… Et avec votre esprit
Chapitre 31
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À peine était-elle remontée dans son bureau que Cannelle Pourson transféra l’ensemble des fichiers à son équipe. Les données du téléphone du professeur Georges Toussant pouvaient à présent être consultées par tous ses collaborateurs.
Elle délaissa son bureau et s’installa devant l’un des postes de travail de l’open space. Ses coéquipiers se rassemblèrent rapidement derrière elle. Elle s’empara de la souris et, en quelques clics, fit apparaître un répertoire avec une vingtaine de sous-dossiers.
– Tout est là. Tout ce que contenait le téléphone de Toussant, dit-elle, triomphante.
Le technicien, qui n’avait eu d’autre choix que de la suivre, était planté à sa droite. Il se pencha vers l’écran pour examiner ce qui y était affiché.
– Asseyez-vous, lui dit-elle. Je ne vous ai pas fait venir pour que vous restiez debout toute la journée.
– Toute la journée ? Parce que vous pensez que ça va prendre tant de temps que ça ?
– Vous ne partirez pas avant que j’aie mes réponses, dit-elle en plaisantant à moitié.
Il fit rouler un fauteuil jusqu’à lui avant de s’y installer. À l’aide de la souris, il ouvrait et fermait les dossiers à une vitesse proprement impressionnante, mais tous étaient vides.
– C’est normal qu’il n’y ait rien ?
– Oui, mais je préférais vérifier.
– Voilà ce qui devrait vous intéresser : DCIM.
Il cliqua sur le dossier et aussitôt apparurent des photos.
– Les photos d’un laboratoire, constata le technicien.
– De son laboratoire. Vous voyez quelque chose d’anormal ? demanda-t-elle en se tournant vers ses adjoints.
Comme un seul homme, les policiers se penchèrent vers l’écran pour examiner attentivement les clichés.
– Est-ce qu’un détail vous frappe ? demanda Pourson.
Sans répondre, ses hommes poursuivirent leur observation. Ils retrouvaient, sur les paillasses, les alambics et les racks d’éprouvettes, les machines aseptisées, les balances de précision, les écrans des ordinateurs et des microscopes électroniques. Ils auraient été bien incapables de savoir si tout était à sa place, et pour quelle raison ces clichés avaient été pris. Pourtant, ils scrutaient minutieusement les images, essayant de découvrir le détail qui changerait tout.
Moins familière de la scène de crime, Pourson fut la première à abandonner. Elle se retourna vers ses hommes et les dévisagea quelques instants :
– Bon, reprit-elle. On ne va pas perdre davantage de temps. Jeff, je vous charge de comparer ces clichés avec ceux pris sur la scène de crime. Si vous avez le moindre doute, filez sur place. N’hésitez pas à demander leur avis aux laborantins.
– Entendu, patron.
– Qu’est-ce que vous avez d’autre pour nous ? demanda- t-elle au technicien.
– Il n’y a pas de vidéo… pas de dossier Facebook, d’ailleurs l’application n’est pas installée. Ah, là, il a téléchargé des photos.
– Faites-moi voir ça.
Pourson s’approcha de l’écran et fit défiler les images. Il s’agissait de photos de famille où l’on voyait Georges Toussant entouré d’enfants qui ouvraient des cadeaux au pied d’un sapin de Noël. D’autres clichés montraient un bébé près d’une crèche, dormant dans la même position que le petit Jésus, au grand amusement des adultes qui l’entouraient.
– C’est l’épouse du professeur Toussant, expliqua l’un des adjoints de Pourson, en désignant du doigt une femme aux cheveux gris, coiffée d’un élégant chignon. Lorsque je suis allé chez elle, j’ai également vu des cadres avec des photos d’enfants sur la cheminée. Je crois les reconnaître sur ces clichés.
– Ça m’étonnerait qu’on trouve quelque chose là-dedans. Est-ce qu’il y a un dossier avec des dessins ou des logos ?
– Je n’en vois pas, répondit le technicien.
– Vous cherchez quoi, patron ? demanda l’un des enquêteurs.
– Le symbole !
Le technicien prit le temps de faire défiler toutes les photos que contenait l’appareil, sans y déceler le moindre élément susceptible d’attirer leur attention.
