… Et avec votre esprit
Chapitre 37
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L’équipe qu’elle avait désignée pour mener les recherches sur le mystérieux symbole s’était désormais recentrée sur le docteur Axel Natrin et ses liens éventuels avec des sectes sataniques et autres cultes païens. Cannelle Pourson n’était pas convaincue que ce fût une piste viable, mais il fallait l’explorer.
Être loin de Natrin et de sa fondation n’arrangeait pas les affaires du commissaire Pourson. Elle aurait aimé le faire suivre, demander une mise sur écoute, interroger discrètement des voisins, mais ces options ne lui étaient pas accessibles. Il y avait fort à parier qu’elles relèveraient bientôt de la police parisienne, voire de la DGSI elle-même. On ne pouvait pas rivaliser avec la DGSI, surtout pas depuis la province. Quels que soient son grade, son talent, son antériorité dans l’enquête et sa détermination, elle pouvait se voir retirer l’affaire d’un instant à l’autre. Chaque fois que le téléphone sonnait, elle redoutait de s’entendre signifier son dessaisissement. En attendant, elle savourait chaque minute de sursis qui lui était accordée et ne lâchait rien.
– Qu’est-ce que vous en pensez, Jeff ? demanda le commissaire à l’un de ses adjoints qu’elle venait de convoquer dans son bureau.
– Patron, c’est vous qui décidez, mais si vous voulez avancer, il faut mettre Natrin en accusation et prévenir le juge. On ne lèvera pas le secret bancaire en demandant gentiment.
Elle projetait d’éplucher tous les comptes de Natrin, mais la procédure pour y avoir accès était longue et son issue hasardeuse. Aucun juge n’accepterait de la laisser faire avant qu’Axel Natrin soit clairement mis en cause dans l’affaire. Elle n’avait pas le pouvoir de passer outre et se préparait à être privée d’une source d’informations potentiellement cruciales.
– Je n’ai pas beaucoup de latitude et encore moins de temps ! lâcha-t-elle. On doit retracer le parcours de Natrin. Suivre ses dépenses, c’est primordial.
– Vous avez raison, mais on ne peut rien faire sans l’autorisation du juge. Sans compter que Natrin a peut-être plusieurs comptes, donc plusieurs cartes de crédit. Il en a même certainement une au nom de sa fondation.
Pourson pointa du doigt son adjoint.
– Mais oui ! dit-elle, avec un regain d’énergie.
– Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit ?
– On va fouiller les comptes de Philomena, au lieu de ceux de Natrin !
– En quoi ce sera plus facile ?
– Tracfin, mon cher !
Tracfin, ce service d’enquête administrative destiné à lutter contre l’argent sale, les trafics, la corruption, le financement du terrorisme et la fraude fiscale.
Autant il était difficile d’accéder aux informations financières d’un particulier, autant les entreprises ou les associations ne bénéficiaient que d’une protection de leurs données très relative. Le verrou sauterait plus facilement et plus rapidement.
Elle avait fait ses études de droit avec un ancien procureur devenu aujourd’hui haut fonctionnaire à Tracfin. Cela faisait une éternité qu’elle ne lui avait plus donné de nouvelles, mais ils étaient restés en bons termes et elle pourrait probablement obtenir de lui l’information qu’elle désirait.
Elle demanda à son adjoint de sortir du bureau, puis chercha dans son répertoire le numéro de cet ancien ami qui tombait à pic.
Après s’être souhaité une bonne année, ils échangèrent quelques banalités d’usage. Pourson et lui ne s’étaient pas vus depuis près de vingt ans. Déménagements, naissances, divorce, changements de carrière, tout cela fut balayé en une poignée de minutes. Elle aurait souhaité que la démarche fût plus subtile, elle ne se sentait pas parfaitement à l’aise alors que son interlocuteur se doutait certainement qu’elle avait quelque chose à lui demander. À l’autre bout du fil, la question libératrice tomba :
– Que puis-je pour toi ?
La suite de la conversation fut finalement moins indigeste. Elle retrouvait son élément : cette enquête qui lui tenait à cœur. Sans surprise, elle fut convaincante. Il obtiendrait l’information qu’elle souhaitait. Elle le remercia avec sincérité, espérant qu’il ne lui en voudrait pas de cet appel intéressé. Ils se promirent, sans trop y croire, de rester en contact et de se voir bientôt.
Deux heures plus tard, Cannelle Pourson recevait un mail avec les renseignements attendus. Ce document n’avait rien de réglementaire et pouvait la mettre dans un certain embarras si le juge d’instruction posait trop de questions sur son origine. Mais il lui permettait de poursuivre l’enquête en attendant que la requête officielle aboutisse. Elle le transféra à deux de ses collègues qu’elle alla rejoindre dans l’open space.
– Je viens de vous envoyer un e-mail avec les dernières transactions bancaires de la fondation Philomena. Organisez-vous comme vous voulez, mais je veux que vous me trouviez quelque chose. Dans une heure, l’un de vous frappe à ma porte et me dit qu’il a la preuve de la culpabilité de Natrin. Allez, au boulot !
Sur ce, elle regagna son bureau pour rédiger un compte rendu au substitut du procureur. Elle s’y mit à contrecœur.
À peine avait-elle réussi à se concentrer qu’on frappa à la porte de son bureau.
– Entrez.
– Vous nous aviez laissé une heure, patron ? Eh bien c’était beaucoup trop ! Des enquêteurs comme nous, on n’a pas de temps à perdre, on est la crème de la crème. On a déjà des infos.
– Je vous écoute.
– Bon, malheureusement Natrin n’a jamais mis les pieds à Strasbourg. Pourtant, il a sillonné la France dans tous les sens, mais pas de trace de lui ici.
– Comment ça, « il a sillonné la France » ?
– Alors, dit-il en consultant la feuille qu’il tenait, il a payé un péage à Aix-en-Provence, où il a également réglé une note d’hôtel. Ensuite on le retrouve à Montpellier. Pareil, péage puis Novotel. Lyon, même chose. Et enfin, Avignon.
– Avignon ?
– Oui.
Pourson se tourna vers le clavier de son ordinateur et tapa « Bonnieux » dans Google Maps. Les contours de la petite ville apparurent en rose. Elle élargit la carte. Sur l’écran, elle suivit le tracé de l’autoroute qui descendait de la région parisienne. L’A6 puis l’A7 conduisaient à la sortie « Avignon sud ».
– On a le quarté dans l’ordre !
– Pardon ?
– On croise une autre enquête. Et je crois bien qu’on vient d’identifier le criminel. Des enlèvements ont eu lieu dans chacune de ces villes.
– Ah bon ?
– En revanche, je ne comprends pas qu’il n’y ait pas de trace de lui à Strasbourg, dit-elle d’un air songeur.
– Dans toutes les villes que je vous ai citées, il a séjourné à l’hôtel. Je vais les contacter pour recueillir des témoignages. Si Axel Natrin est identifié, il est dans la merde.
– OK. Et…
Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase que l’un de ses hommes fit irruption dans son bureau.
– Patron ! Vous n’allez pas en croire vos oreilles. C’est un truc de dingues ! Figurez-vous que quelqu’un a tenté de cambrioler le domicile du professeur Toussant.
– Quoi ?!
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