Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 41
Dernier combat
[Danilo]
Nous avons trouvé refuge sur l’île de mes parents. La priorité était de s’occuper des filles et petit à petit, nous arrivons à nous détendre partiellement, éloignant peu à peu la peur de voir Emilio débarquer. Seulement il hante constamment mes pensées.
— Dani, viens te recoucher, m’interpelle Esperanza qui a tout juste fini de nourrir notre bijou.
— J’arrive, baby girl.
Je m’allonge près d’elle pendant que Yelmani s’occupe d’endormir la petite.
— Tu te sens comment ? demandé-je encore inquiet qu’elle ait donnée naissance dans les pires conditions.
— Très bien. D’ailleurs…
Elle se mord la lèvre inférieure que je viens happer entre mes dents. On s’embrasse et je sens ses mains se balader un peu. Je me pose au-dessus d’elle et sème des baisers sur sa poitrine opulente.
— T’es magnifique.
Je déboutonne sa chemise de nuit et lèche sa peau élastique. Elle porte encore quelques rondeurs mais retrouve doucement sa ligne.
— Tu saignes encore ?
— Non.
Je lui souris et retire délicatement sa culotte.
— Oh bébé, t’es si douce, murmuré-je après avoir posé ma langue sur sa fente.
— Continue, m’implore-t-elle.
J’écarte délicatement ses chairs pour récolter sa liqueur, elle halète, se crispe, j’adore ça.
— Dani !
Elle est sacrément sensible et je m’amuse à l’exciter. Je plonge doucement un doigt, m’assurant qu’elle soit totalement prête, puis un second et ses jambes tremblent déjà. Lorsque je remonte le long de son corps, je vois une pincée d’appréhension.
— Si t’as mal, tu me le dis, d’accord ? lui indiqué-je.
— Oui.
Elle déglutit lorsque je retire mon pantalon de pyjama, laissant sortir mon sexe droit et gonflé.
— T’es sûr que ce n’est pas trop tôt, m’interrompt Yelmani inquiet.
— C’est elle qui nous le dira, n’est-ce-pas, baby girl ? m’assurant encore une fois de sa décision.
— Les gars, je vous en supplie, arrêtez de me voir comme une petite chose fragile, j’ai accouché alors ce ne sont pas vos attributs qui vont me faire mal.
On se regarde en se marrant. Ceci dit, elle perd son assurance quand je pousse ma queue en elle.
— Doucement baby boy.
— Dis-moi si tu veux que j’arrête.
— Non, continue c’est bon, gémit-elle.
Yel vient l’embrasser pendant que je comprime le fond de cette jolie petite chatte. Elle approfondit son baiser excitée. Je peux donc accélérer.
— Regarde-le princesse, lui ordonne-t-il pour qu’elle ne rate rien à notre fusion.
Nos yeux ancrés l’un à l’autre, nous retrouvons notre complicité sexuelle. Je ne tarde pas à me déverser en elle tellement je suis en manque. Au moment de me retirer, elle supplie Yelmani de venir à son tour lui donner du plaisir. Impossible de lui refuser ça, il lui fait délicatement l’amour pendant que je vais voir notre fille.
— T’es si belle mon cœur. Papá t’aime fort.
Bien que je ne sois pas son géniteur, je serai celui qui l’élèvera auprès d’Espe et Yel. Rempli d’un amour inconditionnel, je m’échappe de la chambre pour aller boire un verre d’eau. Je tombe sur Alana et Adil sur le plan de travail de la cuisine dans les bras l’un de l’autre, il semblerait que j’arrive à la fin de leurs ébats et le regard de mon bras droit se pose sur moi.
— Va te coucher galbi[51], je viens te rejoindre, faut que je discute avec Dani.
En passant, Alana me pose une bise pendant que son homme remet sa bite dans son pantalon. Il s’assure qu’on ne soit plus que tous les deux et on va se poser sur la terrasse face à l’océan.
— Je sais ce que tu prépares, me lance-t-il.
— Ah oui.
— Tu me prends pour un con ? Tu t’entraînes comme un acharné comme si tu allais faire ton dernier combat.
— Il est en train de répandre le chaos Adil. Et il a fait trop de mal.
— On est en sécurité.
— Non. Tant qu’il sera en vie, on ne le sera pas.
Il soupire en se frottant le visage.
