… Et avec votre esprit

Alexis Laipsker · Chapitre 25 sur 57

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… Et avec votre esprit

Chapitre 26

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Fermement convaincus qu’un scientifique aurait dû disparaître entre le 26 décembre et le 3 janvier, Marion et Simon décidèrent d’explorer cette piste. Un trou de neuf journées en plein milieu d’une série d’enlèvements parfaitement cadencés, ce n’était pas innocent.

Ils avaient commencé par consulter le fichier de la police judiciaire qui consignait les disparitions. Ils avaient été aussitôt abasourdis par le résultat : plusieurs centaines de personnes étaient déclarées disparues en France sur la période qui les concernait. Puis, en affinant leurs recherches, ils avaient constaté que plus de 80 % étaient des mineurs soupçonnés de fugue. Et, parmi les 20 % restants, aucun scientifique, hormis Vastine. D’une base aussi large, ils aboutissaient à un résultat nul. Tout ça pour ça !

La consultation du fichier d’Interpol n’avait rien donné non plus.

Cette absence de résultats les conduisit à l’étape suivante, qu’ils redoutaient à cause de la masse considérable de travail qu’elle représentait. Il s’agissait de contacter chaque campus, chaque centre de recherche, chaque laboratoire important pour demander si quelqu’un manquait à l’appel. L’hypothèse qu’un savant puisse disparaître sans que personne ne le remarque ni ne signale son absence n’était guère plausible. Simon l’avait d’ailleurs évaluée à moins de 15 %. Elle reposait sur quelques cas particuliers : une disparition dont les dates coïncidaient avec un départ en vacances, une personne ayant atteint l’âge de la retraite et vivant seule, éloignée de sa famille… Aussi peu probable fût-elle, cette piste méritait d’être approfondie.

Ils s’étaient réparti les tâches et travaillaient chacun dans une pièce distincte, Marion dans son bureau, Simon dans la salle qui lui avait été attribuée, afin de rester concentrés et efficaces.

Ils passèrent ainsi l’un et l’autre plus de trois heures et demie à contacter tout ce que la France pouvait compter d’établissements scientifiques. Répétant, à chaque nouvel interlocuteur, la même série de questions, inlassablement.

Sans succès.

Ayant terminé la première sa part de travail, Marion rejoignit Simon dans la salle de réunion.

– Ouh, il fait chaud là-dedans ! s’exclama-t-elle en s’éventant avec la main.

– Ce sont mes cellules grises. Mon intelligence produit une énergie incroyable.

– Ah bon. J’en déduis que tu as trouvé notre disparu ?

– Tu veux dire le « manquant manquant » ? Non, j’en ai bien peur, déplora-t-il en bâillant. Et de ton côté, quoi de nouveau ?

– C’est fou le nombre de scientifiques en France qui n’ont pas été enlevés !

– L’ironie, c’est qu’on aurait aimé qu’il y ait un kidnapping de plus !

À cet instant, une notification fit vibrer son portable. Simon saisit l’appareil pour vérifier de quoi il s’agissait.

– C’est le laboratoire médical. Ils viennent de m’envoyer les résultats des analyses d’Haineteaux.

– Qu’est-ce que ça donne ?

Il parcourut le document avant de répondre.

– Tu ne devines pas ? Des traces de Valium en faible quantité. Aucune trace d’autre drogue.

– Toujours le même scénario.

– S’il nous manquait une preuve pour les lier tous les quatre, la voilà.

– On fait quoi maintenant ?

– Tu vas voir.

Simon se pencha sur le clavier de son ordinateur. Il tapait très vite, et, après quelques secondes, l’écran affichait une sorte de page d’accueil ne contenant que deux petits rectangles blancs sur un fond bleu pâle. Dans le premier, il tapa son identifiant à la DGSI. Il hésita un instant avant d’entrer le second. Il s’agissait de son code secret à douze caractères. Tous les officiers du Renseignement devaient en apprendre deux par cœur : l’un permettant de consulter normalement le fichier central ; l’autre devait être utilisé au cas où ils se seraient connectés sous la contrainte – en cas de menace de mort, par exemple. L’accès était alors limité à des informations sans importance et l’alerte était aussitôt donnée au siège de la DGSI en même temps que l’ordinateur était localisé. Il ne tenait pas à voir débarquer le RAID.

C’était le bon code.

Une nouvelle page s’ouvrit, tout aussi austère que la précédente. Cette fois, il sortit de sa poche un trousseau de clés auquel était attaché un objet de la taille d’un briquet et équipé d’un petit écran. Cette clé RSA générait aléatoirement un code à six chiffres qui changeait toutes les trente secondes. Il saisit les chiffres qui s’affichaient et les compléta par un autre code à huit caractères qu’il gardait en mémoire. Il avait désormais le fichier du Renseignement français entre les mains.

– Eh ben ! fit-elle, on n’est pas logés à la même enseigne ! Moi, dans mon bureau, ce que j’ai vu de plus sophistiqué, c’est la télécommande de la clim.

– J’ai déjà été agréablement surpris que vous ayez le courant !

– Au lieu de te moquer, dis-moi que tu vas trouver quelque chose.

– Je vais essayer.

Il consulta une série de bases de données dans lesquelles figuraient des informations à propos des personnes recherchées. Ces listes étaient très larges et il filtra les résultats afin d’affiner sa requête. La seule enquête en cours impliquant un savant disparu était la sienne. Autrement dit, personne, en France, n’avait constaté la moindre disparition.

Simon poussa un long soupir.

– Très impressionnant ! dit-elle avec cynisme. Si tu veux, je te prête un Minitel.

– Crois-moi, on n’a pas encore abattu notre dernière carte.

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