Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 25
A l’épreuve
[Yelmani]
Alors que le soleil se couche sur Marrakech, je me prépare pour la soirée qui m’attend. Petit jean, chemise légère, parfum et c’est parti jusqu’au bout de la nuit. Chaque jour, nous échangeons des SMS avec Esperanza, mais ma raison m’indique qu’elle ne reviendra jamais. Il me faut passer à autre chose et mener ma vie. Elle a beau avouer qu’elle éprouve des sentiments pour moi, que ma présence lui manque, lorsque je lui demande de me rejoindre elle m’annonce que c’est impensable. C’est désespérant car la lumière commençait à briller de nouveau en elle. Cette flamme minuscule dans ses yeux, même si elle fut éteinte, j’ai su la raviver lentement. On aurait été tellement bien tous les deux. Cependant, la vie continue.
— Yel, mon fils, quand vas-tu ramener une fiancée à la maison, s’indigne ma mère.
— Bientôt, promis.
— Et la petite Chemsa ? C’en est où ? poursuit-elle.
— Ça avance, cela progresse.
Je les embrasse et sors de notre maison. J’avoue que la fille du voisin est ma deuxième solution. On a familiarisé un soir alors que j’observais les étoiles. Et si elle ne cache pas son attirance pour moi, Chemsa ne souhaite pas se marier et apprécie sa liberté. En grimpant dans ma voiture, je distingue un sifflement. Je me retourne et l’aperçois s’évader par la fenêtre de sa chambre. Une robe fine noire moule son corps menu, ses cheveux sont relevés en un chignon et de l’eye-liner allonge son regard de braise.
— Qu’est-ce-tu fous ? Tu sais que le jour où tes parents vont te griller, ils fixeront des barreaux à tes fenêtres.
— Pas si tu me couvres en mentant. Tu n’auras qu’à leur dire qu’on se voit en cachette.
— T’es culottée !
— Et toi hyper sexy. Embrasse-moi Yel.
— Je pourrais être ton frère !
— Avoue au moins que je suis canon !
Je ne vais pas la contredire, elle est exquise. Néanmoins, j’ai des principes et je ne céderai pas à ses avances. Elle s’installe à mes côtés et nous décollons pour une discothèque où j’ai l’habitude d’aller, à quelques kilomètres de là.
Une fois sur les lieux, la musique résonne fort, nous franchissons le service de sécurité et pénétrons à l’intérieur. L’ambiance est à son paroxysme, la foule est éclairée par des spots de lumière violette. Des motifs orientaux sont dessinés sur les murs. Une serveuse passe devant moi, vêtue d’un crop top kaki orné de perles dorées qui descendent jusqu’à son nombril et d’une jupe échancrée sur le côté. Souriante, elle tient dans sa main un plateau à Chicha et un seau avec du champagne. Appétissante, je ne l’avais jamais vue ici. Je m’installe au bar tandis que Chemsa va se fondre dans la masse qui danse. Le barman me questionne sur ce que je souhaite boire.
— Un scotch.
J’attends que son employée se ramène à ses côtés tout en l’observant servir la table vers laquelle elle se dirige. En mode radar, je scrute le moindre de ses gestes. Quand enfin elle revient vers le bar, je lui lance mon plus beau sourire auquel elle répond instantanément. Satisfait de cette première passe d’armes, je me retourne quand elle se pose à côté de son collègue. Je l’observe avec attention et bordel, elle ressemble tellement à Esperanza que c’en est troublant. Impossible… non… Je passe une main sur mon visage et pourtant, je ne rêve pas. J’ai l’impression qu’elle est devant moi.
— Esperanza ? la questionné-je.
— C’est une erreur mon chou, je suis Katerina.
— Pardon, c’est que vous ressemblez énormément à quelqu’un que je connais et...
— Pas de problème, me coupe-t-elle.
Un gars au comptoir l’interpelle pour passer commande et elle me plante là. Sa démarche gracieuse me rend dingue. Ses formes charnues m’ouvrent l’appétit.
— Elle est nouvelle, m’annonce son collègue.
— C’est un choix judicieux. C’est une bombe.
— Tente ta chance, tu verras bien.
J’avoue que c’est le plan, lui proposer un one-shot, juste une nuit, elle et moi. Depuis la touriste au garage, y a un petit moment que je n’ai pas baisé. Je consacre ma soirée à la draguer doucement et le charme opère. Quelque chose se passe entre nous, un feeling, un contact insensé. J’en ai même perdu de vue Chemsa. Je ne sais pas où elle est fourrée.
— J’ai fini mon service, ça te dit de boire un verre avec moi ? me questionne Katerina d’un air enjôleur.
