Trafic (Tome3) (French Edition)
Chapitre 24
L'ombre du manque
[Esperanza]
En larmes dans mon lit, je ne peux accepter le départ de Dani. Il est parti, m’a abandonné au profit de Dayana. Cette fois-ci tout est clair, il l’a choisie, elle et pas moi. Il ne reviendra plus, j’en suis persuadée. Je lâche prise et laisse toute ma détresse évacuer mon corps. Comment pouvait-il accepter cette chose dans mon corps ? J’aurais dû m’en douter. Maintenant il me déteste.
— Tout ça c’est de ta faute ! hurlé-je en essayant de balancer des coups dans mon ventre.
Alerté par mes cris, Adil entre dans ma chambre et se jette sur moi pour m’empêcher de me faire du mal.
— Arrête ça Esperanza ! gueule-t-il en maintenant mes bras férocement.
Il s’installe dans mon dos et me serre contre lui.
— Pourquoi… pleuré-je désespérément.
— Chut… Espe… Calme-toi, ça va bien se passer.
Il me berce tout en essayant de discuter avec moi, afin d’apaiser mes maux.
— Il ne m’aime pas Adil, il a quitté la maison avec Daya. Je ne suis rien pour lui.
— C’est faux et tu le sais très bien. Dani t’aime plus que sa propre vie.
— Alors pourquoi il n’est pas là, à mes côtés ?
— Je ne peux rien te dire, lui seul t’avouera ses plans s’il le souhaite.
— Tu es complice de sa lâcheté !
Des nausées me secouent et je cours aux toilettes. La tête dans la cuvette, je déverse mon malheur pendant que le bras droit de Dani tient mes cheveux. Je suis exténuée, la fatigue m’emporte et Adil me soulève afin de me déposer sur mon lit. Avant de fermer les yeux et de sombrer dans mes songes, je sens juste le corps et la voix de mamá qui me rassure. Blottie contre elle, le sommeil m’assaille.
Au petit jour, mon pincement au cœur est toujours présent. J’ai l’impression que l’on m’arrache une partie de moi-même. Son départ me ravage. J’agrippe mon téléphone pour le joindre mais il ignore mes appels car je tombe systématiquement sur son répondeur. Il m’en veut terriblement, j’ai tout gâché. Ma vie sans lui n’a plus de sens, Dani est mon pilier depuis toute petite. Quoi qu’il se passe, on se retrouve toujours. Je prie notre seigneur pour qu’il me revienne, qu’il comprenne que lui et Dayana ne sont pas faits pour être en couple. Et si je l’ai perdu alors il ne me restera rien. Je patienterai jusqu’à ce que son amour pour moi le guide à mes côtés. Même si je dois me contenter du rôle de la maîtresse mal aimée. C’est mérité, je suis prête à subir la sentence du manque d’amour que je lui ai porté. Il m’a abandonnée, car j’ai été incapable de lui démontrer mes sentiments. Forcément, il choisit la facilité de celle qui se jette à ses pieds. Pourtant personne ne sait comme mon cœur crève et se resserre. Pris en étau, il saigne par cette sentence infernale. Je ne pense qu’à lui, il accapare mon esprit, me transcende l’âme. Tel un véritable zombie, je quitte ma chambre, lunettes de soleil sur les yeux, je me dirige vers la cuisine, où la domestique prépare le petit déjeuner. Fruits et pancakes, c’est tout ce dont je suis capable d’avaler.
— Salut sœurette, comment te sens-tu ? questionne Andrés qui me rejoint.
— Je vais bien, dis-je consciente de mon mensonge.
— Tu n’es pas vraiment une veuve éplorée ! On dirait que la mort de Lorenzo ne t’affecte pas.
— Pardon ?! De quoi parles-tu ?
— Ton mari, son avion qui s’est écrasé ? Allo la lune ici la terre, Houston vous m’entendez ?
Prise d’un déséquilibre, je glisse au sol, puis plus rien, le calme, le silence, je ne suis plus que liberté, et c’est le trou noir.
Lorsque je me réveille, quelques secondes plus tard, le regard de mamá me percute.
— Esperanza, dios mio, tu es revenue parmi nous.
— Lorenzo ? interrogé-je à l’ouest.
— Chut mi hija[45], tu n’as plus besoin de t’en faire.
Des bras forts me soulèvent et mon regard croise celui de papá qui est glacial. Je ne déchiffre aucune émotion sur son visage. Très charismatique, il reste secret. J’entends juste mamá disputer mon frère, pour son manque de tact. On me ramène dans ma chambre et trente minutes plus tard Anna-Maria vient m’ausculter, puis écoute le cœur du bébé.
