… Et avec votre esprit

Alexis Laipsker · Chapitre 34 sur 57

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… Et avec votre esprit

Chapitre 35

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Cannelle Pourson tenait sa piste la plus sérieuse depuis le début de cette enquête. Elle allait devoir jouer serré. Désormais, chaque coup devait faire mouche.

Si elle était convaincue que cette histoire de fondation et de recherches nébuleuses dissimulait des informations capitales pour l’enquête, elle savait aussi que ce n’était pas suffisant pour justifier le meurtre de Georges Toussant.

En effet, pourquoi un médecin parisien réputé et talentueux irait assassiner un chimiste strasbourgeois ? L’hypothèse de la vengeance avait les attraits de la facilité mais était d’une affligeante banalité, dont Georges Toussant n’était peut-être finalement que l’une des ombres défigurées. La banalité pour justifier l’insoutenable ? Pourson n’y croyait guère. Elle imaginait derrière cette mutilation un motif atroce et abject que la vengeance peinait à expliquer. Et puis, restait cette dernière question préoccupante : pourquoi tuer Toussant alors qu’il ne faisait pas partie des détracteurs de Natrin ?

Conformément à ce qu’elle avait déclaré à l’un de ses collaborateurs, la garde à vue, bien qu’étant une option, n’était pas privilégiée. Trop de zones d’ombre restaient à éclaircir. Il fallait poursuivre l’enquête.

Elle fut interrompue dans ses réflexions par l’un de ses adjoints.

– J’ai de mauvaises nouvelles, commissaire.

– Je vous écoute.

– Bon, je commence par la rédaction de France 3 que j’ai interrogée à propos du docteur Natrin. Inconnu au bataillon. Je leur ai demandé s’ils n’avaient pas diffusé un reportage ou une news à propos de ses travaux. Rien. Ils ne voient même aucune raison de parler d’un neurologue de Montmorency dans un JT alsacien.

– Je ne suis pas étonnée. Je reste persuadée que le cerveau a été envoyé à France 3 dans le but de se faire un coup de pub. Il n’y a rien de personnel.

– J’ai aussi téléphoné à l’ensemble des personnes que nous avions interrogées à propos de l’assassinat de Toussant, ses proches, ses collaborateurs, ses étudiants, etc. Personne n’a jamais entendu parler de Natrin.

– Il a pu utiliser un faux nom…

– Non, car j’ai systématiquement montré sa photo pour voir si son visage était familier à quelqu’un. À part une laborantine qui lui a trouvé une vague ressemblance avec un prof de géographie au lycée, ça n’a rien donné.

– Est-ce que Toussant aurait pu être le patient de Natrin ? demanda-t-elle. Pas forcément ces dernières semaines, mais peut-être quelques années en arrière.

– Vous pensiez me prendre en défaut, n’est-ce pas commissaire ? Eh bien, figurez-vous que j’y ai songé ! Hélas, Toussant n’a jamais consulté de neurologue, ni Natrin ni aucun autre, sa femme est formelle.

– Et Philomena, ça leur parle ?

– Même résultat.

– C’est vraiment dommage. Dites-moi que vous avez quand même découvert un lien, aussi mince soit-il, entre les deux hommes.

– J’aimerais bien.

Pourson se leva en s’étirant. La soirée ne faisait que commencer, mais la fatigue était déjà là. Elle reprit son analyse :

– Il existe forcément un lien entre eux. S’ils se sont appelés à plusieurs reprises, c’est qu’ils se connaissaient. Et puisque le numéro de Natrin a été effacé, ça prouve que leur relation ne devait pas être découverte.

Le regard de Pourson fut attiré par le symbole scotché au mur.

– Est-ce que Natrin a un lien quelconque avec la religion, une secte, quelque chose d’occulte ?

– Je n’ai rien trouvé de ce genre.

– Et celui qui a fondé Philomena ? Que savez-vous sur lui ?

– Criscuola ?

– Oui. A-t-il un lien avec Toussant ?

– Ce sera difficile à dire, patron.

– Pourquoi ?

– Il est décédé il y a deux ans.

– De quoi ?

– Accident vasculaire cérébral, fit-il en se tapotant la tempe avec son index.

– Décidément, on n’en sort pas !

À cet instant, le téléphone portable de Pourson se mit à sonner. Son collaborateur quitta la pièce pour la laisser seule.

