… Et avec votre esprit
Chapitre 13
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Situé sur un boulevard animé du quartier de la Croix-Rousse, le petit hôtel bon marché où il avait réservé une chambre était peu propice à la relaxation. Aussi Simon passa-t-il la soirée entière et une partie de la nuit à ruminer. Il n’y aurait donc aucun lien entre l’assassinat de Toussant et l’enlèvement d’Haineteaux ?
Possible. Encore une impasse.
Il n’en demeurait pas moins que l’intervention de ce motard livrait une information importante : les chances de retrouver le professeur Haineteaux vivant venaient de grimper en flèche. Si on l’avait assassiné, à quoi bon prendre en filature les policiers chargés de l’enquête ? Après un crime, on cherche à se faire oublier ou on prend la fuite. Plutôt que de risquer de se faire remarquer, on se forge un alibi. Non, Simon en était persuadé, la mission de ce motard s’imbriquait dans un plan plus global, complexe. Mais lequel ? Peut-être était-il chargé de s’assurer que tout se déroulait comme prévu ? Ou bien devait-il intervenir à un moment donné ? Ou encore était-il, lui aussi, à la recherche du professeur ? Il restait beaucoup d’interrogations, mais l’horizon s’éclaircissait un peu.
Allongé sur son lit trop mou, Simon ne parvenait pas à dormir. Il était gagné par un sentiment étrange mêlé de frustration, de questions nouvelles et de relents d’adrénaline. Il s’était aussi repassé cent fois le film de sa poursuite de la moto. Ce fut seulement tard dans la nuit, quand il fut à bout de forces, que le sommeil l’emporta enfin.
Le lendemain matin, de retour au commissariat, il entra dans le bureau qu’Emmanuel Anderssen lui avait attribué, posa la sacoche contenant son ordinateur sur le bureau et se laissa tomber dans le fauteuil en Skaï qui couina sous son poids. Comme pour exorciser les événements de la veille, il prit quelques secondes avant de se mettre au travail. Il s’étira longuement tout en parcourant la pièce des yeux. Cet endroit lui donnait le cafard. Les nombreuses fissures sur les murs avaient été dissimulées tant bien que mal par des posters destinés à susciter des vocations dans la police, à mettre en garde contre les méfaits de la drogue et à dénoncer les violences conjugales.
Il grimaça puis, au lieu de se mettre au travail, reprit ses affaires et sortit. Il longea le couloir et frappa à la porte de son jeune collègue.
– Entrez.
– Ça vous dérange si je m’installe dans votre bureau ? Celui que vous m’avez prêté est très bien, mais…
– Oui, si vous êtes dépressif, c’est la pendaison assurée ! s’esclaffa le jeune brigadier.
– C’est un peu ça, oui.
– Venez, je vais vous faire de la place, dit-il en saisissant une pile d’épais dossiers qu’il déposa sur le meuble bas derrière lui.
Simon tira une chaise et s’installa sur le coin du bureau métallique. Il alluma son ordinateur portable pour vérifier ses e-mails. L’un d’eux contenait ce qu’il attendait : le tracking de la carte SIM du professeur Haineteaux. Il lui indiquerait avec précision l’historique des déplacements du scientifique ainsi que sa position actuelle.
Croisons les doigts.
Simon retint son souffle et l’ouvrit. Il alla directement aux dernières lignes du rapport.
Mais où êtes-vous, professeur ?
– La dernière connexion d’Haineteaux remonte au 4 janvier à 23 h 43, à proximité de chez lui ! constata Simon.
– Je connais bien ce quartier ; à cette heure-là, il ne devait pas y avoir beaucoup de monde dans la rue.
– Autrement dit, c’était l’endroit et le moment propices pour un enlèvement.
– On peut dire ça.
– Mais qu’est-ce qu’il faisait dehors à une heure pareille ?
– Il allait peut-être à l’épicerie du coin ? Ou bien il avait rendez-vous avec quelqu’un ?
– Si j’en crois le relevé de localisation, après 23 h 43, pffft ! plus personne. Comment a-t-il pu se volatiliser ? Ce système de tracking est très performant, il fonctionne même quand le téléphone est éteint. Pour échapper au repérage, on doit ôter la carte SIM. Il faut quand même le savoir !
Le deuxième e-mail qui les intéressait provenait de l’opérateur de téléphonie. Simon et son collègue y découvrirent la liste de tous les appels émis depuis le portable du savant.
– Le dernier appel date du 4 janvier, remarqua Simon.
– Normal, si la carte SIM a été retirée.
– Évidemment.
– Il a émis un… deux… trois… quatre… cinq… six appels le jour de sa disparition.
Anderssen pointa chaque numéro et vérifia s’ils correspondaient à ceux qu’il avait enregistrés dans son dossier.
– À 9 h 13, il a appelé son adjoint, Michel Aillet. À 10 h 17, le CRSDI. À 12 h 01 encore Aillet. À 12 h 17 aussi. À 15 h 34, le CRSDI. Et à 20 h 06, le portable de sa fille.
– Et la veille ?
– Alors, le 3 janvier… Ce sont les mêmes numéros. Ah non, il y a un fixe que je ne connais pas. On le retrouve aussi le 2. Attendez, je vais regarder si je peux identifier son propriétaire.
Anderssen effectua une recherche rapide sur son ordinateur. Le numéro était celui d’un magasin de prêt-à-porter féminin, rue Victor-Hugo.
– C’est la boutique de sa fille.
– Donc aucun appel suspect.
Enfin, le dernier e-mail provenait de la banque et dressait la liste des dépenses effectuées par Haineteaux avec sa carte Visa.
– Le dernier mouvement date du 3 janvier, constata Simon. C’est un achat à la Fnac Bellecour. Ah oui, les livres ! La somme correspond au ticket qu’on a trouvé chez lui.
– Oui, je m’en souviens. Et rien depuis ?
– Rien.
Simon donna un coup sur la table avec le plat de la main. Cette affaire allait le rendre fou.
Au même moment, presque en écho, on frappa à la porte.
– Entrez, dit Anderssen.
Un gardien de la paix en uniforme passa la tête dans l’embrasure de la porte :
– Dites, lieutenant, c’est pas vous qui cherchez un scientifique ?
– Si.
– Eh ben, on l’a retrouvé !
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