… Et avec votre esprit
Chapitre 42
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L’esprit encore chamboulé par leur découverte, Simon et Marion ouvrirent la porte avant de sauter hors du camion. Reprenant leur progression l’un derrière l’autre, ils se dirigèrent cette fois vers la lueur rassurante d’un réverbère.
À quelques mètres de la porte d’entrée du parc, Simon entendit derrière lui un bruit sec accompagné d’un petit cri étouffé. Il se retourna et sursauta. Marion était prisonnière d’un homme surgi de nulle part. Il la maintenait contre lui grâce à une clé de bras qu’il avait dû exécuter à une vitesse prodigieuse. Dans sa main libre, il tenait un pistolet prolongé par un silencieux qu’il braquait sur la tempe de Marion. Il s’avançait vers Simon en le fixant droit dans les yeux.
– Prends-lui son pistolet, lui ordonna-t-il, en désignant d’un mouvement de tête la ceinture de Marion.
Bien que formé à ce genre de situations, Simon était au bord de la panique. Son cerveau tournait à plein régime. Pour que cet homme soit parvenu à surgir si furtivement, ce ne pouvait être qu’un professionnel. Et puis ce pistolet, un Jericho 941, n’était pas un modèle répandu, on ne le voyait pas dans les films. Ce n’était pas une arme pour faire peur, mais pour tuer.
– Prends-lui son pistolet, répéta-t-il en détachant chaque mot.
Le cœur battant la chamade, Simon s’approcha de Marion qui laissa échapper un petit gémissement en grimaçant de douleur. Il se pencha vers elle, écarta le pan de son blouson et sortit lentement l’arme de son étui.
– Chargeur. Culasse.
Simon pressa un bouton sur le côté de la crosse et le chargeur tomba dans les feuilles mortes. Aucune balle n’était engagée, et Simon fit jouer la partie supérieure du pistolet sans quitter des yeux l’agresseur. La culasse et le corps tombèrent à terre.
– Le tien maintenant.
Simon hésita. S’il faisait un bond en avant pour déséquilibrer l’homme, il aurait le temps de dégainer. Probabilité d’y parvenir : environ 50 %. Par chance, il avait pensé à armer son Sig Sauer, et son adversaire ne s’y attendait sûrement pas. Bonus d’au moins 15 %. On grimpe à 65 %. Mouais, 65 % maximum. Ensuite, tout serait plus facile, il ne pourrait pas manquer sa cible. Mais Marion avait une chance sur trois d’y rester.
Sa carotide battait si fort qu’il sentait littéralement le sang pulser jusqu’à son cerveau. Il tremblait certainement, il serait plus lent qu’à l’entraînement, moins précis aussi. Il savait qu’au-delà de cent cinquante pulsations minute, il devenait très difficile d’exécuter des gestes complexes. Je suis à combien ? 160 ? Et à quand remontait sa dernière séance de tir ? Il fallait être réaliste : contre un adversaire expérimenté, il n’était pas favori.
40 % maximum. Plutôt 35 %.
Alors, d’un mouvement lent et décomposé, Simon saisit son arme et la démonta comme il l’avait fait avec celle de Marion puis jeta les pièces au loin.
– Les téléphones. Ici, indiqua-t-il en désignant le sol d’un mouvement de la tête.
Simon saisit son téléphone puis celui de Marion et les jeta aux pieds de leur agresseur qui les piétina allègrement jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un amas de débris.
– On sort. Avance, dit l’homme.
Il parlait d’un ton égal, trahissant un sang-froid incroyable. Ce type n’en était pas à son coup d’essai.
Il libéra Marion de son étreinte et la poussa en avant. Elle porta aussitôt sa main à son épaule endolorie puis fusilla son agresseur du regard.
– Attends, ordonna-t-il à Simon qui s’apprêtait à franchir la porte en direction de la rue.
L’homme s’avança pour vérifier que la voie était libre. Simon ne savait pas quoi souhaiter : qu’il y eût quelqu’un ou non.
– OK. Allez.
Qu’allait-il faire d’eux ? Simon comprit qu’il n’avait pas pour but de les interroger, sinon il l’aurait fait dans le parc ou dans les locaux de la fondation. Et s’il avait détruit leurs téléphones, c’était avant tout pour qu’on ne puisse pas les localiser. Simon sentit la peur resserrer son étreinte.
Probabilité de mourir ce soir ?
Et merde !
– À gauche.
À peine avait-il formulé son ordre qu’une détonation déchira le silence de la nuit, immédiatement suivie d’une autre.
Dans un râle, leur agresseur s’effondra lourdement. Simon et Marion se retournèrent vers l’homme qui n’était plus qu’une forme inerte sur le trottoir. Un filet de sang s’écoulait déjà jusqu’au caniveau.
Les tirs reprirent. Une balle siffla à quelques centimètres du visage de Simon. Cette fois, c’était eux que l’on prenait pour cibles.
– Cours ! cria Simon.
Libérant brutalement toute l’adrénaline qu’ils avaient accumulée malgré eux, ils partirent comme des flèches. Ils représentaient des proies faciles. Ils plongèrent entre deux voitures garées contre le trottoir. Une balle vint frapper la carrosserie, une autre traversa le pare-brise et ressortit par une vitre latérale qui vola en éclats.
Les coups de feu cessèrent.
– On ne peut pas rester là, dit Simon, haletant. S’il vient vers nous, on ne pourra pas se défendre.
Il désigna la rue perpendiculaire qui se trouvait sur leur gauche, à moins d’une vingtaine de mètres.
– On va courir chacun d’un côté des voitures. Il ne pourra pas nous viser tous les deux en même temps.
Sans attendre de réponse, Simon se jeta du côté du trottoir, le plus exposé, et courut aussi vite qu’il put. Marion s’élança aussitôt du côté de la chaussée et partit dans la même direction.
Deux nouveaux coups de feu retentirent au moment où Marion et Simon parvenaient à l’angle de la rue. Ils étaient désormais hors du champ de vision du tireur. Ils remontèrent la rue en forte pente en courant péniblement.
Après avoir couru au hasard des ruelles, ils s’arrêtèrent, à bout de souffle. Ils s’accroupirent sur le trottoir, abrités par les voitures stationnées.
– Tu vas bien ? demanda Simon.
– Oui, juste un peu mal à l’épaule, mais ça va. Et toi ?
– Je crois qu’on l’a échappé belle…
Toujours sur leurs gardes, ils restèrent dans cette position quelques instants. Puis, peu à peu rassurés par le silence, ils se levèrent prudemment avant de se remettre en marche.
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