le ventre.

Mon ventre… putain, elle parle du bébé. La douleur cesse immédiatement, et je me relève en souriant à la vieille femme.

— J’ai compris… Je vais le protéger, je vous le promets.

— Ne te trompe pas mon petit.

Pendant les nuits suivantes, je cogite sur un plan pour Esperanza et le bébé. Alors que je me tourne dans mon lit, j’entends la voix de Dayana à l’extérieur.

— Arrête Luïs, ricane-t-elle alors qu’il l’a balancé dans la piscine.

Elle tente de le couler, mais il arrive à avoir le dessus, ce qui ne semble pas lui déplaire. Je vois leur complicité grandir si vite que je décide de l’attendre dans sa chambre, plongée dans l’obscurité. Lorsqu’elle rentre, Daya ne me capte pas. Ses vêtements glissent le long de son corps et elle s’allonge nue sur son lit. Sous le charme, je suis pris dans la scène érotique qui commence. Ses cuisses sont écartées et m’offrent une vue imprenable sur son intimité. Une main sur son sein, l’autre prend le chemin de son clitoris. À peine elle l’effleure que son bassin se soulève par le plaisir. Je la connais et là elle est sacrément excitée. Son oreiller se glisse entre ses jambes et la coquine se frotte à lui comme si c’était un homme.

— Ohhhh…

Ses hanches s’activent, elle est à cheval sur le coussin et se caresse les seins en tirant sur ses pointes. Les yeux clos, son imagination doit travailler. Ma belle écarte ses fesses et se glisse un doigt qui la fait gémir plus fort. Son orifice se détend sous l’intrusion qui devient plus profonde. Ah Daya, c’est comme ça que tu te touchais en pensant à moi.

— Hum, grogne-t-elle en continuant.

Je décide de sortir de ma cachette et m’approche discrètement. Ma paume se pose sur sa bouche pour ne pas ameuter la maison. Ses yeux s’écarquillent au moment où je bouge sa main pour qu’elle se doigte plus fort.

— Il t’excite, imagine que c’est lui qui te prend par derrière. Qu’il enfonce ses doigts dans ton cul pour te préparer. Oh puce, t’es si chienne quand t’es comme ça. Sans aucun doute il te ferait jouir.

Mes mots ont toujours leur pouvoir et son oreiller se trempe. Elle s’active autant sur son clitoris que son anus qui est prêt à prendre n’importe quelle queue. Son regard se brise sous l’orgasme qui se déchaîne.

— Jouis ma belle. T’es merveilleuse et c’est un mec bien.

Je libère sa bouche et elle reprend son souffle sans un mot.

— Tu craques pour lui, ça se voit Daya.

— Et alors ? T’es jaloux ? réplique sèchement, ma jolie brune.

— Non, heureux et soulagé.

Je me couche près d’elle et comme à son habitude, son corps se colle à moi. Je caresse ses cheveux pendant qu’elle joue avec mes doigts.

— Il doit me prendre pour une gamine.

— Bah ceci dit, il est un peu plus vieux que toi.

— Ouais mais je n’ai pas l’impression qu’on ait dix-huit ans de différence. Il peut être très gamin parfois, glousse-t-elle.

Elle se retourne sur le dos et pousse un soupir.

— Qu’est-ce qu’il y a, puce ?

— Je suis prête, Dani.

— Je sais.

— Je veux une famille, une vraie, une normale… une à moi.

Je me redresse pour la fixer.

— Tu vas trop vite Dayana… putain t’as que dix-sept ans !

— Merci de me le rappeler, je vais finir par le savoir. La mère de Luïs l’a eu à seize ans.

— Je sais que tes hormones te travaillent mais…

Elle se lève pour s’éloigner de moi.

— Je veux être mère, Danilo ! Je veux porter un enfant parce que je suis faite pour ça.

— C’est ce qu’on t’a raconté toute ta vie mais c’est faux.

— J’ai mal à chaque fois que je saigne, tu m’as refusé ça alors que t’es… t’es prêt à assumer l’enfant d’un autre et tu oses me faire la morale !

Outch ! Elle est toujours aussi violente quand elle est en colère.

— Elle se plaint de porter la vie alors que je ne demande que ça. C’est injuste ! aboie-t-elle mauvaise.

— Tu ne sais pas ce qu’elle a vécu, ne la juge pas !

— Et moi ? Le sais-tu ?

Ces derniers mots me font bien plus mal que son regard haineux, que me cache-t-elle ?

— Raconte-moi.

— Non.

— Je ne partirai pas d’ici sans savoir Dayana, obéis.

Mon ton est assez sec pour qu’elle craque.

— Il m’a fait jouir devant ses hommes.

— Sale hiro de puta ! Continue.

— Allongée sur son bureau totalement nue, il m’a touchée. Puis… il leur a demandé de me caresser. Toutes leurs mains sur moi…

Elle resserre ses bras autour d’elle.

— Il m’a demandé d’incliner ma tête en arrière… il m’a fait mal à la gorge Dani, il m’a baisé la bouche si violement que j’ai cru que j’allais mourir, étouffée par son sexe.

