… Et avec votre esprit
Chapitre 24
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– Et s’ils avaient inventé leur enlèvement ? Et si rien de ce qu’ils nous racontent n’était vrai ? Marion, imagine que nos savants aient eux-mêmes orchestré toute cette histoire.
Elle esquissa un petit sourire avant de lui répondre.
– C’est amusant que tu me parles de ça, car je me suis posé la même question, figure-toi. Mais je n’y crois pas du tout.
– Pourquoi ?
– Parce qu’il y a trop d’éléments qui clochent. D’abord, s’ils avaient eu besoin de s’éclipser pendant une semaine, ils pouvaient inventer un tas de motifs qui n’auraient jamais suscité la curiosité de personne : un colloque à l’étranger, par exemple. Ils voyagent assez régulièrement, donc tout le monde aurait trouvé ça normal. Au lieu de ça, ils se retrouvent avec la police et la DGSI sur le dos !
– Pas faux.
– Quand on met en scène un faux kidnapping, on se donne un minimum de mal : on simule des traces de lutte à son domicile, on laisse des vêtements déchirés, on fait une fausse demande de rançon, on effectue des retraits d’argent liquide, etc. Là, rien ! Il n’y a même pas de mobile ! En plus, s’ils nous avaient décrit leurs agresseurs fictifs, on aurait enquêté dans cette direction, non ? On aurait copieusement galéré sur une telle fausse piste. Mais au lieu de ça, ils nous sortent une histoire abracadabrante d’amnésie. Franchement, s’ils ne voulaient pas qu’on les croie, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Au final, ils laissent les enquêteurs fouiner dans tous les coins. Non, cette hypothèse est séduisante, mais elle ne tient pas la route.
– Je suis de ton avis, dit-il en hochant la tête.
En fait, Simon s’était déjà posé la question à propos d’Haineteaux et il était parvenu aux mêmes conclusions. L’histoire que racontaient les savants était bien trop extravagante pour être simulée. Il fut satisfait de constater que sa jeune partenaire avait déjà considéré cette option et qu’ils étaient au diapason.
– Bon. Changeons de registre, proposa Simon. J’ai remarqué que le dernier souvenir d’Haineteaux est sensiblement antérieur à la date de son enlèvement.
– Idem pour les miens. Leur période d’amnésie est plus longue que celle de leur captivité.
– En même temps, puisque les ravisseurs semblent disposer de moyens pour effacer la mémoire comme bon leur semble, ils s’assurent de remonter assez loin en arrière pour que leurs victimes n’aient aucun souvenir du kidnapping lui-même.
– Pourquoi pas. En tout cas, c’est drôlement pratique : de cette façon, ils nous empêchent de déterminer à quel moment précis et à quel endroit ils les ont enlevés.
– Pas facile de savoir où chercher d’éventuels témoins ! conclut Simon.
Marion inclina la tête et fit tourner une mèche entre ses doigts.
– Tu veux bien me refaire voir ton symbole ? demanda-t-elle.
Après avoir affiché la photo sur l’écran de son portable, Simon remarqua à quel point sa jeune partenaire avait l’air absorbé.
– Et leur religion ?
– Eh bien quoi ? s’étonna Simon.
– S’il s’agit d’un symbole religieux, il ne serait pas idiot de connaître la confession de chacun de nos savants.
Elle se dirigea vers le tableau.
– Boissard est catholique, dit-elle en désignant son nom. Sa femme a fait référence à saint Antoine de Padoue. C’est le saint patron des prisonniers. Tu savais ça, toi ?
– Non. Mais je ne suis pas très calé en religion.
– Moi non plus. Et justement, ça a attiré mon attention. Car je me suis dit qu’ils devaient être très croyants pour savoir ça et surtout prier pour ce saint. C’est saint Antoine que l’on invoque lorsqu’on a perdu quelque chose.
– Haineteaux aussi est catholique pratiquant ! J’ai trouvé un évangile dans le tiroir de sa table de chevet et il y a un crucifix accroché au-dessus de son lit ! s’enthousiasma Simon.
– Mince. Otis Levine est juif. Il y avait une mezouzah clouée devant sa porte. Du coup, tout tombe à l’eau.
– Et Vastine ?
– Je n’en sais rien. Mais si un seul d’entre eux ne correspond pas, ça casse tout le raisonnement.
Simon s’approcha du tableau qu’il effaça entièrement. Il dessina alors un calendrier commençant le 11 décembre.
– Revenons à des choses plus terre à terre et penchons-nous sur les dates. Boissard a disparu du 11 au 17 décembre, c’est bien ça ?
– Oui.
– Levine du 19 au 25 décembre et Haineteaux du 4 au 10 janvier. Ça fait exactement six journées de captivité chaque fois.
Simon cocha les dates des disparitions sur son calendrier.
– Il y a un trou de deux jours entre le retour de Boissard et la disparition de Levine, constata-t-il. C’est étrange.
– Les ravisseurs n’ont probablement pas les moyens suffisants pour procéder simultanément à deux séquestrations. Et ils ont peut-être besoin de deux jours de repos pour souffler un peu et préparer un nouvel enlèvement.
– Sauf que ton Vastine a disparu le 9, pendant la séquestration d’Haineteaux.
– Peut-être qu’ils sont de mieux en mieux organisés, ou bien qu’ils ont gagné en confiance.
– Ou qu’ils ont été obligés de forcer la cadence. Si ça se trouve, ils sont pressés.
– Mais pourquoi ?
– Il se peut qu’ils aient craint l’enquête de la police. Ou ils ont paniqué en constatant que nous avions fait le rapprochement entre les affaires. Ou encore, ils ont une échéance qui a été avancée.
– Ça tient debout.
– Mais ce qui me frappe le plus, reprit Simon, c’est cet énorme trou de neuf jours, du 26 décembre au 3 janvier. Pendant cette période, il ne s’est rien passé : pas de savant disparu ni retrouvé. Qu’est-ce qu’il s’est passé durant tout ce temps ?
Les deux collègues réfléchirent un long moment. Puis Marion lâcha :
– C’est la durée d’un kidnapping !
– Hein ?
– Un jour de repos, l’enlèvement, six jours de séquestration puis la libération. Tout cela s’emboîte parfaitement entre le 26 décembre et le 3 janvier, exactement comme pour Boissard et Levine.
– Brillant ! répondit Simon, exalté.
– Ça signifie qu’au lieu de quatre scientifiques disparus, on devrait en avoir cinq !
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