— Ce petit être qui grandit est agrippé solidement à sa maman. Il est là Esperanza, tu dois l’accepter. Ce bébé s’accroche à la vie, m’annonce-t-elle soulagée.
— Je veux Dani, c’est tout ce que je souhaite.
— Je suis désolé Espe, ils sont partis tous les deux sans un mot. Je n’ai aucune nouvelle de ma fille et c’est très dur pour moi autant que pour toi.
— Pardonne-moi Anna-Maria, je me plains sans arrêt, sans penser à la douleur des autres.
— Ne pleure pas ma puce, accepte ton sort, c’est le plus beau cadeau du monde.
J’acquiesce chamboulée. Tout ce dont j’ai besoin c’est de Danilo. Je ne me vois pas élever ce bébé toute seule et sans lui. À ses côtés je trouverais la force d’avancer et d’accepter ce petit être qui pousse en moi. Mamá nous rejoint et vient s’asseoir. Elle sourit lorsqu’elle entend le cœur du bébé battre. Un frisson me parcourt l’échine, c’est la première fois que je prends le temps d’écouter ce minuscule bout de moi et une douce chaleur s’installe sous ma peau. Ma mère m’observe avec bienveillance et quand Anna-Maria a fini, elle pose une main sur ma joue et vient déposer un baiser sur mon ventre.
— Tout ira mieux maintenant Esperanza. Tu ne crains plus rien, Lorenzo a péri dans un accident d’avion.
— Je…
— Chut, ne dis rien et repose toi ma fille.
Je ne peux plus retenir les larmes qui s’échappent. C’est un bouleversement pour moi. Même si je le fuyais, j’ai passé plusieurs années à essayer de m’attacher à lui, à tout faire pour que ça fonctionne entre nous. Mais j’avais beau y mettre tous les efforts du monde, je n’étais qu’un trophée qu’il affichait fièrement en public alors qu’en privé, je n’étais qu’une moins que rien. J’ai tenté de le comprendre, espérant un changement, plusieurs fois j’y ai cru, mais son âme était aussi noire que son cœur. Dorénavant je suis seule avec moi-même.
Dix jours se sont écoulés et aucun signe de vie de la part de Danilo. J’ai beau réclamer à Adil son téléphone afin de le joindre, il me le refuse systématiquement. Je suis désemparée, mon quotidien est sombre, mon existence est monotone, triste. Assise au bord de la piscine, les jambes dans l’eau, je pense à tout ce que j’ai traversé depuis ces dernières semaines et une larme m’échappe.
— Te voilà tranquille frangine, tu as eu ce que tu voulais, ton mari est mort et enterré définitivement, déclare Malia une de mes sœurs.
— Je n’ai pas souhaité son décès.
— Arrête Esperanza, tu mens comme tu respires. Tu avais tout pour être heureuse mais tu as encore fait un caprice d’enfant et une nouvelle fois mamá a volé au secours de sa petite protégée. C’est pitoyable !
— Je ne te permets pas de me juger ! Tu ne sais rien de tout ce que j’ai pu endurer ! m’écrié-je en me relevant.
— Malia ! Ça suffit ! Laisse-la tranquille, déclare papá qui nous rejoint.
Ma cadette obtempère et s’en va en bougonnant.
— Merci, chuchoté-je à mon père en fixant ses obsidiennes.
— Tu as semé le chaos dans cette maison Esperanza. La mort de Lorenzo perturbe mes affaires et je dois me rendre en Italie de toute urgence. Quand je rentrerai on aura une discussion. Il est temps d’assumer tes responsabilités !
— Mais… papá… je…
— Stop ! Je ne veux plus rien entendre.
Il met ses lunettes de soleil, répond à un appel sur son portable avant de quitter les lieux. À fleur de peau, je m’allonge sur le lit d’extérieur prête à faire une sieste quand Adil vient perturber mon sommeil.
— Désolé, je ne souhaitais pas te réveiller.
— Ce n’est rien et Dani ?
— Il… Je peux rien te dire Esperanza, je suis désolé… soit juste patiente.
— C’est difficile, j’ai le sentiment d’être incomprise, mal aimée.
— Dani est fou de toi, ne dis pas de bêtises.
— Alors où est-il ? Pourquoi a-t-il disparu avec Daya ? Pourquoi suis-je seule ici ?
— Je n’ai pas l’intention de t’en parler.
— Alors fiche moi la paix ! Tu as compris ! Dégage ! hurlé-je lassée et fatiguée.