— Avec plaisir, acquiescé-je rapidement pour la goûter.
Elle attrape ma main et nous entrons par une porte de service réservée au personnel. On sillonne un interminable couloir sombre aux lumières tamisées. Plusieurs portes sont fermées de droite à gauche. Sans que je comprenne, elle en déverrouille une et m’attire à l’intérieur. Katerina me pousse sur le lit qui trône fièrement au milieu de la pièce et se place à califourchon sur moi. Ça va à toute allure et ce n’est pas pour me déplaire.
— Alors chéri, t’es prêt à me sauter, susurre-t-elle en se frottant contre ma verge qui se durcit instantanément.
— Si c’est ce que tu veux, je vais te baiser, compte sur moi.
Je l’attrape par la tignasse et la bascule sur le dos. Dominant son corps, je défais mon pantalon, chope un préservatif dans le bol posé sur une table de nuit.
— Je n’ai rien sous ma jupe, me titille-t-elle sensuellement.
Je pose ma main sur son entrejambe et effectivement pas de sous-vêtements. Sans attendre plus, je fonce dans ses chairs pour la pilonner sans relâche. Je lui tape bien sa petite chatte. Je nage littéralement dans son étau, on croirait une vraie professionnelle. Putain, je me pose la question et direct je réfléchis, merde son mac va me tomber dessus, ce n’est pas normal, c’est trop facile.
— T’arrêtes pas, fais-moi jouir.
— Tu es qui au juste ? gueulé-je en me retirant.
— Quoi… Mais…
Puis soudain quelqu’un pénètre dans la chambre. Je me retourne vers lui, le regard noir ; typé maghrébin, il m’ordonne de m’asseoir.
— Qui êtes-vous ? questionné-je.
— Finis-le, Katerina.
— Pardon ? Attendez, je vais tout vous expliquer, tenté-je de me justifier.
— J’ai dit baise ma pute, elle n’aime pas la frustration, c’est un ordre, déclare-t-il avec son arme braquée sur moi.
Assis au bord du lit, avec une demi-molle, je n’ai plus le choix. La prostituée s’abaisse et m’avale entièrement dans sa bouche. Le type m’observe de côté tandis que je pense à Esperanza pour me durcir. Ce n’est pas très compliqué avec cette déesse qui lui ressemble et ses bruits de succion. J’agrippe l’arrière de son crâne et lui impose mon rythme. Putain que c’est bon.
— J’ai dit baise-la !
Elle se retourne et me présente sa croupe. Je m’enfonce dans son cul et la bourrine tandis qu’elle crie à chaque poussée. Je ne me vante pas, mais je suis plutôt bien gaulé, ma mécanique est assez large. Alors que je la malmène, j’entends ses reniflements, qui m’attestent qu’elle a mal, mais le flingue braqué dans ma direction me signale de ne pas abandonner. Je la martèle et de mon doigt, j’effleure son clitoris. Lorsqu’elle se libère de son orgasme, j’explose à mon tour.
— Bien maintenant que je vois que tu es obéissant, rhabille-toi et bute-la.
— Quoi, mais vous êtes fou ! Jamais !
— Si tu ne le fais pas, Esperanza mourra !
— Quoi… Mais…
— Tic… Tac… Les minutes tournent.
Il pose son arme dans mes mains et la fille implore son mac de ne pas la tuer.
— Non… Je… Non…
— 3... 2...
— Arrêtez, hurlé-je.
— Esperanza plus qu’une seconde...
Il saisit son portable, compose un numéro et met le haut-parleur.
— T’es prêt à la buter, déclare-t-il.
Une femme hurle de terreur, je ne sais pas si c’est réellement elle, mais mon cœur bat à cent mille à l’heure, puis elle hurle mon prénom derrière le téléphone.
— Tue-la ! ordonne-t-il à son compère avec qui il est en ligne.
— Non ! gueulé-je en appuyant sur la détente.
La vie d’Esperanza vaut mille fois plus que cette prostituée. Son sang gicle sur mon corps nu et l’homme met un point final à la conversation en souriant. Je me mets à genoux en récitant une prière.
— Arrête ton charabia ! Il n’y a pas d’Allah là où je t’emmène. J’ai moi-même dû renoncer à ma famille pour mener ma vie actuelle. Maintenant, relève-toi et sois un homme. Magne ton cul, je n’ai pas que ça à foutre.
Je ne sais pas qui il est, ni pour qui il bosse, la seule chose dont je suis certain, c’est que Esperanza est entre ses mains. Elle est toujours sur mon chemin au moment où je souhaite l’oublier. Nous décampons de la pièce et ressortons par ce long couloir noir aux lumières tamisées rouges. Il emprunte la sortie de secours et grimpe dans un gros 4×4. Je monte à ses côtés et lorsque je me retrouve devant chez moi, la peur pour mes parents m’envahit.