– Pourson, fit-elle d’un ton sec.

– Bonsoir commissaire. Lieutenant Vairne de la DGSI, je vous avais appelée…

– Je me souviens très bien de vous, lieutenant, l’interrompit-elle.

– Ah. Parfait. Pouvez-vous me donner un maximum d’informations sur l’auteur du meurtre du professeur Toussant ?

– J’ignore encore de qui il s’agit.

– Mais, la dernière fois que…

– Je sais bien, lieutenant, répondit Pourson d’un air crispé, mais c’était une fausse piste.

– Vraiment ?

Le souvenir de son échec était encore vivace. Elle resta silencieuse.

– Bien, reprit Simon qui avait perçu le malaise, je voudrais savoir si vous avez des éléments à me communiquer à propos de cet étrange… dessin que vous avez retrouvé sur la scène de crime.

– Je n’ai pas grand-chose. Comme je vous l’avais dit, il me semble, j’ai désigné une équipe pour faire des recherches sur ce symbole. Malheureusement, elle ne m’a pas transmis de résultats concluants. Nous avons des hypothèses, rien de plus.

– Quelles sont les pistes que vous avez envisagées ?

– Nous avons trouvé des liens avec la religion. Les cercles, le chiffre 7 nous incitent à penser qu’il s’agit d’un crime commis par un illuminé. Ça corrobore d’ailleurs le portrait psychologique du tueur : un individu intelligent, déterminé à accomplir une mission.

– Une sorte de rituel ?

– Tout à fait. Mais pourquoi me posez-vous ces questions, lieutenant, vous avez de nouveaux éléments ?

– Cette fois, j’ai la preuve formelle que le meurtre de Georges Toussant est relié à mon enquête.

– Quelle preuve ?

– On a retrouvé le professeur Henri Vastine et, pendant son interrogatoire au commissariat, il griffonnait machinalement un dessin…

– Le même symbole ?

– Exactement.

– Vous pensez qu’il pourrait être le coupable ?

– Non. J’ai beaucoup de mal à y croire. À quelle heure Toussant a-t-il été tué ?

– Vers 21 h 30.

– Alors, ça innocente Vastine. Des voisins ont attesté être avec lui à 21 heures. Or, entre son domicile et Strasbourg, il y a sept heures de route ou plus de deux heures de train.

– Et puis, ça n’aurait pas été bien malin de dessiner un indice incriminant devant les enquêteurs.

– Oui, je suis de votre avis.

– D’ailleurs, qu’est-ce qu’il vous a dit, à ce sujet ?

– Il ne sait pas. C’est confus. Il semble perturbé. Il a soudain éprouvé le besoin de dessiner. Il a juste déclaré que c’était plus fort que lui.

– Il doit bien savoir à quoi ça correspond.

– Il n’en a pas la moindre idée !

– C’est complètement dingue.

– C’est exactement ce que je me répète depuis que je travaille sur cette affaire.

– Comment s’appelle-t-il, déjà, ce savant que vous venez de retrouver ?

– Vastine. Henri Vastine.

– Ce n’est pas le nom que vous m’aviez donné l’autre jour, si ?

Elle entendit son interlocuteur pousser un long soupir avant de répondre.

– Eh non ! Je vous avais parlé de Jean-Édouard Haineteaux. Mais, depuis, j’ai découvert qu’il y avait d’autres disparus. Quatre au total.

– Un homicide et quatre disparitions ! s’exclama-t-elle. Et les disparitions se sont produites à Lyon ?

– Non, un peu partout. Aix-en-Provence, Montpellier, Lyon et enfin Bonnieux.

– Bonnieux ? Je ne connais pas.

– C’est un petit village du Vaucluse.

– Eh ben ! Cette affaire prend de l’ampleur.

– Commissaire, que pouvez-vous me dire d’autre qui soit susceptible de m’aider ?

– C’est encore tout frais, mais nous sommes sur la piste d’un neurologue du nom d’Axel Natrin. Ce nom vous évoque quelque chose ?

– Non, rien du tout. Qu’est-ce que vous avez sur lui ?

– Son numéro de téléphone a été effacé du portable de Toussant.

– C’est suspect, en effet.

– Il conduit des recherches d’avant-garde et assez controversées en neurosciences au sein d’une clinique privée, la fondation Philomena, dans le Val-d’Oise, à Montmorency.

Il y eut un silence.

– Où ça ?!

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