… Et avec votre esprit

Alexis Laipsker · Chapitre 26 sur 57

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… Et avec votre esprit

Chapitre 27

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Le policier que le commissaire Pourson avait désigné avait râlé pendant tout le trajet. Non seulement il était censé avoir terminé sa journée, mais surtout il s’était vu confier une mission on ne peut plus désagréable. C’était à lui qu’incombait le déblocage du portable du professeur Toussant. Cette tâche, en apparence anodine, prenait un goût nettement plus amer lorsqu’on savait que le propriétaire dudit téléphone, le seul capable de le débloquer, résidait désormais dans un frigo.

Alors, il râlait.

Il lui avait fallu prévenir l’Institut médico-légal de sa venue tardive, tout expliquer au médecin d’astreinte, lui faire ouvrir le grand tiroir mural contenant le corps, réprimer un haut-le-cœur et, cerise sur le gâteau, saisir le doigt du défunt pour le placer sur le capteur biométrique du téléphone. Il avait ensuite lancé une application qui empêchait le portable de se verrouiller afin d’éviter de devoir retourner à la morgue.

Ce qui l’avait foutu le plus en rogne, c’était qu’il existait un autre moyen. En flashant la puce V-NAND, le technicien du labo pouvait très bien obtenir le code de déblocage du téléphone. Seulement, l’opération durait une vingtaine d’heures et la commissaire était pressée.

Il avait continué à grommeler sur le chemin du retour, mais sa journée était enfin terminée. Il avait confié l’appareil à sa patronne, en personne. Elle pourrait bien en faire ce qu’elle voulait, même l’encadrer et l’accrocher au mur, à côté du mystérieux symbole. Pour lui, ce qui comptait, c’était de retrouver femme et enfants, et de prendre une douche bien chaude pour se débarrasser de cette odeur persistante de formol. Demain serait un nouveau jour.

Assise à son bureau, Cannelle Pourson tenait le sachet en plastique contenant le téléphone et le fixait comme s’il s’était agi d’un adversaire qu’elle allait bientôt vaincre. Au bout de ses doigts se trouvait peut-être la clé de l’énigme. Après quelques instants, elle se leva et se rendit au labo.

Elle désirait remettre personnellement l’appareil au préposé, afin de bien lui faire comprendre qu’il s’agissait d’une priorité. Elle avait pris soin d’inscrire « urgent » sur le bordereau, mais elle savait que sa présence serait bien plus convaincante.

Surpris de voir un fonctionnaire si haut gradé se présenter à lui, le préposé se redressa sur son siège.

– Bonsoir, commissaire.

– Bonsoir. Je souhaite faire analyser ce téléphone, s’il vous plaît.

– Quel type d’informations cherchez-vous ?

– Pour être honnête, je n’en ai aucune idée. Je voudrais avoir accès à tout son contenu. J’aimerais aussi voir ce qui a pu être supprimé.

– OK, ça ne devrait pas poser trop de problèmes.

– Vraiment ?

L’étonnement de Cannelle Pourson n’était pas feint.

– C’est une procédure classique ?

– Oui. Vous savez, de nos jours, les gens stockent de plus en plus d’informations sur leur téléphone. Il est donc assez courant d’en vérifier le contenu complet au cours d’une enquête. On a l’habitude.

– Génial.

– Pour le contenu supprimé, c’est plus compliqué. Il y a des éléments qui ont pu être effacés sans possibilité d’être récupérés. Dans d’autres cas, cela laisse des traces. Pour le reste, nous ferons sauter quelques mots de passe, et nous vérifierons tout ce qui nous semble étrange. Ça vous va ?

– Oui, c’est parfait.

– Vous pouvez-vous m’en dire un peu plus quand même ? Vous cherchez plutôt des photos ? du texte ? des applications ? des historiques sur Internet ? Autre chose ?

Pourson prit quelques secondes avant de répondre :

– Je regrette, j’ai bien peur de ne même pas savoir ce que j’espère trouver.

– Bon, ce n’est pas bien grave. Voilà ce que je vais faire : je vais extraire la totalité du contenu du téléphone, y compris ce qui a été supprimé et qu’on peut récupérer. Vous fouillerez vous-même et peut-être que vous trouverez votre bonheur. Dès demain, ce téléphone sera aussi bavard qu’un mainate.

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