— T’es père désormais, ta place est auprès des tiens.
— Je sais. Mais mon rôle est de les protéger.
— Je ne te ferai pas changer d’avis, n’est-ce-pas ?
Je lui confirme d’un signe de tête.
— Tu pars quand ?
— Demain, déclaré-je déterminé.
Son corps se raidit et il m’envoie un regard noir.
— Tu comptais te barrer sans moi ? T’es sérieux là ?
— Je veux que tu veilles sur notre famille pendant mon absence.
— C’est du suicide putain !
— Possible.
Je me lève pour mettre fin à la conversation et retourne auprès d’Esperanza qui s’est endormie dans les bras de Yelmani. Il m’assure qu’elle va bien et je peux trouver le sommeil. Au petit matin, l’ambiance est froide entre Adil et moi. Les femmes semblent plus détendues. Ceci dit, Dayana ne lâche pas Luïs, Estrella ne supporte pas d’être dans la même pièce qu’Alana, femme de celui qui a pourri sa vie, mais s’entend très bien avec le reste de la famille, prenant doucement ses repères. Esperanza est entourée de sa mère, Yel et de notre fille, elle ne pourrait pas avoir mieux. Je peux donc partir. Sans un mot, je m’éloigne des miens et vais rejoindre le pilote qui m’attend comme prévu.
— Tu ne partiras pas sans moi Danilo, crache d’un coup une voix.
— Adil, retourne là-bas putain !
— Non.
— C’est un ordre, répliqué-je aussi sec.
— Tu sais où tu peux te le foutre alors.
Il passe devant moi et s’installe à l’intérieur. Ce mec est vraiment chiant quand il s’y met. Face à ma défaite, j’abdique et nous nous envolons pour la Colombie dans le jet sécurisé.
— Donc tu comptes débarquer comme ça, sans armée ? me balance-t-il toujours énervé.
— Ouais en faisant toc toc toc.
— Sois t’es fou, sois t’es dingue.
— Un peu des deux, ricané-je défoncé par l’adrénaline.
À notre arrivée, nous louons une voiture et débarquons à quelques mètres de la propriété de mon oncle qui pullule d’hommes armés.
— Et bien c’est… parti hein, soupire mon bras droit pas très convaincu.
Je m’annonce à la grille gardée. Le type balance directement l’info et le portail s’ouvre devant nous. Pendant que j’avance jusqu’à la maison, Adil vérifie une dernière fois nos armes.
— Putain, c’est n’importe quoi, Dani.
— Fais-moi confiance.
Il lève un sourcil pour me dire qu’il est compliqué de le faire vu ma folie. Une fois le moteur coupé, on est vite entouré par des sbires.
— Je veux voir mon oncle.
— Avance.
On est amenés jusque dans le bureau où cet enfoiré est assis un cigare à la bouche.
— Mon cher neveu et l’amant de ma femme qui reviennent d’entre les morts. Comme c’est étonnant. Cela dit, je n’ai jamais cru en cette histoire d’accident. Un peu trop dramaturge. Tu as encore tellement à apprendre. Bref, que me vaut le plaisir de votre visite ?
— Je veux te faire une proposition Emilio, lui lancé-je.
Il m’indique d’un signe de tête de continuer.
— Un duel, entre toi et moi. Pas d’homme, pas d’arme. Le perdant meurt et si c’est moi, Adil te dira où se trouvent les nôtres.
— Hein ? T’es complètement taré putain ! s’exclame mon bras droit.
Mon oncle se marre face à notre désaccord.
— T’as toujours été trop sanguin Dani, tu ne réfléchis pas. Regarde-toi, tu me proposes quelque chose qui ne tient pas debout.
— Bats-toi contre moi.
— Pourquoi ferais-je ça ?
— Pour prouver que tu n’as pas peur de moi et du monstre.
Je le provoque et ça fonctionne.
— Je ne crains personne. Tu veux un dernier combat ? Je t’accorde cette dernière volonté. Seulement toi et moi.
— Oui.
Il sourit et retire son arme de son holster.
— Donc lui ne sert à rien.
Je n’ai pas le temps de comprendre, qu’Adil s’effondre avec un trou entre les deux yeux.
— Non ! Pourquoi t’as fait ça ! hurlé-je devant la mort soudaine de cet homme qui a tant fait pour moi. Mon cœur se brise.