— Va les voir une dernière fois. Récupère quelques affaires, tu as cinq minutes et pas une de plus. Si tu dépasses ce délai, j’entre et vous bute tous un par un. Et surtout, tu pourras dire adieu à la belle Esperanza.
J’obéis, cours, griffonne un mot bref à mes parents en leur disant que je les aime. Je récupère un ensemble de rechange et garde mon téléphone pour essayer de joindre mon étoile, Esperanza, quand ce gars me lâchera la grappe. Avant de quitter les lieux, j’entrouvre la porte de la chambre de mon père et ma mère. Je les observe si paisibles et je m’en veux de ne pas être un fils modèle pour eux. J’évacue la maison et rejoins cet homme énigmatique. Nous roulons pendant une heure dans le silence avant de rejoindre un campement. Impossible de ne pas penser à la nuit avec ma princesse, c’était tellement… magique, j’espère qu’elle va bien. Je pose mon sac à dos et alors que j’aspire à dormir, il m’entraîne avec lui au milieu du désert.
— Qu’est-ce qu’on fait là ?
— Frappe-moi.
— Quoi ?
— Montre-moi ce que tu vaux, sauf si tu es un faible.
Je déteste qu’on m’insulte de la sorte et lui fonce dessus. Il me maîtrise et m’envoie au sol à cinq reprises. Fatigué et complètement à bout sous cette chaleur écrasante, je craque, je n’arrive pas à retenir mes larmes, ni mes cris.
— Ahhhhhh…. Qui êtes-vous bordel, que me voulez-vous, où est Esperanza ?
— T’occupe pas d’elle, ce n’est pas ton problème là.
— Vous me voulez quoi ?!
— Ta vie. Lève-toi.
Il n’a pas l’air tendre ce type. J’obéis même si ça me démange de lui en coller une mais je n’ai aucune chance, il est surentraîné.
— Mets-toi à genoux.
Je soupire mais obtempère. Il me tend une enveloppe fermée.
— Ne l’ouvre pas tout de suite. Dedans, il y a une information importante, qui fera vivre ou mourir Esperanza.
— Je vous interdis de la toucher !
— Il ne lui arrivera rien si tu ne répètes jamais ce qu’il y a dans cette enveloppe. Même si Allah te le demande, tu la boucles.
— Euh… ok.
Ça me semble plutôt simple comme directive. Il sort de la tente et j’ouvre, espérant avoir un courrier de ma princesse mais je n’ai qu’un morceau de papier avec un code : 1234. C’est quoi cette blague ! Il revient et je le fixe sans comprendre ce qu’il attend de moi.
— File-moi le code.
— Quoi ? Mais vous avez dit que…
— Donne-le-moi.
— Vous êtes taré.
Il n’y a que cette conclusion qui peut expliquer les agissements de ce mec. Il m’attrape les avant-bras et me les colle dans le dos pour les attacher.
— Pour la dernière fois, je veux le code.
— Va te faire foutre !
Il réplique aussitôt en me balançant son poing dans la gueule. L’enfoiré ! J’ai pas le temps de me ressaisir, il m’attrape et me fout la tête dans une bassine. Ma respiration se coupe et je me mets à tousser.
— Le code !
— Jamais !
Il me replonge dans la flotte puis finit par abandonner.
— Je te demande quelque chose, tu obéis, donc maintenant je veux ce code. Je ne te lâcherai pas alors balance.
Je commence à saisir, il me teste !
— Non !
Il a un sourire qui ne me rassure pas. Il vient derrière moi et je prie pour qu’il me libère. Je le sens saisir ma main mais une douleur s’insère sous mon ongle. Je hurle et l’implore d’arrêter. Pourquoi me torture-t-il ainsi ?
— Le code !
— Non, laissez-moi.
Je suis épuisé, je n’ai plus la force et mon bourreau continue jusqu’à ce que mes cinq doigts ne soient que douleur. Il interrompt mon calvaire et va se poser sur le lit de camp jusqu’à ce que le soleil se lève. Après une nuit blanche, cet enfoiré m’offre le petit déjeuner. Il soigne mes blessures et je ne comprends toujours rien.
— Dépêche on a de la route.
Ce n’est pas fini ! Je ne vais jamais tenir. On reprend la route dans le même silence qu’à l’aller. Plus on avance et plus le sable disparaît pour laisser apparaître de la verdure. Il s’arrête devant des grilles immenses, gardées par des hommes armés. On nous laisse entrer et il m’ordonne de sortir puis demande à voir le prince. Mierda, je suis dans un foutu palais.
