… Et avec votre esprit
Chapitre 25
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Pour utiliser le smartphone du professeur Toussant, le meurtrier avait été obligé d’ôter ses gants, puisque l’écran est tactile. Après en avoir terminé, il avait dû effacer ses empreintes, et avec elles celles de Toussant. Il était donc logique qu’aucune empreinte n’ait été retrouvée sur le téléphone du scientifique – pas même les siennes. Ils étaient passés à côté de ce détail.
Les deux policiers qui planchaient sur les indices recueillis sur la scène de crime et, en particulier, sur les empreintes digitales, étaient seuls face à leur commissaire, dans la salle de réunion désormais déserte. Elle avait en effet demandé aux autres de regagner leur poste. L’air un peu piteux, les deux hommes demeuraient silencieux, attendant la réprimande. Mais comment leur en vouloir ? Ils cherchaient des empreintes. Ils n’avaient pas imaginé que c’était précisément l’absence d’empreinte qui était suspecte.
– Merde. On aurait dû y penser, pesta l’un d’eux.
– Ce qui est fait est fait, trancha Pourson. L’important c’est qu’on avance.
– Comment a-t-il activé le téléphone ? Sur ce modèle, l’écran se déverrouille grâce à l’empreinte digitale.
– Le criminel n’avait qu’à mettre le capteur en contact avec le doigt de Toussant et le tour était joué. Toussant étant mort, ça n’a pas dû être bien compliqué. Maintenant, réfléchissons : je vois deux cas de figure… Un. Le criminel a voulu consulter des infos contenues dans le téléphone. Les coordonnées de quelqu’un, une photo, un mail ou un document. Si c’est le cas, ça signifie que ce téléphone renfermait une donnée précieuse pour le criminel, et donc pour l’avancement de l’enquête. Il faudra découvrir ce qui ne se trouve que sur ce téléphone et qui n’est pas accessible par un autre moyen.
– Je ne vous suis pas, patron.
– Si le criminel cherchait des données sur ce smartphone, c’est peut-être qu’il ne pouvait se les procurer autrement. On va donc chercher en priorité ce qui est susceptible de se trouver uniquement sur cet appareil.
– Compris.
– Deux. Le criminel a effacé quelque chose. Si c’est le cas, je tiens à savoir quoi.
– Patron, s’il a effacé un document qui ne se trouvait que sur le smartphone, je doute qu’on puisse le retrouver.
Pourson grimaça avant de reprendre :
– J’en ai peur, en effet. Mais c’est la seule piste sérieuse que nous ayons, alors elle mérite qu’on s’y accroche. Allez récupérer le téléphone de Toussant sous scellés. On verra ce que le labo peut en tirer. J’aimerais qu’on puisse avoir accès à l’intégralité des informations qu’il contient.
Le second adjoint de Pourson, qui avait gardé le silence jusqu’à présent, intervint :
– Il y a quelque chose que je ne comprends pas, patron. Si ce smartphone contient des éléments importants ou compromettants, pourquoi l’assassin ne l’a-t-il pas simplement volé et jeté dans le Rhin ? Il nous aurait ainsi privés de toutes chances de récupérer quoi que ce soit. C’était tellement plus simple.
– Excellente remarque.
Le commissaire Pourson baissa la tête et se massa le front en réfléchissant.
– S’il avait fait disparaître le téléphone, reprit-elle, nous l’aurions immédiatement constaté et aurions focalisé toutes nos recherches dessus. Car si le téléphone avait été manquant, on en aurait aussitôt déduit qu’il contenait quelque chose de suspect.
– C’est sûr.
– Tandis que, en se contentant de prendre ou d’effacer des données avant de le remettre discrètement à sa place, il savait que nous aurions peu de chances de remarquer quoi que ce soit. Regardez, nous avons bien failli passer à côté. Et encore ! On ne sait toujours pas ce qu’on cherche.
– D’accord, patron, mais ça vient contredire votre théorie.
– Alors là, c’est moi qui suis larguée, déclara Pourson.
– Eh bien, si l’assassin a utilisé le téléphone sans chercher à s’en débarrasser, c’est précisément qu’il voulait faire disparaître des informations. Mais ces informations sont également disponibles ailleurs.
Pourson le dévisagea sans comprendre son raisonnement. Aussi développa-t-il son explication :
– Si les fichiers ou les informations qu’il a effacés se trouvaient sur le téléphone et uniquement là, rien ne l’empêchait de l’emporter et de le détruire. Plouf, tout s’envolait et on n’aurait jamais su de quoi il s’agissait. Certes, le téléphone aurait disparu et ça aurait éveillé nos soupçons, mais ça nous aurait avancés à quoi puisque nous n’y aurions jamais eu accès ? Vous me suivez ?
– Oui.
– Alors, pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Eh bien, parce qu’il voulait qu’au moment de l’inspection du téléphone, on n’y voie rien. Et pourquoi donc ? Car l’information sensible qu’il contient n’est pas uniquement sur cet appareil. Elle se trouve aussi ailleurs. S’il s’était débarrassé du téléphone, non seulement il n’aurait pas résolu son problème, mais il aurait attiré l’attention précisément là où ça gratouille !
Le commissaire Pourson pointa son collaborateur du doigt en esquissant un petit sourire :
– Pas mal !
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