Les yeux de celui qui a été comme mon père fixent le plafond et le liquide rouge coule de son front. Je n’ai pas eu le temps de lui dire au revoir et ma peine ne fait qu’accroître la rage en moi.
— T’es qu’un sale enculé ! m’époumoné-je par la douleur.
Ma colère se mélange à ma tristesse, mais je dois reprendre le dessus désormais, c’est une question de vie ou de mort.
— Franchement, t’es pas très malin, tu viens de tuer la seule personne qui pouvait t’amener au reste de la famille.
Emilio recule puis se reprend.
— Non, ils sont tous morts. Tu devrais écouter les informations, réplique-t-il avec ironie pour ne pas perdre la face.
— Pas tous... tu es encore en vie et les triplés aussi. Je pourrais te les prendre voir même les tuer sous tes yeux avant de t’arracher la pierre qui te sert de cœur.
— Ils ne te suivront jamais, ils ont été très bien éduqués. Et tu es incapable de les tuer, tes menaces ne tiennent pas debout Danilo.
Et il a raison. J’aime Andrés, Malia et Lana comme des frère et sœurs. Ce n’est pas de gaieté de cœur que j’ai dû les abandonner. Malheureusement; ils n’accepteront jamais de s’opposer à leur père. Je les ai perdus définitivement.
— T’es si prévisible et faible, clame mon oncle d’un ton moqueur.
À bout de nerf, je me jette sur lui sans réfléchir. On échange quelques coups sans retenue puis nos corps se préparent au combat et aux diverses prises qu’on connaît par cœur. Projetés par nos forces à l’extérieur du bureau, nous atterrissons dans le hall principal. Les hommes d’Emilio me braquent mais il intervient immédiatement.
— Vous vous barrez ! Tous ! C’est entre lui et moi. Dégagez ! hurle-t-il.
Son point faible a toujours été son ego. L’honneur est important dans cette famille et c’est exactement ce que je voulais. Je n’avais pas imaginé par contre qu’il tuerait Adil, mais je dois mettre ça de côté pour le moment et en finir. Lorsqu’on veut anéantir une mauvaise herbe, il faut arracher la racine principale. Et je compte bien anéantir cet enfoiré. Déterminé, je fonce sur lui, mettant à exécution ce que j’ai appris depuis des années. Mon dos s’explose contre une des poutres en marbre, puis ce sont mes reins qui s’éclatent contre les marches. Je tente de me relever mais la douleur me scie les jambes. Je repense à tout le mal qu’il a fait et trouve le courage de me remettre debout même si ma souffrance est immense. Seulement, il m’assène d’autres coups qui sont en train de m’achever. Je pensais que le monstre prendrait le relais, que j’aurais le dessus mais je suis forcé de constater que j’ai encore beaucoup à apprendre.
— Je te l’ai pourtant déjà dit de ne pas me défier mais tu n’écoutes jamais.
— Va… te… faire…
Son visage juste au-dessus de moi, il comprime ma gorge avec son avant-bras. C’est fini pour moi dans cette position je n’ai plus aucune chance. Le bourdonnement s’installe dans mes oreilles et son regard se dirige derrière moi. Le sang comprime ma tête qui est sur le point d’exploser puis il me relâche. Pris de quintes de toux, je reste quelques secondes par terre pour retrouver ma respiration.
— Putain t’es qui toi ! s’offusque d’un coup el dragón, alors qu’un mec vient de débarquer dans la maison en moto.
À l’extérieur tout flambe. Le motard descend de sa bécane. Mes yeux ont encore des taches noires quand le type retire son casque.
— Non c’est impossible, bafouille Emilio qui semble avoir vu le diable en personne.
— Comment vas-tu mi hermano ?
— Matt ? s’interroge mon oncle ahuri.
— Papá ? me décomposé-je choqué devant les traits abîmés de mon paternel.
— En chair cramée et en os. Alors comme ça on ne m’invite pas à la petite sauterie ?
Emilio est sans voix. Moi je regarde le fantôme avancer comme si j’étais désormais spectateur de ma vie.
— Putain comment t’es en vie… merde, tu m’as manqué sale con ! craque mon oncle qui vient prendre mon père dans ses bras.
— Je suis là, répond papá en me fixant alors qu’il enlace le dragon.
