… Et avec votre esprit

Alexis Laipsker · Chapitre 57 sur 57

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… Et avec votre esprit

Chapitre 58

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L’oraison, brève et impersonnelle, avait été prononcée sans conviction par un quelconque sous-directeur de cabinet venu spécialement de Paris. Il avait égrené les qualités du commissaire Cannelle Pourson qu’il n’avait jamais rencontrée.

Debout, devant le cercueil, un homme tenait la main de deux jeunes enfants.

Simon avait tenu à être présent. Il avait posé un jour de congé et était monté à Strasbourg. Alors qu’il pensait cette affaire terminée, elle était revenue le frapper avec une violence extraordinaire.

La veille, la DGSI lui avait enfin fourni un nouveau téléphone portable. Il avait deux messages. Cannelle Pourson l’avait appelé au secours. Lorsqu’il put écouter son cri de détresse, elle était déjà morte. La culpabilité l’avait aussitôt envahi et l’étreignait toujours douloureusement.

Simon avait revêtu son uniforme de lieutenant de police. Ce n’était pas naturel chez lui, bien au contraire. Il ne l’avait porté qu’une seule fois auparavant. Il n’aurait su dire pourquoi, mais c’était important pour lui. Cet homme indiscipliné, indépendant, parfois arrogant, avait soudain saisi la valeur de l’esprit de corps.

D’ailleurs, les policiers de tous grades étaient venus nombreux témoigner leur respect au commissaire Pourson et présenter leurs condoléances aux proches. Tous ses hommes étaient là, il n’en manquait pas un. À l’hôtel de police de Strasbourg, tout le monde était sous le choc en apprenant le décès du « patron ».

Une mort incompréhensible, inimaginable. Puisque son corps avait été trouvé dans un square public, une autopsie avait été pratiquée. Le légiste avait conclu à une crise cardiaque. Comment lui en vouloir ? Pouvait-il se douter qu’elle avait reçu un coup de Taser avant de subir une injection létale sous un ongle ? Quel médecin aurait pu le découvrir ?

– Pourquoi elle est morte maman ?

Le père se pencha vers le plus petit de ses enfants et lui murmura quelques mots à l’oreille.

Simon aurait voulu répondre que Cannelle Pourson s’était fait avaler par l’un des rouages d’une étrange machination ourdie par un médecin machiavélique. Elle était une victime collatérale de cette escroquerie. Elle avait découvert trop de choses, vu des visages, avancé trop vite. Elle avait soudain représenté un danger auprès de gens pour qui le secret était une religion.

Non, il n’y aurait aucune justice, aucune vérité.

De même, avec le temps, l’affaire Toussant serait peu à peu oubliée, avant de s’évanouir complètement. Puis d’être enterrée. La DGSI s’était un peu trop impliquée, l’État français avait été à deux doigts de l’humiliation, les Russes avaient frôlé l’incident diplomatique. Autant de raisons qui incitaient à tout balayer sous le tapis. Ce qui arrangeait tout le monde.

Lorsqu’on travaillait pour le Renseignement intérieur, il fallait faire une croix sur ses scrupules. C’était parfois dur à avaler.

Simon sentit une main se glisser dans la sienne. Il se tourna et Marion lui offrit un sourire sobre, mais réconfortant. Jusqu’à présent, la jeune femme avait souhaité se tenir en retrait, devinant que Simon éprouverait le besoin de se recueillir seul. À présent, elle savait que sa place était auprès de lui.

Le chant liturgique prit fin. Le prêtre fit le signe de croix :

– Le Seigneur soit avec vous…

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Alexis Laipsker

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