— Tu la boucles et obéis, c’est compris ? me menace mon bourreau.
J’acquiesce et on me présente à une femme qui porte une brassière ornée de pierres précieuses assortie à sa jupe taille basse, qui laisse apparaître un ventre rond.
— Je te le confie, apprends-lui.
— Oui monsieur.
Il se barre et je reste avec cette fille qui porte un voile ne laissant apparaître que ses yeux verts.
— C’est pour quand ? demandé-je curieux.
— Dans deux mois, venez.
Je la suis et on arrive dans une immense pièce luxueuse où des femmes s’occupent d’enfants de tous les âges. Elle m’amène à un berceau où un bébé dort. Il ne doit pas avoir un an.
— C’est votre enfant ?
— Oui, prenez-le, vous devez le changer.
— Pardon ? Ah non mais là je suis incapable de…
Elle me donne le petit qui ronchonne. Une odeur immonde arrive à mes narines et elle m’indique où le nettoyer. Je suis ses indications sans en capter la raison. On reste plusieurs heures et je dois exécuter un tas de choses liées aux enfants. Je ne peux nier que j’apprécie et fatalement je repense à Esperanza. Si un jour je devais être père, je ne voudrais qu’elle comme mère de ma progéniture. Pendant que je fantasme, sur le balcon au-dessus de moi, il m’observe.
— C’est bon, on part, déclare-t-il.
— Pourquoi tout ça ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Tu le sauras bien assez tôt. File-moi désormais le code et tu seras libre.
— Je sais que tu me testes, alors non tu n’auras pas le code et ça même si tu mettais Esperanza sur un billot.
Je suis sûr qu’il ne lui fera rien. Quand il prononce son prénom, son regard change et s’adoucit. Je ne serais même pas étonné qu’il soit proche d’elle. Il me regarde et son sourire semble sincère.
— Bienvenue chez les Los Verdugos, je suis Adil, le bras droit de Danilo et Mateo Sanchez. Cousin et oncle d’Esperanza Sanchez.
— Qu’est-ce que...
— Je suis venu te chercher pour intégrer notre clan en Colombie. Je me dois de te préparer avant tout.
— Je crois avoir fait mes preuves ! craché-je saoûlé et fatigué.
— Tu ne sais pas te battre, t’as encore à apprendre.
— Quand reverrai-je Esperanza ?
— Dans une semaine, tu retourneras à celle que tu aimes en silence et sans jamais dévoiler ta relation avec elle.
Sept jours que je suis un entraînement intensif entre cours de boxe et séances de tir. Je ne capte pas tout de la situation de cette famille, mais je sais qu’ils sont malsains et puissants.
— À quoi penses-tu ? me demande Adil.
— À elle, mon étoile. Raconte-m’en plus, je veux savoir.
— Je t’ai déjà expliqué quelle sera ta mission lorsque nous arriverons en Colombie.
— Oui, préserver Esperanza de son père, mais pourquoi moi ?
— Elle te réclame. Chez les Sanchez, quand ils veulent, ils ont.
Je ne sais pas à quoi m’attendre réellement. J’ai compris que son père est un enfoiré qui n’a de cesse de rabaisser et d’humilier les gens. Il est très intelligent et tel un requin lorsqu’il referme ses dents, il ne laisse aucune chance de survie.
Son mari était de la même espèce, aussi malin et violent.
Danilo, qui sera mon boss, est quant à lui quelqu’un de bien, il a sa place dans le cœur d’Esperanza, mais je ne sais pas à quel point. La mère de mon étoile est sulfureuse et redoutable. Ils vivent une histoire d’amour à l’abri des regards avec Adil. Espe a également deux sœurs et un frère mais avec qui je ne risque rien. Je vais devoir redoubler de discrétion ainsi qu’être efficace. Un nœud se forme dans mon estomac, ma vie a changé du jour au lendemain, mais pour elle, je suis prêt à tout. Elle est mon guide dans cette histoire.
Quelques heures plus tard, je suis dans l’avion pour la rejoindre, je contemple les nuages à travers le hublot, je suis pensif.
— Tu regrettes ? me questionne soudainement Adil.
— Je me fous du mal que j’ai exercé ou de celui que je m’apprête à faire, car lorsque je la serrerai dans mes bras alors j’aurai tout gagné.
— Tu l’aimes ?
— C’est un coup de foudre.
Il acquiesce et ferme les yeux le temps du vol. Neuf heures plus tard, je foule enfin la terre en Colombie, prêt à affronter n’importe quel monstre, peu importe son nom, sa stature, ou sa dangerosité.
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