Mon cœur saigne et une nouvelle fois je m’effondre. Je ne sais que penser de tout cela. C’est si compliqué.
À la nuit tombée, alors que j’observe le ciel et ses étoiles, une voiture pénètre dans notre propriété et Adil sort dehors. Mon cœur tambourine et si c’était lui ? Et s’il rentrait à la maison ? La portière s’ouvre et mon vœu est exaucé. Danilo apparaît tout sourire et enlace son bras droit. Vêtu d’un t-shirt noir et d’un jean bleu nuit, on dirait qu’il a perdu quelques kilos. Est-ce une bonne impression ou est-ce parce que j’ai été plusieurs jours sans le voir ? Les larmes affluent sur mes joues et comme s’il percevait mon désespoir, il hausse son visage et pose son regard dans le mien. Il est tellement beau mais je ne peux maintenir notre contact plus longtemps. L’amertume me gagne et la jalousie me ronge. Je rentre dans ma chambre et me couche sous les couvertures espérant que Dani me rejoigne mais il n’en fait rien et c’est la solitude qui accompagne mon sommeil.
Au lever du jour, je n’aspire qu’à le croiser mais il s’est envolé. Aucun signe de lui dans la cuisine, ni dans le salon, ni même dans le jardin. Je m’installe à table pour le petit déjeuner, quand mamá arrive tout sourire avec Adil dans son dos. Ces deux-là ont profité de l’absence de papá pour s’aimer toute la nuit. Parfois je me dis que si ma mère choisissait la fuite, son quotidien serait plus joyeux. Se préoccuper d’elle et de sa vie au lieu de se sacrifier pour nous. Comment fait-elle pour rester depuis autant d’années avec un homme qui la méprise ?
— Bonjour ma chérie, comment te sens-tu aujourd’hui ?
— J’ai connu des jours meilleurs, balancé-je tristement.
— Tout va s’arranger, déclare Adil.
— S’il le souhaitait vraiment, il serait venu me voir hier soir.
— Laisse-lui du temps hija.
Je termine mon repas et me dirige vers ma douche, puis mon dressing où je passe une des robes que j’ai ramenée d’orient. Il n’y a bien que dans ce tissu que je me sens belle et déterminée. Je coiffe mes cheveux dans un chignon et laisse quelques mèches balayer mon visage. Dani doit comprendre qu’il perd gros à rester éloigné loin de moi.
Lorsque je retourne rejoindre mamá et Adil dans la cuisine, c’est avec une mine radieuse qu’elle m’accueille.
— Qué bonita[46] Esperanza.
— Et bien, si avec ça il ne craque pas, c’est que mon boss est un vrai con, s’amuse Adil.
— Qui est con ? résonne la voix de Danilo qui pénètre dans la cuisine par la porte extérieure.
— Toi, ajoute son bras droit.
Le regard de mon cousin se pose sur moi et un sourire timide apparaît sur son visage. Je suis incapable de ne pas lui rendre. Perdue dans ses deux billes azur, je ne le vois pas m’approcher. Ce n’est que lorsqu’une de ses mains se pose sur ma hanche, que je percute.
— Faut qu’on parle baby girl, chuchote-t-il au creux de mon oreille.
Il saisit délicatement la base de mon poignet et m’entraîne avec lui sur le lit d’extérieur dans le jardin. Il s’assoit au bord de celui-ci et m’installe sur ses genoux. Mal à l’aise, je tente de m’écarter mais il me maintient fermement en place.
— S’il te plaît Espe, reste et écoute-moi.
— Pourquoi es-tu parti Dani ? Tu m’as abandonnée, sans rien chercher à comprendre.
— Je suis désolé, j’ai été lâche, jaloux, ma fierté a parlé pour moi.
— Tu as couché avec elle ? sifflé-je hargneuse.
— Non !
— Tu l’aimes ?
— Non !
— Explique-toi !
— Ton père souhaitait faire de Daya sa pute, son objet, qu’elle lui donne d’autres enfants. J’ai profité de la mort de Lorenzo pour la mettre à l’abri. Elle est loin, très loin d’ici à l’heure qu’il est. Je devais m’opposer à ses plans. Tout le monde pensait que l’on était destinés à être ensemble, se marier, fonder une famille. Sauf que, oui nous avons grandi ensemble, oui on a partagé des plaisirs charnels, mais ce n’est pas de Daya dont je suis amoureux, c’est de toi baby girl. Je l’ai compris trop tard et j’en suis désolé. Quand tu es partie en Italie, je pensais que c’était un mal pour un bien, cependant lorsque tu es revenue, j’ai su que ce serait toi et pas une autre. Parce que ça a toujours été ainsi. Putain ! J’ai été tellement con ! J’aurais pu t’épargner toutes ces années de malheur, t’offrir ta première fois. Esperanza si je n’avais pas été si jeune, tu ne serais jamais partie. Je suis prêt à faire l’impasse sur beaucoup de choses. Quand je t’ai vue tomber dans le vide, j’ai compris que sans toi ma vie n’aurait pas de sens. J’ai merdé, c’est vrai et je ne suis pas à l’abri de faire encore des erreurs, parce que personne n’est parfait. Mais aujourd’hui je sais ce que je veux et c’est toi toute entière.