— Je suis tellement désolé…

— Je n’ai pas eu le choix que d’avaler son sperme… leurs spermes.

Ses larmes roulent sur sa joue et elle se jette contre moi.

— Il ne voulait pas juste que je sois sa femme… je devais aussi être une pute même en portant la vie.

Je sais que c’était son projet avec Alana, mais il ne supportait pas l’idée qu’un autre la fasse jouir.

— Il le paiera, je t’en fais la promesse.

— Il te tuera, il est fou.

— Je le suis bien plus que lui. Puce, est-ce qu’il… m’étranglé-je.

— Non mais j’aurais voulu. Tu sais pourquoi ?

Je pose mes lèvres contre ses cheveux.

— Pour avoir un enfant, constaté-je.

— Oui, je suis prête.

— T’es si jeune… Luïs ne mérite pas que tu le traites comme ça Daya, ce mec est un homme génial pas une éprouvette à spermatozoïdes.

— C’est pour ça que je le veux. Je suis bien avec lui, on parle de tout et de rien, sans se prendre la tête. Il me décrit son pays et je me sens déjà comme chez moi. Cet homme me comprend et lit tellement facilement en moi. Ses enfants sont en plus adorables et intelligents.

C’est un sacré coup de cœur. Maintenant faut que je m’assure que ça soit pareil de son côté. Daya termine sa dissertation et j’avoue que ça m’amuse beaucoup de la voir me vanter les qualités d’un gars qu’elle ne connaissait pas il y a peu. Le lendemain, je décide de faire une excursion entre mecs.

— Alors, tu te décides ? me lance-t-il alors qu’on marche le long d’un chemin de terre.

— De quoi ?

— Me parler de Dayana, c’est bien pour ça que tu m’as proposé cette balade, non ?

Ce type est décidément très intuitif.

— Elle est fragile tu sais ?

— Ouais, pas étonnant avec ce qu’elle a enduré.

— T’es au courant ? demandé-je surpris.

— Et toi ?

Je fronce des sourcils pour lui indiquer que je ne comprends pas. Il s’assoit dans l’herbe et tape à côté de lui.

— Julio ça te parle comme prénom ?

— Ouais c’est le second bras droit de mon oncle. Pourquoi ?

— Il allait dans la chambre de Dayana depuis qu’elle est petite.

La bile monte dans ma gorge et la rage s’empare de moi.

— Il la prenait par derrière pour ne pas toucher sa virginité et être repéré.

— Non ! Je l’aurais su et il serait mort ! hurlé-je à bout de nerf.

— Elle n’en a parlé à personne, il l’a menacé de s’en prendre à sa mère.

Mon retour va être un carnage.

— Ici, elle sait qu’elle ne craint plus rien. Elle se retire des épaules le poids de toutes ses années. Et j’ai envie de lui offrir la légèreté d’une vie paisible. Je n’avais pas prévu ça je te l’avoue mais… je ne l’explique pas.

— Vous avez dix-huit ans de différence !

— L’amour n’a pas d’âge Dani.

— Elle est encore si jeune.

— Arrête de la voir comme une petite fille, elle a des envies et je compte les respecter.

Je le fixe choqué.

— Tu vas… non je t’interdis de lui faire un môme !

— On va d’abord apprendre à se connaître, je ne compte pas précipiter les choses, mais un jour, sans aucun doute, elle portera mes enfants.

— Promets-moi de ne jamais la forcer.

— Tu me prends pour qui ?! J’ai toujours respecté les femmes Danilo, bien plus que toi. Cette décision nous appartiendra de toute façon. Je n’attends pas ton aval pour faire ma vie, réplique-t-il piqué.

— Désolé.

— Allez, on rentre avant que tu ne me sortes d’autres conneries.

On se lève sans un mot et on retourne à la maison dans un silence pesant. Dans la nuit je les entends rire de nouveau. Je les scrute et lorsque leurs lèvres se touchent pour la première fois, je me rends compte que j’ai donné le flambeau à Luïs et qu’il est désormais responsable du bonheur de Dayana. Maintenant que ce problème est réglé, comment vais-je gérer les miens ?

Cette fois-ci c’est une bouille de quatre ans qui est au-dessus de moi.

— T’as un très gros zizi.

J’attrape le drap pour me couvrir.

— Pourquoi il est tout dur ?

— Euh… tu devrais retourner dormir ou jouer. Il est où ton père ?

— Il est avec Dayana, ils font dodo.

Quoi ! Je me lève, enfile ce qui me tombe sous la main et débarque dans la chambre mais elle est vide. Je descends et sur un transat double, ils dorment l’un contre l’autre.

— Ils sont bien. Luïs est un gentil garçon, me rassure sa mère.

— Elle est si jeune…

— Tu sais j’ai rencontré mon mari très tôt, on savait ce qu’on faisait et je ne regrette rien.

Son époux est décédé et elle semble toujours aussi amoureuse. Ses yeux brillent puis elle change de discussion.

— Tu viens m’aider à la cuisine ? me propose-t-elle.

