… Et avec votre esprit

Alexis Laipsker · Chapitre 43 sur 57

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… Et avec votre esprit

Chapitre 44

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Sans téléphone, a fortiori sans GPS, Simon et Marion eurent un peu de peine à retrouver le chemin du commissariat de Montmorency, et, lorsque ce fut fait, ils découvrirent à leur grand dam qu’il était fermé la nuit et renvoyait vers celui d’Enghien-les-Bains. Simon connaissait Enghien pour y avoir un temps fréquenté l’élégant casino en bordure du lac. Une fois sur place, ils donnèrent aussitôt l’alerte et prévinrent également le service de garde de la DGSI.

Moins de vingt minutes plus tard, ils étaient de retour devant la grille de la fondation, accompagnés par des membres du RAID.

L’officier de la brigade d’intervention leur demanda de rester en retrait tant que la zone n’était pas sécurisée. La rue fut bloquée. Quelques riverains, réveillés par les coups de feu, furent invités à se cloîtrer chez eux en attendant que l’on vienne recueillir leur témoignage.

Pas à pas, les policiers lourdement armés et équipés de gilets pare-balles progressaient en formation. Par petits groupes, ils prenaient position dans la rue afin de couvrir tous les angles. Après s’être assurés que le danger était écarté, ils sécurisèrent les abords du parc de la fondation.

Après quelques minutes, l’officier responsable des opérations vint enfin à la rencontre de Marion et Simon.

– Vous pouvez approcher, il n’y a personne, leur déclara-t-il à travers sa cagoule.

– C’est tout le problème ! répondit Simon en faisant la grimace.

– Qu’est-ce que vous voulez dire ? demanda le policier, interloqué.

– Ce qu’il veut dire, intervint Marion, c’est qu’il devrait y avoir un homme ici. Avec deux balles dans le buffet !

À l’endroit qu’ils lui indiquèrent, une longue tache de sang obscurcissait une partie du trottoir.

– Quelqu’un a traîné le corps, dit Simon en suivant la langue rougeâtre.

– La trace s’arrête là-bas, précisa Marion en indiquant une place libre entre deux voitures. Et il y avait une camionnette garée à cet emplacement, j’en mettrais ma main à couper.

– Ils ont été sacrément rapides ! constata l’officier du RAID.

– Le temps qu’on prenne la fuite, qu’on trouve le commissariat, qu’on reparte à Enghien et qu’on soit de retour sur place avec les renforts, ils ont eu tout le loisir de lui organiser des funérailles en grande pompe. Je m’étonne même de ne pas avoir reçu de faire-part ! ironisa Simon.

– En tout cas, ils n’ont pas pris la peine d’effacer les traces de sang.

– À quoi bon ? bougonna Simon. On n’a rien à se mettre sous la dent.

– Tu oublies l’essentiel, Simon : on a le camion !

Ces mots prononcés, Marion fut prise d’un doute aussitôt transmis à Simon par un léger froncement de sourcils. Tous deux se tournèrent vers le mur du parc. Ils se dirigèrent vers la porte qu’ils avaient forcée et qui était restée ouverte.

– Eh ! Qu’est-ce que vous faites ? Vous n’avez pas le droit ! s’exclama l’officier du RAID qui les vit pénétrer dans le parc.

Pris de court, mais soucieux de la sécurité de ses collègues, il ordonna à ses hommes de les escorter. Cette fois Marion et Simon traversèrent le parc à pas rapides et entourés de quatre hommes armés de fusils d’assaut. Malgré l’obscurité, ils savaient exactement où aller.

Au bout de quelques mètres, ils durent se rendre à l’évidence : le camion avait disparu.

– Merde ! pesta Simon.

– J’en étais sûre ! On a affaire à des individus sacrément organisés, pesta Marion.

– Oui. Mais ce qui est nouveau, c’est qu’il y a trois camps. Nous d’un côté, celui ou ceux qui voulaient nous embarquer d’un autre, et enfin le tireur.