Son regard perçant laisse place doucement à la folie. Il serre un peu plus et sourit alors qu’un craquement résonne.
— Tout va bien, laisse-toi aller, chuchote-t-il à l’oreille de l’autre enculé qui s’effondre.
— Ma… té… o… qu’est… ce… que… tu… m’as… fait ?
— J’ai déplacé tes cervicales, tu ne vas plus pouvoir bouger mais tu ressentiras tout. Carlos, notre père, m’avait appris ça, c’est cool hein ?
Il s’assoit contre un mur, emmenant contre lui mon oncle paniqué qui tente d’appeler à l’aide.
— Tu m’excuseras mais j’ai un peu tué tes hommes. La sulfateuse est très efficace et ne fait pas de bruit c’est dingue ou alors c’est la détonation des explosifs qui a couvert les bruits. Vous n’avez rien entendu ?
Je fais non de la tête sans savoir quoi dire.
— Ouais l’adrénaline, ça peut parasiter l’ouïe. Bon, tu comptes me regarder encore longtemps comme ça ou tu viens en finir ? Ce n’est pas que je m’ennuie hein, mais bon j’ai dix ans à rattraper, fils.
— T’es… réel ? l’interrogé-je toujours choqué.
Je dois rêver c’est pas possible.
— Demande-lui.
Emilio est au bord de la convulsion et une flaque d’urine apparaît sous lui.
— Bon… tiens, tu vas prendre ça, m’ordonne mon père en me donnant le poignard que j’ai reçu à mes dix-huit ans.
Encore fébrile, j’obéis sans réfléchir.
— Tu vas enfoncer doucement la lame sous son nombril.
Le regard de mon oncle s’affole.
— Chut, ça va faire mal mais pas autant que lorsque tu as fait éventrer ma femme pour lui prendre notre bébé. Aller chercher Stefano pour faire le sale boulot, franchement c’est décevant mon frère, ceci dit ça t’a filé un bon alibi je dois le reconnaître.
— Comment… tu… sais, articule difficilement Emilio.
Mon père ricane.
— Parce que je suis dieu et que rien ne m’échappe. Bon, aussi, car j’ai des hommes très professionnels qui savent fouiner. Ça été un sacré puzzle, t’es sacrément bon, mais pas assez.
Il soupire pour reprendre son souffle puis continue.
— Je ne voulais pas y croire quand j’ai su ce que tu faisais. Mais tu viens de tout confirmer, sale enfoiré. Putain, comment as-tu pu me faire ça ? crache-t-il haineux.
— Elle… nous… séparait. Je t’aime… mon frère.
— Moi aussi, mais je l’aime bien plus. Et, t’aurais pas dû t’en prendre à mes enfants, erreur fatale frérot. Allez fiston, m’encourage-t-il en montrant l’arme dans mes mains.
Il me suffit de me rappeler de cette nuit-là pour ne plus hésiter. J’enfonce la lame et regarde la douleur s’afficher sur le visage de l’assassin de ma mère. Et désormais, tout me revient. Les cris, les larmes, le sang… La femme qui récupère ma soeur ! Putain, comment j’ai pu oublier ça ?
— Maintenant, tu remontes lentement sur cinq centimètres. Tout va bien mi hermano, tu vas juste vivre ce qu’elle a vécu, tu vas voir c’est une souffrance terrible. Stop Dani, ça suffit. Admire ton travail, regarde-le combattre la mort. Maintenant, glisse ta main dans l’ouverture et fouille-lui les tripes.
J’observe mon père qui semble s’apaiser au fur et à mesure où nous éradiquons le mal. Je plonge dans les entrailles et malaxe ce que je sens sous mes doigts. Si d’habitude je n’aime pas le sang, là je me soulage des années de dictature.
— Arr…
— Emilio, reste encore un peu avec nous, t’es plus fort que ça quand même. Sors-lui ses intestins, mais doucement, faut pas qu’il meure.
Je ne sais pas ce qu’il a prévu mais je suis chacune de ses paroles et les cris de douleur emplissent la pièce.
— Allez ouvre ta bouche mon frère, bien grand.
Je comprends où il veut en venir et lui confie les intestins qu’il enfonce dans la gorge de cet enfoiré de dragon. Son cou enflé, l’empêchant de respirer pendant que le sang gicle de son abdomen. Il a un dernier spasme et puis son corps se ramollit. J’ai cependant toujours l’impression d’être dans une bulle avec celui qui m’a tant manqué.