— Si vous voulez rater vos plats, avec plaisir.

Elle ricane mais n’abandonne pas et me colle à la confection de pancakes.

— Désolé, je n’ai jamais…

— Je me doute, je suppose que ce sont les femmes qui font à manger chez toi, me coupe-t-elle avec une grande bienveillance.

— On a des gouvernantes. Ceci dit, si elles le désirent c’est possible d’avoir accès à la cuisine, mais les hommes y viennent que pour les regarder ou goûter aux plats, ricané-je gêné.

— Même pour le barbecue ?

— Ce sont nos hommes qui s’en occupent.

— Quelle triste vie. Tu t’en sors très bien.

Je m’imagine préparer des pancakes à Esperanza en pleine nuit car elle aura eu une envie soudaine. Luïs nous rejoint et je laisse mon poste pour lui parler dans son bureau.

— Vous n’avez pas perdu de temps, fulminé-je.

Il éclate de rire alors que j’ai les nerfs à fleur de peau.

— Tu crois vraiment que je lui offrirai sa première fois sur un transat ?

— Tu l’as embrassée.

— Et pas qu’une fois si tu veux les détails.

Je fais les cents pas et m’arrache les cheveux. Pourquoi c’est si simple pour les gens de vivre une relation alors que la mienne est impossible.

— Ce téléphone est sécurisé, si t’as besoin d’appeler Adil, n’hésite pas, m’indique-t-il en montrant un vieux téléphone rouge.

Il me laisse sur place et je décroche. Ça sonne directement et la voix de mon bras droit résonne.

— C’est moi Adil.

— Alors comment ça se passe ?

— Et bien, j’ai une grand-mère folle qui me gueule dessus des trucs pour me filer des messages, une gamine qui m’a vu à poil et Luïs se tape Dayana. Tout baigne.

— J’en étais sûr putain ! Il n’a pas arrêté de m’en parler. C’est un mec bien et tu n’en veux plus, alors je ne vois pas pourquoi t’es si fâché.

— Je n’en sais rien. Espe me manque et ça me fout les nerfs. Comment va-t-elle ?

— Si tu veux le savoir, rentre.

— Adil… ne me force pas à te donner un ordre, j’ai horreur de ça.

— Quoi ? frrrtttt je t’entends mal, frrrrttttt ça va couper.

— Adil ! Putain arrête de jouer au con là !

— Salut.

La ligne se coupe et je reste là comme un couillon. Je raccroche et recommence mais ça ne répond pas. Fais chier ! J’observe un peu le bureau et remarque une pièce adjacente où il y a une vingtaine de télé. Merde ! C’est dingue.

— La maison est sécurisée comme tu peux le remarquer, surgit la voix de Luïs.

— Les caméras ne sont pas aussi efficaces que des hommes. Je verrai pour qu’on complète ton système.

Il éclate de rire.

— Il y a exactement quarante-sept gardes surentraînés autour de la propriété.

— Quarante-sept ? Où ça ?

— Tu ne les vois pas mais eux si. Ne t’en fais pas, nous sommes en sécurité. Et puis nous sommes très respectés au Chili, les gens nous apprécient.

La solution débarque d’un coup sans trop savoir comment. Peu importe. J’appelle mon bras droit immédiatement.

— Adil ! Je sais !

— Mais encore ?

— Emilio veut garder sa notoriété, si on annonce officiellement la grossesse d’Espe, il verra ça comme un moyen d’en gagner un peu plus et il n’aura plus le choix que d’accepter notre relation sans que ça mette le bébé et Esperanza en danger.

— Et si elle refuse ? Elle ne veut pas de ce bébé, alors de là à devenir une effigie de la femme enceinte d’un cartel, pas sûr que ça la tente.

— On gagne juste du temps, pour ensuite l’emmener ici.

— Hors de question Dani, là j’ai pu lui dire à l’autre enfoiré que t’avais besoin de te mettre au vert mais autant te dire que tu vas passer un sale quart d’heure quand il comprendra que Dayana n’est plus à lui. Alors si tu lui prends sa fille…

— C’est inévitable, je n’abandonnerai pas Espe. Comment va-t-elle, Adil ?

— Elle vomi, dort mal, pleure, elle a besoin de toi. Alana est près d’elle mais ça ne lui suffit pas.

Mon cœur se serre et les images tournent dans ma tête. Après plusieurs secondes de réflexion, je prends une mesure radicale.

— Va le chercher, déclaré-je décidé.

— Quoi ?

— Le père du bébé, je veux que tu me le ramènes. Prépare-le et qu’il intègre nos hommes.

— Attends, là, t’es sur de toi, Dani ?

— Certain, on ne sera pas trop de deux pour la protéger et la rendre heureuse.

— Ok. À vos ordres mon capitaine.

Luïs me regarde et me sourit. Je sais que j’ai pris la meilleure des décisions. Elle est malheureuse sans lui, je l’ai vu dans son regard quand elle touchait le bracelet que je suppose être un cadeau d’adieu. Je devrais souffrir de cette situation, pourtant je suis soulagé.

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