— C’est la plus belle déclaration d’amour que l’on ne m’a jamais faite, susurré-je en pleurant à chaudes larmes.
— Lorenzo est hors-jeu, il ne reste plus que nous et le père du bébé. J’ai bien vu que tu étais attachée à lui. Tu es sans cesse en train de toucher ton bracelet et je suppose que lorsque tu regardes les étoiles c’est à lui que tu penses. Je ne connais pas ce type, mais on ne sera pas trop de deux pour te protéger. Esperanza, je ne veux que ton bonheur et si celui-ci est de nous avoir lui et moi avec le bébé, alors j’accepte. Nous ne sommes pas une famille normale, donc peu importe le jugement des autres, ce sera ainsi et pas autrement.
— Merci, Dani.
— Et maintenant on va rattraper le temps perdu, décide-t-il en venant happer mes lèvres.
Son baiser est doux, puis ses lèvres se font plus pressantes, plus dures. J’ai soif de lui et il meurt d’envie de moi. J’avance à quatre pattes vers la tête de lit tandis que Danilo abaisse les voilages pour nous cacher de la vue. Mes mains attrapent son t-shirt par le col et le tirent contre ma poitrine. Je veux le sentir au fond de moi, c’est un vrai supplice d’attendre. Il embrasse mon corps en se frottant contre moi pour me rendre folle. Parce que oui, je suis dingue de lui. Mon âme vibre pour cet homme que j’aime tant.
— Dani, Stop, attends.
— Qu’est-ce qu’il y a baby girl ?
— Je t’aime, Danilo.
— Dis-le-moi encore une fois.
— Je t’aime.
— Encore.
Je n’ai pas le temps de lui répéter qu’il plaque sa bouche contre la mienne, alors je lui susurre à chaque fois que je récupère mon souffle entre deux baisers. Il retire son t-shirt, puis son jean et son boxer. À genoux devant lui, j’avale son sexe. J’adore la façon dont il empoigne mes cheveux pour m’imposer son rythme, à la fois doux et brutal. Ma plus belle récompense est d’entendre ses râles plaintifs de plaisir. Il dézippe ma robe et la retire. Une fois nue, ses lèvres cajolent ma poitrine, puis descendent plus au sud en laissant traîner sa salive chaude, de sa langue jusqu’à mon entrejambe qu’il lape. Ma petite boule de chair se gonfle de plaisir tandis que ses paumes malaxent mes seins. Je tire sur ses cheveux pour l’enfoncer plus loin en moi.
— Arrête Dani, prends-moi pitié, le supplié-je à bout.
Je n’ai pas le temps de dire ouf que son sexe s’enfonce sauvagement en moi. C’est tout ce dont on avait besoin, se retrouver, s’aimer. Il me pilonne avec force tandis que je griffe son dos. Nos langues jouent un balai incessant sans aucun répit, étouffant de ses lèvres mes cris d’extases. Nous nous complétons, emboîtés l’un dans l’autre. Je suis bien au paradis. Mon corps se retourne et à quatre pattes je le sens plus féroce, se libérant tel un lion en cage. Danilo est brutal et j’aime ce côté sombre chez lui. Ses testicules claquent contre mes fesses, ses râles rauques se multiplient, prêt à jouir, je le sens gonfler davantage en moi. Alors avant que nos orgasmes nous emportent, je change de position et le domine en me mettant sur lui. J’aime être la maîtresse du jeu moi aussi. La sueur perle sur nos visages, sa main se pose autour de mon cou qu’il serre tout en m’envoyant de puissants coups de bassin. Mes yeux se révulsent, mon vagin le serre alors que son membre grossit puis le tourbillon nous emporte loin tel un ouragan qui dévaste tout sur son passage, nous jouissons à l’unisson. C’est l’extase.
— Je t’aime baby girl.
— Je t’aime baby boy.
En cet instant, l’un contre l’autre, ma tête posée sur son torse, je sais que ma place est ici, au creux de ses bras qui m’enlacent.
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