— T’es vraiment là ? demandé-je à ce fantôme bien réel.
— Ouais, c’est fini, baby boy, tout est terminé.
On délaisse le cadavre à nos pieds et on se prend dans les bras. Il porte le même parfum et j’éclate en sanglots.
— Faut qu’on bouge Dani, on se fera des câlins plus tard.
— Papá… il reste Andrés, je ne sais pas… je ne l’ai pas vu et…
Il serre ses mâchoires et je redoute le pire.
— Les flics ont débarqué au Céani, il a été arrêté.
— T’as… appelé la police ?
— Si je ne règne plus ici, ce n’est pas pour qu’un merdeux le fasse à ma place. T’inquiète, il sera bien en taule, il aura peut-être un peu mal au cul mais bon, je n’allais pas le tuer, c’est un gosse.
J’ai mal de devoir abandonner celui qui a été comme mon frère mais il a tellement vrillé qu’il m’est impossible de l’emmener sur l’île, ça serait trop dangereux. Avant de partir, je m’arrête devant le bureau où le corps d’Adil repose.
— Il l’a abattu comme un chien.
— Adil connaissait le risque de se taper Alana. Il t’a accompagné jusqu’au bout et je lui en serai éternellement reconnaissant. Je ferai rapatrier son corps mais là faut qu’on se casse Danilo.
Je suis complètement abasourdi lorsqu’il me fait monter sur sa moto. Collé à lui, j’essaye de retrouver mes esprits. Tel un robot, je monte dans le jet et mon père passe un appel en donnant quelques indications sur ce qu’il veut. Je n’écoute qu’à moitié et la tête commence à me tourner.
— Eh, fiston, assieds-toi, c’est beaucoup pour toi.
Je regarde mes mains pleines de sang et il passe un linge humide dessus pour les nettoyer.
— Pourquoi t’es pas revenu avant ? lui lancé-je d’un ton plein de reproches.
Il s’affale sur le fauteuil en cuir tout en s’essuyant à son tour. Il soupire et ouvre une bouteille de champagne. J’hallucine.
— Papá ! Explique-moi putain !
— Pour te la faire courte, j’étais en pleine cuisson quand Luïs a débarqué car ce sale con avait capté mes intentions. Ceci dit, il triche, il avait une mémé voyante. Ensuite bah…il m’a foutu à l’hosto, j’ai passé six piges dans le coma et… je me suis réveillé. Voilà.
— Donc ça fait quatre ans que tu aurais pu revenir mais tu ne l’as pas fait.
Il me fixe puis pose la bouteille.
— Non je ne pouvais pas, j’ai dû déjà avoir envie de vivre, ça m’a pris un peu de temps, ensuite j’ai dû tout réapprendre, même à pisser. Et ça prend pas quelques jours, figure-toi. Je refusais que tu me vois comme une loque. Mais quand Luïs m’a rapporté ce que t’as subi, j’ai mis les bouchées doubles. Et quand j’ai su pour ta sœur, bah ça m’a foutu un sacré coup de pied au cul.
— Tu es au courant que… depuis peu alors ? Comment est-ce possible ?
— Bah disons que Luïs a temporisé, tu le connais, hyper protecteur, il a toujours essayé de m’éviter des contrariétés parce qu’il savait que je serais capable du pire si on touchait à mes enfants. J’étais encore trop faible pour me déplacer, mais il a fait du sacré bon boulot, je dois le reconnaître.
— Comment t’as su que j’étais chez Emilio ?
— D’après toi ?
— Luïs.
— C’était stupide Danilo de te barrer sur un coup de tête.
Non mais je rêve, il va m’engueuler !
— J’ai fait comme je pouvais figure-toi !
— Tu t’es surestimé fils, tonne-t-il sévèrement.
— Je pensais que…
Je cherche les mots sans que ça ne vienne.
— Tu croyais que t’allais faire sortir le monstre. Ce n’est pas toi qui le contrôle, c’est lui. Ne l’utilise pas comme une arme, c’est ce que voulait ton oncle.
— En attendant, tu étais bien content que le monstre finisse le boulot.
— Ouais, j’ai adoré, c’était des sacrées retrouvailles et puis t’as vu sa tête quand il m’a vu…
— Papá !
