… Et avec votre esprit

Alexis Laipsker · Chapitre 11 sur 57

Pages du PDF

… Et avec votre esprit

Chapitre 12

– 12 –

 

Cannelle Pourson était satisfaite. Un important dispositif avait été déployé par la police et la gendarmerie entre Nancy et Strasbourg, un avis de recherche avait été lancé dans tous les services et le signalement de Stanislas Frelet, communiqué aux médias. Pour autant, le lien avec le meurtre du professeur Toussant n’avait été dévoilé à personne. Il ne s’agissait pour l’instant que de retrouver un fuyard.

Elle venait de s’entretenir au téléphone avec le procureur qui l’avait félicitée de la rapidité avec laquelle cette opération avait été dirigée, louant ses qualités d’organisation et de coordination. Elle avait été obligée de faire la modeste – quel bonheur ! – en lui rappelant que l’affaire n’était pas encore bouclée et qu’il restait à apporter la preuve de la culpabilité de Frelet. Et, avant tout, à lui mettre le grappin dessus.

C’était le type de dossier qui facilitait l’essor d’une carrière, elle le savait. Démanteler des réseaux de cambrioleurs, arrêter des braqueurs, des trafiquants ne menait pas bien loin. Tandis que cette enquête, c’était sans doute la chance de sa vie. Le procureur de la République et les médias avaient les yeux rivés sur elle, c’était une occasion incroyable et elle était sur le point de la saisir à pleines mains.

Elle jeta un coup d’œil au petit cadre posé sur son bureau. Ses deux enfants riaient aux éclats. Le cliché avait été pris lors de leurs vacances au ski, à Val Thorens, cinq ans plus tôt. Même si son ex-mari figurait également sur la photo, c’était sa préférée. Elle lui rappelait des jours heureux. Le temps avait joué son rôle, balayant quelques certitudes, laissant parfois une saveur amère.

Après le divorce, elle avait sombré dans la facilité en se jetant dans les bras de son premier amour : son travail. Un amant insatiable qui ne posait pas de questions, auprès de qui elle n’avait pas à se justifier et qui ne la quitterait qu’à une date déterminée d’un commun accord. En divorçant, elle n’était pas redevenue célibataire, elle était devenue divorcée. La distinction n’échappait à personne et surtout pas à elle.

Elle mit peu à peu sa vie amoureuse entre parenthèses. Non qu’elle fût dépourvue de charme, mais elle avait la désagréable sensation de jouer un rôle chaque fois qu’elle se trouvait en compagnie d’un homme. Elle avait eu quelques aventures, décousues, sans logique. Sans lendemain. Mais, elle en était convaincue, des jours meilleurs étaient à venir.

Elle était perdue dans ses pensées lorsque la sonnerie du téléphone la ramena à la réalité. C’était un numéro interne, provenant du standard centralisé du ministère de l’Intérieur.

– Allô ?

– Commissaire Pourson ?

– Oui.

– Bonjour. Je m’appelle Simon Vairne, je suis lieutenant à la DGSI.

– Bonjour.

– C’est bien vous qui dirigez l’enquête sur l’homicide du professeur Georges Toussant ?

– C’est moi, en effet.

– Pourriez-vous me transmettre le dossier, s’il vous plaît ?

– Pour l’instant, il est en cours de constitution. Nous attendons les rapports de tous les services impliqués.

– Je vois. Vous pouvez m’en parler dans les grandes lignes ?

– Georges Toussant a été assassiné dans son laboratoire la nuit du 7 janvier. Il a reçu de nombreux coups au crâne et…

Pourson s’interrompit, consciente que les informations qu’elle s’apprêtait à révéler étaient confidentielles.

– Je dois absolument pouvoir compter sur votre discrétion, reprit-elle, car les détails que je vais vous donner n’ont pas été communiqués aux médias ni à qui que ce soit d’autre.

– Entendu. Je ne dévoilerai rien.

– Son cerveau a été volé.

Il y eut un silence.

– Quoi ? demanda le lieutenant Vairne, incrédule.

– Le meurtrier l’a frappé au crâne, puis s’est enfui après lui avoir arraché le cerveau.

Il y eut un nouveau silence, plus long que le précédent. Ce fut Pourson qui le rompit.

– Par ailleurs, on a découvert dans la bouche de Toussant un dessin représentant une forme géométrique que nous ne sommes pas parvenus à interpréter pour le moment. Il s’agit d’une sorte de symbole.

– Un symbole ? Qui représente quoi ?

– Un entrelacs de cercles, avec le chiffre 7. C’est assez difficile à décrire par téléphone.

– Vous pourriez m’envoyer une photo par MMS ?

– Bien sûr. Cela dit, j’ai une équipe entière qui planche déjà dessus.

– Vous me tenez informé si vous avez du nouveau sur ce symbole ?

– Très bien. Mais pourquoi vous me demandez tout ça, lieutenant ?

– Eh bien, j’enquête de mon côté sur un scientifique qui a disparu à Lyon. Plus le temps passe, plus j’ai le sentiment que les deux affaires sont liées.

– Qu’est-ce qui vous fait croire ça ?

– Je ne sais pas. Rien de bien concret, je l’avoue. Je me dis que deux savants impliqués simultanément dans un fait divers, c’est une drôle de coïncidence.

– Il a été tué ?

– Non, non. Enfin, j’espère que non ! Il a juste disparu.

– Un homme se fait tuer à Strasbourg, un autre disparaît à Lyon, c’est mince comme lien !

– Ce sont tous les deux des scientifiques de très haut niveau.

– Oui, mais quand même.

– Vous avez raison, concéda-t-il, sa voix perdant en assurance. Je sais que c’est mince, mais je veux explorer toutes les pistes. J’ai fouillé son appartement, je me suis rendu à son bureau sans rien trouver. C’est pourquoi je me tourne vers vous.

– Je dois vous avertir qu’un mandat d’arrêt a été délivré au nom de Stanislas Frelet. Il est fortement soupçonné du meurtre du professeur Toussant. Il s’agit d’un psychopathe qui s’est échappé de l’hôpital psychiatrique de Nancy la veille du meurtre et qui présente de nombreux points de concordance avec le profil du tueur que nous avions dressé.

– Ah bon ? Donc, c’est une affaire résolue ?

– Pas tout à fait, mais j’ai bien peur qu’elle n’ait aucun rapport avec votre enquête.

Elle entendit un soupir à l’autre bout du fil.

OceanofPDF.com