– En revanche, commissaire, je pense que vous allez apprécier ceci, dit le technicien en désignant un fichier intitulé « Contacts.vcf ».
– Qu’est-ce que c’est ?
– Son répertoire téléphonique. Toutes les relations de la victime se trouvent ici.
– Merci infiniment. Maintenant, c’est à nous de jouer !
Satisfait de ne pas avoir à y passer la journée, le technicien libéra le fauteuil qu’un autre policier occupa aussitôt.
– Frédéric, imprimez la liste des contacts et filez chez sa femme. Notez tous ceux qu’elle ne connaît pas. Pareil avec son assistant, à la fac. On verra ensuite ce qu’on peut en tirer.
– OK, commissaire. Mais si l’assassin a eu le téléphone entre les mains, il a certainement effacé ses propres coordonnées.
Au lieu de continuer de répartir les rôles de chacun, Cannelle Pourson resta étrangement muette, quelque chose accaparait sa concentration.
– Ce n’est pas idiot, finit-elle par murmurer pour elle-même.
– Je vous demande pardon ? demanda le policier, intrigué que sa remarque provoque une telle réaction.
Soudain, elle se leva d’un bond de son fauteuil :
– Si, comme nous le supposons, le criminel a supprimé des informations, nous pouvons les recouper avec ce que nous avons, nous !
– Qu’est-ce que nous avons ?
– La liste des appels émis et reçus ! Réfléchissez : si Toussant vous a téléphoné alors que vous projetiez de l’assassiner, vous savez qu’on va éplucher le portable de la victime et que vous serez suspecté. Alors, si vous avez le téléphone entre les mains, vous pouvez effacer tout ça ! Vous faites disparaître votre nom de l’agenda et vous serez sacrément tenté d’effacer aussi toutes les conversations que vous avez eues ! Pfiout !
– Mais, patron, on a vérifié la liste des appels dès le premier jour de l’enquête. Son opérateur nous l’a communiquée et il n’y a aucun moyen de la falsifier.
– Justement ! On ne l’a pas comparée au journal d’appels de son smartphone !
– Pardon, mais je ne vous suis toujours pas.
– Il y a deux listes d’appels : celle de l’opérateur, qu’on ne peut pas modifier, et celle du téléphone, qui a très bien pu être trafiquée. S’il y a des appels qui apparaissent chez l’opérateur, mais pas sur son portable, ça signifie qu’ils ont été supprimés du téléphone, sans doute en même temps que les coordonnées dans l’agenda. Et si un contact a été supprimé, on tient un suspect.
– Oh putain !
– Je ne vous le fais pas dire.
– OK, je m’y mets tout de suite.
Le policier se leva et fouilla dans une panière où se trouvait une chemise qui contenait des feuilles volantes. Il les parcourut sommairement et en tira une de la pile.
– Voilà. C’est le rapport des appels émis et reçus que nous a transmis l’opérateur.
Le regard du policier faisait la navette entre la feuille de papier et l’écran d’ordinateur.
– Non, commissaire. Tous les numéros correspondent. Rien n’a été effacé.
– Merde ! Mais alors qu’est-ce qu’il a bien pu faire avec ce téléphone ? Vous êtes sûr d’avoir bien regardé ?
– Oui. Rien le jour du crime, ni la veille ni l’avant-veille.
– Continuez. Remontez aux jours précédents.
Le policier se replongea dans l’étude comparative des deux listings. Lorsqu’il eût atteint le bas de la page, il se retourna vers le commissaire, d’un air désolé.
– Commissaire, je suis remonté jusqu’au 31 décembre. Ça fait sept jours avant le crime.
– Continuez, ordonna-t-elle.
Le policier écarta la feuille qu’il venait de vérifier et saisit la suivante. Plus son index descendait sur la feuille, plus le moral du commissaire Pourson dégringolait.
Après quelques minutes, le policier exulta soudain :
– Attendez. Là ! Ce numéro ! Il ne figure pas sur le mobile de Toussant. Là, encore le même numéro !
– OK, fit Pourson. Identifiez-moi tout de suite ce correspondant.
Sans dissimuler son excitation, le policier se précipita sur son clavier pour rechercher le propriétaire du numéro.
Cannelle Pourson restait plantée à côté de lui, impatiente de connaître la réponse.
– Je l’ai ! s’écria-t-il d’un ton victorieux.
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