… Et avec votre esprit

Alexis Laipsker · Chapitre 18 sur 57

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… Et avec votre esprit

Chapitre 19

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Marion Mastereaux n’aimait pas perdre de temps, aussi avait-elle rapidement pris congé des gendarmes de Bonnieux après s’être assurée d’avoir en sa possession toutes les informations qu’elle jugeait utiles pour avancer seule. Elle avait regagné son bureau à Aix-en-Provence, non sans s’être posé mille questions tout au long du trajet. Il lui restait à interroger le fichier automatisé d’empreintes digitales. Mais elle présageait que cela ne donnerait rien. Les statistiques nationales étaient sans appel : déjà en temps normal, 70 % des relevés d’empreintes ou d’ADN ne menaient nulle part. Et, dans une affaire aussi délicate ayant probablement fait l’objet d’une préparation minutieuse, la recherche d’empreintes était une formalité nécessaire, mais resterait stérile.

Henri Vastine avait disparu sans laisser de traces. Elle se sentait plus impuissante que jamais.

Les gendarmes de Bonnieux lui avaient transmis leur rapport, dont les photocopies jonchaient à présent son bureau. Elle se perdait dans ce fatras, tentant de dénicher une piste.

Bien que manifestement dépassés par les événements et peu habitués à ce type d’investigations, ses confrères de la maréchaussée avaient fait du bon travail. Ils avaient scrupuleusement consigné l’intégralité du compte rendu de l’audition d’Ève Vastine – et leurs questions étaient pertinentes –, effectué une enquête de voisinage, contacté les gendarmeries voisines et invité à les prévenir si le savant réapparaissait.

Malgré le soin apporté à cette enquête, il manquait l’essentiel : le petit détail, l’information en apparence anodine qui pourrait ouvrir une brèche.

Marion Mastereaux était passionnée par son travail et persévérante. Deux qualités qui la conduisaient régulièrement à faire des heures supplémentaires. Alors qu’elle avait terminé son service depuis plus d’une heure, elle était toujours en train d’éplucher ce dossier. La tête appuyée contre son poing, une mèche noire couvrant une partie de son visage, ses yeux très bleus scrutant chacune des lignes du rapport, elle relisait encore et encore ces témoignages qu’elle connaissait déjà par cœur.

À défaut d’être très appréciée dans le service, elle bénéficiait tout de même de la confiance de sa hiérarchie. C’était la raison pour laquelle elle avait obtenu l’autorisation de mener cette enquête librement. À condition toutefois que les résultats ne se fassent pas trop attendre. Sur ce point, elle faisait un pari risqué puisqu’elle avait totalement lâché les affaires courantes pour se concentrer sur cette énigme plus complexe. Le temps jouait contre elle tandis qu’elle ne progressait guère.

Elle demeura à son bureau un long moment, perdue dans ses pensées, parcourant pour la millième fois les déclarations, les rapports, les témoignages.

Puis elle redressa la tête, marqua une courte pause et rangea consciencieusement les feuilles une à une dans leur chemise qu’elle referma et posa devant elle. Elle était résignée. Puisqu’elle n’avançait pas, puisque l’obstacle semblait insurmontable, il lui fallait se résoudre à demander de l’aide.

Mais elle refuserait de faire profil bas, de suivre, de subir. Elle avait des atouts et elle comptait bien s’en servir. Elle ne lâcherait rien. C’était dans sa nature. Ce qu’elle s’apprêtait à faire comportait une part de risque. Elle pourrait le regretter amèrement.

À contrecœur, elle décolla le Post-it jaune fixé sur le bas de son écran d’ordinateur. Un numéro de téléphone portable y était inscrit. Celui d’un officier de la DGSI. Un certain Simon Vairne.

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