— Il a cru voir un fantôme et quand j’ai senti ses vertèbres craquer, putain ça m’a fait un bien fou, tu n’imagines pas c’était…
— PAPA ! Stop ! Tu t’amuses peut-être mais pas moi. On a perdu Adil et… putain je ne suis pas comme ça. Je ne veux plus tuer, ni faire du mal. Je n’en peux plus papá.
Il sort de sa transe et se lève pour me prendre dans ses bras. Contre lui, je me laisse aller en pleurant toutes ces années de merde, comme le gamin que je suis.
— Je te demande pardon Dani, j’ai foiré. Mais je te jure que plus jamais je ne te laisserai. Je suis là, baby boy.
Enfin il me donne ce dont j’ai besoin. Quelques mots d’amour qui apaisent dix ans de souffrance.
— Je t’aime papá.
— Mismo mon fils.
Pendant des heures nous discutons. Il arrive même à me faire rire et c’est bon de le retrouver. Je lui raconte pour moi et Espe puis Yel, notre petit ange et notre décision de s’aimer à trois. Pendant le reste du trajet, mon père parle avec le pilote de son envie de réapprendre à voler. Puis enfin la descente se fait. Je n’ai qu’une envie, c’est de retrouver les miens aux côtés de mon père. Parce qu’il est là, près de moi, merde je n’en reviens pas.
— Bon bah c’est parti hein, soupire-t-il en sortant.
Même s’il ne le dit pas, il appréhende son retour dans le monde des vivants. Et ça ne rate pas, lorsqu’on débarque dans la maison, un silence s’installe net. Alana fait tomber le bol qu’elle tenait, posant sa main sur sa bouche sous le choc.
— Matéo ? C’est toi ? Comment…
Esperanza est sans voix elle aussi et s’approche de mon père tremblante.
— Tío…
— Salut.
Si son visage est le même, son cou est totalement brûlé. Ceci dit, ça le rend encore plus charismatique. Espe le dévisage puis lui sourit avant de se jeter dans mes bras.
— J’ai tellement eu peur, ne me refais plus jamais ça, Dani.
— Promis.
Pendant qu’on se retrouve, mon père s’avance vers ma sœur et tombe à genoux devant elle.
— Mon étoile… tu lui ressembles tellement.
Mais elle ne le connaît pas et recule apeurée.
— Qui êtes-vous ?
Sans le vouloir elle le blesse mais comme dans son habitude il tourne ça à la dérision.
— Et bien pour tout le monde je suis dieu mais tu peux m’appeler papá, enfin si t’en as envie.
— Mon père est mort, ajoute-t-elle choquée.
— Pas vraiment, vu que je suis là mais… je comprends que ça puisse être bizarre.
Elle s’approche de lui et vient toucher ses cicatrices dans son cou. Il ne dit rien et le temps semble s’arrêter. Une larme roule sur ses petites joues et il vient lui effacer.
— Mon étoile c’est papá, viens.
— Pa… pa.
Après plusieurs secondes à le sonder, c’est comme si leurs instincts se reconnectaient. Puis… elle se jette dans ses bras. Les larmes perlent sur son doux visage et mon père fourrage sa crinière de lionne. Il retrouve un peu de mamá en sa fille. Estrella se met à hurler de rage ou de bonheur, je ne sais pas trop, elle évacue toute cette tension trop longtemps contenue. Papá la respire, la serre fort contre lui.
— Viens Dani, me demande ce dernier alors qu’il s’effondre au sol.
Je les rejoins pour ce moment de communion. C’est dans les pleurs que nous nous retrouvons. Tous les trois à jamais ensemble, ainsi le destin en a décidé. La vie nous offre une seconde chance avec le retour de notre père et nous nous devons de prendre soin de notre famille désormais réunie.
— Où est Adil ? surgit la voix tremblante d’Alana.
Le nom de mon bras droit nous ramène à une réalité difficile. Alana nous regarde et je n’ai pas les mots. Pas besoin, elle comprend et se brise sous nos yeux. Mon père la rattrape en lui chuchotant de quoi apaiser son âme brisée. Après plusieurs heures à pleurer l’homme qui m’a fait survivre dans ce monde de violence, nous pouvons désormais nous reconstruire avec les blessures de nos vies.
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