– La mauvaise nouvelle, c’est qu’ils veulent tous notre peau !

Ils rebroussèrent chemin jusqu’à l’endroit où ils avaient été contraints de jeter leurs armes. Éclairés par les torches des hommes du RAID, ils retrouvèrent leurs pistolets et les remirent en état de marche. Leurs portables, eux, étaient hors d’usage.

Le petit groupe quitta le parc. Les policiers du RAID rompirent la formation tactique, puis rangèrent leurs armes dans les râteliers de leurs véhicules. La Police nationale allait maintenant prendre le relais et recueillir les témoignages des habitants, relever les empreintes, analyser le sang et les douilles.

– On vous dépose quelque part ? demanda l’officier du RAID.

– C’est gentil, mais on va rentrer à scooter. Merci de votre aide.

Le policier répondit par un petit signe de tête, tandis que Simon et Marion s’éloignaient. Ils allaient devoir répondre à pas mal de questions et justifier leur présence sur ces lieux. Ils firent quelques pas en direction du scooter tout en réfléchissant à haute voix :

– Le type qui m’a fait une clé de bras, dit Marion, je pense qu’il n’était pas venu pour rigoler.

– Je sais. J’ai bien cru qu’on ne s’en sortirait pas.

– Admettons qu’il ait voulu nous éliminer, pourquoi il ne l’a pas fait dans le parc ? Avec son silencieux, personne n’aurait rien entendu et on ne nous aurait pas retrouvés avant demain matin, au plus tôt.

– Il voulait nous supprimer. Sinon, à quoi bon avoir un silencieux ? Il avait sans doute prévu de se débarrasser de nos corps. C’est encombrant, un cadavre, et pas facile à transporter. Alors deux… Je pense qu’il projetait de nous tuer dans un endroit où l’on ne nous aurait jamais retrouvés.

– Il voulait probablement nous emmener jusqu’à sa camionnette où l’attendait un complice. C’est sûrement lui qui a emporté son corps.

– Possible.

– D’accord, mais quelle est la finalité de tout ça ? S’il nous avait collé une balle dans la tête au milieu du parc, qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire qu’on nous retrouve ? Personne ne pouvait remonter jusqu’à lui. Tant qu’il n’existe aucun lien avec sa victime, un tueur ne risque pas grand-chose.

Simon s’immobilisa.

– Attends une minute. Peut-être qu’il se moquait qu’on nous retrouve, mais pas qu’on nous retrouve… ici !

Marion fronça les sourcils en comprenant où Simon voulait en venir.

– Ce qui signifie qu’il souhaitait éviter d’incriminer Natrin.

– Avoue que ça tient debout, dit-il en reprenant la marche.

– Tu penses que Natrin peut avoir les connexions suffisantes pour se payer un tueur professionnel ?

– Ce n’est pas l’hypothèse que je privilégie, mais ça expliquerait pas mal de choses.

– Ce tueur est peut-être l’assassin du professeur Toussant.

– J’ai du mal à y croire. S’il avait un silencieux, c’était pour s’en servir. Je le vois mal cogner un savant à mort pour lui voler son cerveau.

– Il est peut-être cleptomane.

– Oh, c’est malin !

– Et l’autre ?

– Quel autre ?

– Celui qui nous a tiré dessus.

– Ah lui ! Je crois qu’il en avait juste marre de ton humour !

Marion esquissa un sourire. Après ce qu’ils venaient de vivre, le besoin de décompresser se faisait sentir.

Elle s’arrêta de marcher et se tourna vers lui.

– J’ai vraiment eu peur, Simon.

Il s’immobilisa et l’expression qu’il lut sur le visage de sa partenaire était très inhabituelle. Ses yeux, sombres comme la nuit, étaient humides. Il la vit fragile, pour la première fois.

– Moi aussi, j’ai eu peur.

– Je peux dormir chez toi ?

– À condition que tu ne prennes pas toute la couverture.

– Tu l’auras même tout entière… puisque tu vas dormir sur le canapé.

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